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Agriculture, alimentation, santé publique... soyons rationnels

Comment utiliser un enfant

24 Janvier 2018 , Rédigé par Seppi Publié dans #Risk-monger, #Activisme

Comment utiliser un enfant

 

Risk-monger*

 

 

Mon avant-propos :

 

Voilà un article qui tombe à pic après ce que nous venons de découvrir sur les agissements de la Ruche qui Dit Oui !

 

 

L'avant-propos de David :

 

Cet article a été publié initialement le 15 juillet 2013 et fait partie de mes mises à jour sporadiques des archives du site fermé [ma note : hébergé en son temps par Euractiv et fermé sur intervention d'un journaliste bien connu du Monde]. Au cours des cinq années qui ont suivi, les enfants semblent avoir joué un rôle encore plus important dans le lobbying des activistes. Wayne Parent a recruté sa fille, Rachel, pour augmenter la peur du public à propos des technologies agricoles (et donc augmenter les ventes de son empire, Nutrition House, au Canada), Malala [Yousafzai] a remporté le prix Nobel de la Paix (comme je l'avais prédit) et presque toutes les ONG ont une tête d'affiche enfantine pour promouvoir leurs campagnes d'annonces de tristesse et de désolation imminentes (apparemment, nos gaspillages détruisent leur avenir, alors quelqu'un doit leur tendre un micro).

 

Maintenant, qui suis-je pour marquer mon désaccord ou protester ? Un Risk-monger, un colporteur de risques, sans doute, et l'un des pires ! Regardez dans la section des commentaires [sur Youtube] comment les partisans du bio ont acclamé l'abus de l'innocence par New MacDonald. Mais lorsque les manipulateurs de Stonyfield Organic [filiale de Danone cédée à Lactalis pour pouvoir racheter WhiteWave] ont lancé leur campagne scandaleuse Kids Define (apparemment, des enfants de neuf ans font leurs propres recherches sur les OGM et les pesticides...), je me suis dit qu'il était temps de ressortir cet article.

 

 

Une voix d'enfant, quand on l'entend clairement, peut faire honte à un adulte. Alors, devrions-nous être surpris quand des adultes utilisent des enfants pour mener leurs campagnes ? Nous ne voulons pas que les enfants soient utilisés dans les usines, les champs de bataille ou les tests scientifiques, mais qu'en est-il devant les caméras et dans les débats politiques ?

 

La semaine dernière, Malala Yousafzai est devenue le dernier enfant à être utilisé par l'ONU dans une campagne. Son histoire est convaincante, la cause est noble (beaucoup diraient, Nobel) et je ne pourrais pas imaginer qu'une personne raisonnable s'oppose à la campagne pour le droit des jeunes femmes à l'éducation. Mais lorsque Malala a prononcé un discours que l'on a rédigé pour elle devant l'ONU, le 12 juillet 2013, n'était-elle pas aussi une enfant instrumentalisée ? Elle a été ciblée par les talibans à cause d'un documentaire politique que son père, un activiste pakistanais, avait fait avec le New York Times. Dans ce documentaire de 2009, il avait présenté les défis de l'éducation d'une fille à Swat à travers les propos clairs et chargés d'émotion de sa fille alors âgée de 11 ans.

 

Beaucoup soutiendraient que la question du droit des jeunes femmes à l'éducation est trop importante, que le symbole de Malala est devenu un cri de ralliement efficace à travers le monde, et que son histoire et sa personne devraient être racontées directement. C'est, sans aucun doute, très vrai (bien que cela ressemble à une forme de gestion de marque de fabrique ou de commerce). Nous devons donc être conscients que, dans le cas de Malala, les fins justifient les moyens (et le moyen est l'utilisation d'enfants pour faire valoir notre point de vue). Ce faisant, sommes-nous beaucoup meilleurs que ceux qui forcent les enfants à travailler ou à prendre les armes ?

 

En tant que père de trois enfants aux idées claires, je ne songerais jamais à les utiliser pour faire avancer mes points de vue ou positions dans les débats auxquels je participe ici à Bruxelles. Dans la même veine, je ne les forcerais pas à travailler en tant que modèles pour enfants, acteurs ou candidats dans des concours de beauté, peu importe que les gens me disent qu'ils sont beaux. Je pense qu'il est de mon devoir de créer un environnement dans lequel mes enfants peuvent se développer normalement et non comme des instruments dans un monde qu'ils ne peuvent pas comprendre parce qu'ils ne sont pas assez mûrs. Je n'oserais jamais les utiliser, les exposer ou les mettre en danger juste pour que je marque un point.

 

 

Cela ne semble pas être le cas du Canadien David Suzuki, environnementaliste et activiste médiatique ; lors du Sommet de la Terre des Nations Unies en 1992, il a obtenu une place sur le podium en séance plénière pour sa fille de 12 ans, Severn, pour qu'elle puisse couvrir le monde de honte (voir le discours qu'on a rédigé pour elle). Elle n'était pas, à l'évidence, « juste une enfant » avec un objectif simple et unique – elle était un instrument dans un débat complexe qu'aucun enfant de 12 ans ne pouvait comprendre (quel que soit l'entraînement qu'elle aurait pu recevoir de son père).

 

Les activistes écologistes n'hésitent pas, semble-t-il, à utiliser les enfants pour susciter l'émotion : la durabilité concerne leur avenir. Donc, amener les enfants à se lever, à simplifier un problème complexe et à faire honte aux adultes qui osent demander une discussion rationnelle est très attrayant. Si la fin (« sauver la planète ») est si importante, peut-on alors justifier les moyens (utiliser des enfants) ?

 

 

Engager un enfant lobbyiste

 

Le pire des cas d'abus de la part d'activistes écologistes est celui dont j'ai été un témoin direct. Quand je travaillais sur REACH [le règlement concernant l'enregistrement, l'évaluation et l'autorisation des substances chimiques], au Conseil Européen de l'Industrie Chimique (CEFIC), en 2005, de nombreux eurodéputés nous ont contactés, perturbés qu'ils étaient par les lettres qu'ils avaient reçues d'enfants de dix ans du Royaume-Uni et qui exigeaient qu'ils votassent pour un REACH plus contraignant parce que les produits chimiques leur feraient du mal et compromettraient leur avenir. Il semble que le WWF ait visité les écoles primaires pour « éduquer » les enfants sur les dangers des produits chimiques, en leur donnant des pandas en peluche, le nom des eurodéputés de leur circonscription et des enveloppes timbrées. Vous pouvez dire à des enfants de dix ans d'écrire une lettre au Père Noël, et ils le feront. Mais quand vous dites à un enfant d'écrire à un politicien en votre nom, vous l'utilisez comme lobbyiste.

 

J'ai encore des copies de ces lettres produites au Royaume-Uni dans les cours de dessin et d'arts plastiques avec le soutien pédagogique du WWF. L'industrie chimique n'a pas joué à ce jeu et nous n'avons rien fait contre les tactiques du WWF – nous estimions que l'intégrité des enfants devait être protégée. Mais j'utilise encore aujourd'hui des parties de ces lettres qui ne permettent pas de remonter aux enfants dans mes cours sur le lobbying (pour le cours sur l'éthique dans le lobbying). Je m'étonne toujours que les activistes écologistes puissent ne pas hésiter à attribuer inlassablement à l'industrie un comportement immoral et irrespectueux envers les autres – sans se sentir coupables – alors qu'ils n'ont pour leur part aucun problème à utiliser les enfants. Je suppose que les fins justifient les moyens (et qu'ils considèrent que leurs fins sont nobles).

 

 

Toutes les manipulations d'enfants ne fonctionnent pas

 

Pire, le hamburger était trop chaud et la pauvre Cordelia s'est brûlée !

 

 

Mais il y a aussi Cordelia, la fille de quatre ans du ministre britannique de l'Agriculture, John Gummer. À l'apogée de la crise de l'ESB (vache folle) au Royaume-Uni, en 1990, Gummer a décidé de faire manger un hamburger à cette jeune fille angélique devant les médias rassemblés. Il a voulu envoyer au public britannique un message rassurant : que le bœuf britannique était sûr (tellement sûr qu'il en donnerait toujours à son propre enfant). Qu'il utilisât ainsi son enfant a soulevé à juste titre une tempête d'indignation.

 

Bien que l'opération ait été mal gérée par les responsables de ses relations publiques, Gummer a simplement fait ce que les parents de Malala ou de Severn ont fait : utiliser son enfant pour faire valoir son point de vue politique. Nous ne lui faisions pas confiance et nous n'étions pas prêts à partager son point de vue ; son instrumentalisation de son enfant, de sa fille, en est devenue outrageuse et répugnante.

 

 

L'hypocrisie de la banalité

 

Il est donc acceptable d'utiliser des enfants si nous sommes tous d'accord pour dire que les fins le justifient, mais que c'est absolument odieux si les enfants sont utilisés pour faire avancer une cause « avec laquelle nous sommes tous en désaccord ». J'appelle cela « banalité » – la perception fabriquée du consensus par les techniques de communication (mise à jour : aujourd'hui, nous utilisons le terme « tribalisme » – j'avais eu du mal à trouver un mot pour cela en 2013).

 

Nous sommes tous d'accord que les jeunes femmes ont droit à l'éducation. Nous sommes tous d'accord sur le fait que nous devons faire tout notre possible pour sauver la planète du changement climatique ou restaurer la biodiversité perdue. On pourrait donc utiliser les enfants pour poursuivre ces objectifs sans hésitation. Mais que se passerait-il si Monsanto présentait des films avec des enfants en Amazonie ou en Inde et disait que s'ils vont bien, c'est grâce aux innovations et aux contributions de l'entreprise en matière de biotechnologie ? Cela remettrait en question notre perception de banalité et nous trouverions cela inacceptable.

 

Si nous acceptons sélectivement d'utiliser des enfants dans certains cas, mais pas dans d'autres, ne sommes-nous pas des hypocrites ?

 

Il n'y a donc aucun doute que la voix d'un enfant, entendue clairement, peut faire honte à un adulte. Mais un parent ou un activiste qui utilise des enfants à des fins politiques se couvre de honte.

 

Honte à Stonyfield Organic !

Honte au NonGMO Project !

Honte au WWF !

Honte à Only Organic !

Honte à David Suzuki !

Honte à Wayne Parent !

 

Honte à l'ensemble du lobby de l'industrie des aliments bio pour tolérer cela et refuser de mettre en place un code de conduite éthique !

 

______________

 

* David pense que la faim, le SIDA et des maladies comme le paludisme sont les vraies menaces pour l'humanité – et non les matières plastiques, les OGM et les pesticides. Vous pouvez le suivre à plus petites doses (moins de poison) sur la page Facebook de Risk-Monger.

 

Source  : https://risk-monger.com/2018/01/20/how-to-use-a-child/

 

 

Et honte à la Ruche qui Dit Oui !

 

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