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Agriculture, alimentation, santé publique... soyons rationnels

Le glyphosate rend fou et irresponsable... le Monde

18 Décembre 2017 , Rédigé par Seppi Publié dans #critique de l'information, #Glyphosate (Roundup), #Activisme

Le glyphosate rend fou et irresponsable... le Monde
 

À propos de l'éditorial du 28 novembre 2017 : « Glyphosate : le passage en force »

 

 

 

Coup de théâtre ce lundi 27 novembre 2017 à Bruxelles : les États membres ont accepté le renouvellement de l'autorisation du glyphosate dans l'Union Européenne pour cinq ans.

 

Cela a mis fin à deux années de tergiversations et de manœuvres, certaines éhontées. Et cela a libéré la Commission du devoir, impopulaire et surtout ravageur pour l'image de l'Europe, de prendre la décision à la place des États. Soyons clairs : le renouvellement était inéluctable, sauf à ce que, en cas de non-décision par les États membres, la Commission eût pris le parti de faillir délibérément à ses obligations (comme elle le fait actuellement s'agissant de la culture d'OGM en Europe).

 

Cette décision n'a pas eu l'heur de plaire – mais alors pas du tout – à la branche militante du Monde qui nous abreuve en temps normal d'« informations » qui, curieusement, ne suscitent pas l'intérêt de la branche Décodeurs (pourtant...). Il en est résulté un éditorial non signé, « du "Monde» ; mais l'identité de l'auteur se laisse deviner facilement. « Glyphosate : le passage en force », est son titre.

 

Un titre choquant ! Car tout s'est déroulé à Bruxelles dans le respect des droits et obligations de chacun, en l'occurrence des États membres, et des institutions et procédures.

 

C'est un titre choquant à la mesure de la déception, très mauvaise conseillère, des tenanciers de la rubrique Planète.

 

Mais il est vrai qu'une "minorité" de dix-huit États ne rassemblant que 65,71 % de la population européenne sur la "minorité" de 65 % requise ont bafoué les légitimes (ironie) aspirations de la "majorité" des neuf États, représentant la "majorité" de 32,26 % de la population, qui ont voté contre et de celui qui s'est abstenu...

 

Il est vrai aussi que l'exercice normal de la démocratie ne peut être qu'un « passage en force » pour un journalisme qui n'est plus d'opinion depuis longtemps, mais de militantisme effréné.

 

Selon le chapô,

 

« Le renouvellement pour 5 ans de la licence de l’herbicide en Europe ferme le débat sur le fait de libérer un modèle agricole d’une agrochimie empoisonnant agriculteurs et écosystèmes. »

 

C'est tout aussi choquant, mais de bêtise crasse.

 

Car le cirque médiatico-militant du Monde pourra être entretenu pour les échéances à venir, si proches qu'il n'y aura pas d'entracte : décembre 2020, lorsque la France sortira du glyphosate, foi de promesse présidentielle ; et décembre 2022, lorsque le renouvellement de l'autorisation sera de nouveau sur la table européenne. Car cela ne fait aucun doute pour nous : il n'y a pas d'alternative au glyphosate et celui-ci sera aussi utile et, dans certains cas, indispensable en 2020 et en 2022 qu'en 2017.

 

Quant aux petites et moins petites entreprises qui aiment à se qualifier d'ONG, c'est le jackpot : le fond de commerce de la contestation est sécurisé, les financements par des parties plus ou moins intéressées sont assurés pour au moins cinq ans.

 

Les raccourcis d'écriture automatique – le « glyphosate, herbicide controversé », le « glyphosate déclaré cancérogène par l'OMS » (ou le CIRC chez les militants qui ont encore un peu d'amour propre), etc. – ne sont pas prêts d'être remisés.

 

Du reste, l'éditorial « du "Monde» nous gratifie d'un « herbicide controversé » et – en intertitre, s'il vous plaît – d'un « "cancérogène probable" ». Quant aux ficelles rédactionnelles, elles sont devenues pavloviennes :

 

« La défiance a surgi en mai 2015, quand le Centre international de recherche sur le cancer (CIRC), l’agence spécialisée des Nations unies, a classifié l’herbicide le plus vendu au monde de "cancérogène probable". Quelques mois plus tard, l’agence européenne chargée de l’évaluation des pesticides parvenait à la conclusion inverse. »

 

Surtout ne pas donner le nom de l'EFSA... Ni évoquer l'EChA... Ni préciser que l'EFSA (et les experts des États membres) a pris position sur le classement du CIRC et l'a infirmé... Ni évoquer les autres agences internationales (l'OMS et la FAO) et nationales (dont notre ANSES). À ce niveau de carence, on est dans le registre du mensonge caractérisé, fondé sur, approximativement, un douzième de vérité.

 

Et « [l]a défiance a surgi » ? L'allumette a certes été craquée par le CIRC, mais le Monde s'est fait pyromane depuis ce 20 mars 2015. S'est-il fait une fois pompier ?

 

Il y eut donc « passage en force » au détriment :

 

« des pays [qui] comme la France avaient ouvert une discussion sur la possibilité de libérer un modèle agricole d’une agrochimie empoisonnant agriculteurs et écosystèmes. »

 

Il ne nous semble pas que telle était l'ambition de la France qui, eût-elle été réelle, aurait caractérisé un détournement de procédure manifeste. Et c'est une bien grave accusation de l'agrochimie (le Monde la déploiera-t-il quand le cuivre de la bouillie bordelaise, et de l'agriculture biologique, sera – prochainement sur la sellette?).

 

Il y eut donc aussi « passage en force » au détriment :

 

« ...des élus. Fin octobre, le Parlement européen a adopté à une large majorité une résolution réclamant l’interdiction progressive du ­glyphosate, assortie de mesures de restrictions immédiates pour les particuliers et les espaces publics. »

 

C'est curieux ! Car la résolution du Parlement n'est pas contraignante, et il ne saurait donc y avoir de passage en force, à moins de considérer qu'une résolution non contraignante est... contraignante. En outre, selon le communiqué de presse du Parlement, « Les députés demandent de supprimer progressivement le glyphosate; interdiction complète d’ici à fin 2022 »... la décision des États membres est un renouvellement jusqu'à... fin 2022. Et elle est assortie de mesures de restriction...

 

Et il y eut aussi « passage en force » au détriment :

 

« ...des citoyens, mobilisés comme rarement autour d’une "Initiative citoyenne européenne", une pétition à valeur légale, qui a réuni à ce jour plus de 1,3 million de signatures. »

 

Ce sont les nouvelles règles de la démocratie post-moderne : une pétition « à valeur légale » rassemblant un peu plus d'un million de signatures validées est l'expression de la volonté majoritaire – voire unanime – de quelque 510 millions d'Européens.

 

Les textes institutionnels donnent, à juste titre, une grande latitude à la Commission dans ses réponses à des ICE. Mais, en l'occurrence, il s'agit d'une ICE portant sur l'objet des obsessions et de la fixation de certains journalistes du Monde. Ces textes auraient donc dû être écartés au profit d'une obligation faite aux États membres de répondre le doigt sur la couture du pantalon aux injonctions des manipulateurs d'opinions.

 

Et il y eut enfin « passage en force » au détriment :

 

« ...de l’opinion publique européenne. Selon un sondage réalisé début novembre dans plusieurs pays de l’UE, environ 80 % des personnes interrogées exprimaient le souhait que le glyphosate soit interdit. »

 

C'est là un avatar des nouvelles règles de la démocratie post-moderne : la dictature de l'opinion dite « publique » et des sondages.

 

On peut adopter un style amusé et sarcastique pour commenter cet éditorial caricatural. Mais on peut – on doit – aussi s'inquiéter d'une dérive qui rejette à ce point les canons du vivre-ensemble. Une dérive qui se produit dans un journal de grande audience – et dans un éditorial qui l'engage explicitement.

 

On peut écrire, un peu mécaniquement, que les grands anciens disparus – les Hubert Beuve-Méry, Jacques Fauvet... – doivent se retourner dans leur tombe. On peut aussi interpeller la rédaction, les grandes plumes politiques du moment – les Raphaëlle Bacqué, Françoise Fressoz... – sur les implications d'un rejet aussi massif des principes élémentaires de la démocratie pour faire passer, en force, un projet sociétal fondé sur une véritable escroquerie (démontrée par ce volet des « Monsanto Papers » que le Monde a quasi systématiquement occulté), promu grâce à des manœuvres dont le Monde a été partie prenante, et relevant in fine du caprice et de la lubie.

 

On peut – on doit – simplifier : rejet des principes élémentaires de la démocratie. Apologie du fascisme, ici « vert ».

 

Mais fascisme tout court. Pour mettre les points sur les « » avec un exemple, la "majorité" de 32,26 % de la population de la population européenne qui aurait été flouée de sa légitime victoire, c'est un peu moins que la majorité des 33,94 % des électeurs français qui ont voté Marine Le Pen au deuxième tour des présidentielles.

 

 

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