Grâce à Arte, demain tous cré...
Glané sur la toile 192
Il y eut le tapage du Monde avant l'émission : « Perturbateurs endocriniens : regardez le film « Demain, tous crétins ? » en exclusivité » ; « TV – "Demain, tous crétins ?" » ; et surtout « Barbara Demeneix : "Il n’est plus possible de nier l’effet de l’environnement sur le cerveau" ». On nous promettait du lourd :
« Demain, tous crétins ? La chaîne Arte diffusera, samedi 11 novembre à 22h35, en partenariat avec Le Monde, un documentaire au titre en apparence potache, mais dont le sujet est d’une singulière gravité.
Le film expose les travaux de chercheurs français et américains montrant que l’érosion récente des capacités cognitives des populations occidentales est, en partie au moins, liée à l’exposition à certains perturbateurs endocriniens. »
Nous avons eu du lourdingue ! Je dois avouer : j'ai vite regardé d'un œil distrait, alors que cela faisait manifestement un sujet de choix pour dénoncer une fois de plus les manipulations médiatiques.
Consultez votre moteur de recherche favori : beaucoup d'annonces avant diffusion, presque rien après. Manifestement, les déclinistes et autres prêcheurs d'apocalypse ont eu la même réaction : aucun intérêt, malgré, ou peut-être à cause, des annonces d'apocalypse outrancières.
Il y eut au moins deux courageux.
M. Martin Clavey nous propose sur The Sound of Science une analyse plutôt détaillée, « Tous pris pour des crétins devant Arte ». Dans l'introduction :
« Ce documentaire met en scène un sujet important, les effets des perturbateurs endocriniens sur la thyroïde et le développement du cerveau. Mais, à trop vouloir mettre en scène, Thierry de Lestrade et Sylvie Gilman, nous prennent… pour des crétins.
Au lieu d’aborder le sujet sérieusement et de façon précise, le documentaire choisit un parti-pris alarmiste et fait des raccourcis scientifiques bien trop rapides. Mélangeant supposée baisse du QI, augmentation de la détection des syndromes autistiques et effets des perturbateurs sur la thyroïde et le développement du cerveau, le documentaire veut nous faire comprendre que le lobby de l’industrie chimique nous vend des produits qui peuvent être dangereux pour notre santé. Certes, il faut l’expliquer. Mais est-ce une raison pour prendre les téléspectateurs pour des demeurés ? »
Pour sa part, M. Christophe de la Roche Saint André, chercheur CNRS au Centre de Recherche en Cancérologie de Marseille, a produit un billet de réflexion, « Demain, tous crédules ? ». Il met notamment le doigt sur une belle incohérence :
« Passons, et parcourons rapidement l'article mis en lumière par les documentaristes [« The negative Flynn Effect: A systematic literature review »]. On lit à la sixième page :
"...it is unclear why some Western countries, such as the USA, continue to display a positive Flynn Effect." (... il n'est pas clair pourquoi certains pays occidentaux, dont les USA, continuent à montrer un effet Flynn positif)
Tiens, tiens, cette inversion de la courbe ne concerne donc pas l'ensemble des pays occidentaux, et notamment pas les USA chez lesquels le QI continue d'augmenter. Et pourquoi donc Edward Dutton ne fait pas mention de cette phrase dont il est le coauteur en 2016 ? N'aurait-il pas fait preuve d'un sens de l'objectivité louable en soulignant la complexité de l'affaire ? Gageons que s'il l'avait dit, cela aurait été coupé au montage, car cela n'aurait évidemment pas collé avec la logique du reportage qui montre par la suite combien les USA semblent loin d'être exemplaires côté environnement "chimique"... »
Que conclure ?
Comme M. Clavey ?
« Alors, certes Barbara Demeneix et ses collègues portent, avec les perturbateurs endocriniens pouvant entraîner un mauvais développement du cerveau, un sujet important mais est-ce une raison pour les accompagner dans cette croisade de l’angoisse d’une civilisation crétine ? J’en doute très fortement. Et ça me rappelle étrangement un autre documentaire difficile à digérer, lui aussi diffusé à l’époque sur Arte, Notre poison quotidien, que j’avais chroniqué pour OWNI. »
Comme M. de la Roche Saint André ?
« Il n'empêche, le titre de mon billet, au-delà du clin d'œil à celui du documentaire, est l'expression de mon étonnement grandissant face à l'étendue de la crédulité à laquelle font appel nombre d'émissions sur cette chaine culturelle qu'est ARTE (dont je continue néanmoins d'apprécier d'autres facettes) [...] »
Il nous semble qu'il faut élargir le problème : nombre de médias font appel à la crédulité, mais la génèrent aussi. Quelle est notre réponse ?
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