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Agriculture, alimentation, santé publique... soyons rationnels

Évaluer le coût réel de la décision du Burkina Faso d'éliminer progressivement le cotonnier GM

17 Janvier 2018 , Rédigé par Seppi Publié dans #OGM, #Afrique

Évaluer le coût réel de la décision du Burkina Faso d'éliminer progressivement le cotonnier GM

 

Joseph Opoku Gakpo*

 

 

Bambio Dambo, producteur de coton, et sa famille. Photo Joseph Opoku Gakpo

 

Lorsque les sociétés cotonnières du Burkina Faso ont annoncé en 2015 qu'elles éliminaient progressivement la culture du coton génétiquement modifié, elles l'ont expliqué par la perte de 50 milliards de francs CFA (76 millions d'euros) au cours de cinq des sept campagnes pendant lesquelles celui-ci avait été cultivé.

 

Les semences génétiquement modifiées produisaient du coton avec des fibres plus courtes, ce qui produit un tissu de qualité inférieure, de sorte que les sociétés commerciales ont dû réduire leurs prix sur le marché international. En conséquence, ils ont ordonné aux agriculteurs d'arrêter de cultiver du coton transgénique et de revenir aux variétés conventionnelles. Mais les profits des sociétés commerciales et des usines ne sont pas la seule considération. Une étude nationale a montré que l'introduction de cultivars génétiquement modifiés au Burkina Faso a entraîné une augmentation de 22 pour cent du rendement par rapport aux cultivars conventionnels et que les ménages agricoles ont enregistré une augmentation moyenne de 51 pour cent de leurs revenus. Maintenant, ils ont tout perdu.

 

Bien que les entreprises aient pu chiffrer leurs pertes, quel a été le coût réel – du point de vue des producteurs de coton – de la décision d'abandonner les variétés génétiquement modifiées ? Je suis allé au Burkina Faso pour le découvrir.

 

A Kiere, dans le district de Houndé, à cinq heures de route de la capitale Ouagadougou, Bambio Dambo m'a emmené dans ses champs de coton. Les plantes semblaient en très mauvais état, avec des feuilles sèches marquées de trous.

 

Le vorace ver de la capsule détruit 35 % de la récolte de coton du Burkina Faso. Photo Joseph Opoku Gakpo

 

« Les insectes attaquent les feuilles et les capsules », explique Dambo. « Ils dévorent la partie interne des capsules et vous ne pouvez jamais savoir qu'ils sont là. Si vous en avez un ici, cela signifie que tout le champ est déjà perdu. Il peut détruire jusqu'à 100% des champs. »

 

Dambo a dit qu'il n'avait pas vu ce type de dégâts il y a deux ans, ni les années précédentes, quand il semait des graines de cotonnier génétiquement modifié avec des gènes de la bactérie Bacillus thuringiensis (Bt) pour les rendre résistantes aux vers de la capsule. Ces insectes voraces détruisent jusqu'à 35 % du coton non GM produit en Afrique de l'Ouest. Le résultat est que Dambo et ses collègues perdent maintenant beaucoup d'argent en raison des attaques des ravageurs.

 

« Quand j'ai planté du coton génétiquement modifié en 2014, j'ai obtenu 40.000 francs CFA (61 euros) par hectare. L'année dernière, je n'ai réalisé qu'un bénéfice de 10.000 francs CFA (15 euros) par hectare lorsque j'ai semé des graines conventionnelles. En fait, en 2015, la dernière année où nous avons cultivé des OGM, j'ai réalisé un revenu total de 3 millions de francs CFA (4.570 euros). En 2016, lorsque nous sommes repassés au conventionnel, j'ai réalisé un revenu total de 575.000 francs CFA (877 euros) », m'a-t-il dit.

 

« Cela a affecté mon revenu. Mais j'ai la responsabilité d'envoyer tous mes neuf enfants à l'école. Je vais donc devoir chercher un prêt auprès des commerçants et de mes amis pour pouvoir les envoyer à l'école », a déploré Dambo.

 

Les sociétés cotonnières s'attendent à ce que leurs bénéfices augmentent, car elles obtiennent des prix plus élevés pour leurs fibres plus longues sur le marché international, suite à la réintroduction des semences conventionnelles. Mais le producteur ordinaire perd des milliers de francs CFA. L'histoire de Dambo n'est pas différente de ce que Karboe Guile, un agriculteur avec 80 hectares de champs de coton, m'a raconté. Je n'ai pas pu m'empêcher d'engager la conversation avec lui parce que c'est un géant, et qu'il se fait facilement remarquer par sa taille imposante.

 

Après l'élimination progressive des semences génétiquement modifiées, Guile a déclaré qu'il investissait maintenant beaucoup plus d'argent dans les travailleurs qui pulvérisent des pesticides sur les champs. Avec les semences GM, ils traitaient deux fois par saison. Mais avec les semences conventionnelles, ils traitent plus de huit fois.

 

Karboe Guile dans son champ de coton. Photo Joseph Opoku Gakpo

 

« Les choses allaient bien avec le cotonnier Bt », a-t-il déclaré. « On ne peut pas en dire autant des variétés conventionnelles. Six personnes suffisent pour prendre soin d'un hectare de cotonnier GM. Avec le conventionnel, vous avez besoin d'au moins 30 personnes. Et chaque personne que vous engagez vous coûtera 1.000 CFA (1,50 euro) par jour. »

 

Afin de réduire les coûts de main-d'œuvre, certains agriculteurs utilisent maintenant leurs enfants dans les champs, une pratique qui semble menacer les efforts déployés dans la campagne mondiale contre le travail des enfants. « Il y a un énorme problème de main-d'œuvre », a révélé Guile. « Parfois, nous devons utiliser des enfants de 12 ans sur le terrain, car il y a beaucoup de travail à faire et tout le monde doit être impliqué. Les enfants prennent froid, toussent et éternuent terriblement quand ils pulvérisent les pesticides. »

 

Certains agriculteurs ont du mal à élever leurs enfants à la suite de l'abandon du cotonnier transgénique. « Avec le conventionnel, cela coûte trop cher et c'est pourquoi la plupart d'entre nous ne pouvons pas prendre soin de nos familles et nous devons aller mendier de la nourriture auprès d'autres membres de la famille et emprunter pour payer les frais de scolarité. Habituellement, il y a à peine assez de nourriture pour la famille », a-t-il déploré.

 

Edgar Traoré, qui travaille au Forum Ouvert sur la Biotechnologie Agricole (OFAB), est convaincu que l'abandon progressif du cotonnier génétiquement modifié a été une décision terrible. « La décision de revenir au conventionnel a eu des motivations commerciales. S'ils avaient consulté des chercheurs, nous leur aurions conseillé de garder le Bt parce que je pense que ce qu'ils perdaient en termes de prestige du Burkina comme producteur de coton à fibres longues, ils l'auraient peut-être gagné en termes de meilleure santé, moins de pesticides, moins de travail et aussi de perte de temps qui aurait pu être utilisé pour produire d'autres cultures », a-t-il dit.

 

« Si vous évaluez le gain de l'autre côté, vous pouvez voir que par rapport aux 50 milliards de francs CFA qu'ils disent avoir perdus pendant sept ans, ils auraient gagné birn plus.... Et j'ai été vraiment surpris que le raccourcissement de la fibre de 1,6 mm ait pu amener tout le pays, qui est un leader dans la production de coton, à revenir à 100 % de cotonnier conventionnel. Je doute que le conventionnel soit meilleur en termes de longueur de fibre », a-t-il déclaré.

 

La société agricole américaine Monsanto a introduit la variété en collaboration avec des scientifiques locaux du Burkina Faso. Son vice-président en charge de la technologie, Robert Fraley, a déclaré que le partenariat avait été inspiré uniquement par de bonnes intentions.

 

« Notre engagement envers le Burkina a été de permettre aux organisations de sélection locales d'utiliser la technologie Bt que nous avons développée pour contribuer à la protection contre certains des problèmes d'insectes difficiles », a-t-il déclaré. « La technologie pour le contrôle des insectes a bien fonctionné... Les agriculteurs veulent cette technologie. Quand la technologie est correctement développée, elle fait des choses incroyables. Et les agriculteurs en particulier ont besoin de ces outils. »

 

Mais des groupes de la société civile comme la Coalition pour la Protection du Patrimoine Génétique Africain au Burkina Faso s'opposent à l'utilisation des OGM. Ils disent que les communautés ont besoin de protéger leurs ressources génétiques, et les cultivars Bt ne le permettent pas.

 

Mais les agriculteurs disent qu'ils croient qu'il est temps que la priorité soit donnée à leurs intérêts par rapport à ceux de tous les autres groupes. « Quand ils nous ont demandé de voter, nous avons dit que nous ne voulions pas de retour au conventionnel. Nous voulons des OGM », a déclaré le producteur de coton Soro Mahmoud. « Mais ils ne nous ont pas écoutés. Nous devrions prendre les décisions sur ces questions, pas eux. »'

 

En Afrique du Sud, où le cotonnier Bt est cultivé, les agriculteurs produisent en moyenne 2.900 kilogrammes de coton par hectare. Mais au Burkina Faso, c'est moins de la moitié, environ 1.300 kg par hectare. On ne saurait trop insister sur le rôle du cotonnier Bt dans la productivité élevée de l'Afrique du Sud – un avantage qui n'est actuellement pas disponible pour les agriculteurs du Burkina Faso. Si les sociétés cotonnières sont peut-être enthousiastes à l'idée d'un retour à leurs prix élevés, les agriculteurs qui ont du mal à faire face à la crise en paient le prix.

 

___________

 

Source : https://allianceforscience.cornell.edu/blog/assessing-real-cost-burkina-faso%E2%80%99s-decision-phase-out-gmo-cotton

 

 

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