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Agriculture, alimentation, santé publique... soyons rationnels

Glyphosate : le Monde éditorialise la dictature de l'opinion fabriquée

18 Novembre 2017 , Rédigé par Seppi Publié dans #Glyphosate (Roundup), #critique de l'information

Glyphosate : le Monde éditorialise la dictature de l'opinion fabriquée

 

À propos de : « Glyphosate : une bonne leçon de démocratie »

 

 

Cela commence à dater, mais peut-on vraiment laisser passer cet éditorial non signé, mais dont l'inspirateur (sinon l'auteur) est facilement identifiables ?

 

« Glyphosate : une bonne leçon de démocratie » est du 26 octobre 2017 (date sur la toile) ; soit du lendemain du report, par la Commission Européenne, du vote des États membres sur le renouvellement de l'autorisation du glyphosate, alors proposé pour 10 ans ; et du surlendemain du vote du Parlement Européen sur une proposition de motion non contraignante, dont un des éléments essentiels est la sortie du glyphosate au plus tard le 15 décembre 2022 (texte adopté ici).

 

C'est évidemment illustré par une image qui convient à la ligne socio-politique du Monde, une photo qui, en d'autres temps, aurait servi de base à une belle affiche de propagande.

 

Le chapô est explicite :

 

« Editorial. Le report, mercredi, de la décision sur la réautorisation de l’herbicide montre que la Commission ne peut plus écarter des discussions les citoyens et les députés européens, dont les inquiétudes sont légitimes. »

 

Ce report montre ? À notre sens que notre Union Européenne a succombé pour l'essentiel à l'exportation à Bruxelles d'un marchandage politique interne de l'Allemagne et à l'exportation d'un autre marchandage, politicien, interne de la France. Lire dans cette décision une leçon pour la Commission, s'agissant des citoyens et des députés européens, est tout simplement grotesque. Non, les « citoyens et les députés européens » ne sont pour rien dans ce énième fiasco.

 

Ce résumé implique aussi, nécessairement, que la Commission «  écarte[...] des discussions les citoyens et les députés européens ». C'est là un discours démagogique, non pas eurosceptique mais europhobe, de la pire espèce.

 

Et c'est une rhétorique imbécile : la Commission agit dans le cadre des règles des institutions européennes (et quand il lui arrive de fauter, un autre acteur ne manque pas de la tancer, voire de la traîner devant la Cour de Justice de l'Union Européenne).

 

Dans le cas particulier de cette décision du 25 octobre 2017, elle a aussi agi dans le strict cadre de la légalité. Mais on peut sans nul doute lui reprocher une erreur stratégique et surtout politique lorsqu'elle a voulu contraindre les États membres à prendre une décision et à ne pas lui passer, une fois de plus, le mistigri. Rappelons que fin juin 2016, le renouvellement de l'autorisation avait recueilli 19 votes favorables, avec sept abstentions (Allemagne, Italie, Portugal, Autriche, Luxembourg, Grèce, Bulgarie), Malte et la France votant contre – la France dans les conditions ubuesques que l'on sait.

 

En outre, s'il devait avoir une once de soupçon de validité, le reproche de la mise à l'écart des citoyens et des eurodéputés devrait être adressé aux États membres. Ce sont eux qui sont maîtres des décisions, au-delà de la prérogative de la Commission de faire des propositions et de prendre des initiatives.

 

Des propositions et des initiatives qui doivent précisément recueillir l'agrément des États membres – lesquels, jusqu'à plus ample informé, sont l'émanation et l'expression des citoyens – et, selon le cas, du Parlement Européen selon les procédures de co-décision.

 

Quant au Parlement Européen, ce serait aussi trahir l'esprit de la construction européenne – démocratique quoi qu'en disent ses contempteurs – si une motion non contraignante devait soudainement avoir un caractère obligatoire ; et ce, en dernière analyse, du simple fait que son contenu plaît à quelque journaliste du Monde.

 

Enfin, selon le chapô de l'éditorial, les inquiétudes seraient « légitimes ». C'est la légitimation de la démocratie des peureux. Et, surtout, des marchands de peurs et de haines, dont en l'occurrence le Monde qui n'a de cesse d'alimenter l'hystérie anti-chimie, y compris avec des raclures de caniveau, et en « oubliant » soigneusement les informations essentielles non conformes à son objectif socio-politique.

 

La preuve par l'éditorial :

 

« Car, depuis mars 2015, l’herbicide le plus vendu dans le monde est aussi classifié "cancérogène probable" pour l’homme par le Centre international de recherche sur le cancer (CIRC). Cette agence des Nations unies est arrivée à cette conclusion sur la base du travail mené pendant un an par un groupe d’experts indépendants. »

 

Aucune mention des conclusions contraires d'une bonne dizaine d'institutions d'évaluation et de réglementation. Ah si, en filigrane et dénigrement : « ...les études fournies par Monsanto […] ont aussi conduit les agences réglementaires européennes à réitérer leur feu vert en 2015 et 2017 », répétant ainsi pour la énième fois le mensonge des conclusions de l'EFSA et de l'EChA qui auraient été prises sur la seule foi des documents de Monsanto.

 

Aucune mention de ce qu'il faut bien appeler le CIRC-gate qui, en dernière analyse, invalide le classement. Et ce n'est là que le début d'une litanie de sophismes et de contre-vérités, de théorie du complot et de faits alternatifs.

 

Prenons un autre exemple :

 

« Seules la Commission européenne et ses agences semblent vouloir ignorer à la fois l’onde de choc provoquée par cette affaire [les prétendus méfaits de Monsanto] et l’ampleur de la remise en question du système européen d’évaluation des pesticides. »

 

Non ! Lors du tour de table du 25 octobre 2017, ils étaient 16, les États membres à être en faveur d'un renouvellement de l'autorisation du glyphosate pour dix ans, faisant fi des gesticulations du monde alter et anti et des ragots colportés par des médias – au premier chef par le Monde en France.

 

Au-delà des marchands de peurs et de haines, c'est aussi la démocratie des démagogues de tous poils.

 

Il y en a déjà suffisamment dans le monde politique et politicien, mais le message implicite du Monde est qu'il faut aussi faire la part belle à tous ceux qui sont experts dans la manipulation de l'opinion publique grâce aux médias, à Internet, aux réseaux sociaux, aux plate-formes de l'industrie de la pétition, et aux outils démocratiques comme l'Initiative Citoyenne Européenne. C'est simple : passé un certain niveau sonore, les « inquiétudes » des « citoyens », aussi infondées soient-elles deviennent « légitimes ».

 

Il est sous-entendu qu'elles doivent aller dans le « bon » sens. Mais l'inquiétante réalité est qu'à moins d'instaurer une dictature de la bien-pensance selon les canons de l'éditorialiste, cette forme d'alter- ou de post-démocratie doit s'appliquer à tous les sujets.

 

Bienvenue dans le Monde de la dictature de l'opinion fabriquée.

 

« Il est salutaire que les citoyens, écartés de discussions techniques menées à huis clos, fassent entendre leurs inquiétudes et se réapproprient le débat démocratique. Même fondées sur la science, les décisions ne peuvent être que politiques. La Commission européenne ne peut l’ignorer. »

 

Bienvenue dans le Monde de l'obscurantisme.

 

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