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Agriculture, alimentation, santé publique... soyons rationnels

Perturbateurs endocriniens : la fake news et l'incivisme

3 Octobre 2017 , Rédigé par Seppi Publié dans #critique de l'information, #Perturbateurs endocriniens

Perturbateurs endocriniens : la fake news et l'incivisme

 

 

Dans une livraison précédente, nous avions considéré que la communication qui a suivi la publication de « Prenatal Exposure to Nonpersistent Endocrine Disruptors and Behavior in Boys at 3 and 5 Years » (exposition prénatale à des perturbateurs endocriniens non persistants et comportement de garçons de 3 et 5 ans) de Claire Philippat et al. dans Environmental Health Perspectives relevait des fake news.

 

Nous devons réviser notre jugement.

 

Les manufacturiers de titres s'en sont donné à cœur joie. Dans le billet précédent, nous avions relevé « Une exposition prénatale aux perturbateurs endocriniens = troubles du comportement des enfants ? » sur Femina Actu et « Exposition aux perturbateurs endocriniens pendant la grossesse : "Des signaux d'alerte sur les effets" chez les enfants, selon l'Inserm » sur FranceTVInfo.

 

France Inter titre : « Perturbateurs endocriniens : la grossesse, zone à risque », ce qui est globalement exact. Pourquoi Docteur est sur la même longueur d'onde : « Perturbateurs endocriniens : le bébé à risque même à faible dose ». Mais Doctissimo ne fait pas dans la dentelle : « Perturbateurs endocriniens et grossesse : une étude prouve les dangers réels sur les petits garçons ».

 

Mais intéressons-nous à l'article de FranceTVInfo.

 

Selon le titre il y a « "[d]es signaux d'alerte sur les effets" chez les enfants, selon l'Inserm ».

 

En chapô, c'est : « "On a des signaux d'alerte", précise Rémy Slama, directeur de recherche à l'Inserm. »

 

Dans le texte : « "On a des signaux d'alerte sur les effets sanitaires" de ces perturbateurs endocriniens chez l'enfant, précise Rémy Slama, directeur de recherche à l'Inserm, invité dimanche 1er octobre de franceinfo. »

 

Et encore, à propos du triclosan : « Là, clairement, on a des signaux d'alerte sur les effets sanitaires de cette substance » (c'est le journaliste qui écrit).

 

Cela fait tout de même quatre occurrences du mot « alerte ». Et ce, pour une étude qui ne nous paraît pas très convaincante et qu'on pourrait même considérer comme rassurante au vu des différences entre les niveaux de risques entre enfants de femmes exposées et non exposées.

 

Nous avons déjà vu que la faiblesse des résultats est – très honnêtement – reconnue dans l'article scientifique :

 

« Parce que nous avons testé beaucoup d'associations, certains de nos résultats peuvent être dus au hasard, comme le suggère le fait qu'aucune des valeurs de p observées n'est restée significative après correction pour le taux de fausses découvertes. »

 

M. Slama apporte aussi une précision sur Pourquoi Docteur :

 

« 'En revanche, ce n’est pas parce que tout le monde est exposé que les effets vont être visibles chez tout le monde. Il faut, par ailleurs, insister sur le fait que dans notre étude nous n’étudions pas des pathologies mais l’augmentation de certains comportements comme une hyperactivité déclarée par les parents. Les enfants que l’on étudie ne sont pas des enfants malades. »

 

Que faut-il en conclure ? Certainement que les résultats de l'étude ont été gonflés dans la communication de l'INSERM et dans l'interview donnée par M. Slama à France Info ; et surgonflés par certains médias.

 

C'est de la fake news.

 

Il y a une autre approche. On peut comprendre qu'une étude scientifique ayant produit des résultats peu convaincants soit néanmoins publiée par des auteurs soumis au publier ou périr et par une revue qui doit nourrir son fond de commerce. Mais susciter des angoisses, en particulier chez les femmes enceintes, sur des bases aussi minces est – au minimum – de l'incivisme.

 

Qu'en pense la direction de l'INSERM ?

 

 

Post scriptum

 

La Croix vient de publier un article, « Perturbateurs endocriniens, quels impacts sur l’enfant à naître ? » avec une interview de M. Slama.

 

Parmi les affirmations :

 

« Pour le triclosan, moins connu à ce jour, les résultats montrent une association entre l’exposition de la femme enceinte et une augmentation des troubles émotionnels à 3 et 5 ans. »

 

Selon les tableaux publiés dans Environmental Health Perspectives nous avons les valeurs suivantes pour les IRR (incidence rate ratio – ratio du taux d'incidence) :

 

  • à trois ans : 1,02 (1,00 – 1,04) statistiquement significatif à p ≤ 0,10

  • à cinq ans : 1,01 (0,99 – 1,03)

 

Et pour les OR (odds ratio) :

 

  • à trois ans : 1,07 (0,99 – 1,17) statistiquement significatif à p ≤ 0,10

  • à cinq ans : 1,08 (1,00 – 1,18) statistiquement significatif à p ≤ 0,10

 

Nous avons le plus grand mal à comprendre pourquoi on rapporte dans les médias – et on insiste sur – des résultats obtenus avec une signification statistique aussi faible.

 

Mais la réponse se trouve peut-être dans la conclusion :

 

« En attendant, les citoyens doivent s’interroger : est-il vraiment nécessaire d’utiliser du triclosan ? N’y a-t-il pas d’autres moyens de désinfecter, moins nocifs ? De même, les femmes enceintes peuvent se demander si tel ou tel cosmétique est vraiment indispensable. Quant à leur alimentation, ces dernières peuvent se tourner vers les labels bio pour limiter l’ingestion de pesticides – dont certains sont des perturbateurs endocriniens. »

 

Instrumentalisation de la science à des fins socio-politiques...

 

Y compris pour l'appel à manger « bio »... au mépris du risque accru – notez bien le mot « risque » – d'ingérer des mycotoxines aux effets perturbateurs endocriniens bien supérieurs. Mais ça, c'est une autre histoire.

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