Glyphosate : quand 54 députés LREM sombrent dans le ridicule politicien
Le candidat Macron nous avait en quelque sorte promis une politique qui serait faite autrement. Sur les 312 députés et apparentés La République en Marche (LREM), il s'en est trouvé 54 pour nous livrer le triste spectacle de la gesticulation politicienne – qu'on espérait révolue – avec une tribune publiée dans le Monde du 22 octobre 2017, « Nous, députés de La République en marche, demandons une interdiction du glyphosate »
Cette déclaration dont la grandiloquence n'a d'égal que la vacuité a été initiée par Mme Sandrine Le Feur, députée du Finistère. Agricultrice bio, elle souffre à l'évidence d'un conflit d'intérêts en ce que l'interdiction du glyphosate rendra l'agriculture conventionnelle moins compétitive, ce qui réduira l'écart entre les deux modes de production, au profit de la filière bio. Autres signataires de pointe notables, Mme Barbara Pompili, qu'on ne présente plus, et M. Matthieu Orphelin, qui fut par le passé porte-parole de ce qui est maintenant référencé comme la Fondation pour la Nature et l'Homme créée par Nicolas Hulot.
Je trouve aussi parmi les signataires ma députée locale, dont la page sur le site de l'Assemblée Nationale reste désespérément vide. Que ne faut-il pas faire pour exister !
Ces gens proclament donc :
« Nous, députés de La République en marche, demandons une interdiction de la commercialisation du glyphosate et de son utilisation le plus rapidement possible. Nous estimons que ce produit nocif, aujourd’hui largement utilisé, doit être abandonné. »
Ils ont pourtant la prérogative de l'initiative législative... Mais leur ambition déclamatoire va plus loin :
« La France votera contre le renouvellement de son utilisation pour dix ans et nous nous félicitons de la position responsable de notre pays.
A présent, nous demandons aux pays membres de l’UE, qui doivent se prononcer le 25 octobre, de soutenir cette orientation. Sortir du glyphosate, tout en accompagnant comme il se doit les agriculteurs dans cette transition, dans un calendrier court et réaliste, est un bon compromis. Lors du vote en 2016, la France avait voté contre. Nous attendons aujourd’hui une prise de conscience et de responsabilité forte de notre pays. »
Des parlementaires français qui s'adressent, en groupe organisé, à des gouvernements étrangers, c'est, me semble-t-il, plutôt inédit. Quant à la dernière phrase, associez-là à la première citée et vous trouverez une belle incohérence.
Pourquoi faut-il interdire la commercialisation ainsi que l’utilisation du glyphosate ?
« En France, huit mille tonnes sont pulvérisées chaque année. Plusieurs études sérieuses et étayées, dès 2015, par le Centre international de recherche sur le cancer (CIRC), l’ont classé comme substance "cancérogène probable". Il y a donc urgence. »
Toujours l'incohérence rédactionnelle... et l'ignorance de la nature des travaux du CIRC... et la gesticulation... On attend de ces députés qu'ils déposent une proposition de loi tentant à interdire – vu l'urgence – tous les agents classés cancérigènes certains ou probables par le CIRC... On pourrait commencer par le soleil et ses UV, ou peut-être le métier de coiffeur...
Il faudrait donc « [v]oter [contre le glyphosate] pour préserver notre santé », « [v]oter contre pour notre planète ». L'argumentation est d'une pauvreté affligeante, à l'instar de l'oxymore « [v]oter contre pour accompagner notre agriculture ». Oui, privons l'agriculture (et d'autres secteurs d'activité) d'un outil génial, et nous « accompagne[rons] l'agriculture » !
Le glyphosate, « [c]’est une véritable question de santé publique ». Grand dieux ! Un herbicide maintenant en service depuis quarante ans, le plus utilisé dans le monde... contre lequel un CIRC militant, manipulé et manipulateur n'a trouvé qu'un « cancérogène probable », avec des « preuves limitées » de cancérogénicité pour l'homme, et encore, pour le seul lymphome non hodgkinien...
Il « perturbe la vie des sols sauvages, aquatiques, la biodiversité et met en péril tout notre écosystème ». Surtout ne demandez pas de preuves pour ces affirmations (ni de précisions sur les « sols sauvages »)... La fin du monde est proche, car « notre écosystème » est en péril !
Pour l'accompagnement de l'agriculture, on se contentera d'incantations et de pensée magique :
« Mais que voulons-nous vraiment ? Continuer dans un système totalement dépendant des produits chimiques et qui arrive à bout de souffle – un système qui rend les agriculteurs asservis à l’agro-industrie –, ou alors inventer une agriculture d’excellence, qui combine qualité nutritionnelle, respect de l’environnement et santé publique ? »
Euh, non, pas tout à fait : « Les alternatives sont déjà à notre portée et d’autres sont encore à développer. »
Formidable ! C'est à se demander pourquoi les agriculteurs, les gestionnaires d'espaces comme la SNCF, les particuliers n'ont pas adopté ces « alternatives » pour se passer de ce qui est présenté comme une véritable calamité.
Et n'oublions pas l'envolée (presque) finale :
« Voter contre au nom des valeurs de la France : soyons à la hauteur de l’enjeu et de l’attente des Français en prenant cette décision historique. Préservons les futures générations. Aidons nos agriculteurs et replaçons notre nation dans le rôle qu’elle a toujours eu, celle d’une nation pionnière et visionnaire. »
Pitié !
/image%2F1635744%2F20150606%2Fob_b8319b_2015-06-06-les-champs-de-l-au-dela-tom.jpg)