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Agriculture, alimentation, santé publique... soyons rationnels

Chasse à courre : les divagations de la presse, les carences de M. Hulot et quand on s'informe on peut produire un excellent article dans l'Obs

22 Février 2018 , Rédigé par Seppi Publié dans #Divers

Chasse à courre : les divagations de la presse, les carences de M. Hulot et quand on s'informe on peut produire un excellent article dans l'Obs

 

Glané sur la toile 227

 

 

Le 21 octobre 2017, un cerf était abattu dans le jardin d'un pavillon de Lacroix-Saint-Ouen (Oise) à l'issue d'une chasse à courre. La scène a été filmée, la vidéo a été postée sur les réseaux sociaux, les médias se sont emparés de l'affaire, les anti-chasse se sont insurgés, des propositions de loi ont été déposées au Sénat le 22 novembre 2018 (en écriture dite « inclusive ») et à l'Assemblée Nationale le 31 janvier 2018. Bref, c'est la curée.

 

Le Dauphiné n'a pas hésité sur l'issue, avec tout de même un point d'interrogation de prudence : « La chasse à courre bientôt interdite ? ». C'était, en prenant le temps, le 7 février 2018.

 

 

L'événement est sans nul doute choquant.

 

 

Les divagations de la presse

 

Mais avant de s'insurger, on devrait lire, du Courrier Picard et du 23 octobre 2017, « Le maître d’équipage dit avoir reçu "150 menaces de mort" ». Juste pour avoir le point de vue d'un pro de la chasse. On peut ne pas adhérer à son propos, mais au moins fournit-il un éclairage. Il en est de même, de France 3 Hauts-de-France, de « Cerf tué à Lacroix-Saint-Ouen : la Société de Vénerie soutient mais sanctionne l'équipage ».

 

Ces deux titres sont à notre sens le bon côté de l'information.

 

Mais cette affaire montre aussi, une fois de plus le problème de la partialité, voire de l'irresponsabilité, de certains médias (ou journalistes) qui confondent information et chasse au scoop (et occupation permanente du paysage médiatique).

 

Ainsi, France 3 Hauts-de-France titre le 24 octobre 2018 – trois jours après l'événement : « Cerf tué à Lacroix Saint-Ouen : “Je n'ai pas donné mon autorisation”, déclare la propriétaire », mettant implicitement en cause le maître d'équipage.

 

Pourtant, dans « ...la Société de Vénerie... », toujours de France 3..., mais écrit deux jours plus tard, il est précisé :

 

« Rappelant les faits, l'association des équipages qui a entendu la plupart des protagonistes observe que "pour des raisons de sécurité et de tension palpable dans le village, la gendarmerie a donné l’instruction à Monsieur Drach, maître d’équipage de La Futaie des Amis, de tirer l’animal.»

 

Cette information n'était-elle pas disponible deux jours avant ? La gendarmerie était sur les lieux pour les sécuriser. Devait-on penser le 24 octobre que le maître d'équipage s'était livré à un acte délictueux devant les gendarmes ?

 

Mais non ! Voici ce qu'on peut lire en chapô de ce détestable article :

 

« Depuis le début de l'affaire du cerf tué samedi dans une propriété privée à Lacroix Saint-Ouen, les gendarmes affirment avoir reçu l'autorisation des propriétaires pour qu'on achève la bête. Information démentie par ces derniers. »

 

La parole d'un quidam fait le titre, celle des gendarmes le sous-titre...

 

France 3 n'a même pas fait l'effort d'un rééquilibrage par les titres...

 

 

Les carences de M. Hulot

 

M. Nicolas Hulot, Ministre de la Transition Écologique et Solidaire (dans cet ordre...) a aussi accepté de comparaître devant le tribunal de l'opinion publique le 2 novembre 2017. Cela a donné « Cerf tué dans un jardin: Nicolas Hulot dénonce une "pratique d’une autre époque" » dans 20 Minutes. Si le Président Emmanuel Macron manie l'isochronophilie avec dextérité et élégance, M. Hulot a fait preuve d'une belle lourdeur. Voici ce que donnent les déclarations mises bout à bout :

 

« ...une pratique d’une autre époque […] A la lumière de cet événement-là, je ne pense pas que la chasse à courre fasse l’unanimité, y compris dans l’univers de la ruralité .[…] Tout cela met en évidence qu’il faudrait ouvrir un débat de société sur ce type de pratique de chasse qui interroge de plus en plus l’opinion publique/ […] Personnellement, je n’y suis pas favorable. […] Je peux m’accommoder d’une chasse qui ne laisse pas le temps aux animaux de souffrir et qui joue son rôle de régulation. Mais cette chasse à courre qui prolonge l’agonie, qui met les animaux dans un état de panique, cela doit nous pousser à nous questionner. Nous sommes en 2017, ces pratiques-là remontent à d’autres siècles. […] Quand bien même ces choses-là se seraient faites dans la légalité, la légalité et la moralité ne sont pas toujours associées. Il y a quand même quelque chose de choquant dans le fait qu’on puisse, comme ça, entrer dans une propriété privée. […] J’ai d’ailleurs l’intention d’engager, en 2018, une réflexion sur la condition animale en général car quoi qu’il en soit, il faut limiter au maximum le stress et la souffrance des animaux. […] »

 

M. Hulot a manifestement des états d'âme.

 

 

Ne nous fâchons avec personne...

 

Serait-ce parce que le candidat Emmanuel Macron avait annoncé dès mars 2017 qu'il voulait rouvrir les chasses présidentielles. LCI avait titré à l'époque : « ...mais au fait, c’est quoi cette pratique héritée de la monarchie ? »

 

La question est redevenue d'actualité. Sous un titre banal, FranceTVInfo rapporte le 23 janvier 2018 le propos suivant de M. Macron :

 

« Il faut reconnaître cette pratique comme un instrument d'attractivité. C'est quelque chose qui fascine à l'étranger, ça représente la culture française, c'est un point d'ancrage ».

 

Avec « Comment Macron veut faire des chasses présidentielles de Chambord un instrument diplomatique », le JDD propose une longue analyse le 20 janvier 2018.

 

Les choses semblent se décanter à l'Élysée : Reuters titre le 15 février 2018 : « Macron réaffirme son soutien à la chasse à courre ». En fait, dès le 5 janvier 2018, Libération avait ait savoir par « Emmanuel Macron est-il favorable à la chasse à courre ? » que, « [d]'après son conseiller chasse, il en est même un fervent défenseur. »

 

Alors, M. Hulot ne s'est-il pas adonné à son sport favori, le grand écart, qu'il pratiquait déjà avec aisance quand il était saltimbanque télévisuel et qu'il pérorait sur la nécessaire protection de la nature après déployé force équipements motorisés polluants ?

 

 

...sauf avec les faits, la raison et le bon sens

 

Plaire à ses aficionados, sans déplaire à son président... Avoir des états d'âme et tourner autour du pot, après tout...

 

Mais qu'en est-il de : « Il y a quand même quelque chose de choquant dans le fait qu’on puisse, comme ça, entrer dans une propriété privée. » ?

 

M. Hulot s'est-il renseigné ? Nous sommes le 2 novembre 2017, onze jours après les faits.

 

Dans cette vidéo ci-dessous, la journaliste indique que la propriétaire a expliqué « avoir donné aux forces de l'ordre l'autorisation de mettre fin au trouble sans demander la mise à mort ». Manifestement, elle a été interrogée par téléphone et son accord pour entrer dans sa propriété était, pour le moins, implicite.

 

Nous, nous pouvons trouver choquant qu'un ministre puisse, comme ça, faire des déclarations qui mettent en cause des gens sur le plan pénal (y compris les gendarmes qui étaient sur les lieux).

 

 

Quand on veut, on peut...

 

Dans l'Obs du 26 décembre 2017, M. Arnaud Gonzague explique « Pourquoi Nicolas Hulot ne supprimera pas la chasse à courre ».

 

On a envie de dire « bof » et de donner une leçon d'instruction civique : le droit de chasse est régi par l'article L424-4 du Code de l'Environnement, qui prévoit :

 

« Dans le temps où la chasse est ouverte, le permis donne à celui qui l'a obtenu le droit de chasser de jour, soit à tir, soit à courre, à cor et à cri, soit au vol, suivant les distinctions établies par des arrêtés du ministre chargé de la chasse. [...] »

 

Modifier la loi – par la suppression de « soit à courre, à cor et à cri, » – est du ressort du législatif qui, à la date de l'article de presse, était déjà saisi d'une proposition de loi (elle était largement passée inaperçue, contrairement à celle déposée à l'Assemblée Nationale par un consortium dominé par LFI – voir ici un article fondé sur une dépêche de l'AFP). M. Hulot peut donc continuer à vivre avec ses états d'âme.

 

Mais ce serait un peu mesquin car l'article est assez informatif :

 

« Selon les derniers chiffres connus (ils sont anciens, puisqu'ils datent de 2002), les "boutons" – pratiquants payants de la chasse à courre – sont environ 10.000 en France pour 440 équipages, secondés par 20.000 à 30.000 bénévoles. Soit environ 3% des 2,1 millions de pratiquants français de la chasse.

 

C'est peu ? Oui, mais ils appartiennent souvent aux classes supérieures de la société – un "bouton" dans un équipage select peut coûter jusqu'à 3.000 euros par an – que les gouvernants n'ont guère l'envie de bousculer dans leurs habitudes. »

 

Sauf... « ...classes supérieures... » ? M. Gonzague s'est plongé dans cet univers avec « Courre toujours » paru dans l'Obs du 1er février 2018. C'est « Plongée dans l'univers ultra-codifié de la chasse à courre » sur la toile, mais en version amputée et c'est vraiment dommage, car l'article est remarquable.

 

Ceux qui auront l'occasion de le lire trouveront une description de ce milieu à mille lieues des lieux communs qui hantent l'opinion dite « publique », s'agissant de l'origine sociale des pratiquants, des traditions, de la formation et du travail des meutes, des chances du gibier.

 

Il est bon de constater qu'un journaliste peut faire honneur à sa profession quand il fait l'effort de sortir de son domaine de confort. Cela fait d'autant plus de plaisir à le souligner que nous avons souvent critiqué ses articles dans la section des commentaires de l'Obs.

 

 

La suite ?

 

Cela ne changera probablement rien à l'issue de la procédure législative tant l'émotion a pris le pas sur la rationalité. Quoique... bien des député.e.s LREM auront des vapeurs... ne fâcher ni l'opinion dite publique et les électeurs, ni le président... Quelle prestation livrera le Ministre de la Transition Écologique et Solidaire Nicolas Hulot devant l'Assemblée Nationale ?

 

Le sentiment anti-chasse est prégnant... l'effet Bambi, combiné au problème du siècle, les facilités dont dispose l'activisme.

 

M. Hulot a eu raison d'évoquer la « régulation » dans son salmigondis.

 

En 1974, à la suite d'une « initiative populaire », le peuple genevois a voté l'interdiction de la chasse sur tout le territoire du canton de Genève. Les milieux de la protection des animaux en sont fiers. Pourtant, la chasse n'a pas été supprimée : ce sont maintenant les gardes-faune qui tirent pour réguler les populations, y compris de nuit. Il faut sans nul doute être agriculteur pour comprendre ce que représente une prairie ou un champ labouré, dévasté par une harde de sangliers, ou sylviculteur pour estimer les dégâts de cervidés sur jeunes arbres...

 

Quant à la chasse à courre, elle a très mauvaise presse. Encore plus quand on tue un cerf avec une belle (et dangereuse) ramure dans un jardin. Il suffit de voir l'exposé des motifs de la proposition de loi déposée à l'Assemblée nationale (pourtant en retrait par rapport à celui du Sénat) :

 

« La chasse à courre, à cor et à cri est une pratique nobiliaire, oligarchique et barbare, digne d’un autre âge. Elle doit être interdite dans notre pays, comme la Grande Révolution de 1789 l’avait déjà fait.

 

Elle concerne une infime minorité des chasseurs de notre pays. Un équipage coûte 150 000 € par an. 450 équipages (10 000 pratiquants, 17 000 chiens et 7 000 chevaux) massacrent cerf, chevreuil, sanglier ou, plus modestement, renard, lièvre ou lapin. Cette activité ne concerne que 0,01 % des 1,2 million de chasseurs, bien loin d’être une tradition populaire de notre pays.

 

[…]

 

La chasse à courre est interdite dans de nombreux pays européens. Après l’Allemagne il y a plusieurs décennies, la Belgique en 1995, l’Écosse en 2002, l’Angleterre et le Pays de Galles ont interdit en 2005 la chasse à courre sur leur territoire. Notre pays devient le terrain de jeu des équipages de ces pays.

 

Cette pratique barbare n’a aucune utilité sociale. Elle ne contribue pas à la nécessaire régulation des espèces. Elle permet simplement à certains de laisser libre cours à leur désir de violence aveugle. La chasse à courre consiste à poursuivre un animal à cheval jusqu’à ce qu’il s’épuise afin de l’achever à l’arme blanche, si les chiens ne l’ont pas déjà déchiqueté. Les examens biochimiques effectués sur des échantillons de muscle et de sang de cerfs victimes sont caractéristiques d’un grand stress et de souffrances spécifiques.

 

Enfin, la chasse à courre mène à des troubles de l’ordre public. La population accepte de moins en moins de telles pratiques et les oppositions avec les chasseurs sont de plus en plus récurrentes.

 

Il est donc temps que notre pays se dote d’une législation visant à interdire la chasse à courre, assortie d’un plan de réhabilitation concertée des chiens, visant à éviter les abandons ou l’euthanasie. C’est l’objet de cette proposition de loi. »

 

Espérons que les parlementaires liront l'article de M. Gonzague pour remettre quelques idées à leur place...

 

Pour le « plan de réhabilitation » des chiens, on repassera... Parole, parole...

 

 

Les traditions (et l'opportunisme politicien) pour M. Macron... les savoirs traditionnels d'instruments juridiques internationaux ratifiés par la France

 

Mais nous proposerons aux honorables parlementaires d'examiner aussi le problème sous l'angle de la préservation de la biodiversité (l'avenir des races de chiens qui va bien au-delà de l'abandon et de l'euthanasie) et des savoirs traditionnels. Il y a une disposition intéressante dans la Convention sur la Diversité Biologique (article 8.j)

 

« j) Sous réserve des dispositions de sa législation nationale, [Chaque Partie contractante, dans la mesure du possible et selon qu'il conviendra] respecte, préserve et maintient les connaissances, innovations et pratiques des communautés autochtones et locales qui incarnent des modes de vie traditionnels présentant un intérêt pour la conservation et l'utilisation durable de la diversité biologique et en favorise l'application sur une plus grande échelle, avec l'accord et la participation des dépositaires de ces connaissances, innovations et pratiques et encourage le partage équitable des avantages découlant de l'utilisation de ces connaissances, innovations et pratiques ».

 

Cela vous choque-t-il ? Cela vous paraît-il absurde ? Pas tant que ça.

 

En tout cas, ce serait un beau sujet de thèse : 17.000 chiens (et 7.000 chevaux, quoique, eux, peuvent trouver un autre emploi) contre 4.000 cerfs, chevreuils, sangliers, renards, lièvres et lapins (plus 12.000 importunés qui échappent aux meutes et aux veneurs)... Un vocabulaire spécialisé de 600 mots...

 

 

Post scriptum

 

Je ne suis pas chasseur. Et je suis originaire d'une région qui a gardé le droit allemand de la chasse, ce qui permettait d'abonder de manière non négligeable le budget de la commune.

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