Overblog
Editer l'article Suivre ce blog Administration + Créer mon blog
Agriculture, alimentation, santé publique... soyons rationnels

Glyphosate : ah, ces sociologues post-modernes de l'INRA...

11 Février 2018 , Rédigé par Seppi Publié dans #critique de l'information, #Activisme, #EFSA, #Union européenne, #Politique

Glyphosate : ah, ces sociologues post-modernes de l'INRA...

 

Encore une tribune propagandiste dans le Monde

 

 

 

 

Le Monde, section Sciences – pas Planète pour une fois – a publié le 6 février 2018 (date sur la toile) une tribune de M. David Demortain (sociologue au Laboratoire Interdisciplinaire Sciences Innovations Sociétés et relevant de l’Institut National de la Recherche Agronomique (INRA)), « Glyphosate : "L’expertise scientifique n’a pas été décisive" ».

 

 

Des éloges qui valent brevet d'inconduite scientifique
 

Elle a fait l'objet d'un commentaire élogieux de M. Martin Pigeon, activiste du Corporate Europe Observatory (c'est cette « ONG » qui arrive même à trouver que M. Christopher Portier fait l'objet de fausses accusations...) : « Un remarquable papier de synthèse ». Un commentaire relayé par l'eurodéputé Éric Andrieu, l'un des ténors de l'activisme contre le glyphosate et Monsanto...

 

 

 

 

M. Stéphane Foucart n'a pas été en reste. Un de ses gazouillis – neutre – est répercuté avec ce commentaire : « ...une tribune édifiante... »

 

 

 

 

Remarquable, édifiante, elle l'est en effet, cette tribune. Chapô du Monde :

 

« Les agences d’expertise officielles sont prisonnières d’une économie de la connaissance façonnée par les firmes agrochimiques, explique David Demortain, sociologue à l’INRA, dans une tribune au "Monde". »

 

Il y a des éléments qui peuvent être intéressants dans cette œuvre, n'eût été l'incroyable déni de réalité qui conduit à produire une analyse post-moderne fondée sur préjugés et partis pris et à œuvrer pour un projet socio-politique au mieux contestable.

 

 

Une mainmise des entreprises sur la connaissance ?

 

S'agissant du glyphosate, pris pour cas d'école dans cette tribune, nous disposons d'une quantité considérable de documents – d'information et de désinformation.

 

Se pose dès lors une question ultra-simple : l'« économie de la connaissance » est-elle réellement « façonnée par les firmes agrochimiques » ? La réponse est évidemment non.

 

Comment l'auteur peut-il occulter la production scientifique académique– réelle (et sincère) et parallèle (orientée, voire militante par dessein ou simplement bêtise) – et la production activiste ? Tout ceci échappe, pour l'essentiel, aux « firmes agrochimiques ».

 

Et puisque l'auteur pense qu'une « économie de la connaissance » est « façonnée », comment peut-il ignorer l'influence d'autres acteurs ? D'autres firmes comme les entreprises de la grande distribution et du biobusiness qui ont par exemple financé les rats de qui vous savez... Ces entreprises souvent désignées par « ONG » qui cherchent des pesticides dans les cheveux ou le pipi de deux douzaines de personnes et disposent de formidables relais médiatiques...

 

 

Une mainmise des entreprises sur l'évaluation ?

 

Mais l'auteur a peut-être oublié de préciser d'emblée qu'il se plaçait dans le cadre étroit de l'évaluation des substances aux fins de l'autorisation de leur mise en marché.

 

Et là, la littérature activiste prétend que les agences d'évaluation – en Europe ce sont principalement l'Autorité Européenne de Sécurité des Aliments (EFSA) et, en tant qu'institution de l'État rapporteur pour le glyphosate, l'Institut Fédéral pour l’Évaluation des Risques (BfR) – se sont fondées (exclusivement) sur les études fournies par les industriels. Le chapô de la tribune épouse cette thèse qui transparaît dans les propos de l'auteur.

 

Mais ne peut-on pas attendre d'un sociologue – fût-il de l'INRA – de vérifier l'état des lieux ?

 

Le volume incriminé du rapport du BfR dans la pseudo-affaire des « copier-coller » avait pourtant été publié, notamment par la mouvance activiste ; son introduction était explicite sur le mode opératoire.

 

Le BfR avait pourtant répondu de manière didactique. En particulier :

 

 

 

 

« Pour les sections du renouvellement du rapport d’évaluation concernant les méthodes de surveillance analytique, la toxicologie, le métabolisme et l’évaluation des résidus, le BfR a évalué toutes les études et publications soumises par le candidat, ainsi que des études publiées dans des revues scientifiques, qui ont fait l’objet de recherches par le BfR.

 

La procédure légalement suivie pour l’approbation de substance active au niveau de l’UE stipule explicitement que le candidat doit présenter des résumés d’étude. Pour des raisons de transparence, le BfR a également décrit la description détaillée de l’étude et les évaluations du candidat. Dans le volume 3 du renouvellement du rapport d’évaluation, pour les études toxicologiques d’origine, mais il a ajouté ses propres commentaires critiques (en italique). En conséquence, le lecteur peut déterminer si le BfR et le demandeur sont parvenus à des évaluations identiques ou différentes dans le cas de chaque étude individuelle. En d’autres termes, le BfR énumère ses propres évaluations indépendantes de la pertinence, de la qualité scientifique et de la validité de toutes ces études et publications conformément aux dispositions légales. L’évaluation sanitaire indépendante du BfR pour l’intégralité des études soumises par la candidat et la littérature sur la recherche se trouvent dans le volume 1. »

 

 

 

 

 

L'EFSA n'avait pas été en reste, y compris à la demande de la Commission Européenne (résumé avec liens ici). Le 22 septembre 2017, elle écrivait en particulier :

 

« Ces allégations sont sans fondement et se basent sur un manque de compréhension fondamental du cadre réglementaire d'évaluation des pesticides dans l'UE.

 

[…]

 

"Dans le système réglementaire de l'UE sur les pesticides, tel qu’énoncé dans la législation européenne, le point de départ de toute évaluation des risques est un dossier constitué par l'entreprise qui sollicite la mise sur le marché d'une substance active (le pétitionnaire)".

 

Le Dr Url a ajouté : "Il est normal et nécessaire que certaines parties du dossier soumis par la compagnie apparaissent dans certaines parties du projet de rapport d'évaluation préparé par l'Etat membre rapporteur".

 

Le dossier soumis par l’entreprise aux autorités réglementaires contient des études de sécurité obligatoires, financées par l'entreprise, ainsi que des publications évaluées par des pairs, qui sont pertinentes pour la substance active en question.

 

Les entreprises sont tenues de fournir une synthèse des études de sécurité ainsi que la littérature évaluée par les pairs, conformément aux lignes directrices établies, et de soumettre ces informations aux autorités réglementaires. »

 

Les « agences d’expertise officielles » sont-elles « prisonnières d’une économie de la connaissance façonnée par les firmes agrochimiques » parce que les pétitionnaires sont tenus de produire un dossier complet comportant l'ensemble des études et des données bibliographiques pertinentes ? Bien sûr que non ! Mais pour le sociologue...

 

 

La campagne de dénigrement du processus réglementaire continue

 

M. Url avait du reste ajouté :

 

« "Malheureusement, les récentes allégations semblent relever d'une campagne bien orchestrée et constituer le dernier exemple en date d'une série de tentatives déployées pour discréditer le processus scientifique qui sous-tend l'évaluation du glyphosate par l’UE" [...].

 

"Si nous encourageons volontiers toutes les parties intéressées à exercer un examen attentif de nos travaux, il est cependant important que l'intégrité d'un processus scientifique prescrit par la loi ne soit pas compromis intentionnellement en vue d'un bénéfice politique à court terme." »

 

Cette tribune s'inscrit sans nul doute – par ignorance, insouciance ou à dessein – dans une telle campagne. Nous penchons pour les trois motifs... Le Parlement Européen vient de décider la création d'une « commission spéciale sur la procédure européenne d’autorisation des pesticides », alias « commission Monsanto », il importe donc de maintenir la pression médiatique et donc politique.

 

L'adresse de cet article est aussi parlante : le titre initial aurait dû être : « Le glyphosate, ou le piège de la privatisation de l'expertise publique ».

 

 

« L’expertise scientifique n’a pas été décisive » ? Exact...

 

Cela va bien plus loin que le constat – exact – que « [l]’expertise scientifique n’a pas été décisive ». Il s'est peut-être trouvé un titreur au Monde qui a encore le sens du ridicule.

 

Mais nul besoin d'être grand clerc pour faire le constat de l'impuissance de la raison scientifique sur l'émotion sociétale et l'opportunisme politicien : il suffisait de suivre la saga, même dans une feuille de chou gratuite, pour se rendre compte que l'expertise scientifique a été suivie de manœuvres politiques et politiciennes, avec certains acteurs gouvernementaux qui ont fait fi, avec éclat, de ladite expertise.

 

Un chercheur digne de ce nom aurait aussi cherché dans les documents pertinents de la Commission Européenne, notamment celui-ci (résumé de la saga ici). Il aurait ainsi constaté que, par exemple, trois États membres ont voté contre l'ultime proposition « en raison de la sensibilité politique et sociétale et de préoccupations environnementales » (lire : capitulation devant une opinion dite « publique »).

 

Et cet auteur, plutôt que d'incriminer le volet scientifique du processus réglementaire, se serait intéressé à ce volet politique.

 

 

 

 

« Contre toute attente, l’expertise scientifique n’a donc pas été décisive »

 

L'auteur écrit : « [c]ontre toute attente »... Est-il naïf à ce point ou est-ce pour les besoins de son argumentation ?

 

Cela fait longtemps que les décisions politiques en matière d'autorisation de mise en marché – notamment pour les pesticides, les OGM et les substances entrant dans les aliments ou entrant en contact avec eux – sont déconnectées de la rationalité scientifique des évaluations.

 

Le pompon a certainement été décroché par Mme Ségolène Royal qui s'est flattée d'avoir reçu des fleurs de M. François Veillerette au nom de plus de 40 ONG pour – écrivit-elle – « mon combat vs le glyphosate au niveau européen ».

 

 

 

 

 

Le bobard de l'Allemagne qui fait une fleur à Bayer

 

L'auteur écrit encore :

 

« Aucune étude scientifique décisive n’a motivé le changement de position de la Pologne ou de l’Allemagne – plus liée, semble-t-il, au rachat de Monsanto par Bayer qu’à un calcul de risque cancérogène. »

 

Là, on peut aussi être estomaqué par l'à-plat-ventrisme devant l'activisme, conjugué à la paresse dans la recherche des sources authentiques.

 

Le revirement allemand n'a rien à voir avec l'acquisition envisagée de Monsanto par Bayer, mais à la fenêtre politique ouverte par la piètre performance du SPD aux élections, ainsi que par l'exaspération devant les manœuvres politiciennes passées de Mme Barbara Hendricks (voir ici et ici).

 

Il suffisait aussi de connecter quelques neurones : l'acquisition de Monsanto par Bayer a été annoncée le 14 septembre 2016. Et le gouvernement allemand se serait opposé au renouvellement du glyphosate pour quinze ans, puis pour dix ans, avant de réaliser que les intérêts de Bayer – de l'Allemagne industrielle et industrieuse – étaient en jeu ?

 

Quant aux Polonais, ils avaient voté contre la proposition de dix ans parce qu'ils voulaient quinze et se sont rabattus, en dernier ressort, sur les cinq de l'ultime proposition.

 

 

Pristine (enfin...) recherche publique c. vénale recherche privée

 

Le biais militant – réel ou apparent – ressort aussi de la comparaison entre recherche privée – celle qui est censée produire le seul matériau à la disposition des agences d'évaluation – et recherche publique. Notamment :

 

« La recherche publique, elle-même, a son économie, très contrainte, que les budgets publics peinent à financer. Que des experts issus d’universités soient en situation de conflit d’intérêts parce qu’ils mènent des études pour des firmes, travaillent avec elles dans des réseaux européens, voire qu’ils publient des articles prérédigés par les firmes, est le symptôme de la marchandisation de la recherche universitaire, et de la rareté relative des recherches de plus long terme, d’intérêt public. »

 

Que de préjugés et de partis pris ! Les conflits d'intérêts sont vus sous le seul angle des relations avec les « firmes » (rappelons à toutes fins utiles que les règles européennes exigent des partenariats public-privé pour les programmes de recherche financés par « Bruxelles »...).

 

Des « articles prérédigés » ? La pensée sociologique est obscurcie par les « Monsanto Papers ».

 

Ah, la « marchandisation » d'une recherche qui devrait être pristine... Et la « rareté »... heureusement qu'elle est « relative »... Hep ! Les cohortes AHS et AGRICAN, Pélagie, PHYTONER...

 

 

Le bobard du secret des études des industriels

 

Il y a aussi, toujours repiqué du discours des activistes :

 

« Les agences ne donnent pas accès à ces études, notamment parce que les firmes ont réussi à faire admettre depuis une dizaine d’années environ qu’elles constituent une propriété intellectuelle. »

 

L'EFSA (voir ici et ici) et les pétitionnaires ont pourtant donné accès aux études – certes avec des limitations et pas dans les conditions souhaitées par les activistes.

 

Les activistes et leurs alliés réussissent le tour de force de se plaindre de l'opacité de l'évaluation et de vilipender – dans le même temps – cette évaluation grâce aux documents obtenus dans le cadre de la transparence (et aussi grâce à des députés européens qui se seront faits pourvoyeurs).

 

Cela rappelle une histoire ancienne – et nous rappelle que les manipulations médiatiques ne sont pas frappées d'obsolescence après première utilisation. Qui vous savez – vous savez, ceux qui ont décidé de défendre leur réputation scientifique au prétoire et d'agiter la menace de procédures bâillons – avaient pu aller à la pêche aux différences significatives en 2009 grâce à des documents « obtenus grâce à des procédures judiciaires […] ou à la courtoisie de gouvernements ou de juristes de Greenpeace ».

 

 

La propriété intellectuelle sur les données non divulguées

 

Quant à la « propriété intellectuelle », un des textes de base est l'article 39 de l'Accord sur les Aspects des Droits de Propriété Intellectuelle qui Touchent au Commerce (ADPIC, en anglais : Agreement on Trade-Related Aspects of Intellectual Property Rights, TRIPS). Cet accord a été adopté, non pas il y a « une dizaine d'années environ », mais le 15 avril 1994, dans le cadre des négociations ayant abouti à la création de l'OMC, et est entré en vigueur le 1er janvier 1995. Il est peut-être utile de rappeler la teneur du paragraphe 3 :

 

« 3. Lorsqu'ils subordonnent l'approbation de la commercialisation de produits pharmaceutiques ou de produits chimiques pour l'agriculture qui comportent des entités chimiques nouvelles à la communication de données non divulguées résultant d'essais ou d'autres données non divulguées, dont l'établissement demande un effort considérable, les Membres protégeront ces données contre l'exploitation déloyale dans le commerce. En outre, les Membres protégeront ces données contre la divulgation, sauf si cela est nécessaire pour protéger le public, ou à moins que des mesures ne soient prises pour s'assurer que les données sont protégées contre l'exploitation déloyale dans le commerce. »

 

Cette disposition répond à l'évidence à une demande des industries fondées sur la recherche-développement, notamment pharmaceutique, qui dépensent des millions d'euros pour leurs AMM. Elle a aussi été promue par les gouvernements des États qui craignaient de voir leur industrie, notamment pharmaceutique, pillée par les génériqueurs (aujourd'hui, certains font la promotion des génériques pour « sauver » le système de santé...).

 

Mais « les firmes ont réussi à faire admettre... », c'est perroqueter le discours activiste... C'est le droit de l'auteur, mais nous sommes en droit d'exiger mieux de son institution.

 

 

Dans le secret des « organismes internationaux discrets »

 

L'auteur note avec raison que les agences d'évaluation sont exigeantes :

 

« Lors même que ces études [issues de la recherche publique] sont disponibles, elles ne rentrent pas forcément dans le lot des connaissances considérées par les experts pour évaluer les produits. L’évaluation des risques qu’ils pratiquent est une discipline en soi, avec ses critères de fiabilité, de qualité et d’applicabilité des études. Elle a ses protocoles préférés, ses manières de mesurer la toxicité, ses formules de calcul. […] C’est grâce à ces méthodes que les études peuvent être répliquées, et que les évaluations sont rendues in fine plus robustes. »

 

On pourrait prendre cela pour un brevet d'excellence... Mais non...

 

Notons incidemment que le Centre International de Recherche sur le Cancer – pourtant friand d'études susceptibles d'asseoir ses conclusions de cancérogénicité avérée, probable ou possible – est aussi très sélectif. Sa décision sur le glyphosate repose sur une petite dizaine d'études... Et il a expressément écarté la fameuse étude sur les rats...

 

Dans la citation précédente, nous avons omis ceci :

 

« Ces méthodes sont le plus souvent forgées dans des organismes internationaux discrets, où sont sur-représentés les scientifiques des firmes et les experts habitués à l’évaluation de leurs produits. »

 

Voilà le début d'une belle théorie du complot, de la manipulation du processus d'évaluation et de décision par les industriels. Sans le moindre début de preuve, il va de soi. Mais la preuve, pfff !

 

Une partie des méthodes a été élaborée à l'OCDE. Nous n'avons pas connaissance d'une sur-représentation des industriels dans cet organisation... Idem pour l'EFSA, l'EPA, etc.

 

 

Toc, toc, toc, voici la science en toc...

 

La suite :

 

« Mais c’est aussi en leur nom [au nom de ces méthodes] que des études peuvent être déclarées non pertinentes, et la base des connaissances prises en compte dans l’expertise réduite d’autant. »

 

Il est ainsi reproché aux méthodes qui garantissent la fiabilité, la qualité, l'applicabilité, la reproductibilité et la robustesse des études d'écarter celles qui ne présentent pas ces caractères...

 

La boucle est bouclée... Bienvenue à la proposition bizarre faite au Parlement Européen dans le cadre de ses débats sur les perturbateurs endocriniens. Il faudrait :

 

« qu’aucune hiérarchie ne donne la priorité aux données scientifiques générées conformément à des protocoles d’études convenus au niveau international par rapport aux autres données scientifiques ».

 

 

Un alignement de sophismes

 

Mais il est temps pour l'auteur de conclure :

 

« Les agences d’expertise européennes sont un élément de cette économie de la connaissance. Elles en recueillent les produits, mais n’influencent que marginalement son fonctionnement. On ne leur en a pas donné la mission ni les moyens. Si elles restreignent leur travail à la validation d’études préformatées – tel le directeur de l’EFSA assimilant dans un entretien le travail des experts à la vérification d’informations d’état civil pour délivrer un passeport – et qu’elles disqualifient dans le même temps la pertinence scientifique des avis d’autres acteurs, y compris des ONG, elles seront prisonnières de cette économie de la connaissance. »

 

On ne peut qu'être d'accord avec la première phrase. Les agences sont, en fait, un élément important et remarquable, fournissant un état des lieux exhaustif sur la science fiable, etc. portant sur les sujets pour lesquels elles sont appelées à donner un avis.

 

Quant à la deuxième, c'est la régurgitation de la rhétorique activiste de la mainmise des industriels sur le processus d'évaluation. On tourne autour du totem... Et c'est grossièrement faux. Les agences sont parties prenantes dans la définition des règles et exigences en matière de contenu et de présentation des dossiers, ainsi que des protocoles d'essais.

 

Mais c'est là un élément de langage indispensable pour le dénigrement de l'EFSA et de l'ECHA actuelles pour atteindre l'objectif d'un « Âge Facebook de l'évaluation » : mettre face à face la bonne science et la science poubelle... et compter le nombre de « like » ou de décibels.

 

Si elles n'évoluent pas dans cette direction – ce qui nécessite une décision politique qui leur échappe – elles « seront prisonnières de cette économie de la connaissance ».

 

Elles sont donc déjà « prisonnières »... Le chapô du Monde avait bien saisi le sens du propos.

 

Ajoutons que nous n'avons pas connaissance des étranges propos prêtés à M. Bernhard Url.

 

Et, en guise de conclusion

 

« Il y a fort à parier alors que leurs avis continueront de créer la controverse autant que d’éclairer les décisions politiques. »

 

Deuxième partie largement fausse, de nombreuses décisions politiques faisant fi du rationalisme scientifique.

 

Première partie largement vraie, mais pour une raison simple : tout avis non conforme à la rhétorique activiste sera source de controverse, et ce, dans les sphères activistes, sur les réseaux sociaux et, malheureusement certains médias.

 

Un sociologue de l'INRA a sans nul doute droit à sa liberté de parole. Mais a-t-il le droit d'engager son institution sur de tels chemins qui prônent l'égalité entre la science et l'obscurantisme ?

Partager cet article
Repost0
Pour être informé des derniers articles, inscrivez vous :
Commenter cet article