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Agriculture, alimentation, santé publique... soyons rationnels

Glyphosate : sus à FranceTVInfo et l'Obs, lamentables ; RTL fait le job ; France Inter...

23 Novembre 2017 , Rédigé par Seppi Publié dans #Glyphosate (Roundup), #critique de l'information, #Activisme

Glyphosate : sus à FranceTVInfo et l'Obs, lamentables ; RTL fait le job ; France Inter...

 

 

Il sera beaucoup question de Générations Futures et de son directeur et porte-parole François Veillerette.

 

Il aura fallu douze (12) jours pour que les médias français s'intéressent à la dernière – grande – étude sur les liens entre glyphosate et cancer. Normal peut-on dire : il n'y pas de lien... donc ce n'est pas une mauvaise nouvelle... donc ce n'est pas, sur le plan médiatique, une bonne nouvelle. Et il faut maintenir la pression du tribunal d'opinion contre le glyphosate.

 

Le Figaro a ouvert la voie, mais avec un article factuel, initialement intitulé : « Le glyphosate dédouané ? ».

 

Le Monde de M. Stéphane Foucart a allumé un contre-feu... Il ne sera pas dit que le glyphosate n'est pas cancérigène...

 

Pour FranceTVInfo il n'est d'info qu'avec Générations Futures et M. François Veillerette.

 

Idem pour l'Obs qui tend complaisamment le micro à M. Veillerette.

 

Sur RTL, M. Yves Calvi organise en revanche un échange de points de vue avec M. Veillerette et M. Luc Multigner, un épidémiologiste compétent pour donner un avis autorisé. Et quel avis !

 

Sur France Inter, à La une de la science, M. Axel Villard a interrogé M. Multigner. Une séquence intéressante, fort utile. Mais la page web de l'émission est un honteux dérapage.

 

 

Il aura fallu douze (12) jours pour que les médias français s'intéressent à « Glyphosate Use and Cancer Incidence in the Agricultural Health Study » (utilisation du glyphosate et incidence du cancer dans l'étude sur la santé en milieu agricole), de Gabriella Andreotti et al. publié le 9 novembre 2017 dans le Journal of the National Cancer Institute (JNCI). Oups ! Nous aurions dû succomber au tic journalistique et écrire : « le prestigieux Journal... » (un tic qui pour certains ne s'applique que quand la revue a publié un article conforme à leur déontologie idéologie journalistique).

 

Pour l'article, voir sur ce site ici et ici. Et, pour une analyse plus détaillée, « Glyphosate : le nouvel amiante ? » de M. David Louapre sur son blog Science Étonnante.

 

 

Le Figaro lance la machine médiatique

 

Le Figaro a ouvert la voie avec « L'exposition au glyphosate n'augmenterait pas le risque de cancer » de Mme Cécile Thibert. Un article factuel. L'URL de cet article est intéressant : il est question d'une étude qui « dédouane » le glyphosate. C'est évidemment une très mauvaise nouvelle qui, pour les mouvances alter et anti, arrive fâcheusement si près de ce comité d'appel qui doit sceller le sort du glyphosate – et de l'agriculture et de la souveraineté alimentaire européennes – le 27 novembre prochain.

 

Mais le glyphosate n'a pas besoin d'être « dédouané » : pour le monde lié à la science, et notamment l'évaluation, les choses sont claires – à l'exception notable du Centre International de Recherche sur le Cancer, ainsi que des milieux qui trouvent leur intérêt à vilipender le glyphosate ou du moins entretenir la polémique.

 

 

Le Monde allume un contre-feu

 

Le Monde de M. Stéphane Foucart s'est empressé de suivre avec « Glyphosate et cancer, l’étude qui relance le débat ». Et d'allumer un contre-feu annoncé dès le chapô :

 

« Une recherche épidémiologique américaine n’établit pas de lien entre ce pesticide et les lymphomes. Elle est contredite par une autre grande étude en cours de finalisation. »

 

Nous avons brièvement abordé cet article dans un autre billet et relevé qu'il était plaisant de constater que, pour parvenir à son classement en « probablement cancérogène », et pour le défendre, le CIRC a ignoré des résultats non publiés et que, pour défendre maintenant ce classement, le Monde de M. Stéphane Foucart se fonde sur des résultats... non publiés..

 

 

FranceTVInfo de connivence avec Générations Futures et M. François Veillerette

 

Comme on pouvait s'y attendre, FranceTVInfo s'est aussi panurgiquement jeté à l'eau avec « Le glyphosate sans lien avec le cancer ? Ce qu'il faut savoir sur la nouvelle étude qui relance le débat ».

 

La partie informative (les trois premières questions) est un travail honorable. Mais le titre devrait tout de même poser problème : le « débat », ce sont les tentatives de torpiller le glyphosate – et par extension à peu près tous les produits phytosanitaires – en faisant prévaloir le classement du glyphosate en « cancérogène probable » par le CIRC contre l'avis d'une bonne dizaine d'agences nationales et internationales d'évaluation et de régulation. Mais c'est le « journalisme » : pour prospérer, il a besoin de mauvaises nouvelles et de polémiques.

 

Et donc, il a fallu une question : « Cette étude change-t-elle la donne ? » La réponse contient un paragraphe sur la fin de non recevoir du CIRC :

 

« Pas pour le Centre international de recherche contre le cancer (CIRC), qui a classé le glyphosate comme "probablement cancérogène" en 2015. Sollicité par franceinfo, il fait savoir que l'étude de 2005 avait déjà été prise en compte dans les travaux de classification. Et elle ne contrebalançait pas les autres études épidémiologues menées dans le reste du monde. Ces données combinées "montrent une association statistiquement significative entre le lymphome non hodgkinien et l'exposition au glyphosate", rappelle le CIRC. »

 

Le lecteur obsédé textuel trouvera que le CIRC ne répond pas du tout à la question de savoir quel est l'effet potentiel de cette nouvelle étude sur sa décision, mais s'obstine à fossiliser cette décision. C'est pitoyable... mais c'est le CIRC assiégé et pris dans une escalade d'engagement.

 

L'essentiel de la réponse vient cependant de « M. François Veillerette, porte-parole de l'association Générations futures, très impliquée dans le combat contre le glyphosate ».

 

On saura gré à FranceTVInfo de rappeler l'orientation idéologique de la petite entreprise incorporée sous forme d'association. Mais, franchement, il y en a assez de voir que, pour des études scientifiques, nos médias – en l'occurrence FranceTVInfo financé sur nos deniers – convoquent à la barre des activistes plutôt que des scientifiques compétents.

 

Expert en démagogie, M. Veillerette commence par trouver qu'il s'agit d'une « vaste étude de bonne qualité ». Mais in cauda venenum !

 

« Mais la composition des groupes d'agriculteurs repose sur du déclaratif et non sur des analyses urinaires, capillaires ou sanguines. »

 

On peut être tenté de répondre : et alors ? L'étude a porté sur des applicateurs de pesticides, un partie n'ayant pas utilisé de glyphosate selon leurs déclarations et les autres en ayant utilisé – ces autres ayant été divisés en quatre groupes selon l'importance de leur utilisation de glyphosate – et donc de leur exposition.

 

Voilà un superbe lapin tiré du chapeau : on suit des agriculteurs pendant plus de vingt ans, selon une méthodologie largement validée et utilisée sur de nombreux sujets et, parce que le résultat déplaît, on invoque l'absence d'analyses d'urines... sur une cohorte de 54.251 applicateurs de pesticides ! Pour M. Veillerette – et les nombreux manipulateurs d'opinion qui prendront sa suite – il n'est pas sûr que, toutes autres choses étant égales par ailleurs, l'agriculteur qui traite désherbe 100 hectares au glyphosate soit plus exposé que celui qui détruit quelques mauvaises herbes au bord d'un champ !

 

Quoi qu'il en soit, aucune autre étude – et certainement pas les quelques études invoquées par le CIRC – ne s'est fondée sur des analyses biomédicales.

 

Pour faire plus expert, M. Veillerette cite deux études de 2004 et 2007 censées démontrer

 

« que les agriculteurs qui ne pulvérisaient pas de glyphosate avaient les mêmes concentrations urinaires que les agriculteurs qui en pulvérisaient dans l’Iowa, là ou l’étude est menée. »

 

Ce n'est certainement pas ce que dit la première étude, et pour une raison simple : elle a porté sur les concentrations urinaires de glyphosate chez 48 agriculteurs, leurs épouses et 79 enfants, le jour de l'application de glyphosate ainsi que le jour d'avant et les trois jours suivants. Aucun non-applicateur dans l'étude ! Et, bien sûr, on a trouvé des concentrations très variables, ce qui réfute aussi la notion de « mêmes concentrations ». Figurez-vous que 40 % des agriculteurs n'avaient pas de résidus détectables dans leur urine le jour de l'application ! Quant à la deuxième, elle souffre d'importantes limitations.

 

À ce niveau de divergence entre le fait scientifique et l'affirmation militante, on doit s'interroger si l'activisme est encore dans le registre de l'incompétence.

 

Mais il n'y a aucun doute sur trois points : l'absence de déontologie journalistique ; le journalisme de connivence avec le monde alter et anti, ici Générations Futures ; la fabrication du doute, voire du mensonge.

 

 

L'Obs se vautre dans l'indignité journalistique

 

L'Obs emploie un spécialiste des articles dignes d'une Pravda écolo-idéologique : M. Arnaud Gonzague. Sous le titre : « Le glyphosate, cancérogène ou pas ? », la matière active herbicide est décrite comme l'abomination de la désolation :

 

« On le sait, ce produit dont la marque la plus connue est le RoundUp de Monsanto, est suspecté de nombreux méfaits : cancers, malformations du foetus, stérilisation des sols… En 2015, un rapport du très sérieux Centre international de recherche sur le cancer (Circ) le classait ainsi "cancérogène probable chez l’humain". La messe semblait dite. Sauf qu’une étude publié dans le "Journal of the National Cancer Institute" semble bousculer les certitudes. »

 

Même technique que pour FranceTVInfo (et le Monde) :

 

« Cela classe-t-il pour autant le dossier glyphosate ? Pas pour François Veillerette, porte-parole de Générations Futures, une ONG hostile aux pesticides. »

 

Mais là, le journaliste tend carrément le micro et reproduit servilement les propos. Une étude de 2017 produit le même résultat net qu'une étude de 2005 ?

 

« ...il n’y a rien de nouveau sous le soleil : elle reprend les conclusions d’une précédente étude, publiée en 2005 par la même équipe et qui portait sur le même panel d’agriculteurs. »

 

Ce discours est intrinsèquement faux : l'étude de 2017 ne « reprend pas les conclusions » de l'étude de 2005, mais aboutit aux mêmes conclusions avec des observations sur une durée bien plus longue. Serait-ce trop demander à un journaliste que de déceler l'entourloupe rhétorique dans ce propos ? Et par conséquent un élément de désinformation ?

 

Il est en effet difficile de prétendre que nous sommes ici dans le registre de l'approximatif sémantique. Gageons du reste que si les deux études étaient allées à l'appui du fond de commerce de M. Veillerette, son discours aurait été tout différent !

 

La fabrique du doute est aussi à l'œuvre :

 

« Je m’explique : les agriculteurs qui pulvérisent du glyphosate sur leurs parcelles sont considérés par l’étude comme un peu/assez/très exposés et ceux qui n’en pulvérisent pas comme non exposés. Mais que signifie "non exposé" ? Des prises de leur sang, des recueils de leurs cheveux ou leur urine ont-ils été effectués ? Non. […]

 

[…] On ne peut donc pas tirer de conclusions scientifiques de différences trouvées entre des panels qui n’ont pas été départagés scientifiquement.  »

 

 

Sur RTL, M. Yves Calvi fait honneur à la profession

 

 

Dans 6 minutes pour trancher, M. Yves Calvi a également invité l'incontournable François Veillerette. Mais aussi M. Luc Multigner, épidémiologiste et directeur de recherche à l'Institut National de la Santé et de la Recherche Médicale (INSERM).

 

Point n'est besoin de décrire les propos de M. Veillerette. Ce sont essentiellement les mêmes que ceux tenus devant d'autres micros. Quant à M. Multigner...

 

Sur la toile, la rédaction a retenu : « Étude sur le glyphosate : "C'est de l’artillerie lourde", selon un épidémiologiste », avec un chapô d'une parfaite neutralité : « Luc Multigner, épidémiologiste, et François Veillerette, président de Générations Futures, association dédiée à la lutte contre les pesticides, débattent des résultats d'une étude qui relance le débat sur la dangerosité du glyphosate ».

 

Le lecteur pourra donc lire un autre point de vue :

 

« Luc Multigner, épidémiologiste et directeur de recherche à l'Institut national de la santé et de la recherche médicale (Inserm) confirme "qu'en 2013, les experts de l'institution avaient déjà conclu qu'il n'existaient pas d'évidences fortes de relation entre l'exposition au glyphosate et la survenue de cancer." Selon lui, "il y a eu une très grande confusion entre risque et danger (...) et cette étude américaine c'est l’artillerie lourde qui écrase toues les anciennes études". L'épidémiologiste confirme "qu'en l'état actuel des connaissances" ces travaux montrent qu'il n'y a pas d'évidence entre l'exposition professionnelle au glyphosate et la survenue de cancer. »

 

Et maintenant, nous pouvons compter les points sur les orientations prises par les médias. Et, plus important : notre Gouvernement entendra-t-il raison pour l'échéance du 27 novembre 2017 à Bruxelles ?

 

 

M. Luc Multigner, épidémiologiste, sur France Inter

 

 

Seul interviewé à La une de la science, c'est un point à noter. Mais y aurait-il eu une pointe d'agacement quand il a été interrogé sur une étude non encore publiée ? Laisse-t-il entendre que les éléments qu'il a eu à sa disposition ne vont pas dans le sens de ce qui est tonitrué par les opposants au glyphosate ?

 

Pour rappel, selon le Monde de M. Stéphane Foucart, les résultats du North American Pooled Project (NAPP) – « est en cours de finalisation », dit-il

 

« ...indiquent un doublement du risque de lymphome non hodgkinien pour les personnes ayant manipulé du glyphosate plus de deux jours par an. »

 

Voilà une phraséologie qui a des relents de picorage (cherry picking)...

 

Sur le site de France Inter, cela donne un titre ahurissant : « Glyphosate, l’étude qui dérange ». Mais que dérange cette étude, et en quoi ? Si vous répondez : « le parti pris de la rédaction », vous insulteriez la neutralité du service public.

 

Vous auriez du reste raison. Car la séquence audio est introduite par le texte suivant :

 

« Publiée en pleine bataille politique au niveau européen sur le sujet du glyphosate une étude américaine d'envergure ne parvient pas à confirmer le lien entre exposition à l'herbicide et risque accrus de cancer. »

 

Elle « ne parvient pas à confirmer »...

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A
Je suis très rassuré par cette étude. Je tiens à souligner que les applicateurs de pesticides américains peuvent réaliser de la pulvérisation à forfait pour le compte de clients ou de co-op. Bref ils passent le printemps à remplir et nettoyer les pulvérisateurs. Ils sont donc EXTRÊMEMENT exposés aux concentrés, adjuvants et matières actives... Les savoir en bonne santé est un soulagement. Finalement les UV et la proximité avec les prises de force (et autres pièces en mouvement) sont les dangers véritables.
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S
Bonjour,

Merci pour votre commentaire. Bien d'accord.
A
Vous voulez rire un peu ? Allez donc lire le titre du podast de "La une de la science" dans leur fil RSS : http://radiofrance-podcast.net/podcast09/rss_16589.xml

"Glyphosate, l'étude qui dérange" s'est transformé en ... "Glyphosate, l'absence de nouvelles preuves" SIC !!!
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S
Bonjour,

Merci pour votre commentaire et l'info.
N
J'ai lu hier l'article de wikipedia sur la bouillie bordelaise. Si les médias n'avaient pas de parti pris ils trouveraient largement de quoi faire des articles anxiogènes. S'ils fouillaient plus ils liraient les recommandations de l'Anses concernant les limites d'utilisation en kg/h/an...
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S
Bonjour,

Merci pour votre commentaire.

La Commission Européenne avait tenté de retirer l'autorisation du cuivre. Il n'a dû son salut qu'à un lobbying d'un consortium étonnant : les agrochimistes et... les lobbies du bio (il y a des documents de lobbying de l'ITAB sur la toile).

Le cuivre a été limité à 6 kg/ha/an. En France, le lobby du bio a obtenu un assouplissement : on peut dépasser moyennant respect d'une moyenne de 6 kg sur cinq ans.

Les bio allemands ont aussi fait du lobbying pour pouvoir employer le phosphonate de potassium, un cousin du... glyphosate :

http://seppi.over-blog.com/2016/09/et-hop-c-est-bio-un-pesticide-qui-sort-de-l-usine-devient-naturel.html