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Agriculture, alimentation, santé publique... soyons rationnels

Les rats qui tuent – retour sur un article scientifique avec décompte des victimes

8 Novembre 2017 , Rédigé par Seppi Publié dans #ogm, #Glyphosate (Roundup), #Gilles-Éric Séralini, #Activisme, #Article scientifique

Les rats qui tuent – retour sur un article scientifique avec décompte des victimes

 

Kevin Folta*

 

 

Histoire d'œuf et de poule : l'étude scientifique a-t-elle donné lieu au livre, ou l'intention d'écrire un livre (et de faire une opération de com' de grande envergure) a-t-elle donné lieu à l'étude ?

 

 

Il y a cinq ans, la nouvelle a secoué le monde. Les images grotesques de trois rats ont envahi les réseaux sociaux et ont fait les bandeaux de titre de milliers de sites Web. Elles provenaient d'un article scientifique qui affirmait une relation entre les ingrédients issus de plantes génétiquement modifiées et des tumeurs.

 

La réponse a été immédiate. Les scientifiques ont examiné le travail et noté ses nombreuses lacunes. D'autre part, les activistes en ont vanté la véracité, le présentant comme preuve positive du fait que de telles technologies étaient mortelles. Certains gouvernements ont considéré ce rapport comme un coup de semonce et ont mis fin à toute utilisation de plantes génétiquement modifiées. L'une de ces nations était le Kenya, un pays qui a de graves problèmes de sécurité alimentaire et pourrait bénéficier des nouvelles technologies.

 

Et aujourd'hui, l'image est toujours utilisée comme argument contre la technologie sûre qui pourrait nourrir plus de gens et diminuer le coût et l'impact environnemental de l'agriculture.

 

Que peut-on apprendre sur cet article, ses auteurs, et les affirmations tirées de ces trois photos de la figure ?

 

Voici les trois célèbres photos de la figure 3 dans le document original. Je ne vais pas mettre de lien. Si vous êtes intéressé par une plongée profonde dans les insuffisances des statistiques, l'indigence du travail de pathologie et les détails de cet article, voyez les rapports d'Alison Van Eenennaam et de Wayne Parrot.

 

 

Le temps a montré que ce travail était D.O.A., dead on arrival, mort à l'arrivée – mais son héritage mortel continue d'entraver la diffusion de technologies pertinentes qui pourraient aider à nourrir plus de gens et à réduire les impacts environnementaux de l'agriculture.

 

 

Quelles sont les leçons simples à tirer qui en disent long sur le travail, l'éthique des auteurs et l'objectif de leur publication ?

 

La figure prétend présenter des rats représentatifs de groupes d'animaux nourris respectivement avec « OGM », avec herbicide (R) ou avec « OGM » et herbicide. (Je ne sais pas pourquoi l'image que j'ai ici est numérotée A, B, C. Dans l'article original, c'était J, K, L). Voici cinq points importants à noter :

 

  1. Tumeurs chez le rat témoin ? Qu'en est-il du rat qui a eu un régime sans OGM et sans herbicide ? Où est-il ? Nous ne savons pas. Sur la figure, les auteurs ont en quelque sorte oublié de le montrer. Si vous regardez le tableau 2, vous voyez que les rats témoins ont aussi des tumeurs. C'est une remarque importante parce que cette omission suggère une intention des auteurs. Si vous montrez le témoin, alors la figure perd son punch. Que les recenseurs aient pu laisser passer cela me dépasse.

 

 

 

 

  1. Résultats identiques de traitements notablement différents. Ne semble-t-il pas étonnant qu'une technologie utilisée en amélioration des plantes et un herbicide produisent le même résultat surprenant ? Cela devrait être un signal d'alarme. Cela indique que les sujets expérimentaux (des rats sujets aux tumeurs) présentent une pathologie indépendante des traitements, et non que les traitements provoquent la pathologie.

 

  1. L'état des animaux de laboratoire. Ces animaux ont évolué vers un état de souffrance horriblement douloureux. Si les auteurs avaient vraiment mesuré l'incidence des tumeurs, ils auraient pu s'arrêter lorsqu'elles avaient la taille d'un petit pois, et euthanasier humainement les animaux. Ces animaux ont été délibérément gardés vivants pour qu'ils développent de plus grosses tumeurs, forcés de souffrir pour ces photos. Cela soulève de graves questions d'éthique sur l'équipe d'auteurs. Leur désir de photo choc dépasse leur éthique, et leur adhésion à un traitement humain et au respect des animaux de laboratoire.

 

 

 

 

  1. L'utilisation du terme « OGM ». Si la figure avait dû montrer une association significative entre un traitement et un effet, elle aurait décrit avec précision la nature du traitement. « OGM » n'est pas un traitement [ma note : en plus, il y avait trois niveaux de présence de maïs GM dans l'essai]. Ce n'est même pas un terme scientifique. Une vraie légende de figure aurait pris soin d'indiquer le gène précis ou la lignée génétiquement modifiée. Il n'y a rien dans une plante transgénique, quelle qu'elle soit, qui puisse causer des tumeurs de manière intrinsèquement plausible. S'il y avait quelque chose de spécifique à propos de cet ensemble de rations, cela aurait dû être mentionné dans la légende des photos. Cela montre l'existence d'un objectif. Les auteurs avaient besoin du terme « OGM », associé à ce rat, pour sa valeur anxiogène.

 

  1. Cinq ans plus tard, aucune validation indépendante. Il est certain que si une technologie utilisée pour produire des ingrédients se retrouvant dans 70 % des produits d'épicerie entraînait la formation de tumeurs chez les consommateurs, ce serait d'un grand intérêt scientifique. Mais cette histoire a fait les unes en septembre 2012, pour ensuite tomber à plat au sein de la communauté scientifique. Il n'y a pas eu de répétition indépendante de ces résultats. Il n'y a pas eu d'extension de l'étude par d'autres experts en biologie tumorale ou en oncologie. Elle n'a pas amorcé d'efforts de recherche ni ouvert de nouvelles avenues de recherche sur les tumeurs et le cancer. Le travail était mort à l'arrivée, ce qui en dit long.

 

Encore une fois, ce travail a été cité comme justification pour mettre fin à l'utilisation de plantes génétiquement modifiées dans plusieurs pays. Cet article, une déclaration politique fabriquée avec une bien faible rigueur scientifique, vient avec un décompte de victimes. Cet article a stoppé le déploiement des cultures GM là où les plus pauvres des pauvres agriculteurs de subsistance du monde auraient pu en bénéficier. Cet article laisse les gens souffrir de la faim et, sachant que 21.000 personnes meurent chaque jour de la malnutrition, cet article est responsable d'au moins une partie des victimes.

 

La recherche scientifique est devenue de la propagande pour un mouvement détraqué. Notre littérature scientifique a été exploitée pour propager la peur. La faillite d'une recension par les pairs a ôté la nourriture de la bouche de beaucoup de gens.

 

Une analyse rétrospective de cet article, sur maintenant cinq ans, montre que les meilleures preuves que peut fournir un mouvement anti-scientifique ne résistent pas bien, mais qu'elles ont de graves conséquences qui nuisent à ceux qui sont dans le besoin.

 

_____________

 

* Kevin M. Folta est professeur et président du Département des Sciences Horticoles de l'Université de Floride. Il enseigne dans des ateliers de communication scientifique pour les scientifiques et les professionnels de l'agriculture, et diffuse un podcast hebdomadaire, Talking Biotech. Le financement de ses recherches et ses défraiements peuvent être consultés à l'adresse www.kevinfolta.com/transparency.

 

Il se présente aussi comme un scientifique d'une université créée par donation foncière (land-grant university) qui explore les moyens de produire une meilleure nourriture avec moins d'intrants, et comment faire de la communication scientifique.

 

Source : https ://www.agdaily.com/technology/the-rats-that-kill-a-retrospective-look-at-one-figure-in-a-scientific-paper-with-a-body-count/

 

 

(Source)

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F
La dernière image, censée illustrer le "ni OGM, ni herbicide" est un miroir de la première, tu ne te moquerais pas de nous par hasard Kévin?
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S
Bonjour,

Merci pour votre commentaire (si, si).

La dernière image a pour but d'illustrer ce qu'aurait pu être un montage photographique honnête. Enfin « plus » honnête car des photos de rats affligés d'énormes tumeurs n'apportent strictement rien au propos (supposé être) scientifique.