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Agriculture, alimentation, santé publique... soyons rationnels

Les kilomètres-assiette (« food miles ») : une enquête passionnante sur Libération

10 Novembre 2017 , Rédigé par Seppi Publié dans #Divers

Les kilomètres-assiette (« food miles ») : une enquête passionnante sur Libération
 

Glané sur la toile 190

 

 

 

 

 

 

Libération a aussi sa rubrique désintox. Sa dernière livraison, « Les produits alimentaires des supermarchés ont-ils vraiment parcouru 2 400 km en moyenne ? » est tout simplement passionnante.

 

« C’est l'histoire d'un chiffre, que beaucoup de monde cite mais que personne ne source, et dont tout le monde a oublié l'origine. »

 

Dévoilons tout de même la conclusion :

 

« Au vu des entretiens que nous avons eus avec des experts et avec les différentes personnes citant (sans le sourcer) le chiffre de 2 400 km parcourus par des produits alimentaires pour atteindre des supermarchés européens, il nous apparaît donc que cette estimation semble avoir comme origine une étude Rich Pirog datant de 2001 et se basant sur des données de 1998, qui ne concernent que certains produits alimentaires d’origine américaine transportés jusqu’à Chicago. Bref, absolument rien n'indique que cette statistique s'applique à ce que vous mettez dans vos chariots de supermarché aujourd'hui en France… Et rien n'indique surtout que ce chiffre moyen, s'il existait, serait forcément un indicateur pertinent pour juger des bonnes pratiques en matière environnementale. »

 

L'étude de Rich Pirog est ici. Son titre : « Food, Fuel, and Freeways: An Iowa perspective on how far food travels, fuel usage, and greenhouse gas emissions » (aliments, carburants et autoroutes : un point de vue de l'Iowa sur les voyages des aliments, l'utilisation de carburant et les émissions de gaz à effet de serre).

 

En d'autres termes, un chiffre anecdotique, du reste obtenu au prix de contorsions méthodologiques et statistiques édifiantes, fondé sur une trentaine de fruits et légumes, qui aurait une certaine valeur pour l'Iowa s'il était crédible, est utilisé urbi et orbi pour, en fait, promouvoir le « consommer local » (et bio, évidemment).

 

Cette étude en est du reste une illustration remarquable. Elle se conclut par des recommandations pour les consommateurs de l'Iowa, les agriculteurs, grossistes et distributeurs de l'Iowa, les chercheurs et éducateurs pour les systèmes alimentaires (très important les éducateurs : il faut endoctriner...) et les décideurs politiques des États et fédéraux.

 

Sans surprise, elle commence par recommander aux consommateurs d'acheter local ou régional chaque fois que possible. Enfin sans surprise... C'est précédé par un couplet sur la nécessité de tenir compte de l'ensemble du système alimentaire et pas seulement du transport... illustré par une référence à une étude suédoise qui a montré que des tomates d'Espagne achetée en Suède avaient un bilan carbone meilleur que celles produites localement en Suède, ou encore au Danemark ou aux Pays-Bas.

 

« C’est l'histoire d'un chiffre... » ? C'est surtout un message d'alerte quand ce genre de chiffre est balancé. Encore plus quand on lit :

 

« Jointe par Désintox, Anne-Sophie Novel [qui a cité ce chiffre dans le numéro 175 de l’hebdomadaire le 1] nous indique l’avoir trouvé dans la préface du livre de Claude Gruffat "Les dessous de l’alimentation Bio", où la journaliste Marie-Monique Robin écrit: "En Europe chaque aliment acheté dans un supermarché parcourt en moyenne 2 400 km, de son lieu de production à l’assiette du mangeur. En Amérique Nord, c’est en moyenne 4 000 km." »

 

Gruffat, Robin... fiables références...

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