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Agriculture, alimentation, santé publique... soyons rationnels

JT du vendredi 9 février 2018 : France 2 file un bien mauvais coton

12 Février 2018 , Rédigé par Seppi Publié dans #critique de l'information, #Activisme, #Pesticides, #Inde, #Santé publique

JT du vendredi 9 février 2018 : France 2 file un bien mauvais coton

 

 

 

 

Vendredi, 9 février 2018, M. Laurent Delahousse présente au journal télévisé de 20 heures un « document » de quatre minutes et demie intitulé « le coton qui empoisonne » sur la vidéo et « Conso : la face cachée du coton » sur le site FranceTVInfo.

 

 

Motif de ce « reportage » ? Aucun.

 

Qualité de ce « reportage » ? Nulle.

 

 

De la désinformation en guise d'information

 

Une belle désinformation qui nous montre un père et son fils allant au champ, dans le Penjab, en Inde, l'un portant un pulvérisateur à dos et l'autre un bidon :

 

« Pour augmenter les rendements, il [le cotonnier] est le plus souvent cultivé à grand renfort de pesticides, comme ici, dans le Pendjab. À l'image des milliers d'agriculteurs de la région, ce père de famille répand un mélange d'insecticides très dangereux pour la santé. Dans son réservoir, il y a notamment du diéthion, que l'Union européenne a interdit en 2002, car il serait très toxique pour le foie. Mais ni lui ni son fils qui travaille avec lui ne portent de protection. »

 

Passons vite sur l'imprécision de la première phrase : les pesticides, ce n'est pas pour augmenter les rendements, mais pour les sécuriser et éviter les pertes.

 

 

Une évidente mise en scène

 

Qu'y a-t-il dans le bidon ? Le reporter serait sans nul doute incapable de répondre. Alors, « un mélange d'insecticides très dangereux pour la santé », c'est de l'esbroufe, de la gesticulation (étant toutefois entendu que les produits phytosanitaires ne sont pas anodins).

 

À 1:05, le père demande à son fils de ne pas approcher le bidon près de son corps : « …c'est du poison ! » Mais le père ne voit aucun inconvénient à faire porter le bidon par son fils...

 

Pire encore, le père pulvérise... et le fils le suit, en touchant les plantes !

 

 

 

 

Que faut-il penser de cette vidéo ? C'est à l'évidence un montage destiné à faire pleurer dans les chaumières. Mais pas que...

 

On ajoutera que le père et le fils ont des chemises propres... pour aller traiter des cotonniers. Mais le père dit qu'il n'a pas assez d'argent pour acheter des gants et un masque...

 

Et le fils – tiens, il n'est pas à l'école ? – serait gravement malade et aurait besoin d'une transplantation du foie. Soyons cyniques : ça tombe bien pour le « reportage » : le diéthion « serait très toxique pour le foie ».

 

 

Tous malades des pesticides

 

Le misérabilisme continue. À 2:08 :

 

« Dans le village, cerné par les champs de coton traités aux pesticides, il y a un malade voire un mort quasiment dans chaque famille... »

 

Maladie du foie, insuffisance rénale, cancer de la peau... tout cela est attribué implicitement aux pesticides.

 

 

Une curieuse étude « scientifique »...

 

Un bon « reportage » – en droite ligne de ce que nous pouvons voir dans certains documenteurs – ne saurait se concevoir sans une image d'un article scientifique. Nous avons donc « Malwa region, the focal point of cancer cases in Punjab: A Review study » de Shikha Nanda et al.

 

 

 

 

Dans les cinq auteurs, deux dentistes, un étudiant de collège et un étudiant d'université. Mais tout de même un professeur assistant dans un centre pour la santé publique de l'Université du Penjab. Curieux titre de journal – International Journal of Current Research in Multidisciplinary (IJCRM) – qui semble incomplet. Il suffit d'une brève visite de son site pour se rendre compte que c'est une revue prédatrice qui propose une revue par les pairs rapide et de qualité, avec publication dans un délai moyen de 20 jours...

 

Les auteurs prétendent que « les résultats de la présente étude révèlent que l'incidence inhabituellement élevée de cancers dans la région de Malwa sont dues [sic] à la sur-utilisation de pesticides.

 

 

 

 

Mais il s'agit essentiellement d'une recherche bibliographique avec des mots clés comme « Révolution Verte », « terre agricole », « pesticides », « ceinture du cancer ». En d'autres termes, une recherche destinée à trouver ce que les auteurs voulaient trouver. Mais l'article n'est pas inintéressant.

 

 

 

 

...qui pointe vers d'autres problèmes...

 

Quoique... Ils ont ratissé plutôt large et déniché une étude (« Population Based Cancer Registries at Chandigarh and SAS Nagar, Mansa, Sangrur districs Punjab State, India ») qui trouve un risque de cancer double dans les zones urbaines par rapport aux zones rurales. Une autre (« Impact and extent of ground water pollution: a case study of rural area in Punjab State (India) », de Sewa Singh) a trouvé un excès de fluor dans 65 % des échantillons d'eau.

 

Mais, ite missa est... le coupable, c'est les pesticides...

 

C'est d'autant plus surprenant que le cotonnier est maintenant Bt à plus de 95 % – résistant au principal ravageur, le ver de la capsule Helicoverpa armigera – et que l'emploi des insecticides a considérablement diminué.

 

 

...et que l'auteur du « document » instrumentalise outrancièrement

 

Le « reportage » montre aussi une portion de l'étude et surligne la phrase selon laquelle il y avait plus de 800.000 nouveaux cas en 2001 et qu'ils augmenteraient à 1.220.000 en 2016.

 

 

 

 

Pourtant, le texte est clair : il s'agit, d'une part, de l'ensemble des cas en Inde – et non de la région de Malwa (ou du Penjab comme il est dit par la voix off) – et, d'autre part, la cause spécifiée est l'augmentation de la population. Selon la phrase qui précède celle qui est surlignée, « [l]e nombre absolu de patients atteints de cancer augmente rapidement du fait de la croissance de la taille de la population ».

 

Le « reportage » verse donc ici dans la manipulation grossière. Dans le genre de celles – allons, nous pouvons la citer sans trop risquer de procédure bâillon – de l'écodéesse Vandana Shiva. Il y eut aussi – sur France 2 – ce Cash Investigation et ses 97 % d'échantillons alimentaires qui contiendraient des résidus de pesticides (voir par exemple ici)...

 

 

L'autisme, c'est aussi les pesticides

 

Le « reportage » passe ensuite à « un autre drame qui frappe les enfants » et qui « serait » du à « cette pollution »... conditionnel de manipulation médiatique de rigueur.

 

Images dans un centre de soins pour autistes... évidemment, on montre des enfants d'un « cultivateur de coton »... Mais curieusement, les analyses d'urine montrent une forte concentration en métaux lourds... Qu'à cela ne tienne, « des métaux lourds qui viendraient en bonne partie des pesticides ».

 

C'est les pesticides, on vous dit... Dites nous quels pesticides contiennent de l'aluminium, du baryum, du plomb ou du nickel...

 

 

Un article de vulgarisation instrumentalisé

 

Sur fond d'image d'un article de Sciences et Avenir, au titre putassier, « Autisme : les pesticides mis en cause » la voix off nous apprend que « plusieurs équipes de chercheurs à travers le monde font en effet un lien entre les métaux lourds et l'apparition de l'autisme ».

 

 

 


 

Mais l'article en cause ne traite que d'une seule étude scientifique. Et on nous présente une image qui fait un lien entre autisme et pesticides. Un lien qui relève du cum hoc, propter hoc car l'article de M. Jalinière précise : « Il est important de préciser que, si la corrélation établie est forte, elle ne constitue pas une relation de cause à effet avérée. »

 

 

La solution ? Le « bio »...

 

On verse ensuite dans le grandiloquent par l'intermédiaire du Dr Pritgal Singh : « Quand vous portez un T-shirt, souvenez-vous qu'il est taché du sang de nos enfants. »

 

Pour arriver à l'objectif de ce « reportage » : « Pour mettre fin à ce drame, la production de coton bio serait une solution, mais elle ne représente en Inde que 1% des cultures à ce jour. »

 

Pensez-vous que l'auteur de ce « document » se soit interrogé sur ce 1 % ? Ce serait trop lui demander...

 

Et pensez-vous que la direction de France 2 mettra des barrières pour empêcher ce genre de manipulation grossière ? Ce serait trop lui demander...

 

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M
Cest un "documentaire" de france 2 a quoi vous attendiez vous a de l objectivité et un vrai raisonnement profond!
En revanche c'edt de ne pas tomber sur des articles comme le votre plus facilement je l ai trouvé en recherchant les differences entre voton conventionnel (gros pollueur cela semble évident ) et coton bio que l on nous vend comme formidable pour l'environnement sans aucune nuance et il est bien difficile de trouver une page qui decrit quels produits sont utiluses en bio.
En tout cas merci pour votre article
Répondre
S
Bonjour,

Merci pour votre commentaire.

Je ne m'attend pas à l'objectivité sur ce genre de sujet… et je décode quand cela est possible.

Le cotonnier "conventionnel" est une des plantes qui nécessitent le plus de traitements insecticides et, compte tenu des surfaces cultivées, c'est le premier "consommateur" de pesticides au monde.

Je ne sais pas comment se compare le cotonnier GM à d'autres plantes, mais la réduction des quantités est considérable.


Pour le coton bio, ce site vous dit que quand toutes les mesures de prévention ont échoué à contrôler les parasites dans les limites de l'acceptable, on peut utiliser de l'huile de neem ou des pyréthrines. La première est un perturbateur endocrinien au moins suspecté ; les deuxièmes sont produites à partir de cultures qui doivent être protégées avec des fongicides… de synthèse… et elles ont tendance à flinguer bien au-delà des insectes ciblés.

https://www.organiccotton.org/oc/Organic-cotton/Agronomic-practice/Pest-management.php

Pour l'environnement, c'est aussi à voir. Pour produire la même quantité de coton, il faut augmenter les surfaces du fait d'en rendement moindre, ce qui a un impact environnemental certain. Il suffit de penser aux besoins d'eau d'irrigation ou de pluie. Bilan ? Je ne suis pas sûr qu'il soit vraiment positif.

https://qz.com/990178/your-organic-cotton-t-shirt-might-be-worse-for-the-environment-than-regular-cotton/
F
Hélas... et ce genre de reportage est financé par de l'argent public, donc par nos impôts...
Répondre
S
Bonjour,

Merci pour votre commentaire.

Raison de plus pour critiquer la chaîne. On finira peut-être par être entendu...