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Agriculture, alimentation, santé publique... soyons rationnels

« Le Roundup face à ses juges »  : un « documentaire »... 10 théories du complot (2)

7 Janvier 2018 , Rédigé par Seppi Publié dans #Glyphosate (Roundup), #Activisme, #critique de l'information

« Le Roundup face à ses juges »  : un « documentaire »... 10 théories du complot (2)

 

Øystein Heggdal*

 

 

 

 

(Dans la première partie)

 

Introduction

Quand il s'agit de l'utilisation de produits chimiques dans l'agriculture, ce sont les anecdotes et les sentiments qui l'emportent souvent

L'épidémie argentine

Poulets et crapauds atteints de malformations

Breveté comme adoucisseur d'eau

Les daphnies mortes.

 

(Ici)

 

Le glyphosate est un antibiotique

Dr Don Huber et les 40 maladies

Le Sri Lanka et la maladie rénale chronique

Porcs atteints de malformations

Manipulation de la recherche

Que se passe t-il ici ?

 

 

En vente depuis 40 ans... même dans les supermarchés !

 

 

Le glyphosate est un antibiotique

 

Dans le film, le vétérinaire américain Art Dunham affirme que le glyphosate est l'antibiotique au spectre le plus large existant dans le monde et que le glyphosate est également breveté comme antibiotique.

 

De nombreuses substances ont des fonctions anti-microbiennes. L'alcool peut tuer les bactéries, mais personne ne le considère comme un antibiotique à large spectre. Bien que j'aie des amis qui me recommandent le clair de lune comme médication, il faudra tellement de clairs de lune pour tuer les bactéries que le patient (et mon ami) mourrait en premier. C'est la même chose avec le glyphosate.

 

Oui, il est breveté en tant qu'antibiotique aux États-Unis parce que c'est une stratégie d'entreprise que de breveter autant d'utilisations d'une substance que possible. Cependant, bien que le glyphosate affecte négativement certaines bactéries, cela ne signifie pas que si ces bactéries développaient une résistance au glyphosate, elles résisteraient aux antibiotiques utilisés en médecine humaine. Le mode d'action du glyphosate sur les bactéries est complètement différent du mode d'action des antibiotiques médicaux.

 

[Ma note : Le brevet en cause a pour titre (sans valeur légale) : « Glyphosate formulations and their use for the inhibition of 5-enolpyruvylshikimate-3-phosphate synthase » (formulations de glyphosate et leur utilisation pour l'inhibition de la 5-enolpyruvylshikimate-3-phosphate synthase). La demande a été déposée en 2003 et le brevet a été délivré en 2010, au bout d'un délai curieusement long.

 

La revendication principale se lit :

 

« 1. Procédé de traitement d'un sujet animal pour une infection pathogénique, dans laquelle l'infection est provoquée par un pathogène contenant l'enzyme 5-énolpyruvoylshikimate-3-phosphate synthase, ladite enzyme étant susceptible d'inhibition de son activité enzymatique par l'agent herbicide glyphosate, le procédé comprenant l'administration audit sujet animal d'une quantité thérapeutiquement ou prophylactiquement efficace d'une source de glyphosate et d'une source d'acide dicarboxylique. »

 

La description évoque des doses de glyphosate allant de 1-2 milligrammes/kilogramme de poids corporel à... 10.000 mg/kg. En intraveineuse, les dosages préférés se situent entre environ 1 mg/kg et environ 10 mg/kg de poids corporel/minute.

 

À l'évidence, on se trouve dans des zones inaccessibles par la voie de l'alimentation avec des produits contenant des résidus de glyphosate. On ne s'étonnera donc pas que les pilules au glyphosate soient absentes des rayons des pharmaciens (et même des annonces des charlatans de la santé naturelle et du bien-être).

 

Un brevet, même accordé à Monsanto, n'est pas une garantie d'efficacité de l'invention brevetée. Mais les faits n'empêchent pas l'écolo-talibanisme de l'instrumentaliser quand cela sert leur cause]

 

Le film affirme également que le glyphosate ne tue que les « bonnes » bactéries. L'idée que le glyphosate n'affecte que les « bonnes » bactéries et non les « mauvaises » signifierait que quelque part dans le monde, il existe une liste internationalement reconnue de bonnes et de mauvaises bactéries, et que ces bactéries peuvent être définies par leur métabolisme plutôt que par leurs effets sur la santé humaine. Cette liste n'existe pas.

 

 

Dr Don Huber et les 40 maladies

 

 

Don Huber, via Vimeo

 

Le Dr Don Huber est professeur émérite de pathologie végétale à l'Université Purdue et met en garde depuis plusieurs années contre un nouveau super-organisme qui a apparemment un effet totalement destructeur sur les plantes, les animaux et les humains, causant, entre autres, des problèmes de reproduction. C'est une allégation absolument exceptionnelle car le maïs, le soja, les cochons et les humains ont des systèmes de reproduction assez différents. Dans le documentaire, il affirme qu'il est possible de retracer 40 maladies différentes vers le super-organisme, lequel a évolué en raison de l'utilisation de plantes génétiquement modifiées et de glyphosate.

 

 

 

M. Don Huber, scientifique ou activiste ?

 

Mais il est toujours incapable d'expliquer ce qu'est cet organisme, si c'est un virus, un champignon ou une bactérie. Il ne peut même pas dire s'il a de l'ADN. Mais a-t-il des preuves de l'existence de ce nouveau super-organisme ? Non, aucune. Il a refusé de partager ses données et d'exposer l'organisme à d'autres chercheurs et il n'a jamais publié de recherches évaluées par des pairs sur le super-organisme. Aucun effet observable de ce pathogène dévastateur n'a été relevé depuis qu'il a commencé à nous prévenir de l'apocalypse il y a sept ans.

 

 

Le début de la fameuse lettre confidentielle (mais postée sur Internet) de M. Don Huber au Secrétaire d'État à l'Agriculture Tom Vilsack.

 

 

M. Huber est assez doué pour transmettre des pathos, des anecdotes, et faire des liens entre des événements sans rapport. Dans cet article, un agriculteur bio canadien raconte le mode opératoire de Huber :

 

« Par exemple, il montrera les résultats d'une étude, puis, comme une illustration supposée, il affichera des photos aériennes de champs de maïs voisins prises pendant la sécheresse de 2012. Affirmant qu'un champ est non GM et l'autre GM, il soulignera le meilleur aspect du premier, en ignorant le fait que plusieurs autres facteurs peuvent expliquer la différence entre deux champs de deux fermes distinctes, malgré leur proximité géographique. »

 

Il est assez difficile de comprendre de quelle maladie Huber parle dans le film, mais quand il marmonne : « La bactérie, la bactérie », il sonne comme Marlon Brando à la fin d'Apocalypse Now.

 

 

Le Sri Lanka et la maladie rénale chronique

 

Depuis un certain nombre d'années au Sri Lanka, on étudie la cause d'une incidence élevée de la maladie rénale chronique (ou MRC) [ma note : la désignation complète est : « ...d'origine inconnue »], mais on n'a pas encore été en mesure d'en comprendre la raison. Dans le documentaire, aucune incertitude de ce type n'est présentée, mais nous rencontrons Channa Jayasumana, qui lie la MRC à l'utilisation du glyphosate en agriculture. Il croit que le glyphosate se lie aux métaux lourds dans le sol et que ces métaux lourds se retrouvent dans l'eau de boisson et les reins des gens.

 

Il y beaucoup de problèmes avec cette théorie, le manque de données étant le plus gros. Le fait que la MRC existait bien avant que le glyphosate n'ait été utilisé au Sri Lanka en est un autre. Un manque total de recherche provenant d'autres parties du monde, montrant un lien entre la MRC et l'utilisation du glyphosate, en est un troisième.

 

 

C'est, semble-t-il, la dernière publication de M. Channa Jayasumana. Notez bien qu'il s'agit d'une « hypothèse ».

 

 

Porcs atteints de malformations

 

M. Ib Borup Pedersen a une belle collection de « monstres » dans son congélateur et en photos.

 

Du Danemark vient un ancien éleveur de porcs, Ib Borup Pedersen, avec des anecdotes sur le soja génétiquement modifié dans son alimentation animale, dont il pense qu'il a conduit à des porcelets atteints de malformations. Pedersen raconte que lorsque son père produisait des porcelets avant l'introduction du soja GM, il n'y avait pas de porcs atteints de malformations. Je trouve cela un peu surprenant, car j'ai grandi dans une ferme porcine norvégienne. J'ai probablement vu la mise bas de quelque 5.000 porcelets au cours des années, et les malformations auxquelles Pedersen fait référence sont également assez courantes dans la Norvège sans OGM.

 

Une autre affirmation extravagante de M. Ib Borup Pedersen

 

Il est également un peu étrange qu'aucun autre éleveur de porcs danois n'ait remarqué le même problème. Le Danemark produit plus de 30 millions de porcelets par an et s'il y avait des problèmes avec les aliments pour animaux, des éleveurs très professionnels et très expérimentés les auraient remarqués tout de suite dans leurs statistiques de production.

 

Des recherches ont maintenant été menées sur la santé et les performances du bétail avant et après l'introduction des aliments génétiquement modifiés. Alison Van Eenennaam a publié une énorme étude en 2013 qui incluait les paramètres de production de 105 milliards de poulets de chair aux États-Unis sur une période de 10 ans ; elle conclut :

 

« Ce très grand ensemble de données de terrain ne révèle pas de problèmes de santé manifestes liés à la consommation d'aliments génétiquement modifiés, mais montre plutôt une poursuite des tendances de l'industrie qui ont été observées avant l'introduction des plantes génétiquement modifiées. »

 

 

Manipulation de la recherche

 

À la fin du documentaire, nous entendrons parler des chercheurs du Centre International de Recherche sur le Cancer (CIRC) qui, il y a deux ans, ont conclu que le glyphosate est probablement cancérogène chez les humains. Le CIRC a produit un étrange groupement des substances qui causent le cancer chez les humains. Dans le même groupe que le glyphosate, il y a : les boissons chaudes de plus de 65 °C, le travail posté, la sciure de bois, la viande rouge et le métier de coiffeur. Dans le groupe qui cause définitivement le cancer, nous trouvons : l'alcool, le plutonium, les gaz d'échappement des moteurs diesel, le soleil et la viande transformée.

 

 

 

 

Un cancérogène probable signifie simplement qu'il pourrait y avoir une certaine dose à laquelle une substance pourrait causer le cancer. Ce n'est pas une évaluation du risque de cancer à des niveaux d'exposition réels.

 

Plus étranges encore sont les révélations qui ont été faites récemment. L'agence de presse Reuters a dépeint le CIRC en tant qu'organisation dont des membres de groupes de travail sont corrompus et ont manipulé et ignoré la recherche qui ne correspondait pas à la conclusion qu'ils semblent avoir recherchée. Récemment, cet automne [2017], il a été révélé que Christopher Portier, l'un des derniers interviewés dans le film, a secrètement reçu 160.000 $ comme expert en glyphosate pour un cabinet d'avocats travaillant sur une action collective contre Monsanto. Et cela, alors qu'il a prétendu n'avoir aucun intérêt financier dans l'interdiction du glyphosate.

 

 

Que se passe t-il ici ?
 

 

 

 

Alors, c'est quoi, ce documentaire ? Eh bien ce n'est pas du journalisme. C'est de l'activisme. Et ce qu'il y a de plus intéressant dans cette histoire, c'est ce que nous ne voyons et n'entendons pas : où sont les statistiques de santé publique ? Où sont les chercheurs de l'Autorité Européenne de Sécurité des Aliments (EFSA) [ma note : et les experts des États membres, que l'on oublie toujours de mentionner] qui nous disent qu'il n'y a pas de lien avec le cancer ? Où sont les autres autorités de réglementation internationalement reconnues ? Où sont les agriculteurs du monde entier qui utilisent le glyphosate pour lutter contre les mauvaises herbes ? Où sont les représentants de Monsanto, ou de l'un des autres fabricants de glyphosate ?

 

Le coup de pub auquel la cinéaste Marie-Monique Robin a elle-même participé et qu'elle a mis en scène n'est rien d'autre qu'un ramassis d'acteurs parmi les plus marginaux et les plus déshonorés de cette croisade contre l'agriculture moderne, contre le processus réglementaire et contre la méthode scientifique. Ici, il n'y a pas de nuances, pas de débat, pas de doute. C'est le Bien contre le Mal. Des sentiments humides contre les faits arides. Ils utilisent toutes les astuces du manuel. Et la NRK [la chaîne de télévision norvégienne] a prêté sa crédibilité à des personnes qui devraient idéalement être coiffées d'un entonnoir.

 

Selon les chiffres allemands, les agriculteurs européens perdraient 20% de leurs revenus si le glyphosate était interdit. Nous devrions augmenter les labours et les façons culturales pour contrôler les mauvaises herbes ; il y aurait plus d'érosion, plus de ruissellement d'éléments nutritifs, moins de carbone séquestré, plus de carbone émis par les sols labourés, plus de consommation de gazole et moins de carbone séquestré dans les sols européens. La Norvège et l'Europe deviendraient moins autosuffisantes et l'impact environnemental de la production alimentaire augmenterait.

 

Et il n'y aurait pas pour autant plus de personnes sauvées du cancer, des maladies rénales, des bactéries résistantes aux antibiotiques, des carences nutritionnelles chez les plantes.

 

____________

 


 

* Øystein Heggdal est un agronome norvégien. Il est titulaire d'un baccalauréat en sciences de l'environnement et en ressources naturelles. Il travaille actuellement comme journaliste pour Norsk Landbruk, un magazine agricole norvégien.

 

Liv Langberg, Anders Halvorsen et Bernt Førre ont apporté un soutien essentiel à la recherche.

 

L'article a paru dans Norsk Landbruk sous le titre : « Konspirasjonsteorier om glyfosat på NRK ». Il a été traduit en anglais par Øystein Heggdal et Marc Brazeau et publié dans Food and Farm Discussion Lab, un blog qui mérite la visite, sous le titre : « 10 Conspiracy Theories About RoundUp in a Single Documentary ».

 

Source : http://fafdl.org/blog/2017/12/04/conspiracy-theories-about-glyphosate/

 

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