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Agriculture, alimentation, santé publique... soyons rationnels

« De l’exploitation en milieu fermier écolo » de M. Yann Kindo

27 Février 2018 , Rédigé par Seppi Publié dans #critique de l'information

« De l’exploitation en milieu fermier écolo » de M. Yann Kindo

 

Glané sur la toile 227

 

 

 

 

Notre ami Yann Kindo a publié « De l’exploitation en milieu fermier écolo » sur son blog sur Médiapart :

 

« Je voudrais évoquer dans ce billet un point aveugle des discours apologétiques sur les fermes dites "agroécologiques", pour reprendre le terme le plus vague et le plus fourre-tout, et donc le plus à la mode. Dans ces lieux qu’on nous offre souvent en exemple ou plus encore en véritable modèle à suivre, j’ai remarqué à plusieurs reprises qu’une question semblait passer largement à la trappe et rester hors du radar des fans, alors qu’il s’agit pourtant de la question fondamentale de l’économie politique, à savoir celle du travail, de sa rémunération… et de son exploitation. On va donc voir que parfois, dans ce milieu, quand on parle d’une "exploitation agricole", le côté "exploitation" est bien plus développé et performant que le côté "agricole"… »

 

C'est une analyse sur deux exemples emblématiques et largement médiatisés – le mas de Beaulieu, la ferme expérimentale de Terrre et Humanisme en Ardèche, et la Ferme du Bec Hellouin dans l'Eure – et une ferme laissée anonyme en Saône-et-Loire.

 

Ce n'est certes qu'anecdotique et, en principe, peu représentatif. Mais cela devrait être un point de départ pour des enquêtes plus approfondies sur les pratiques qui ont cours dans ce milieu... Allô, les inspecteurs du travail... Non mais allô quoi...

 

Nos pérégrinations nous ont amené à un site proposant une « Formation permaculture reconnue par Pole Emploi » sur cinq jours... Non mais dans quel monde êtes-vous (à supposer que ce soit vrai) ?

 

M. Kindo donne trois références d'analyse sur la ferme du Bec Hellouin :

 

http://www.barricade.be/sites/default/files/publications/pdf/2015_-_la_permaculture_le_nouveau_graal_agricole.pdf

 

http://www.lutopik.com/article/bec-hellouin-en-debat

 

http://www.forumphyto.fr/2016/09/13/la-ferme-du-bec-hellouin-la-permaculture-adoubee-par-linra/

 

Forumphyto en propose d'autres dans son article.

 

 

Mais il y en a d'autres encore que ceux qui s'intéressent à cette question (pas seulement sous l'angle de l'esclavage de l'exploitant et de l'exploitation de l'éventuelle main-d'œuvre, salariée ou non) devraient lire. Le site du Bec Hellouin a été un lieu d'essai – pour une collaboration entre l'INRA, AgroParisTech et des sponsors du biobusiness – pour mesurer la rentabilité d'une petite structure maraîchère dans laquelle l'essentiel du travail se fait à la main. La série de rapports se trouve ici.

 

Celui de décembre 2014 mérite d'être lu, même s'il est particulièrement et outrageusement optimiste. Il a fait l'objet d'une analyse critique (version modifiée tenant compte des objections subséquente) de Mme Catherine Stevens... et d'une réponse plutôt belliqueuse d'un des chercheurs impliqués dans l'étude.

 

C'est un excellent exemple de « recherche » à biais sociopolitique.

 

Ainsi, M. François Léger affirme dans sa réponse : « Que les choses soient très claires : nous n'avons jamais prétendu qu'une ferme dont la surface totale serait de 1000 m² pourrait être viable. » C'est jouer sur les mots.

 

Et que dit le rapport intermédiaire N° 4 ? En encadré : « Sur une année, de septembre 2013 à août 2014, et sur 1000m2 cultivés, la valeur récoltée est de 50800 €, pour une charge de travail sur les parcelles de 2000 heures. » Et, un peu plus loin :

 

« Il est possible de créer son activité de façon à dégager un revenu net de plus de 1500€/mois, tout en parvenant à une qualité de vie correcte.

 

Les leviers pour cela sont :

 

  • la diminution de la surface cultivée à afin de bien soigner toutes les cultures

     

  • le recours à de la main d’œuvre, y compris rémunérée à grâce à l’augmentation de la valeur récoltée

     

  • l’amélioration de l’efficacité du travail en général à design, techniques et outils adaptés,… »

 

Ou encore, page 38 :

 

« il est clairement possible de tirer un revenu très correct de ce type de maraîchage, pratiqué essentiellement manuellement et sur petite surface. La viabilité économique dépendra non seulement de la performance de la production, mais aussi des autres choix entrepreneuriaux du maraîcher. »

 

Les 1000 m² de l'étude sont effectivement des mètres carrés cultivés auxquels il faut ajouter les allées, abords, dépendances... Les auteurs écrivent aussi (page 35) :

 

« en faisant une simple règle de trois : pour revenir à 1400 heures passées dans les jardins (au lieu des 1998 heures), il faudrait cultiver 700 m2, ce qui générerait une récolte valorisée à 35560 € ».

 

35.560 €, à condition que tout soit vendu aux prix utilisés pour les calculs.

 

Et, pour en revenir à l'indignation de M. Kindo :

 

« Il existe a priori plusieurs stratégies pour traiter ce point et revenir à une activité vivable humainement :

 

avoir un renfort en main d’œuvre pour traiter l’excès de charge de travail. De façon très classique, ce renfort peut prendre plusieurs formes, onéreuses ou pas :

 

o coup de main du réseau amical / familial ; o coup de main des Amapien(ne)s ;

 

o présence de stagiaires (BPREA,…) , qui présente cependant peu de latitude car les semaines sont souvent fixées par l’établissement ;

 

o embauche de personnel. De ce point de vue, la nette progression de la production, et donc de la valeur récoltée, permet de dégager une marge de manœuvre financière non négligeable (sous réserve d’une commercialisation pertinente).

 

Conclusion de M. Kindo (pour son article) :

 

« Pardon donc pour ce billet de blog acariâtre qui évoque la nécessite de rémunérer le travail, et qui ce faisant donne une mauvaise énergie aux plantes. »

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