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Agriculture, alimentation, santé publique... soyons rationnels

Pesticides : la profession agricole défend-elle bien ses outils de travail ?

19 Février 2018 , Rédigé par Seppi Publié dans #Pesticides, #Politique

Pesticides : la profession agricole défend-elle bien ses outils de travail ?

 

 

Et bientôt, ce sera la gesticulation annuelle de la "Semaine sans Pesticides", dédiée cette année à l'alimentation... bio évidemment.

 

 

Ces derniers temps, c'est haro sur les pesticides.

 

 

 

Un plan d'action gouvernemental...

 

Le gouvernement vient de lancer une « concertation sur les propositions de plan d’actions sur les produits phytopharmaceutiques et une agriculture moins dépendante aux pesticides ». Comme il est prévu de « finaliser avant la fin du premier trimestre 2018 » la « feuille de route gouvernementale sur les produits phytopharmaceutiques », on peut légitimement s'interroger sur le sérieux de la concertation.

 

Selon le communiqué de presse :

 

« Ces propositions prennent en compte les recommandations des ateliers des États généraux de l’alimentation, du rapport de l’Inra sur les alternatives au glyphosate, publié le 1er décembre 2017 et du rapport des trois inspections (IGAS, CGAAER, CGEDD) sur l’utilisation des produits phytopharmaceutiques en France, remis en fin d’année aux ministres commanditaires. Ce rapport fait le point sur les enjeux sanitaires et environnementaux de l’utilisation de ces produits, sur la stratégie de retrait progressif mise en œuvre au niveau européen et national, sur les mesures de réduction des risques liés à l’utilisation de ces produits et sur les freins au développement des alternatives et à leur utilisation. »

 

 

...fondé sur une manœuvre sous l'égide des États Généraux de l'Alimentation...

 

Les États Généraux de l'Alimentation ? Une belle manœuvre : le gouvernement a agité une petite tirelire avec 5 milliards d'euros et invité les divers secteurs de rédiger – à la va-vite – des « plans de filière » selon un canevas préétabli incluant – surprise, surprise – la réduction des phytos ainsi que la promotion du « bio » (censé être vertueux s'agissant de l'utilisation de pesticides). Vous voulez une part de gateau ? Vous savez ce qu'il vous reste à faire...

 

 

...et un « rapport » de technocrates

 

Le « rapport » des trois inspections est encore plus éloquent. Selon le résumé :

 

« Réduire de façon pérenne la dépendance aux produits phytopharmaceutiques suppose d’utiliser d’autres leviers encore : la mission recommande de mobiliser dès maintenant les financements publics (Plan d’Investissement et de Transformation de l’Agriculture de 5 Mds €, financements de la Politique agricole commune) pour permettre à court terme une sortie des herbicides, intégrer des objectifs dans les contrats de filière associant l’ensemble des partenaires amont et aval, soutenir l’agriculture biologique et développer un label agro-écologique. »

 

Avez-vous bien lu ? L'intention du gouvernement serait-elle d'affecter les 5 milliards d'euros à l'hystérie anti-pesticides ?

 

Deux choses sont cependant sûre : des membres de trois organismes – le Conseil Général de l’Environnement et du Développement Durable (CGEDD), de l’Inspection Générale des Affaires Sociales (IGAS) et du Conseil Général de l’Agriculture, de l’Alimentation et des Espaces Ruraux (CGAAER) – ont produit un « rapport » que le communiqué de presse attribue aux institutions citées, ce qui est une imposture ; et les six personnages en cause recommandent rien moins que : « à court terme une sortie des herbicides ».

 

 

Si le « rapport » n'est pas bien sérieux, les menaces sur l'agriculture le sont

 

Ce « rapport » est-il bien sérieux ?

 

« Compte tenu des contraintes de délais, la mission a centré ses investigations sur les usages agricoles des produits phytopharmaceutiques qui représentent 98,5 % du volume d’utilisation de ces produits en France. Avec 75.287 tonnes de produits phytopharmaceutiques vendus en 2014, la France se situe au 8e rang européen par hectare. »

 

Les six rapporteurs invoquent des « contraintes de délais » pour un éclairage en soutien d'une opération politique engageant durablement l'avenir de l'agriculture française ? Ce n'est pas sérieux !

 

Et c'est sans tenir compte de la nature et du contenu du « rapport »... Rien que la proposition de « sortie des herbicides » à court terme : c'est la condamnation de l'agriculture de conservation ; de nombre de pratiques vertueuses sur le plan environnemental ; du projet « 4 pour mille » ; en fait, de l'agriculture productive, celle qui nous nourrit ; et de notre compétitivité tant sur le plan domestique face aux importations que sur le plan international.

 

Ce n'est pas vraiment la réponse que l'on attendait au fiasco agroalimentaire !

 

 

 

 

Quelle réponse des professions agricoles ?

 

Mais il y a un pendant à cette situation : la réponse des professions agricoles est-elle à la hauteur ?

 

Le « contrat de solutions » proposé par une trentaine d'organisations agricoles nous paraît bien court sur l'argumentation.

 

Ce qui manque ? L'affirmation forte qu'il n'y a pas d'agriculture performante – y compris en « biologique » – sans recours à des produits phytosanitaires ; que l'agriculture est affaire de compromis faisant intervenir de nombreux facteurs ; que, par exemple, un herbicide en moins, c'est des façons culturales en plus, donc du gazole et des émissions de CO2 et de particules fines en plus, une sensibilité à l'érosion accrue (et aux inondations, c'est de saison), etc.... ou encore du datura dans la farine de sarrasin bio ; que, par exemple, un fongicide en moins – éventuellement pour obtenir un zéro résidu dans le produit – c'est peut-être un risque de mycotoxine cancérogène, mutagène ou reprotoxique (ou les trois à la fois) en plus.

 

 

Mémorial de la Grande Famine à Dublin

 

Et si on disait la vérité ?

 

Caresser l'opinion dite « publique » – largement conditionnée par de puissants acteurs médiatiques – sans mettre les fondamentaux sur la table n'est pas une bonne politique.

 

Et si la profession disait clairement que les objectifs d'Écophyto 2 (- 25 % en 2020 et - 50 % en 2025) – la version 1 s'étant déjà heurtée à un échec inéluctable – sont inatteignables à l'heure actuelle, sauf à condamner l'agriculture et l'économie françaises ? Les agriculteurs ne traitent pas pour le plaisir, mais par une nécessité qui ne disparaîtra pas sous l'effet d'un trait de plume magique.

 

Faire le dos rond et voguer dans le sens du vent politique et médiatique aujourd'hui, c'est inéluctablement se retrouver sur le banc des accusés aux échéances d'Écophyto 2.

 

Et si on veut vraiment une réduction, ce n'est pas, nécessairement, celle de l'emploi, mais celle de l'exposition et de ses conséquences. Voici un propos fort juste rapporté par la France Agricole du 22 septembre 2017, dans « Communiquer, ça aide ! » :

 

« "Aujourd’hui, les détracteurs communiquent beaucoup à travers les médias généralistes et les réseaux sociaux, alors que les agriculteurs sont dispersés sur tout le territoire, le rapport de force est inégal, constate amèrement Christian Durlain. Nous devons communiquer largement sur une agriculture qui vise le zéro impact sur la santé et l’environnement, et non sur le zéro phytos. Nous devons être le plus transparents possible sur nos pratiques et expliquer que le métier d’agriculteur, c’est protéger ses plantes, en bio comme en conventionnel, comme un éleveur protège ses animaux.»

 

 

Mieux communiquer

 

La profession agricole n'est certes pas toujours maîtresse de sa communication. Mais prenons l'exemple de l'article : « Les pesticides toujours là, mais... » publié par Que Choisir dans son numéro de janvier 2018 (c'est nous qui graissons) :

 

« « En médecine, on dit que les antibiotiques ne sont pas automatiques ; c'est pareil dans la vigne : les produits phytosanitaires ne sont plus automatiques", se félicite Allan Sichel, président du Conseil interprofessionnel du vin de Bordeaux (CIVB). »

 

Pourquoi « plus », et non « pas » ? La viticulture, y compris la bordelaise confrontée à d'importants défis phytosanitaires du fait du climat, n'a pas à rougir de ses résultats. La preuve par l'analyse de Que Choisir...

 

Le discours est certes plus difficile. Mais un récent article du Monde, « Meilleur ? Plus cher ? Bon pour la santé ? Le vin bio en 10 questions » montre que c'est possible :

 

« Contrairement à ce que pensent la moitié des Français, nous apprend un sondage 2016 d’Alerte Environnement, les pesticides sont aussi utilisés dans l’agriculture biologique. En quantité moindre, et aussi sous la forme de molécules naturelles, mais qui sont potentiellement toxiques. Ainsi, la roténone a été interdite en 2011 pour ses risques sur la santé de l’utilisateur. Quant au Pyrévert, insecticide recommandé contre la flavescence dorée, il tue tous les insectes du périmètre.

 

Il y a également le cuivre, naturel aussi, et donc autorisé. Il était présent dans 100 % des vins bio testés dans une étude publiée fin 2015 par la revue Agriculture et environnement. Le cuivre permet en effet de lutter contre le mildiou, une maladie qui affecte la vigne. »

 

 

Répondre aux dénigrements

 

Il y a aussi la question de la réponse au dénigrement des filières conventionnelles. Un exemple parmi d'autres de Que Choisir :

 

« "Je bois mon vin, je ne veux pas m'empoisonner », affirme Philippe Roux, directeur technique du Château Dauzac, qui se passe d'insecticides depuis 1999 et de fongicides depuis 10 ans. »

 

Ce genre de propos est par essence inacceptable. Il l'est encore plus quand il vient de la profession viticole elle-même. Il serait temps que ceux qui ne suivent pas les méthodes traditionnelles adoptent un code de bonne conduite.

 

Et que ceux qui sont ainsi dénigrés, explicitement ou implicitement, définissent une stratégie de réponse claire.

 

 

Une illustration des enjeux

 

Que se passe-t-il quand on se prive de produits phytosanitaires de synthèse ? Le message est implicite dans un autre article du Monde, « Vin bio, un marché en pleine expansion » :

 

« Cette idée [l’idée que le vin bio est médiocre au goût est totalement dépassée] est partagée par Gérard Bertrand, vigneron et négociant dans le Languedoc, leader mondial du vin en biodynamie avec 560 hectares de vignes certifiées Demeter. Pour lui, la solution économique réside dans la quantité de vins et dans la valorisation du produit afin de le vendre à un prix plus élevé : "Le bio coûte 30 % plus cher que le conventionnel à produire. Et la biodynamie coûte 50 % plus cher. Pour qu’une propriété soit rentable, elle doit résoudre l’équation entre le coût de revient, le rendement et la valorisation. Or, cette dernière se fait sur la qualité du vin, qui transmet le terroir et fidélise les clients.»

 

« Le bio coûte 30 % plus cher que le conventionnel à produire. Et la biodynamie coûte 50 % plus cher »...Voilà un message que l'on ferait bien d'entendre aussi dans les sphères gouvernementales.

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D
Mais si, il y a une soluce: il faut INNOVER.
fastoche, parce que jusqu'à présent, on n'innovait pas bien sûr.

trêve de plaisanterie: j'entends et lis ça et là , de grands discours de professionnels de l'agriculture sur l'urgence de l'innovation qui remediera aux défis de demain.
c'est forcément en déclamant "innovation, innovation" sur tous les tons que nous allons avancer.
Un peu de pédagogie ne ferait pas de mal: ça, ce serait une vraie innovation.
Répondre
S
Bonjour,

Merci pour votre commentaire.

Je crois à l'innovation. Je l'ai promue par le biais de la propriété intellectuelle dans ma carrière professionnelle.

Et je vois plein d'innovations qui transforment l'agriculture... dans l'indifférence générale du monde non agricole et des politiques (sauf lorsqu'ils y voient une occasion de se faire valoir).

Quant aux « grands discours de professionnels de l'agriculture », je me demande si ce sont vraiment des professionnels de l'agriculture.

C'est en fait beaucoup de pédagogie qu'il faut. Les dernières « sorties » de l'INRA...