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Agriculture, alimentation, santé publique... soyons rationnels

Les pesticides sont-ils bons ou mauvais ?

22 Février 2018 , Rédigé par Seppi Publié dans #Risk-monger, #Pesticides

Les pesticides sont-ils bons ou mauvais ?

 

Risk-monger*

 

 

(Source)

 

Un suiveur de Twitter légèrement irrité m'a demandé l'autre jour : les pesticides sont-ils positifs pour l'environnement ou négatifs pour l'environnement ? Comme il était plutôt difficile de répondre en moins de 280 caractères, voici ma réponse détaillée à une question « évidente » qui ne devrait vraiment pas être posée dans une discussion entre adultes.

 

Je grimace toujours quand Sainte Rachel est évoquée.

 

Nous devons reformuler la question. Il ne s'agit pas de savoir si les pesticides sont bons ou mauvais pour l'environnement mais plutôt de nous demander : l'agriculture est-elle bonne ou mauvaise pour l'environnement ?

 

Dans la mesure où nous ne pouvons plus survivre en chassant ou en cueillant des baies, dans la mesure où l'agriculture implique la mise en culture de prairies et de forêts, dans la mesure où nous devons irriguer et fertiliser pour produire plus de nourriture pour répondre aux besoins d'une population croissante, il est évident que l'agriculture est mauvaise pour l'environnement.

 

Le défi devient donc : comment pouvons-nous développer l'agriculture d'une manière qui réduit la pression sur l'environnement.

 

Jusqu'aux années 1950, la mise en culture de terres, l'abattage des forêts et le recours au travail manuel (généralement des enfants) étaient les solutions pour nourrir les populations croissantes. Cependant, au cours des 70 dernières années, les solutions sont devenues une meilleure utilisation des terres, une bonne gestion des sols et de l'eau et des techniques agricoles plus performantes. Si vous pouvez augmenter les rendements (produire plus de nourriture sur moins de terre), limiter les intrants et la main-d'œuvre, alors l'agriculture aura moins d'impact sur l'environnement.

 

Les pesticides sont un outil de précaution précieux dans la stratégie d'agriculture durable – réduisant les pertes de rendement en empêchant ou en limitant les attaques de ravageurs et de maladies, ou la compétition pour les nutriments du sol. Comme pour toute innovation, les premiers produits chimiques, des années 1950, étaient plutôt costauds, mais au fil du temps, la toxicité et les niveaux d'exposition ont été réduits. Malheureusement, de nombreux critiques de l'agrotechnologie se concentrent sur ces premiers pesticides, même s'ils ont été retirés du marché il y a des décennies.

 

Les défis agricoles ont évolué au cours de la dernière décennie (moins d'agriculteurs, contraintes climatiques, problèmes d'eau et d'épuisement des sols), et les pesticides ont également évolué pour aider l'agriculture à ne pas trop stresser l'environnement grâce à des outils tels que les semences résistantes à des herbicides, l'agriculture de conservation, les traitements de semences et l'agriculture de précision. Les progrès de l'agrotechnologie ont été impressionnants dans la création de pratiques agricoles plus durables, et les innovations dans le domaine de la protection des cultures ont apporté une contribution importante à la solution de ces problèmes.

 

La réponse courte à une question qui n'aurait jamais dû être posée est : oui, les pesticides sont bons pour l'environnement... très bons.

 

C'est pourquoi je suis ébahi lorsqu'un politicien naïf comme Emmanuel Macron imite ses conseillers militants et appelle à une nouvelle approche de l'agriculture (supposée sans pesticides). Pour Macron, les pesticides sont mauvais (du moins c'est ce que ses sondages lui disent aujourd'hui). Mais comment l'agriculture sera-t-elle meilleure s'il abandonne les solutions agrotechnologiques, et ce, sans comprendre le problème ? Je crains que le contexte tragique que vivent les agriculteurs français ne fasse que s'aggraver.

 

 
La « mauvaise » réponse

 

En rejetant l'agrotechnologie (refusant volontairement les innovations actuelles dans le domaine des semences, des pesticides et des engrais), le lobby du bio nous laisse avec les solutions des années 1950 : défricher plus de terres, trouver plus d'intrants en termes de travail tout en produisant et en consommant moins. Peut-être mangeons-nous trop de viande ; mais réduire notre consommation ne devrait-il pas être une décision personnelle et non une contrainte qui nous serait imposée par nécessité ? Et qui sommes-nous pour décider de cette question pour les citoyens des marchés émergents (dont les dirigeants se contentent d'imposer par un copier-coller la législation de luxe de l'UE à leurs petits agriculteurs) ?

 

Peut-être que je me fais vieux, mais j'ai vu trop de cas de personnes qui réagissent contre des solutions sans comprendre la anture des problèmes, de personnes ne posant pas les bonnes questions et de personne au pouvoir qui ont perdu la capacité (et l'humilité) d'écouter. La procédure de l'UE pour le glyphosate a marqué un tournant dans la stupidité. Le fait que nos débats aient été canalisés vers les chambres de résonance des réseaux sociaux a aggravé la situation, car la capacité de réflexion critique ne peut que souffrir sous le poids d'un biais de confirmation et de l'ignorance. Les Européens posent une question sur les pesticides qui reflète une immaturité intellectuelle.

 

Ceux qui, dans l'UE, ont la prétention d'orienter la politique supposent que les pesticides sont mauvais et cherchent à résoudre le « problème » par précaution (les retirer du marché). Pour certains, comme José Bové, la réponse est évidente et focalisée sur le nombril : les agriculteurs français, dit-il, doivent se concentrer uniquement sur l'alimentation des Français. À mesure que les Européens s'éloignent volontairement des solutions agritechnologiques, les rendements baisseront et les régimes alimentaires mondiaux devront s'adapter.

 

 

Est-ce vraiment la « bonne » réponse ?

 

Personne ne semble contester la baisse des rendements dans le cadre de la nouvelle approche, mais les bruyantes voix occidentales exigeront-elles que les agriculteurs muets du Sud se remplissent leur ventre ? Sans outils de protection des cultures, les petits paysans des pays en développement ont de la chance quand ils peuvent produire suffisamment pour nourrir leurs propres familles, et encore plus quand ils peuvent nourrir leurs villages. Que se passera-t-il lorsque les forces du marché amèneront ces agriculteurs pauvres à produire des aliments bio pour les consommateurs européens ? Ils souffriront avant nous, mais dans ce nouveau « paradigme agricole », nous souffrirons sans doute sans eux.

 

Revenons à la question : les pesticides sont-ils bons ou mauvais ? Une personne qui pose une telle question pense sans doute qu'elle a des intentions louables... mais penser que les pesticides ne sont pas bons, selon le schéma proposé par le lobby opportuniste du bio, a des conséquences bien trop graves pour qu'on puisse en mesurer l'ampleur.

 

N'est-il pas temps de poser une meilleure question ?

 

______________

 

* David pense que la faim, le SIDA et des maladies comme le paludisme sont les vraies menaces pour l'humanité – et non les matières plastiques, les OGM et les pesticides. Vous pouvez le suivre à plus petites doses (moins de poison) sur la page Facebook de Risk-Monger.

 

Source : https://www.facebook.com/riskmonger/

 

 

 

 

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U
De toute évidence, l'Homme est mauvais pour l'environnement. Que faire ?
Répondre
S
Bonjour,

Merci pour ce commentaire.

« Si l'alcool te gêne dans ton travail, supprime le travail »... affiche très en vogue du temps où j'étais étudiant.