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Agriculture, alimentation, santé publique... soyons rationnels

Opinion : L'activisme malavisé met en péril le potentiel du Riz Doré

16 Février 2018 , Rédigé par Seppi Publié dans #OGM, #Riz doré, #Activisme, #Santé publique

Opinion : L'activisme malavisé met en péril le potentiel du Riz Doré

 

Henry Miller*

 

 

« Leurs yeux racontent leur triste histoire : des iris d'un blanc fantomatique expriment des regards vides. Nous pouvons les voir, mais ils ne peuvent pas nous voir. Ils sont devenus aveugles à cause de la malnutrition. » V. Ravichandran, un agriculteur du Tamil Nadu, Inde, décrit ainsi les enfants souffrant d'une carence en vitamine A.

 

C'est une double tragédie – d'abord, parce que plus des deux tiers des enfants mentionnés dans le commentaire de Ravichandran seront morts en moins d'un an – la cécité due à la carence en vitamine A (VAD – vitamin A deficiency) est un signe précoce d'affaiblissement physique potentiellement mortel –, et deuxièmement parce que la VAD pourrait être évitée avec une technologie agricole moderne, accessible.

 

L'approche la plus élégante et la plus pratique pour prévenir la VAD est un groupe de variétés de riz génétiquement modifiées appelées Riz Doré en raison de sa couleur, qui est due à la présence de bêta-carotène, le précurseur de la vitamine A.

 

Le riz est un aliment de base pour des centaines de millions de personnes, en particulier en Asie. Bien qu'il s'agisse d'une excellente source de calories, il manque certains micronutriments nécessaires à un régime complet. Dans les pays en développement, 200 à 300 millions d'enfants d'âge préscolaire sont exposés à un risque de carence en vitamine A, ce qui accroît leur vulnérabilité aux infections telles que la rougeole et les maladies diarrhéiques. Chaque année, environ un demi-million d'enfants deviennent aveugles à cause de la VAD et 70 % d'entre eux meurent dans l'année qui suit la perte de la vue.

 

Dans les années 1980 et 1990, les scientifiques allemands Ingo Potrykus et Peter Beyer ont développé les variétés de « Riz Doré » qui sont biofortifiées, ou enrichies, par l'introduction de gènes permettant à l'endosperme comestible du riz de produire du bêta-carotène, le précurseur de la vitamine A. Les plantes de riz produisent du bêta-carotène dans les feuilles, mais pas dans les grains ; Potrykus et Beyer ont donc inséré deux gènes – l'un d'une bactérie, l'autre du maïs – qui codent pour la synthèse du bêta-carotène également dans la partie comestible de la plante.

 

Étant donné sa capacité à prévenir le fléau de la VAD, le Riz Doré pourrait contribuer à la santé humaine au même titre que le vaccin contre la poliomyélite de Salk, mais l'opposition irrationnelle, intéressée et implacable aux essais et à la disponibilité généralisée du Riz Doré a été tout en haut des programmes des activistes comme Greenpeace, qui recueille des millions par an avec des bureaux dans plus de 40 pays, et dont la machine de relations publiques vise à priver des millions d'enfants dans les pays les plus pauvres des nutriments essentiels dont ils ont besoin pour vaincre la cécité et la mort.

 

Ils ont intimidé les représentants des gouvernements en fomentant l'opposition populaire aux approbations réglementaires du Riz Doré et d'autres variétés de plantes génétiquement modifiées ; et trop souvent, les régulateurs ont traîné les pieds ou capitulé.

 

Greenpeace s'est farouchement opposé au génie génétique appliqué à l'agriculture dès les premiers jours du génie génétique moléculaire – la technologie de l'ADN recombinant, ou « l'épissage des gènes », pour produire ce que l'on appelle les OGM. En 1995, l'organisation avait annoncé qu'elle avait « intercepté un colis contenant des semences de riz manipulées génétiquement pour produire un insecticide toxique, sur le point d'être exporté, [et] remplacé les semences manipulées génétiquement par du riz normal » [I. Meister, « Uncontrolled Trade in Genetically Manipulated Products » (commerce incontrôlé de produits génétiquement manipulés), communiqué de presse, 7 avril 1995].

 

Les semences de riz volées par Greenpeace avaient été génétiquement améliorées pour la résistance à des insectes et étaient en route vers l'Institut International de Recherche sur le Riz aux Philippines, envoyées par l'École Polytechnique Fédérale de Zurich. Les semences modifiées devaient être testées pour confirmer qu'elles poussaient bien et produisaient des rendements élevés de riz avec des applications beaucoup plus faibles de pesticides chimiques. Greenpeace a ignoré le consensus scientifique sur la sécurité des plantes génétiquement modifiées, le résultat de centaines d'expériences d'évaluation des risques et d'une vaste expérience issue du monde réel. Rien qu'aux États-Unis, plus de 90 % du maïs, du soja, des betteraves à sucre sont génétiquement modifiés et, au cours de deux décennies de consommation de milliards de portions de plantes génétiquement modifiées dans le monde, aucun problème sanitaire ou environnemental n'a été identifié et documenté.

 

Greenpeace a diversement allégué que les niveaux de bêta-carotène dans le Riz Doré sont trop faibles pour être efficaces ou si élevés qu'ils seraient toxiques. Mais les essais d'alimentation ont montré que le riz était très efficace pour prévenir la VAD, et la toxicité est pratiquement impossible parce que la conversion du bêta-carotène en vitamine A cesse lorsque le taux de vitamine A dans le sang dépasse la normale. Sans base rationnelle pour son opposition, l'organisation a été forcée d'adopter une stratégie de « fausses nouvelles  » pour tenter d'effrayer les pays en développement qui envisagent d'adopter des produits qui sauvent des vies.

 

En 2012, Greenpeace a déclaré : « S'il est introduit à grande échelle, le Riz Doré peut exacerber la malnutrition et nuire à la sécurité alimentaire. » Les psychiatres appellent cela projection : la véritable menace pour les pauvres et les vulnérables n'est pas le génie génétique ; c'est Greenpeace et ses semblables. En 2014, les économistes Justus Wesseler et David Zilberman ont calculé l'impact des retards dans l'approbation réglementaire du Riz Doré.

 

Ils ont constaté que l'absence de Riz Doré au cours de la décennie précédente avait causé la perte d'au moins 1.424.680 années de vie dans la seule Inde. Si les actions de Greenpeace étaient perpétrées par des fonctionnaires, elles seraient appelées crimes contre l'humanité.

 

______________

 

* Henry I. Miller, un médecin et biologiste moléculaire, est Robert Wesson Fellow en philosophie scientifique et politique publique à l'Institution Hoover de l'Université Stanford ; il a été le directeur fondateur du bureau de la biotechnologie de la FDA.

 

Cet article est apparu dans The Hill sous le titre « Golden rice – a miracle tarnished by irresponsible activism » (Riz Doré – un miracle terni par un activisme irresponsable).

 

Source : https://geneticliteracyproject.org/2018/01/10/misguided-activism-imperils-potential-golden-rice/

 

 

 

 

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N
https://www.euractiv.fr/section/aide-au-developpement/news/384809/ mieux vaudrait dire aux asiatiques d'ajouter une carotte dans la casserole ou simplement un peu de verdure.
Répondre
S
Bonjour,

Merci pour le lien.

Euractiv -- que j'appréciais du temps de ma vie professionnelle -- tombe toujours plus bas dans la paresse intellectuelle et l'obscurantisme avec son partenariat avec le Journal de l'Environnement, relais zélé des obscurantismes activistes.


"Mieux vaudrait dire…" C'est un des arguments de l'ignoble Vandana Shiva (qui assimile le viol à la culture d'OGM), et aussi des Greenpeace et autres entités qui ont besoin d'épouvantails GM pour justifier leur existence, empocher le fric des gogos. et assurer ainsi l'existence de leur fond de commerce.


"Mieux vaudrait dire…" ? S'il y a bien un problème grave de déficience en vitamine A dans les pays dont le riz est l'aliment de base, c'est que, peut-être, le message ne passe pas, pour des raisons telles que la pauvreté.


Alors, si on est un anti-OGM invétéré, on peut continuer: "Mieux vaut résoudre le problème de la pauvreté…"