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Agriculture, alimentation, santé publique... soyons rationnels

Nous produisons suffisamment de nourriture sur cette planète pour nourrir tout le monde : alors pourquoi avons-nous besoin d'OGM ?

21 Février 2018 , Rédigé par Seppi Publié dans #OGM, #Andrew Porterfield, #Agriculture biologique

Nous produisons suffisamment de nourriture sur cette planète pour nourrir tout le monde : alors pourquoi avons-nous besoin d'OGM ?

 

Andrew Porterfield*

 

 

 

 

Les critiques et les partisans de la biotechnologie sont en désaccord sur la question de savoir si le monde est confronté à une véritable pénurie alimentaire, et sur le rôle que les plantes génétiquement modifiées pourraient jouer dans la résolution des défis futurs.

 

De nombreux partisans du génie génétique notent que la population mondiale devrait dépasser les 9 milliards d'ici 2050. La plupart des gens sont d'avis que l'augmentation du nombre de personnes et l'augmentation des demandes caloriques des pays en développement au fur et à mesure qu'ils deviennent plus prospères et désireux de viande dans leur alimentation mettront le système alimentaire mondial sous pression. Bien que ce ne soit pas une solution miracle, les aliments génétiquement modifiés sont un outil clé, affirment la plupart des scientifiques et de nombreux journalistes scientifiques, qui apporte sa contribution à la réponse à cette crise inévitable.

 

Voici ce qu'a écrit le Washington Post sur cette question :

 

« Si les aliments génétiquement modifiés ne sont plus une option économique pour les producteurs et les entreprises alimentaires, les plus pauvres du monde en paieront le prix le plus élevé. Les OGM qui prospèrent dans des environnements difficiles sans l'aide de pesticides ou d'équipements coûteux peuvent jouer un rôle important dans la lutte contre la faim et le stress alimentaire dans le monde en développement – si les chercheurs des pays développés sont autorisés à continuer à progresser. »

 

Les activistes anti-OGM contestent ce scénario avec vigueur. Ils soutiennent, à juste titre, qu'il y a actuellement assez de calories produites : le problème, disent-ils, c'est le gaspillage. Distribuez la nourriture plus équitablement et efficacement, et le problème disparaît. Les plantes transgéniques aideront les entreprises agroalimentaires déjà opulentes, mais pas les plus nécessiteux, disent-ils. Voici ce que soutient l'Environmental Working Group dans un communiqué de presse intitulé « GMOs Won't Help the World's Hungry » (les OGM n'aideront pas les personnes qui ont faim dans le monde) :

 

« Le récit que les OGM aideront à nourrir le monde [...] ignore le fait que la faim est principalement le résultat de la pauvreté. Il est vrai qu'environ 70 % des pauvres du monde sont agriculteurs et que l'augmentation de leurs rendements agricoles pourrait améliorer leur sort, mais ce qui limite vraiment leur productivité, c'est le manque de ressources de base telles que les engrais, l'eau et les infrastructures pour transporter leurs produits vers le marché. [...]

 

S'agissant de la réponse aux futures demandes alimentaires du monde, les OGM sont un leurre. Il n'a pas été démontré qu'ils améliorent la sécurité alimentaire et ils détournent l'attention des vraies solutions qui peuvent à la fois sortir les gens de la pauvreté et minimiser l'impact environnemental de la production alimentaire. »

 

Les opposants à la biotechnologie ont factuellement raison quand ils affirment que le monde produit suffisamment pour nourrir toute la population. Selon les Nations Unies et d'autres, la faim qui existe aujourd'hui – en particulier dans les pays industrialisés – n'est pas due à une pénurie de cultures et d'animaux, mais à des problèmes de distribution, de stockage, des problèmes économiques et politiques. Donc, le problème pourrait théoriquement être résolu si nous avions un système de distribution parfait – un système que nous n'avons pas et que nous ne pouvons pas mettre en place.

 

Donc, le vrai problème devient : comment produire plus de nourriture d'une manière écologiquement durable ?

 

 

Connaître les limites de l'agriculture

 

Y a-t-il une limite à ce que nous pouvons cultiver ? Y a-t-il des lignes au-delà desquelles la planète souffre, peut-être de façon permanente ? Les partisans de l'idée de « frontières planétaires » disent « oui », mais ce n'est pas comme tomber d'une falaise – pas encore.

 

Johan Rockstrom, un scientifique suédois de l'environnement qui a introduit pour la première fois l'idée des frontières planétaires, a publié un article qui soutient que la production agricole doit être intensifiée pour produire plus de nourriture. Cette intensification doit également « assurer la stabilisation du climat, le contrôle des aliments, l'amélioration de la biodiversité, etc. », a déclaré Mark Lynas, militant écologiste, auteur et ancien opposant aux OGM, dans une critique de l'article de Rockstrom :

 

« L'intensification durable [...] placerait l'agriculture au centre d'une transformation positive plutôt que d'essayer simplement de limiter son impact négatif tout en produisant des récoltes suffisantes pour nourrir l'humanité. »

[

Mais quelles sont ces limites ? Sont-elles scientifiquement fondées ? Et qu'en est-il des problèmes économiques, logistiques et politiques que nous voyons maintenant et qui ne disparaîtront probablement pas dans deux décennies ?

 

Rockstrom a introduit le concept de « frontières planétaires » en 2009. Une grande partie de l'attention des dévots des « frontières planétaires » s'est concentrée sur le changement climatique. Dans ce cas, on voit apparaître des chiffres réels (la question de savoir si leurs objectifs feront ce qu'ils sont censés accomplir est un autre sujet) : la concentration de dioxyde de carbone devrait être limitée à 350 ppm pour réduire le réchauffement climatique à 1,5 degré Celsius au-dessus des températures d'il y a 150 ans.

 

 

Rechercher des chiffres de durabilité

 

 

 

 

Rockstrom, Lynas et d'autres disent que l'agriculture peut jouer un rôle important dans la lutte contre le changement climatique. Mais d'autres tendances, telles que celles axées sur la biodiversité, l'utilisation des terres et les produits chimiques, soulèvent des questions sur la faisabilité des objectifs des frontières planétaires :

 

  • Utilisation des terres. Aujourd'hui, 40 % de la surface de la terre est cultivée. Utilisant les méthodes actuelles, les terres cultivées « dépasseront l'estimation préliminaire de l'espace "d'utilisation sûre " de 1.640 million d'hectares (6,3 millions de miles carrés) avant 2050 », écrivent les auteurs du document (citant un rapport du PNUE).

     

  • Espace ouvert. Une proposition de l'étude de Rockstrom prévoit une couverture forestière de plus de 75 % pour les systèmes forestiers critiques au niveau mondial et de 85 % pour la forêt pluviale et la couverture forestière tempérée – actuellement, ce chiffre est de 62 %.

     

  • Eau. Actuellement, 2.600 kilomètres cubes d'eau douce par an sont utilisés, principalement pour l'agriculture. La limite de la frontière planétaire proposée est de 4.000 kilomètres cubes par année. Cela signifie que la productivité de l'eau devrait augmenter de 50 % d'ici 2030.

     

  • Diversité génétique. Le document appelle à une perte de biodiversité nulle dans les zones agricoles et à maintenir les taux d'extinction en dessous de 10 extinctions par million d'espèces-années (E/MEA). Actuellement, ce niveau est compris entre 100 et 1.000 E/MEA.

     

  • Azote/phosphore. Cet article proposait de fermer les boucles de nutriments et de maintenir l'utilisation globale du phosphore à niveau inchangé, tout en élevant l'azote et le phosphore dans les pays en développement. Ceci, selon les partisans des frontières planétaires, réduit le flux de phosphore vers l'océan, en particulier à partir des engrais et de l'érosion des sols.

 

 

Certains sont d'un autre avis

 

Sans surprise, l'idée de frontières planétaires a ses détracteurs.

 

Dans un débat tenu en 2013 par Nature Conservancy, Erle Ellis, géographe et spécialiste de l'environnement à l'Université du Maryland, Baltimore County, a comparé les questions locales et mondiales :

 

« La preuve est incontestable qu'il existe des points de basculement locaux – pour les récifs coralliens, par exemple – mais pas pour les récifs globaux. Ce n'est pas un train fou. Les écosystèmes changent, mais ce n'est pas un effet domino. Vous pouvez changer tous les systèmes sur la planète. Mais cela constitue-t-il un point de basculement global ? »

 

Et dans un commentaire dans Nature, Simon Lewis, un scientifique de l'University College of London, a souligné une certaine confusion entre « point de basculement », « frontière globale » et « espace de sécurité ». Alors que le « point de basculement » implique l'existence d'une ligne nette, d'autres offrent une certaine marge de manœuvre, et il est difficile de calculer la relation entre les effets globaux et les effets locaux :

 

« Certains paramètres sont des limites fixes, pas des frontières. Prenez les perturbations du cycle du phosphore : elles sont représentées dans le concept des frontières planétaires par la quantité de phosphates qui s'écoulent dans les océans à partir du ruissellement des engrais, ce qui peut provoquer des efflorescences algales et un déficit en oxygène pour la vie marine. Conçue de cette manière – "ne pas détruire le milieu marin" – la frontière a du sens. Mais le plus grave pour l'humanité est que le phosphore est un nutriment clé pour les plantes. L'engrais est produit à partir de phosphates naturels, qui se forment sur des échelles de temps géologiques. Quand il est parti, il est parti. Cela ne représente pas une limite seuil : c'est une limite d'épuisement. L'humanité ne peut pas utiliser plus de phosphate naturel qu'il n'y en a. »

 

 

 

 

Mais pendant ce temps, nous avançons, nous devons produire assez de nourriture pour soutenir notre population existante et croissante. Un objectif de développement durable de l'ONU, élaboré en 2015, est d'éliminer la faim et la pauvreté d'ici 2030. Cela signifie que la production alimentaire doit augmenter de 50 % dans le monde, de préférence avant cette date.

 

Un autre problème est le rôle du petit agriculteur – la plus grande partie de l'agriculture est pratiquée par les petits agriculteurs (environ 2,5 milliards pour 500 millions de petites fermes, selon la FAO). Canaliser les bonnes innovations et technologies vers ces agriculteurs pauvres reste un défi majeur. Philip Pardey, un directeur de l'économie appliquée de l'Université du Minnesota, et ses collègues ont écrit dans Nature :

 

« Sans efforts pour améliorer la diffusion mondiale et l'adaptation des technologies pertinentes localement, il deviendra vraisemblablement beaucoup plus difficile pour les agriculteurs pauvres de se nourrir, et encore plus de nourrir les populations de plus en plus urbanisées des pays. »

 

Quel rôle joue la technologie dans ce domaine ? La recension de Lynas et l'article de Rockstrom traitent tous deux de la biotechnologie et des « OGM » comme rendant la production agricole intensive moins dommageable pour l'environnement. Une FAQ du Genetic Literacy Project (projet d'alphabétisation génétique) sur la durabilité a examiné le débat entre le biologique et le conventionnel, et les accusations portées par les agriculteurs biologiques (et les militants anti-biotechnologie) selon lesquelles l'agriculture conventionnelle pollue, épuise et réduit la diversité :

 

« Cela change à mesure que les agriculteurs conventionnels se concentrent davantage sur les meilleures pratiques. De nombreuses études montrent que l'agriculture non biologique produit beaucoup plus de nourriture avec des coûts plus faibles et, dans certains cas, moins d'intrants par hectare. Elle utilise souvent moins d'eau ; et certaines plantes génétiquement modifiées, telles que le maïs, le soja, le cotonnier et l'aubergine Bt résistants à des insectes, nécessitent moins de pesticides chimiques que leurs homologues bio. »

 

Le débat sur l'agriculture durable et l'alimentation reste très complexe. Des études axées sur les avantages et les inconvénients de l'agriculture intensive pourraient donner une idée analytique du terme « durabilité », dont de nombreux critiques prétendent qu'il ne signifie ni plus ni moins que ce que les utilisateurs veulent lui faire dire.

 

_____________

 

* Andrew Porterfield est un auteur, éditeur et consultant en communication pour des institutions universitaires, des entreprises et des organismes sans but lucratif du domaine des sciences de la vie. Biographie. Suivez-le @AMPorterfield sur Twitter.

 

Source : https://geneticliteracyproject.org/2018/01/12/produce-enough-food-planet-feed-everyone-need-gmos/

 

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abeil vivente 07/02/2020 21:32

Le Washington Posts? Quelle référence!!! Ha, Ha..ha..... Nous savons à qui l ’appartient.

Seppi 08/02/2020 09:02

@abeil vivente le vendredi 07 février 2020 à 21:32

Bonjour,

Merci pour votre commentaire.

C'est d'une très grande qualité argumentative… Mais vous devriez relire attentivement le billet.