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Agriculture, alimentation, santé publique... soyons rationnels

J'en ai marre...

25 Février 2018 , Rédigé par Seppi Publié dans #Divers

J'en ai marre...

 

Willi l'Agriculteur

 

 

 

 

Je suis à la Porte de Brandebourg aujourd'hui à 13h30 [l'article a été publié le 20 janvier 2018]. Pas à la manifestation, mais au rassemblement de clôture de « Wir haben es satt » [nous en avons marre – un collectif défendant l'« agriculture paysanne »], une alliance de critiques de l'agriculture. Il y a eu une certaine excitation dans les préparatifs quand ils ont su que je venais. Mais je veux engager la conversation avec nos critiques. Nous verrons comment ils réagiront. Je n'ai rien à perdre. Et tout à gagner, même si ce n'est que de l'expérience.

 

 
Voici mes éléments de langage pour la conversation.

 

D'où vient la frustration ?

 

Pas tant des prix, comme on pourrait s'y attendre. C'est certes un élément, mais nous avons appris à vivre avec.

 

Ce que j'entends sans cesse dans mes conférences (devant maintenant plus de 15 000 agriculteurs), c'est la frustration issue des critiques presque quotidiennes et des exigences qui pèsent sur les agriculteurs. Et il y a vraiment beaucoup de gens qui les formulent. Ce ne sont pas seulement Greenpeace, Foodwatch, BUND, NABU, WWF, les églises. Les demandes d'Aldi, Lidl, Edeka et Rewe sont encore plus significatives.

 

Cette critique arrive de plus en plus vite et de plus en plus fort – et toujours de manière indifférenciée et générale. Et on envoie également des messages différents. L'un veut plus de bien-être animal, l'autre exige que l'on ne mange plus de viande du tout. Il y a aussi des exigences légales, de plus en plus de formulaires, de plus en plus de contrôles ou d'audits.

 

À un moment donné, les agriculteurs lâchent pied. Ils peuvent à peine suivre le rythme et le volume des nouvelles demandes, et ils prennent aussi, tout simplement, peur. La peur que tout cela prenne le dessus. Et la peur rampante de laisser passer ou d'oublier quelque chose, ou de prendre une mauvaise décision, parce que les exigences sont en partie contradictoires. Et puis ils finissent par abandonner. Ce que je veux dire à tous ici, c'est ceci : à force d'imposer trop de demandes nouvelles et partiellement contradictoires, l'entreprise paysanne familiale meurt. Ne restent que les grandes entreprises. Et ce n'est pas ça que vous voulez.

 

 

Contre les entreprises

 

Je suis aussi contre les entreprises. Mais davantage contre Rewe, Edeka et les discompteurs qui poussent constamment les prix vers le bas avec des pratiques déloyales. En termes de ventes et de profits, ces sociétés n'ont absolument rien à envier aux sociétés internationales auxquelles vous vous opposez. Cela ne ferait pas de mal de jeter un œil sur elles et leurs méthodes. C'est pourquoi j'ai rejoint l'initiative d'Agrar-Bündnis (alliance agraire) contre Amazon Fresh. Parce que si cette entreprise pèse maintenant aussi sur le marché, la spirale des prix ira encore plus bas. Si nous voulons et devons faire plus pour le bien-être des animaux, nous devons le financer d'une manière ou d'une autre. Et si vous venez juste de construire une nouvelle écurie, il y a trois ans, la banque voudra bien récupérer son argent. Il n'y a alors pas de marge financière. Maintenant, je pourrais dire quelque chose d'autre sur l'autorité de la concurrence, sur le double standard des consommateurs et de nombreux autres sujets, mais le temps ne suffirait pas pour cela.

 

 

Y a-t-il des solutions ?

 

Oui, une très simple. Une interdiction des importations de produits alimentaires ne répondant pas aux souhaits des consommateurs européens. Par exemple, le soja génétiquement modifié du Brésil. Que se passerait-il? La culture des légumineuses serait enfin payante. Les produits alimentaires et la viande seraient probablement plus chers et on consommerait probablement moins de viande. Cela permettrait d'élever moins d'animaux et il y aurait moins de fumier. Nous n'importerions plus de denrées alimentaires. Moins d'huile de palme en provenance d'Indonésie signifie plus de plantes oléagineuses en Europe, etc. Mais pour les bananes, le café ou le cacao, nous, agriculteurs, nous devrions renoncer. Mais on peut évidemment se rabattre sur les pommes et le lait.

 

Et alors on pourrait supprimer les subventions. Et le citoyen aurait plus d'argent dans sa poche et pourrait payer une nourriture devenue plus chère. Donc, fondamentalement, c'est plutôt simple et le tout sans impôts supplémentaires, sans interdictions. Si on avait... On pourrait... Ce serait...

 

 

Que pouvons-nous faire ensemble ?

 

Débattre très sérieusement ! Se battre pour le meilleur moyen. La controverse n'est pas un combat, comme on l'entend dans de nombreux discours. Les agriculteurs et la société, y compris les voix critiques comme celles d'aujourd'hui, doivent s'asseoir à une table plutôt que de s'éviter, jusqu'à ce qu'un concept ait été adopté par toutes les parties. Cela fonctionne plutôt bien à la base, mais plus on monte dans les hiérarchies, plus cela devient difficile. L'Association des Agriculteurs se plaint des ONG et, en retour, son président se voit décerner le dinosaure de l'année. L'Association pour la Protection des Animaux se retire de l'initiative pour la protection des animaux parce qu'elle veut faire adopter son propre label. Et le ministre Schmidt en a encore un dans le tiroir, qui ne va pas assez loin pour certaines personnes. Rien ne pourra être réalisé par un combat des uns contre les autres.

 

Nous sommes ici à la Porte de Brandebourg. Jusqu'en 1989, elle était le symbole de la division, de deux systèmes différents. Ce que je veux dire par là, c'est que nous tous, nous les agriculteurs, mais aussi leurs critiques, devons abandonner nos postures de citadelles. Je comprends ce qu'on entend par « On en a marre ». Mais ça ne peut pas rester à ce stade. Parce que, moi aussi, j'en ai marre. J'en ai marre d'être constamment pris pour un bouc émissaire de la nation.

 

Devons-nous nous parler ? Non, nous devons réfléchir ensemble ! Et ce serait génial que les uns pensent plus souvent aux autres. En tant qu'êtres humains...

 

Pouvons-nous faire cela ?

 

Votre Willi l'Agriculteur, un activiste d'un genre différent

 

_______________

 

* Willi l'Agriculteur (Bauer Willi) exploite 40 hectares en grandes cultures (betterave sucrière, colza, céréales) en coopération opérationnelle. Il a été double-actif jusqu'à l'automne 2014. Son deuxième métier a été le suivi et le conseil aux agriculteurs pour une entreprise familiale (sucrerie). Depuis lors, il continue d'exploiter son domaine en tant que pré-retraité et a du temps pour écrire et partager son expérience.

 

Il contribue aussi bénévolement à l'association (fondation) des habitants de sa commune et à une coopérative agricole.

 

Source : http://www.bauerwilli.com/ich-habe-es-satt/

 

 

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