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Agriculture, alimentation, santé publique... soyons rationnels

Marre des journaleux orthorexiques et prescripteurs

3 Novembre 2017 , Rédigé par Seppi Publié dans #critique de l'information, #Alimentation

Marre des journaleux orthorexiques et prescripteurs

 

Quand l'article est trop indigent, FranceTVInfo coupe... les commentaires

 

 

Une saine lecture...

 

 

Pour certains « journalistes », l'internet est une bénédiction. Plus de limitations pour l'espace papier... plus besoin de faire de la vraie qualité... et plus aucune difficulté, sauf à avoir un rédac'chef exigeant, pour étaler – c'est le sujet du jour – ses fantasmes, phobies et hystéries alimentaires

 

FranceTVInfo nous livre un exemple qui fait exploser le grotesquomètre – un appareil qui reste à inventer – avec « Pesticides, additifs, perturbateurs endocriniens... Comment bien choisir ses aliments pour ne pas s'empoisonner ? »

 

Parce que, Mesdames et Messieurs, vous qui jouissez d'une espérance de vie sans pareille dans l'histoire de l'humanité, en grande partie grâce à une alimentation qui n'a jamais été aussi saine (enfin, dans la mesure où vous faites les bons choix nutritionnels), vous risquez d'être empoisonnés si vous faites les mauvais choix. C'est à se demander comment le taulier de ce blog a pu survivre jusqu'à un âge où il peut se faire l'émule de Tatie Danielle en ne suscitant que quelques sentiments de commisération !

 

Il est :

 

« Difficile de faire ses courses sans acheter des produits qui contiennent différentes substances nocives pour la santé. Franceinfo vous aide à minimiser les risques. »

 

Voyez-vous ça ! Franceinfo se fait le conseiller en nutrition et achats alimentaires...

 

 

L'article est débile ? Supprimons l'option des commentaires !

 

L'article a été cloné en tout ou en partie sur les sites spécialisés dans le copier-coller. Il a aussi fait l'objet de quelques commentaires allant du « tout est fichu, Mme Michu » – classique sous ce genre d'article – à : « Quelle crédibilité avez-vous pour donner ainsi des conseils sur ce qu'il convient d'acheter et de consommer et sur où faire ses emplettes ? » Enfin, celui-ci a fait l'objet d'une mesure de refoulement comme – nous le supposons – d'autres du même tonneau.

 

Que fit alors la rédaction devant cette avalanche – que nous supposons – de critiques le 2 novembre 2017 en début d'après-midi ? Elle n'a pas supprimé l'article... mais la possibilité de faire des commentaires !

 

 

Blanche Neige ? C'est que la pomme n'a pas été lavée !

 

L'entrée en matière porte sur le lavage des pommes pour éliminer les résidus de pesticides (s'il y en a...) de leur surface. On nous renvoie vers un autre article de presse – le syndrome de la tour d'ivoire journalistique a encore frappé – qui fait référence à une « étude de l’université du Massachusetts » que nous avons eu du mal à trouver, mais qui se révèle complètement débile (enfin, c'est la conclusion que l'on peut tirer de la lecture du résumé, car l'article lui-même est derrière un péage). Donc :

 

« Vous avez envie de croquer dans cette belle pomme ? Halte-là ! Si elle n'est pas bio, il va falloir la nettoyer pendant un quart d'heure sous l'eau avec du bicarbonate de soude. »

 

Face à un tel dénigrement de la pomme « pas bio », nous espérons que les producteurs de la filière – pas bio et bio réunis – adresserons une vigoureuse lettre de protestation à la direction de FranceTVInfo.

 

On pourra aussi conseiller à Mme Catherine Fournier (qui écrit ordinairement sur des choses plus sérieuses et avec plus de sérieux) de lire l'excellent « Panique dans l’assiette – Ils se nourrissent de nos peurs » de M. Gil Rivière-Wekstein et la non moins excellente préface de M. Denis Corpet qui, contrairement aux gens cités dans l'article, a quelques compétences à faire valoir en nutrition :

 

C'est aussi une saine lecture.

 

 

« Nutritionniste et toxicologue, je mange au moins une pomme chaque jour. Et sans prendre la peine de l’éplucher. Une pomme tout ce qu’il y a de plus « normale », c’est-à-dire qui n’est pas issue de l’agriculture biologique. En espérant vivre assez vieux pour devenir centenaire, j’aurai alors mangé plus de 30000 pommes avec leur peau. Bien évidemment avec les résidus de pesticides encore présents ! Mais ces doses de pesticides sont si faibles qu’il faudrait manger 25 millions de pommes pour ingérer autant de substances cancérigènes qu’en buvant un seul verre de vin, qu’il soit bio ou non. L’alcool est en effet cancérigène. Ce livre traite donc de pommes, de pesticides, d’OGM, de cancer, mais aussi de ceux qui nous "bourrent le mou" en nous faisant peur. Cette enquête nous montre comment ils agissent, et surtout pourquoi ils le font. On comprend alors que c’est "juteux". »

 

On nous « bourre le mou » aussi sur FranceTVInfo avec de l'infomercial :

 

« ...différentes applications permettent de scanner les codes-barres ou les étiquettes pour vérifier la qualité sanitaire et nutritive des aliments trouvés dans un supermarché. L'une des plus recommandées actuellement est Yuka [...] »

 

 

FranceInfo et les « spécialistes »

 

Mais, même sans Yuka,

 

« ...franceinfo vous aide à minimiser les risques, avec l'aide de deux spécialistes. »

 

Les « spécialistes », ce sont (si nous avons bien compris), « Marie-Noëlle Delaby, journaliste à Que Choisir en charge des questions d'alimentation » et « Sandrine Gras, porte-parole de l'association Générations cobayes ». La première est pharmacienne de formation et a donc des compétences, mais la deuxième ? Non mais, allô, quoi ! Une formation en communication... Génération Cobayes ? Consultez la page sur le comité scientifique et vous aurez tout compris !

 

 

Charcuterie et nitrites : on se mélange les jambons

 

On commence donc par la viande, un coup de semonce pour effrayer et... l'infomercial :

 

« Pas simple de se passer de jambon dans la semaine, un aliment pratique et sans préparation. Mais la présence de nitrites, utilisés comme conservateurs, favorise les risques de cancer colorectal (+18%) si la consommation dépasse 50 g par jour (soit deux tranches). Problème, le jambon sans nitrites en magasin bio est très cher. Deux marques de la grande distribution s'y sont mises : Herta et Fleury-Michon. »

 

On se mélange un peu les jambons car, pour le CIRC, les nitrates et nitrites ne sont que « probablement cancérogènes », mais « dans des conditions favorables à la nitrosation endogène », avec des preuves limitées chez l'humain et une association avec les cancers de l'estomac (avis aux amateurs de controverses suscitées par le CIRC : ce classement a aussi été contesté). Quant au jambon et à la charcuterie en général, ils ont été déclarés « cancérogènes certains », en lien avec les cancers colorectaux.

 

 

Côté viande, les jolis contes de fées

 

« Côté viande, le mieux est d'aller vous faire plaisir une fois par semaine chez votre boucher, qui pourra vous renseigner sur l'origine de la bête et son alimentation. »

 

Typique de la France d'en haut, des beaux quartiers... Mais il y a aussi :

 

« "Une bonne viande, c'est d'abord des animaux de qualité élevés lentement, mis en pâture à l'herbe plutôt que nourris au soja ou au maïs OGM", prévenait dans L'Express Pierre Bouchez, éleveur installé dans le Pas-de-Calais. »

 

Encore un « spécialiste » qui a parlé – encore dans la presse – à l'appui de son idéologie et de son fond de commerce. Il ne produit pas de viande pour les smicarts et RMIstes...

 

Et c'est suivi par un infomercial pour l'AB, le Bleu-Blanc-Cœur et autres labels.

 

 

Du poison dans le poisson

 

Il faut limiter sa consommation de poisson :

 

« En cause, la présence de métaux lourds, des "neurotoxiques", dans de nombreuses variétés. Ces perturbateurs endocriniens sont particulièrement présents dans les poissons gras, comme le saumon. »

 

Joli gloubiboulga ! Elle a oublié les pesticides issus de l'alimentation, les biocides contre le pou de mer, les antibiotiques... Même quand on a peur de tout et qu'on veut faire peur sur tout, on ne peut pas tout savoir ou, tout au moins, avoir la présence d'esprit de produire la litanie complète.

 

En pavé – non pas le saumon, mais le texte :

 

« Nous avons clairement établi que cela ne sert à rien de se tourner vers du saumon bio ou label rouge car ils sont les plus lourdement contaminés en métaux lourds et en polluants organiques persistants comme les PCB.

 

Marie-Noëlle Delaby à franceinfo »

 

Nous verrons dans le prochain numéro de Que Choisir – car la revue a visiblement choisi de se vendre avec ce produit en partie festif, comme le fit 60 Millions de Consommateurs en décembre de l'année dernière. Nous nous étions insurgé contre le dénigrement du « bio » à cette occasion : un test sur quatre pavés n'autorise pas les magazines consuméristes à dénigrer toute une filière ; en plus sur la base de la présence de substances indésirables à des niveaux insignifiants.

 

Mme Sandrine Gras, la spécialiste en communication, a aussi un avis :

 

« Autant acheter de temps en temps un bon saumon d'élevage, "de préférence en provenance d'Ecosse, qui pratique moins la pisciculture intensive qu'en Norvège", complète Sandrine Gras. »

 

Il va de soi que Générations Cobayes, entre deux expériences sur l'« éco-orgasme », est allé vérifier en Écosse et en Norvège...

 

 

Fruits et légumes : un début de réalisme ?

 

La rédaction n'est pas terrible, mais voilà :

 

« Si vous n'avez pas les moyens d'acheter tous vos fruits et légumes au rayon bio, concentrez vous au moins sur ceux qui sont les plus contaminés par les pesticides. "Ce sont généralement ceux dont la peau n'est pas épaisse et qui sont plus exposés aux pulvérisations de pesticides en raison de leur mode de culture", explique Sandrine Gras.

 

Si j'étais chimiophobe, je me concentrerais sur les moins contaminés... Mais l'« explication » de Mme Gras est fort intéressante... on voit l'experte...

 

On nous met en lien une liste des « gentils » et des « méchants », on s'attend à trouver une page de la « Direction générale de l'alimentation (DGCCRF) et l'Institut français de l'alimentation (Ifen) », on tombe sur... Générations Cobayes... agrémenté de publicités sous forme de logos pour... le CRIIGEN, la Fondation Léa Nature et Biocoop.

 

On insiste lourdement sur le bio, mais il y a aussi cet informercial en pavé :

 

« Le mieux est d'acheter ses fruits et légumes, bio ou non bio, en circuits courts, auprès d'amap ou de réseaux comme la Ruche qui dit oui.

 

Sandrine Gras à franceinfo »

 

Le passage sur les conserves est également gratiné :

 

« Préférez les bocaux en verre, qui évitent que les légumes soient en contact avec l'aluminium et le plastique qui recouvrent l'intérieure des boîtes. "Etant donné qu'elles sont chauffées à très haute température pour la stérilisation, cela facilite la migration de nanoparticules dans les aliments", prévient Sandrine Gras. »

 

Ça fait belle lurette que les boîtes de conserve ont un revêtement intérieur... quant au chauffage à très haute température, à la migration et aux nanoparticules... quel délire !

 

 

Produits laitiers et les œufs : bio, évidemment !

 

Car :

 

« Les vaches des élevages traditionnels sont en effet majoritairement traitées aux hormones et aux antibiotiques. Elles sont également nourries avec des céréales et du fourrage non bio, qui contiennent donc des résidus de pesticides. »

 

C'est du dénigrement – certes par ignorance – caractérisé. De plus, les hormones sont interdites en Europe et les traitements aux antibiotiques – également autorisés en bio – sont suivis d'une période de retrait du lait de la collecte. Quant à l'alimentation des animaux, la réaction est pavlovienne : si ce n'est pas bio, c'est bourré de pesticides, et donc dangereux. Si c'est bio... ces gens semblent ignorer que le bio utilise aussi des pesticides, dont certains ne sont pas anodins.

 

 

Additifs alimentaires : de la chimie post-moderne !

 

Et les ongles incarnés ?

 

 

N'insistons pas trop sur la rubrique « gâteaux et céréales ». Il vaut mieux – on s'en serait douté – acheter bio, éviter le « sirop industriel de glucose-fructose », l'huile de palme, les « sucres blancs [...] vides sur le plan nutritionnel » et les « "E" en tout genre ».

 

Cela est agrémenté d'un tableau de Générations Cobayes. Nous avons été particulièrement intrigué par les « sulfites de soufre ».

 

 

Boissons : biberonner aux meilleures sources...

 

On ne s'étonnera pas de trouver des propos peu amènes sur les colorants et les arômes artificiels, ainsi que sur les sodas.

 

Mais c'est la partie sur les vins qui est la plus intéressante :

 

« Pour ce qui est du vin, le label bio ne signifie pas l'absence de sulfites, un conservateur qui peut être responsable d'allergies ou de maux de tête, mais au moins de pesticides. »

 

Absence de pesticides ? L'auteure ignore que l'agriculture biologique utilise aussi des pesticides – notamment le cuivre dans diverses bouillies, qui se retrouve dans les vins. Mais plutôt que de s'informer aux meilleures sources, tel Agriculture et Environnement, ici en collaboration avec Wikiagri, elle biberonne aux meilleures sources qui confortent ses préjugés et partis pris :

 

« Dans votre bouteille de vin traditionnel, vous pouvez retrouver "un cocktail de 10, 11, 12 pesticides, dont certains interdits en France", alerte Antonin Iommi-Amunategui, dans une tribune sur L'Obs.

 

Les viticulteurs ajoutent au moment de la vinification jusqu'à 70 additifs et des intrants chimiques, précise cet écrivain, passionné par le vin naturel. Réalisé à partir de raisins bio, le vin naturel est exempt de tous ces produits. »

 

Très intéressante cette source : l'auteur fait une pub lourdaude pour le vin « naturel » et, au passage, pour « la très pratique application pour smartphones Raisin (sur l'iTunes Store ou le Google play Store) ».

 

Très intéressante car ce publireportage du 1er octobre 2017 a fait l'objet d'un post scriptum de la part de son auteur le 4 octobre 2017 :

 

« "Cette vidéo ayant suscité un grand nombre de réactions, parfois passionnées, je tenais à préciser les points suivants :

 

  • "70 additifs oenologiques" ; oui c'est l'arsenal dans lequel le viticulteur conventionnel peut puiser pour fabriquer son produit.

     

    […]

     

    Certaines sources évoquent 300 pratiques et traitements oenologiques autorisés ; en mentionnant 70 additifs, je suis en fait très gentil. Et donc, tout cela, dans une opacité quasi-totale. Zéro mention obligatoire, sauf l'arbre des sulfites qui cache la forêt. »

 

L'auteur du torchon initial s'est donc corrigé : les viticulteurs n'ajoutent pas « jusqu'à 70 additifs, des intrants chimiques », mais peuvent puiser dans un « arsenal » dans lequel il y a l'argon (effets secondaires garantis...) et le... saccharose. Mais l'auteure de l'article de FranceTVInfo n'a visiblement pas lu cette « précision ».

 

L'hystérie du propagandiste du vin « naturel » peut aussi s'illustrer par le passage suivant :

 

« Une autre enquête avait d'ailleurs montré que 100% de nos urines contenaient des traces de glyphosate (la molécule du Roundup, classée "cancérogène probable"). 1-0-0-%.

 

Et si on trouve ça dans nos urines, quid des sols où il est initialement répandu ? Quid de l'environnement et de la santé publique ? »

 

Voilà qui fait une source faisant autorité pour FranceTVInfo.

 

Le plus drôle est que, sur l'Obs, il y a 14 commentaires selon le compteur (11 selon notre comptage) et qu'aucun ne peut être qualifié de « passionné[...] » et ne justifie le post scriptum... Anastasie a probablement eu fort à faire...

 

 

 

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B
Meilleurs astuces santé et vie.
Bienvenue sur le Site de Santé Et Vie ! La personne qui n’accorde pas,
chaque jour, un peu de temps à sa santé, devra, un jour,
sacrifier beaucoup de temps à la maladie.
Trouvez toutes les meilleurs astuces naturels : http://www.santeetvie.com/
Répondre
S
Bonjour,

Merci pour votre visite agrémentée d'un commentaire. Mais vous n'êtes pas sur le bon site pour faire la promotion de vos activités.
F
J'ai bien ri à la lecture de cet article, merci. Le comité scientifique et le comité de soutien de génération cobayes sont effectivement édifiants.

Enfin bon, je rigole, mais à l'idée que ce média est financé par mes impôts, là je rigole moins :-(
Répondre
S
Bonjour,

Merci pour le commentaire.

C'est aussi mon avis.
J
Enfin bon, je rigole, mais à l'idée que ce média est financé par mes impôts, là je rigole moins :-(

D'accord avec vous. Payer pour être abruti sans même pouvoir légalement s'en abstenir, très peu pour moi.

Il me semble que la B.B.C. ait une couverture des questions scientifiques de meilleure qualité.
S
Bonjour,

Merci pour votre commentaitre.

Je partage vos sentiments. En fait, je suis vraiment offusqué par l'incurie des médias. C'est un véritable problème de société.