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Agriculture, alimentation, santé publique... soyons rationnels

Euractiv – Euractivisme en français – et le glyphosate : quelques nouvelles (plus très fraîches) de Bruxelles

21 Décembre 2017 , Rédigé par Seppi Publié dans #critique de l'information, #Activisme, #Glyphosate (Roundup), #Union européenne, #CIRC

Euractiv – Euractivisme en français – et le glyphosate : quelques nouvelles (plus très fraîches) de Bruxelles

 

 

Il arrive aussi à Euractiv de succomber au choc des photos -- ou de manipuler l'opinion grâce à lui

 

 

Euractiv a quelques problèmes de traduction vers le français. C'est peut-être le résultat de son association avec le Journal de l'Environnement.

 

Euractiv a pris l'opinion du CIRC sur la dernière étude états-unienne dérivée de l'Agricultural Health Study. « Le CIRC ne spéculera donc pas sur l’impact potentiel d’une étude sur cette opinion d’experts »... Circulez...

 

Lors d'une session du 13 novembre 2017 de la Commission de l'Agriculture et du Développement Rural (AGRI) du Parlement Européen, M. Andriukaitis a dit ses quatre vérités sur l'affaire du glyphosate.

 

Euractiv en anglais est ouvert à la critique. La version française verrouille. Et c'est au détriment d'une information de qualité.

 

 

Euractiv en français cultive l'écologiquement correct

 

Le 20 novembre 2017, le site Euractiv a publié un article intitulé en anglais : « WHO agency isolated in glyphosate fight ». Faisons un peu confiance à Google translation : « Agence de l'OMS isolée dans la lutte contre le glyphosate ». Ce serait plutôt « dans la bataille du glyphosate ».

 

Ce titre a dû être fort déplaisant du côté des rédacteurs de la version française. Alors il est devenu : « Isolé sur le glyphosate, le CIRC répond ». Cette réponse n'est pourtant qu'une petite partie du texte.

 

Voici le chapô de la version anglaise :

 

« The WHO’s International Agency for Research on Cancer (IARC) is standing firmly by its opinion that glyphosate, the world’s most commonly used weedkiller, is probably carcinogenic to humans despite a new large-scale study suggesting the opposite. »

 

Cela donne en français :

 

« Le Centre international de recherche sur le cancer, le CIRC, émanant de l’OMS, n’en démord pas : le glyphosate, pesticide le plus utilisé au monde, est probablement cancérigène. L’agence est cependant isolée. »

 

Nous ne contesterons pas la faculté qu'ont les traducteurs de faire des adaptations. Ce qui nous dérange, en revanche, ce sont les biais introduits dans les textes. Fallait-il faire le lien avec l'OMS – qui du reste ne partage pas l'avis du CIRC ? Pourquoi zapper, en chapô, la référence à « une nouvelle étude de grande envergure suggérant le contraire » ? Alors que l'article fait précisément suite à cette étude ?

 

Les deux textes divergent notablement pour la partie introductive, mais l'essentiel y est. Cependant, dans la version française, on a senti le besoin d'ajouter :

 

« Le "CIRC", structure discrète de l’OMS, s’est acquis une vraie réputation en quelques mois. »

 

Une vraie réputation dans le cadre d'une polémique... Et une réputation qui se traduit aussi par « CIRCgate ».

 

 

Le CIRC s'obstine

 

« Euractiv a contacté le CIRC pour récolter la réaction des spécialistes sur la nouvelle étude. »

 

Les mots « des spécialistes » ne figurent pas dans la version anglaise. La version française donne ainsi à penser que cette nouvelle étude états-unienne n'est pas le fait de spécialistes.

 

La réaction du CIRC est intéressante. Il s'arc-boute sur sa conclusion, visiblement gravée dans le marbre et devenue inébranlable, et profite de l'heureuse diversion des leucémies aiguës myéloblastiques, pour lesquelles les auteurs états-unien ont trouvé un lien possible, qui reste à confirmer, dans le groupe d'applicateurs les plus exposés :

 

« Le CIRC estime qu’il s’agit là de "nouvelles découvertes intéressantes". "La nouvelle étude fournit toutefois de nouvelles découvertes intéressantes sur l’association entre exposition au glyphosate et leucémie, un autre cancer du sang, dans la population étudiée", estime le centre.

 

"Il est important de reconnaître que la classification de la monographie du CIRC reflète la position de consensus d’un groupe d’experts indépendant, sur la base d’un réexamen systématique de toutes les études disponibles. Le CIRC ne spéculera donc pas sur l’impact potentiel d’une étude sur cette opinion d’experts", concluent les membres du CIRC. »

 

Non, ils ne spéculeront pas... ils ont déjà rejeté cet impact potentiel.

 

 

La colère froide de M. Vytenis Andriukaitis

 

On en vient aux réactions du Commissaire à la Santé Vytenis Andriukaitis. Elles sont introduites en anglais par l'intertitre « Red meat is also ‘probably carcinogenic’ » (la viande rouge est aussi « probablement cancérogène »).

 

Voilà une vérité bien dérangeante... En français, l'intertitre devient : « Limites de l’étiquette "probablement cancérigène" ».

 

L'article rapporte une partie des propos tenus par M. Andriukaitis devant la Commission de l'Agriculture et du Développement Rural (AGRI) du Parlement Européen. Pour le dire tout net, il est sorti de ses gonds (à partir de 00:58). Voici ce qu'en retient Euractiv :

 

« Le 13 novembre, le commissaire a participé à une réunion de la commission parlementaire dédiée à l’agriculture pour une discussion sur le glyphosate. Il a répété son incrédulité face au fait que les opposants au glyphosate se concentrent uniquement sur l’évaluation du CIRC alors que d’autres choses, comme la viande rouge, étaient aussi "probablement cancérigène". Alors "pourquoi ce silence sur la viande rouge ?", se demande-t-il.

 

"Je passe beaucoup de temps à mener des conversations vides sur cette possibilité [de cancérogénicité], je suis désolé de le dire. Vous ne m’avez pas convaincu. Je me base sur la science, et je veux voir une approche de bon sens", a-t-il expliqué.

 

"Je suis désolé, mais nous devons comprendre que nous sommes responsables. Je suis légalement obligé de finaliser la situation du glyphosate […] il n’y a aucune chance que nous y échappions. Pourquoi ? Parce que nous n’avons pas d’éléments justifiant une interdiction. Nous n’avons aucune base juridique. Vous, vous pouvez dire tout ce que vous voulez, mais moi pas, je suis juridiquement responsable", s’emporte le commissaire européen. »

 

Il est exact que M. Andriukaitis s'est emporté. Mais le texte anglais de l'article dit : « he emphasized » (il a souligné).

 

L'anglais contient un paragraphe sans guillemets :

 

« Glyphosate producers like Monsanto have already sent legal notifications to the Commission and in the event it’s not re-authorised, the executive will be taken to the court. »

 

Le français ajoute deux phrases en introduction :

 

« Et c’est là que le bât blesse, selon les opposants. Le problème touche en effet à d’énormes intérêts économiques, qui seraient menacés par une interdiction. Les producteurs de glyphosate, comme Monsanto, ont déjà prévenu la Commission que si le produit n’est pas réautorisé, ils porteront plainte. »

 

Non, le problème touche au fait que :

 

« "Sous la législation européenne actuelle, la Commission européenne a l’obligation légale de répondre aux demandes d’approbation ou de renouvèlement des substances actives", souligne une source européenne. »

 

 

Les encarts d'Euractiv en français

 

En encart, la version française invite aussi le lecteur à visiter : « Le lobbying pro-israélien et pro-glyphosate fait des remous au Parlement européen ». Il s'agit d'un article d'une indigence crasse, écrit par une jeune collaboratrice vraisemblablement manipulée et qui a fait l'objet d'une réponse bien sentie de M. David Zaruk (Risk-monger) sous la forme d'un commentaire que l'on trouve dans la version anglaise de l'article (qui a été modifiée), mais pas dans la version française (inchangée). Où est la déontologie ?

 

Un autre encart fait un lien avec « Le glyphosate fait monter la tension entre États membres et Commission », avec en chapô :

 

« Les États membres doivent cesser de se cacher, voire de se décharger sur la Commission sur la question du glyphosate, assure Vytenis Andriukaitis, commissaire à la santé et à la sécurité alimentaire. »

 

C'est la « traduction » de « Andriukaitis: ‘Enough’ with member states hiding behind the Commission on glyphosate ». C'est certes difficile à transcrire sous forme de titre, mais fallait-il opter pour une formulation aussi insipide ?

 

 

On ne critique pas Euractiv en français

 

Dans un autre article, Euractiv rend compte de la réunion conjointe de quatre commissions du Parlement Européen du 20 novembre 2017 sous le titre : « Les eurodéputés divisés sur l’initiative citoyenne visant à interdire le glyphosate ». L'original, ici est le français.

 

Que les eurodéputés soient divisés n'est pas surprenant. Citons ce paragraphe :

 

« "Nous nous félicitons de cette initiative, signe de bonne santé de la démocratie européenne", ont salué en chœur Éric Andrieu, du groupe S&D et Ian Huitema, député Alde. Le député socialiste semble toutefois s’alerter plus que son collègue néerlandais : "nous devons appliquer le principe de précaution immédiatement" lance-t-il, tandis que le député libéral s’interroge : "l’interdiction du glyphosate permettra-t-elle d’engager la transition verte de notre agriculture ?»

 

Un « signe de bonne santé de la démocratie européenne » ? Cette manipulation de l'opinion publique ? On a envie de citer ici le mot d'Édouard Daladier à sa descente d'avion, le 29 septembre 1938.

 

Ce texte comporte un paragraphe dérangeant dans le français et l'anglais (pas l'allemand), et votre serviteur s'est fendu d'un commentaire.

 

Le commentaire a été reproduit sous la version anglaise, qui ne semble pas pratiquer la modération censure. Dans la version française... vous l'aurez deviné...

 

Voici ce commentaire :

 

« "Alors que l’OMS, par l’intermédiaire de son Centre international de recherche sur le cancer (Circ), a déclaré le pesticide 'cancérogène probable pour l’Homme', d’autres études récentes semblent contredire cette analyse..."

 

Désolé, l'OMS, à travers sa réunion conjointe avec la FAO sur les résidus de pesticides, a conclu qu'il est improbable que le glyphosate soit cancérogène. Comme on ne peut pas prouver une inexistence, c'est la formulation qui, scientifiquement et honnêtement, se rapproche le plus de : "Le glyphosate n'est pas cancérigène".

 

Telle est la conclusion de l'EFSA et de l'ECHA en Europe, avec le soutien des experts de tous les États membres (sauf la Suède à l'EFSA), et des autorités d'évaluation et d'enregistrement de l'Allemagne (en tant qu'État membre rapporteur), de l'Australie, du Canada, de la Corée, des États-Unis d'Amérique, de la France, du Japon, de la Nouvelle-Zélande, de la Suisse.

 

Il est grand temps de présenter les faits tels qu'ils sont et non comme certains voudraient qu'ils le soient.

 

Cela s'applique également à:

 

"...une étude du Journal of the National Cancer Institute, menée sur le long terme aux États-Unis, ne parvient pas à établir de lien entre le pesticide et l’apparition de tumeurs chez les agriculteurs."

 

Non, ce n'est pas "... ne parvient pas..." Elle a établi – dans les limites de l'étude – qu'il N'Y A PAS DE LIEN entre glyphosate et cancer. »

 

Euractiv est une importante source d'information à Bruxelles. Malheureusement, sur certains sujets, l'information laisse à désirer.

 

 

 

 

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