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Agriculture, alimentation, santé publique... soyons rationnels

15.000 « scientifiques » signent n'importe quoi sur l'« avenir de la planète »

4 Décembre 2017 , Rédigé par Seppi Publié dans #Activisme, #critique de l'information

15.000 « scientifiques » signent n'importe quoi sur l'« avenir de la planète »
 

 

On imagine l'auteur principal de « World Scientists’ Warning to Humanity: A Second Notice » (avertissement de/des – l'anglais est dans ce cas ambigu – scientifiques à l'humanité : une deuxième notification) : assis devant son ordinateur et se demandant ce qu'il pouvait bien faire de sa journée...

 

Mais c'est bien sûr ! Écrire un texte apocalyptique ! Il a été publié le 13 novembre 2017. Il a aussi été traduit en français et publié, le même jour, dans le Monde Planète (réceptacle rêvé pour ce genre littéraire) sous le titre : « Le cri d’alarme de quinze mille scientifiques sur l’état de la planète ». L'opération de com' a été soigneusement montée.

 

Dans Tintin, « L'étoile mystérieuse », Philippulus ne pouvait que parcourir les rues, vêtu d'une aube blanche et agitant sa cloche. À l'ère cybernétique, il y a des options simples pour recruter des prêcheurs d'apocalypse et recueillir des signatures – par exemple les listes de distribution ou les plate-formes de l'industrie de la pétition ; et il suffit ensuite d'envoyer sa prédication à une revue scientifique qui accepte de la publier, peut-être en pay for play – mais en se réservant les droits d'auteur, ce qui est tout de même curieux pour un Mayday, mayday au nom de la Terre, la Planète, Gaïa, Mère Nature... ; quelques envois à des médias friands de cet alarmisme si profitable en termes de finance et d'audience ; les autres médias suivent... La bulle enfle, les signatures des retardataires affluent... et le monde passe à autre chose.

 

Entre-temps – et sans perdre de temps – M. Stéphane Foucart et Mme Martine Valo auront eu le temps de produire un « Quinze mille scientifiques alertent sur l’état de la planète », également publié le 13 novembre 2017, avec en chapô :

 

« L’ampleur de l’initiative est sans précédent. Plus de 15 000 scientifiques de 184 pays signent un appel contre la dégradation catastrophique de l’environnement. »

 

Un texte qui ne manque pas de fustiger l'Appel de Heidelberg » de 1992, qui dénonçait notamment « l'émergence d'une idéologie irrationnelle qui s'oppose au progrès scientifique et industriel et nuit au développement scientifique et social ». Cet appel aurait éclipsé celui de l'Union of Concerned Scientists. Il s'est pourtant trouvé des scientifiques, y compris des Prix Nobel, qui ont signé les deux, car ils ne sont pas vraiment mutuellement incompatibles.

 

 

 

 

Un texte plein de rancunes et de rancœurs – nous parlons de celui du Monde Planète – que l'on peut lire avec plaisir pour en goûter la mesquinerie. Mais aussi un texte qui a le mérite de susciter implicitement une série de questions.

 

Visez aussi l'infographie. On nous dit que la disponibilité en eau douce par habitant a diminué depuis le début des années 1960. Pour bien faire peur, on a fait débuter l'axe des ordonnées à 6 – 6.000 mètres cubes par an – ce qui fait croire au lecteur peu attentif qu'on a touché le fond. Mais cette disponibilité a diminué de moitié... parce que la population a doublé (en fait plus que double, passant de 3 milliards à quelque 7,5 milliards). Du grand art dans l'enfumage... Des lecteurs attentifs se sont aussi déchaînés dans les quelque 200 commentaires, par exemple sur le nombre d'années qui sépare 2012 du sommet de Rio de 1992. L'erreur n'a pas été corrigée... Mais voici le contexte qui illustre la malhonnêteté du sophisme du déshonneur par association et d'une sorte de reductio ad amiantum :

 

« En juin 2012, trente ans après le sommet de Rio, Jean-Pierre Hulot, alors PDG de Communications économiques et sociales (CES), le cabinet de conseil qui a orchestré et mis en œuvre, entre 1982 et 1996, le lobbying en faveur de l’amiante, a confirmé au Monde que l’appel de Heidelberg avait bien été lancé par son entreprise – mais à titre « bénévole ». Avec, comme dégât collatéral, le torpillage du premier appel de la communauté scientifique à protéger l’environnement. »

 

Ils sont 15.000 aujourd'hui ? À l'heure de l'internet et des réseaux sociaux ? Pas plus ?

 

Où sont les signatures prestigieuses, conférant autorité ? L'Appel de Heidelberg avait été initié par 46 scientifiques et autres intellectuels éminents et signé par 72 Prix Nobel. Qui connaît William J. Ripple ou un autre co-auteur ?

 

À titre de comparaison, ils sont 129, les Nobel qui ont signé l'appel à Greenpeace, aux Nations Unies et aux gouvernements du monde en faveur de l'agriculture de précision, et plus spécifiquement des OGM et du Riz Doré (pour rappel, M. Stéphane Foucart n'avait pas apprécié, mais alors pas du tout).

 

Mais nous succombons ici à la mesquinerie... quoique. À parcourir la liste des signataires on se rend compte qu'on est dans l'Âge Facebook des manifestes politiques ou politiciens : on poste n'importe quoi sur la toile, on relève le compteur, et on agite le chiffre.

 

Car il s'agit bien de n'importe quoi.

 

Nous n'en ferons pas une analyse détaillée : sur Contrepoints, h16 a commis un superbe « Alerte ! Pour ne pas tous mourir, suicidons-nous (mais montrez nous d’abord l’exemple».

 

Nous nous bornerons à souligner que les auteurs proposent « sans ordre d’urgence ni d’importance – quelques exemples de mesures efficaces et diversifiées que l’humanité pourrait prendre pour opérer sa transition vers la durabilité ». Heureusement qu'ils nous préviennent sur l'ordre, car la première est :

 

« privilégier la mise en place de réserves connectées entre elles, correctement financées et correctement gérées, destinées à protéger une proportion significative des divers habitats terrestres, aériens et aquatiques – eau de mer et eau douce ».

 

Nous avons aussi un petit faible pour :

 

« multiplier les sorties en extérieur pour les enfants afin de développer leur sensibilité à la nature, et d’une manière générale améliorer l’appréciation de la nature dans toute la société ».

 

Et cela se termine par le très malthusien :

 

« déterminer à long terme une taille de population humaine soutenable et scientifiquement défendable tout en s’assurant le soutien des pays et des responsables mondiaux pour atteindre cet objectif vital. »

 

Ah, « Le fantasme de l’explosion démographique » ! Dans l'Humanité, journal en l'occurrence bien nommé, M. Hervé Le Bras bat en brèche les généralités et les idées reçues concernant la natalité et affirme, comme bien d'autres que l’on se dirige vers une stabilisation de la population mondiale.

 

Et 15.000 personnes ont signé ça... dont, à la louche, 1.400 étudiants et 800 postdocs.

 

 

 

 

 

 

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U
Ils ont oublié que pour réaliser tout cela, il faudrait partout des dirigeants intelligents, bienveillants, soucieux de l'intérêt général de l'humanité ...
Il y a du travail ...
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S
Bonjour,

Merci pour votre commentaire.


Je crains qu'ils aient surtout oublié d'être sensés. C'est le plus inquiétant.