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Agriculture, alimentation, santé publique... soyons rationnels

Pesticides et maladie de Parkinson : c'est lassant !

24 Novembre 2017 , Rédigé par Seppi Publié dans #Pesticides, #Article scientifique, #critique de l'information

Pesticides et maladie de Parkinson : c'est lassant !

 

 

Dès qu'il est question de la santé des agriculteurs, les « pesticides » sont mis au banc des accusés. Même dans des articles scientifiques qui n'établissent même pas de lien. Petite analyse en partant d'un article du Figaro, pour explorer deux articles scientifiques et un résumé de thèse.

 

L'INSERM a produit un communiqué de presse très mesuré et très prudent à propos d'un des articles scientifiques. On ne s'étonnera pas que le sujet n'ait pas « percuté » dans les médias : pas assez anxiogène !

 

 

Le 23 octobre 2017, le Figaro – un journal d'ordinaire plutôt mesuré et objectif sur ce genre de sujet – a publié : « Les pesticides une nouvelle fois mis en cause dans la maladie de Parkinson ».

 

Pour le dire comme je le pense, y en a marre !

 

Voyons l'entrée en matière :

 

« Quel est le point commun entre les agriculteurs et les riverains des terrains agricoles? Ils ont un risque accru de développer une maladie de Parkinson! Selon deux études récemment publiées par une équipe de chercheurs français, ces personnes ont un risque un peu plus élevé, respectivement de 13% et 8,5% d’être atteintes par cette maladie neurodégénérative. Chez les agriculteurs retraités (60-84 ans), cette différence est encore plus marquée puisqu’ils sont 18% de plus à souffrir de la maladie par rapport aux personnes de leur tranche d’âge [...] »

 

Voilà des faits qui ne souffrent guère la contradiction. Mais voici la suite :

 

« Les scientifiques pointent du doigt l’exposition élevée aux pesticides de ces populations, dont certains sont connus pour leurs propriétés neurotoxiques. »

 

L'article de presse est fondé sur deux articles scientifiques et une thèse de doctorat :

 

 

À en lire le résumé, le premier article ne met nullement en cause « les pesticides », sauf par panurgisme. Il conclut :

 

« Cette étude française au niveau national a suggéré une association entre l'agriculture et les maladies neurodégénératives, et confirmé l'incidence plus élevée de la maladie de Parkinson chez les agriculteurs en France, un pays avec une utilisation élevée de pesticides. »

 

On peut s'étonner que les recenseurs (reviewers) aient pu laisser passer la dernière incidente qui est non seulement sans valeur en relation avec le fond du sujet traité, mais en outre fausse : la France se situe dans la moyenne européenne pour le seul critère qui soit représentatif, l'utilisation ramenée à l'hectare.

 

 

(Source : Philippe Stoop, « Les agriculteurs français surconsommateurs de pesticides ? », Science... & Pseudo-sciences)

 

 

Le deuxième article – dont les analyses sont faites au niveau des cantons – trouve une association entre la ruralité et la maladie de Parkinson, l'association étant la plus forte pour les cantons avec la plus grande densité viticole. La finale est très prudente :

 

« Les régions avec une plus grande présence de vignes sont caractérisées par un risque de maladie de Parkinson accru ; l'exposition non professionnelle aux pesticides est une explication possible. »

 

Prudente pour le lien de cause à effet, mais néanmoins obnubilée par le seul facteur « à la mode », les pesticides.

 

Voici enfin le résumé de la thèse (nous découpons en paragraphes) :

 

« Le rôle de l'exposition professionnelle aux pesticides dans la maladie de Parkinson (MP) est documenté, mais aucune étude n’a évalué l’excès de risque de MP parmi la population agricole française. De plus, peu d’études ont porté sur l’exposition non-professionnelle.

 

A partir des bases de données du système national d’information inter-régimes de l’assurance maladie (SNNIRAM), nous avons identifié l’ensemble des cas incidents de MP en France métropolitaine (2010-2012). Nous avons comparé l’incidence et la prévalence de la MP parmi les affiliés à la Mutualité sociale agricole à celles des affiliés des autres régimes de l’assurance maladie et observé une augmentation de fréquence de MP parmi les affiliés à la MSA, notamment les exploitants agricoles.

 

Parmi la population française métropolitaine, l’incidence de la MP augmentait avec la proportion de terres consacrées à l’agriculture dans les cantons. L’association la plus forte a été observée pour les cantons fortement viticoles.

 

Cette association a été confirmée chez les non-agriculteurs affiliés au Régime général de l’assurance maladie. L’association avec la viticulture pourrait s’expliquer par une utilisation importante de pesticides responsable d’une exposition environnementale à proximité des exploitations. Si cette association est confirmée, la fraction de MP attribuable aux pesticides serait plus importante que si seule l’exposition professionnelle était impliquée.

 

La sclérose latérale amyotrophique ou maladie du motoneurone (MMN) est une maladie rare de pronostic sombre et il existe peu de données sur son incidence en France. Nous avons développé un algorithme permettant d’identifier les cas de MMN à partir du SNIIRAM qui a permis d’estimer l’incidence de cette pathologie en France (2012-2014) et d’étudier sa relation avec les caractéristiques agricoles. A l’inverse de la MP, nous n’avons pas observé d’augmentation d’incidence au sein de la MSA et nous n’avons pas retrouvé d’association avec les caractéristiques agricoles. »

 

Nous nous étonnerons, encore une fois, de la première phrase. Les mots ont un sens !

 

Non, « [l]e rôle de l'exposition professionnelle aux pesticides... » n'a pas été démontré. Trouver des « associations » n'est pas la même chose qu'établir un « rôle », un lien de cause à effet. En revanche, « [l]e rôle de l'exposition professionnelle à des (certains) pesticides... » ne fait guère de doute. Il s'agit essentiellement, à notre connaissance, du paraquat et de la roténone (un insecticide longtemps utilisé en agriculture biologique, retiré de l'utilisation dans l'Union Européenne au plus tard le 10 octobre 2009, la France, l'Italie et le Royaume-Uni ayant obtenu une dérogation jusqu'au 31 octobre 2011...).

 

L'appel à la prudence figure pourtant dans l'article du Figaro :

 

« "Il faut rester prudent car la maladie de Parkinson est multifactorielle, met en garde le Dr Alexis Elbaz, neurologue, épidémiologiste à l’Inserm et directeur de la thèse de Sofiane Kab. Pour le moment, on peut seulement dire que la maladie de Parkinson est un peu plus fréquente chez les agriculteurs, probablement à cause de leur exposition à des hauts niveaux de pesticides. Mais il existe peut-être d’autres facteurs de risque". »

 

Idem pour la viticulture :

 

« La fréquence de cette maladie est effectivement un peu plus élevée au sein des riverains qui vivent dans les cantons où il y a le plus de terres agricoles, en particulier dans ceux où la proportion de terres agricoles allouées à la viticulture est la plus importante. […] Mais ces résultats demandent à être confirmés par des études plus précises auprès des personnes. […] Et la maladie de Parkinson reste une maladie peu fréquente et l’augmentation de risque observée est faible. »

 

Nous regretterons que des études réalisées en France sur fonds publics soient derrière un péage. Un communiqué de presse de l'INSERM du 24 mars 2017 nous en apprend toutefois un peu plus.

 

La grande prudence des chercheurs contraste singulièrement avec la témérité de certains autres qui disposent pourtant, à notre sens, de résultats beaucoup moins impressionnants, sinon franchement contestables. Si vous pensez, ami lecteur, que le taulier de ce blog pense aux perturbateurs endocriniens et au « Demain, tous crétins ? », vous avez gagné. Et si vous voulez savoir pourquoi ce communiqué n'a guère fait tilt dans les médias, vous aurez sans nul doute aussi la réponse : trop objectif, pas assez anxiogène. Ainsi :

 

« Une activité agricole importante dans les régions rurales serait donc associée à une augmentation de l'incidence de la maladie de Parkinson, même chez les non-agriculteurs. "Il faut rester prudent sur l'interprétation de ces données, met cependant en garde le chercheur. Un sur-risque modéré pourrait exister, mais il faudrait pouvoir le confirmer par des études conduites à partir de données individuelles et non pas, comme ici, de données groupées par canton". »

 

Voici un autre élément important versé au dossier par M. Elbaz :

 

« La relation entre l'activité viticole et la maladie de Parkinson est plus marquée chez les plus de 75 ans, en comparaison les sujets plus jeunes, quelle que soit la population analysée, explique le chercheur. Peut-être les personnes les plus âgées ont-elles été exposées plus longtemps que les autres, notamment à des pesticides toxiques qui sont aujourd'hui interdits, comme les organochlorés. [...] »

 

Ce propos illustre bien, à notre sens, la démagogie des opposants aux pesticides d'aujourd'hui qui agitent des maladies qui ont – peut-être – été causées par des expositions à des pesticides anciens, retirés du marché depuis fort longtemps (et c'est sans compter les conditions de manipulation et d'épandage de l'époque qui n'ont plus rien à voir avec les mesures de sécurité et de prévention d'aujourd'hui). C'est là une constatation qui ne doit s'interpréter en aucune manière comme une tentative de « blanchir » les pesticides (dont on rappellera qu'ils ont une utilité).

 

Nous avons écrit « peut-être » ci-dessus parce que le lien de cause à effet ne peut pas être établi dans les cas individuels. Ajoutons que la « maladie de Parkinson provoquée par les pesticides » a été inscrite aux tableaux des maladies professionnelles en agriculture par un décret du 4 mai 2012. Mais il y a une note qui a toute son importance :

 

« Le terme "pesticides” se rapporte aux produits à usages agricoles et aux produits destinés à l'entretien des espaces verts (produits phytosanitaires ou produits phytopharmaceutiques) ainsi qu'aux biocides et aux antiparasitaires vétérinaires, qu'ils soient autorisés ou non au moment de la demande. »

 

 

 

 

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K
Ceci est un témoignage de cette année 2019. Le 2 de ce mois, j'ai lu dans un message que le Dr Arthur avait soigné son virus de la maladie de Parkinson et que je l'avais contacté. Toute gloire au Dr Arthur Moon. si vous avez un diabète, contactez le Dr Arthur Moon. et je vous promets que le monde sera exempt de la maladie de Parkinson. Contacter son email: arthurmoon01@gmail.com
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R
Que Dieu bénisse le docteur Arthur Moon de m'aider à guérir la maladie de Parkinson de mon père. Frères, mon père a souffert de la maladie de Parkinson pendant une longue période. J'ai essayé tant de remèdes, mais il semble que cela fonctionne. Mais j’ai eu des contacts avec un phytothérapeute à qui j’ai vu tant de gens témoigner sur la façon dont ils avaient tous été guéris de leurs diverses maladies et virus par ce médecin. Alors je lui ai expliqué tout mon problème et il a promis de guérir mon père. Alors je lui ai donné le bénéfice de tout doute, et voici, il a préparé le mélange à base de plantes, et me l’a envoyé dans mon pays. Aujourd'hui, je suis fier de dire que mon père est maintenant indemne de la maladie de Parkinson et que sa vie est redevenue normale. Donc, au cas où vous souffriez de la maladie de Parkinson et d’autres maladies ou virus, je voudrais vous dire de contacter rapidement: Arthur Moon pour votre cure. Son courriel: arthurmoon01@gmail.com
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S
D'habitude, je supprime ce genre de bouse, mais celle-là et ce lle de "kerry henson" (alias Rocky Elves)est bien trop jolie pour ne pas passer à la postérité. Guérir la maladie de Parkinson -- oups ! le virus de la maladie de Parkinson -- avec des plantes… il est fort le docteur Arthur Moon...
Y
autre point commun entre les riverains et les viticulteurs, ils ont été plus exposé au pesticide bien connu qu'est le cuivre beaucoup utilisé en vigne!! Surtout les anciens (la preuve ils sont plus touché)
C'est pas une belle corrélation a la façon ecolobobo
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S
Bonjour,

Merci pour votre commentaire.

Et bien je n'en suis pas si sûr !

http://europepmc.org/abstract/med/10385887

Il y a aussi, d'une recherche rapide :

« Il y a des articles scientifiques qui montrent un lien entre l'exposition à long terme à des concentrations élevées de cuivre et un déclin de l'intelligence chez les jeunes adolescents. Les recherches sur ce sujet continuent.

Read more: https://www.lenntech.fr/data-perio/cu.htm#ixzz4zMv8aZxU »

L'intelligence... les neurones... Allô ! Mme Demeinex !
J
Il y a bien 2 pesticides associés à la maladie de Parkinson par une large étude de cohorte du NIH: C'est le paraquat, un herbicide de synthèse, et la roténone, un insecticide biologique longtemps utilisé en AB.Par contre je ne sais pas si l'un des deux est utilisé en viticulture --> http://sante.lefigaro.fr/actualite/2011/02/28/10764-deux-pesticides-augmentent-risque-parkinson
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S
Bonjour,

Merci pour votre commentaire et l'information.

Soyons complotistes : pour informer les utilisateurs de roténone qui bravent l'interdiction, peut-être...
J
Les métas données du fichiers indiquent une création le 20 mars 2003 et une dernière édition le 18 janvier 2007. La roténone a été interdite à la commercialisation pour le 10 octobre 2008. C'est juste surprenant que ce document reste disponible sur le site de l'ITAB sans indiquer l'interdiction de la roténone.
S
Bonjour,

Merci pour votre commentaire (Gramoxone).

Le paraquat a certainement été utilisé.

Pour la roténone, il y a ce joli document de l'ITAB, mais il n'est pas daté :

http://www.itab.asso.fr/downloads/Fiches-techniques_viti/viti%20Protection%20Vigne.pdf