Overblog
Editer l'article Suivre ce blog Administration + Créer mon blog
Agriculture, alimentation, santé publique... soyons rationnels

« Les dessous du glyphosate » selon la France Insoumise

25 Novembre 2017 , Rédigé par Seppi Publié dans #Glyphosate (Roundup), #Politique

« Les dessous du glyphosate » selon la France Insoumise

 

 

 

Alternative LFI au glyphosate...

 

 

Dans une livraison précédente, nous avons un tantinet décortiqué le ridicule politicien de 54 députés LREM qui ont publié une tribune dans le Monde pour appeler à l'interdiction du glyphosate. La compétition que leur livre la France Insoumise est rude !

 

Mais avant d'entrer dans le vif du sujet, voici un gazouillis répercuté par LFI :

 

 

Franchement, LFI ne se grandit pas et ne fait pas honneur à sa mission politique en relayant ce genre d'éructation. Ne lisez pas dans ce propos un quelconque soutien à l'individu ainsi vilipendé, mais simplement le constat qu'un parti politique respectable se doit d'adhérer à un certain décorum.

 

L'appel des députés LREM ne pouvait pas rester isolé, sans surenchère plus à gauche. Ils demandaient le 22 octobre 2017 « une interdiction de la commercialisation du glyphosate et de son utilisation le plus rapidement possible » ? Le 27 octobre 2017, selon une dépêche de l'AFP, relayée par exemple par le Figaro,

 

« Les députés de la France Insoumise ont appelé aujourd'hui le gouvernement à revenir sur "ses arbitrages en faveur de l'agro-industrie", plaidant pour "interdire dès aujourd'hui le glyphosate et s'opposer à l'empoisonneur Monsanto" et assurant que l'alternative existe. Ces élus considèrent, "à l'heure où de multiples articles révèlent l'empoisonnement de nos aliments ou de nos agriculteurs", qu'"il faut interdire dès aujourd'hui le glyphosate et s'opposer à l'empoisonneur Monsanto", dans un communiqué. »

 

Quoique le rédacteur de ce message ait pu faire un effort, c'est un joli condensé de la rhétorique anti-pesticides et anti-capitaliste primaire. L'« empoisonneur Monsanto » nous semble être une trouvaille lexicographique... Mais nous aimerions aussi connaître les « arbitrages en faveur de l'agro-industrie » d'un gouvernement dont le ministre hélicologiste impose une sortie sous trois ans, à défaut de pouvoir l'obtenir tout de suite.

 

Auparavant, le 19 octobre 2017, le groupe avait publié sur son site ce qu'il faut appeler une analyse, de M. Laurent Maffeïs, « Les dessous du glyphosate ». C'est une saine lecture !

 

« Le débat sur l'interdiction du glyphosate est un révélateur politique, géopolitique et même culturel. Bien que l'OMS ait établi depuis plusieurs années que cette molécule désherbante est "probablement" cancérigène et génotoxique, l'agriculture productiviste s'y attache aveuglément. Au point d'affirmer, de concert avec le gouvernement, qu'il n'existe pas aujourd'hui d'alternative au désherbage chimique des sols agricoles. Un grossier mensonge qui fait de ceux qui le propagent des industriels de l'ignorance.

 

On se demande pourquoi il y a des guillemets autour de « probablement ». L'agriculture en cause est évidemment « productiviste ». Ces gens de la France Insoumise ignorent manifestement que de nombreux utilisateurs, y compris amateurs, sont aussi attachés au glyphosate... mais on ne peut pas tout savoir.

 

On aimerait surtout savoir où et quand « le gouvernement » aurait conclu à une absence d'alternative au désherbage chimique. La suite peut dès lors prendre une saveur particulière : cet argument du gouvernement qui a/aurait affirmé... est effectivement un grossier mensonge, propagé par LFI, qui se sacre donc « industriel[...] de l'ignorance ». Gageons que ce n'est pas comme cela que l'auteur l'a entendu.

 

Ce gouvernement doit aussi être hautement incapable, car :

 

« L'agriculture biologique démontre en effet que toutes les productions agricoles sont possibles sans désherbants. »

 

Et figurez-vous qu'il n'y a pas que l'agriculture biologique :

 

« Même des agriculteurs non bios y arrivent en renouant avec une des bases de leur métier : le travail du sol ! Soit en le désherbant mécaniquement par le labour, soit en semant des plantes auxiliaires qui permettent d'éliminer les plantes concurrentes des cultures, ou de les faire tourner intelligemment. »

 

L'auteur a appris – et retenu – que « labourage et pâturage sont les deux mamelles de la France ». Cela le pose en sachant de l'agronomie et l'autorise à célébrer le labour, etc. ; et aussi à prendre de haut les « agriculteurs non bios », avec une belle arrogance. Même eux ont appris...

 

Il n'y a pas que l'histoire, mais aussi la géographie économique :

 

« Ces pratiques "alternatives" ne sont en rien innovantes ou pionnières puisque l'essentiel de l'humanité se nourrit grâce à une agriculture qui n'utilise pas de désherbant. »

 

Que cette partie de l'humanité se nourrisse mal, qu'une partie dépende des importations en provenance des pays où une agriculture productive utilise des désherbants, voire de l'aide alimentaire, est sans importance pour le propos politique.

 

On ne leur demande bien sûr pas de savoir , par exemple, que des producteurs de coton indiens cultivent en fraude des variétés GM tolérant le glyphosate, précisément pour s'épargner le travail harassant du désherbage avec les « pratiques "alternatives" ».

 

Mais ce n'est pas tout :

 

« La principale différence est une bonne nouvelle pour le pays : il faut travailler plus et donc créer des emplois dans l'agriculture. »

 

On peut supposer que les caciques de la France Insoumise n'iront pas aux champs avec une houe. Ils continueront à se vautrer sur leur canapé, pas à se coucher sur un « lit de désherbage ».

 

 

Quant à faire un petit calcul sur les incidences économiques, les prix à la production, la compétitivité de la ferme France, le coût économique et par incidence sanitaire pour les ménages pauvres...

 

« Accompagner financièrement cette mutation écologique et humaine de l'agriculture serait bien plus utile au pays que d'investir dans la recherche d'alternatives chimiques au glyphosate pour trouver de nouvelles molécules tueuses, comme le font actuellement les firmes avec le soutien du gouvernement. »

 

Où est « le soutien du gouvernement » ? Encore un gros mensonge. Mais le suivant est tout aussi grotesque :

 

« Car le glyphosate n'est pas qu'un enjeu écologique et sanitaire, c'est aussi un révélateur géopolitique et démocratique. Ce poison est défendu dans les institutions européennes par l'Allemagne d'Angela Merkel qui soutient également l'absorption par la firme allemande Bayer du principal producteur mondial de glyphosate : Monsanto. »

 

Rappelons incidemment que la Chine est devenue le plus grand producteur de glyphosate... Dans les institutions européennes, tout au moins auprès de la Commission Européenne où doit se prendre la seule décision qui importe, l'Allemagne s'est systématiquement abstenue – accord de grande coalition oblige – contribuant grandement à faire capoter le renouvellement de l'autorisation du glyphosate.

 

Il y a l'Allemagne « d'Angela Merkel » – il faut toujours mettre un visage pour accentuer, ici, la germanophobie – et il y a « les firmes » :

 

« Les firmes font littéralement la loi européenne en matière d'autorisation ou d'interdiction de produit puisque les agences européennes d'évaluation n'utilisent que des études réalisées par les firmes. »

 

Elles font tellement « la loi » que le glyphosate est plutôt en mauvaise posture !

 

Mais il faut une belle envolée lyrique, suivie d'un coup de patte contre le gouvernement français :

 

« Ce système européen est ainsi totalement disqualifié en matière sanitaire : en continuant de permettre l'épandage de millions de litres de pesticides cancérigènes probables, les institutions européennes faillissent dans leur responsabilité élémentaire de protéger les populations. Tout comme le gouvernement français qui n'a rien fait jusqu'ici pour contribuer réellement à l'interdiction du glyphosate. »

 

M. Mélenchon et ses amis s'investiront sans nul doute avec le même énergie – non, avec une énergie décuplée – pour « protéger les populations » contre les autres cancérigènes probables et les cancérigènes certains...

 

Que dire de la chute ?

 

« Ces choix traduisent une politique de l'ignorance au profit d'un agrobusiness qui tue les sols. Cette "terre" qui est le principal réservoir, souvent microscopique, de la biodiversité émergée. Et qui, sans désherbant, a assuré l'essentiel de la subsistance de l'humanité depuis 10 000 ans. Au point que l'espèce humaine a baptisé sa planète "Terre", du même nom que le sol qui la nourrit. »

 

On sort de la politique pour entrer dans l'analyse historique et la philosophie à deux balles. Oui, l'agriculture « sans désherbant, a assuré l'essentiel de la subsistance de l'humanité »...

 

« C'est à force de peine que tu en tireras ta nourriture tous les jours de ta vie, il te produira des épines et des ronces, et tu mangeras de l'herbe des champs. C'est à la sueur de ton visage que tu mangeras du pain... »

 

Genèse 3

 

 

 

Partager cet article
Repost0
Pour être informé des derniers articles, inscrivez vous :
Commenter cet article
N
Ils veulent créer des emplois dans l'agriculture. C'est pas les seuls, la mode est la création "d'emplois verts" dans plein de secteurs et c'est vu comme un bénéfice.

Je suis sur que si tous ces gens étaient mis à la tête d'une entreprise agricole, pour la comptabilité, il mettraient les charges du travail dans la colonne produit.

J'ai publié l'article de David. Merci pour tout. J'ai bon espoir qu'on l'invite à Paris pour une conférence dans une petite année. Mais c'est loin !
Répondre
A
En voyant la vidéo du «lit de désherbage» j'ai d'abord cru à un pulvérisateur de haute précision bâché pour limité la dérive et la volatilisation. Quelle erreur. Comment arriver à s'enthousiasmer devant un tel retour en arrière? En fait la bâche sert de cache misère. On se croirait dans un mauvais remake de Tintin au pays des Soviets. En attendant John Deere a racheté des outils de désherbage à la silhouette semblable pour 300 millions de $. La différence c'est qu'ils intègrent de l'IA de pointe... https://www.youtube.com/watch?v=65_71XYsO64
Répondre
S
Bonjour,

Merci pour votre commentaire.

Ben oui, le bio suscite d'extraordinaires enthousiasmes...

Intéressante vidéo. Mais apparemment ça n'avance pas vite. Ce genre de matériel a peut-être un meilleur avenir en tant que robot... à condition de ne pas se le faire voler.