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Agriculture, alimentation, santé publique... soyons rationnels

Mme Brune Poirson : « ...en finir vraiment avec le glyphosate » : pathétique

27 Novembre 2017 , Rédigé par Seppi Publié dans #Glyphosate (Roundup), #Politique, #critique de l'information, #Activisme

Mme Brune Poirson : « ...en finir vraiment avec le glyphosate » : pathétique

 

 

Mise à jour de 16h03 : du Huffington Post:

 

 

 

 

« Comment la France veut "en finir vraiment avec le glyphosate" », c'est le titre d'une tribune de Mme Brune Poirson, Secrétaire d'État auprès du Ministre de la Transition Écologique et Solidaire, publiée dans le JDD le 25 novembre 2017.

 

Mme Poirson ? Études politiques, parcours varié dans la politique (attachée parlementaire d'une députée travailliste du Royaume-Uni), l'humanitaire (projet de distribution d'eau potable dans les bidonvilles en Inde), l'industrie (Véolia), la recherche (à Boston sur l’innovation sociale et la responsabilité sociale des entreprises).

 

Et maintenant ? En tout cas, envoyée en service commandé au JDD pour réciter l'ordre de marche vers un Chemin des Dames de l'agriculture française et européenne.

 

Elle n'a probablement pas choisi le titre. Mais il y a « ...en finir... » et « ...en finir vraiment... », la nuance est de taille ! Et, à la lecture de la tribune, il faut bien se rendre à l'évidence : il y a obstination aveugle, escalade d'engagement.

 

L'entrée en matière est d'un réalisme saisissant :

 

« Le sort du glyphosate sera à nouveau débattu ce lundi 27 novembre. Mais au-delà de cette substance chimique, c'est bien plus encore qui se joue. »

 

Il aurait été utile que Mme Poirson nous explique ce qu'il faut entendre par « bien plus encore ». Ou l'avons nous ?

 

« Si le glyphosate est utilisé comme désherbant le long de nos routes ou de nos voies ferrées, il est surtout le symbole d'un modèle agricole recourant massivement aux produits chimiques. Pourtant, la controverse sur le caractère cancérogène du glyphosate, mais surtout des préparations à base d'autres adjuvants potentiellement toxiques, reste toujours vive. »

 

Faut-il entendre de ce paragraphe que ce « bien plus encore », se rapporte au « symbole » ? Au-delà du trophée que M. Hulot doit pouvoir exhiber, en particulier à ses anciens amis, il s'agit bien d'abattre un totem. Mais encore ? Non, il n'y a pas de suite. On est dans la posture politicienne pour les raisons bien connues de pax gubernationis.

 

Ce paragraphe, à l'enchaînement surprenant, est aussi un merveilleux double coq-à-l'âne. On passe du « symbole » (admettons en la réalité car chacun choisit ses symboles) à une « controverse » sur le caractère nocif (ce qui, incidemment, indique bien que notre gouvernement ne réagit pas sur la base de faits matériellement établis), puis aux « autres adjuvants » (cet « autres » démontrant du reste une singulière méconnaissance du sujet). Si on cherche à donner du sens à la posture, on peut penser qu'il faut interdire le glyphosate à cause des adjuvants... qui ne sont que « potentiellement » toxiques.

 

Il est ensuite fait application du théorème de Pasqua – « Quand on est emmerdé par une affaire, il faut susciter une affaire dans l’affaire, et si nécessaire une autre affaire dans l’affaire de l’affaire, jusqu’à ce que personne n’y comprenne plus rien » : dissertant sur les évaluations divergentes du « respecté Centre international de recherches sur le cancer (Circ), dépendant de l'Organisation mondiale de la santé (OMS) » et d'autres institutions, désignés génériquement comme « les agences européennes », Mme Poirson détourne l'attention sur :

 

« des questions multiples : celle des méthodologies d'expertise, celle de la crédibilité des données prises en compte, celle de l'accès libre aux résultats des études industrielles, celle de l'indépendance des experts mobilisés. »

 

N'en jetez plus ! Toute la rhétorique activiste y est, ou presque. Cela débouche sur :

 

« Car la question du glyphosate doit aussi nous faire entrer dans un processus d'expertise sanitaire rénové permettant une prise de décision robuste par les responsables politiques. »

 

Tout cela ne nous explique toujours pas pourquoi « ...la France veut "en finir vraiment avec le glyphosate" ».

 

Pour le « comment », nous avons droit au disque rayé de la sortie à terme, avec une belle envolée lyrique qu'un gouvernement qui se veut du changement aurait pu laisser aux spécialistes des harangues tribuniciennes :

 

« Un arrêt immédiat de l'autorisation n'est pas possible. Il risquerait, dans une folle course en avant, de conduire à renoncer simplement à une substance pour aussitôt dépendre d'une autre, potentiellement plus à risques. Pour les travailleurs exposés lors de son application, pour les riverains des zones d'utilisation, pour les consommateurs, pour l'environnement, pour nos écosystèmes. »

 

Peut-on conseiller au chasseur de trophées symboliques du ministère de l'écologie, et au gouvernement dans son ensemble, de s'informer un peu plus sur la réalité de ce risque d'une utilisation de substances « potentiellement plus à risques » ? La question est principalement en deux branches : peut-on se passer d'herbicides ? Quel est le profil toxicologique et écotoxicologique des herbicides de substitution ?

 

Peut-on leur conseiller de bien lire ce propos de Mme Christiane Lambert :

 

« On peut le remplacer, mais par des produits à doses plus importantes, car ils sont moins efficaces. Par exemple, pour obtenir le même effet, il faut 4 litres par hectare d'un anti-graminée et 3,5 litres d'un anti-dicotylédone. Ce qui veut dire aussi passer deux fois le tracteur dans le champ au lieu d'une, tasser les sols et brûler du carburant. Il nous faut bien enlever les mauvaises herbes, sinon nos récoltes ne sont pas acceptées par les moulins ! Pour ce qui est des outils de désherbage mécanique, ils ne sont pas utilisables pour toutes les cultures et les robots en cours d'expérimentation, coûtent encore très cher. Plus largement, les produits phytosanitaires sont des médicaments pour soigner les plantes malades. Si mon blé est malade de la fusariose, et que je n'ai pas le droit de le traiter, il développe des mycotoxines naturelles, qui, une fois ingérées par l'animal, produit des avortements, notamment chez les truies. Et je ne vous parle pas des dégâts sur les hommes. »

 

Certes Mme Lambert est la présidente de la FNSEA, un « lobby » honni par l'écolo-bobo-attitude et pas vraiment persona grata Hôtel de Roquelaure. Mais elle a tout de même davantage de biscuits que Mme Audrey Pulvar devenue « sachante » – que dis-je, experte – en agronomie depuis qu'elle a pris les rênes de la Fondation pour la Nature et l'Homme créée par Nicolas Hulot.

 

 

 

 

Mais nous recommanderions aussi à Mme Lambert et à la profession agricole et agroalimentaire dans son ensemble – enfin celle qui nous nourrit, pas les supplétifs de l'altermonde – d'être plus francs et plus directs.

 

Car, visiblement, le prêchi-prêcha naïf à la sauce Fondation […] Nicolas Hulot trouve un écho dans les propos de Mme Poirson :

 

« Désormais, il s'agit bel et bien, dans un cadre harmonisé, de changer de modèle agricole, d'organiser les alternatives techniques. De nombreuses solutions existent, d'autres sont à améliorer, certaines encore à imaginer. Il faudra accompagner techniquement et économiquement les agriculteurs et mobiliser des moyens financiers publics et privés additionnels dans le cadre du plan d'investissement. »

 

Que c'est affligeant ! « On » se fait d'abord, ou plutôt on veut se faire la peau du glyphosate, certes « dans un cadre harmonisé », pour en fait « changer de modèle agricole », et ensuite on réfléchit sur comment on fera sans lui.

 

Il y a au moins l'admission – l'aveu – de l'existence de problèmes techniques et économiques. Mais ce n'est pas grave : on décide d'abord et ensuite, « [i]l faudra [...] mobiliser des moyens financiers publics et privés additionnels dans le cadre du plan d'investissement. »

 

Les pertes pour l'agriculture ont été chiffrées à un ou deux milliards d'euros. C'est sans compter les effets induits. Ce qu'accepte le gouvernement de M. Emmanuel Macron, c'est qu'une solution agronomique qui a fait ses preuves soit abandonnée avec, pour prix de l'abandon, une péjoration de notre situation économique qui se fera sentir non seulement sur les agriculteurs, mais aussi sur l'ensemble des Français en tant que consommateurs (il faudra bien payer plus pour les produits d'une agriculture moins performante), contribuables (les « moyens financiers publics [...] additionnels ») et agents économiques (car les « moyens financiers [...] privés additionnels » devront bien être pris sur d'autres activités).

 

Mais il y a aussi l'incantation (et le culte du chef) :

 

« Au niveau national, les états généraux de l'alimentation devront fédérer toutes ces ambitions. Ils constituent aussi, comme l'a rappelé le président de la République, une opportunité historique de concevoir et de mettre en œuvre collectivement cette sortie du glyphosate. »

 

Vraiment ? « ...une opportunité historique de concevoir et de mettre en œuvre... » De qui se moque-t-on ? Il faut une sortie en douceur, mais sur moins de cinq ans – trois ans conviendraient pour préserver l'ego de M. Hulot – mais les États Généraux de l'Alimentation seraient capables d'apporter les solutions, clés en main, en quelques jours, d'ici la mi-décembre ? En fait, un autre message nous est donné dans l'envolée lyrique finale :

 

« Le débat que nous avons ouvert est essentiel. Par la substance qu'il concerne. Dans la démarche qu'il initie. Essentiel et symbolique aussi pour l'Europe, qui doit démontrer sa capacité à protéger ses citoyens. Il lance à nos chercheurs, à nos ingénieurs, à nos sociétés un défi scientifique et technique que nous allons relever. »

 

Quels mâles – c'est l'adjectif consacré... – accents ! Il y a un défi pour nos chercheurs, etc., mais « nous » allons le relever...

 

Il y a le mot « sociétés », mais ne croyez-vous pas qu'il manque un acteur ?

 

Les agriculteurs, au ministère de l'écologie... pff !

 

 

Post Scriptum

 

Mme Poirson a aussi été invitée par France Info.

 

 

Reproduit sur le site (dit à partir de 1:30) :

 

« Parce que les Européens sont divisés. Ce que nous voulons impérativement éviter c'est un concours de lâcheté. Nous avons poussé pour que les Etats européens prennent leurs responsabilités. Ils auront à répondre à leurs opinions publiques et c'est cela qui se joue. C'est vrai que plusieurs études sont sorties. L'OMS a classé le glyphosate comme "probablement cancérigène". Nous disons "potentiellement risqué" parce que c'est comme ça que nous nous situons, que nous voyons cette substance-là. Au-delà de ça, je crois que la question posée est celle de la rigueur des organismes européens de recherche sur les substances chimiques. C'est là-dessus que nous voulons pousser, que nous voulons travailler. Nous avons déjà commencé à le faire. »

 

C'est encore plus pathétique !

 

Car la France de M. Hollande et de Mme Royal M. Macron et M. Hulot se livre bien à un concours de lâcheté dans l'espoir d'en sortir en tête. Un concours qui porte sur une substance d'une grande utilité pour l'économie et dont le seul tort est d'être « probalement cancérigène » selon un CIRC contredit par toutes les autres agences d'évaluation ou « potentiellement risqué » selon la rhétorique de Mme Poirson. Et un concours devant les « opinions publiques »...

 

La France de M. Macron est tombée dans l'Âge Facebook de la politique et tenant mordicus à y entraîner les autres États membres de l'Union Européenne...

 

Il y a pire encore. Qu'est-ce qu'évoquer « un concours de lâcheté » à l'encontre des États membres qui ont l'audace de ne pas penser comme la France – enfin, M. Hulot avec la bénédiction de M. Macron –, des États qui font prévaloir la rationalité scientifique et économique et l'état de droit sur la démagogie et les petits calculs politiciens ? Une superbe insulte à leur libre-arbitre et une belle gaffe diplomatique.

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Astre Noir 27/11/2017 18:10

Et dans le même ordre de sottises que Mme Audrey Pulvar et ses vers de terre pour remplacer le glyphosate, une belle çonnerie sur France Inter, avec des chats pour remplacer les produits phytosanitaires
https://www.franceinter.fr/emissions/l-esprit-d-initiative/l-esprit-d-initiative-27-novembre-2017

Astre Noir 27/11/2017 17:58

Un choix éditorial bien significatif...
Libé a annoncé la prolongation de l'autorisation du glyphosate dans son fil actu.
A votre avis, dans quelle rubrique ? Agriculture ? Non
Environnement ? Non plus
C'est sous le titre "Santé"