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Agriculture, alimentation, santé publique... soyons rationnels

Les patates, non merci !

8 Octobre 2017 , Rédigé par Seppi Publié dans #Ludger Wess

Les patates, non merci !

 

Ludger Weß*

 

 

 

(Source)

 

Le schéma de l'argumentation de bien des adversaires de la technologie moderne est relativement simple : la preuve anecdotique, l'affirmation d'un lien de cause à effet lorsqu'on a au mieux une corrélation, les murmures de conspirations soupçonnées, la fomentation de la peur. Quand on a compris le principe, l'approche permet de diaboliser presque tout de la médecine ou de l'agriculture modernes et de le présenter comme un risque existentiel pour la santé et la survie de l'humanité. Avec l'exemple de la pomme de terre, une initiative pourrait faire valoir ce qui suit :

 

Cette saleté de pomme de terre, dehors !

 

 

Le 24 mars 1756, le Vieux Fritz [Frédéric II de Prusse, ou Frédéric le Grand, 1712-1786] a promulgué son célèbre édit des pommes de terre, par lequel il a ordonné à ses fonctionnaires de « d'inculquer la culture de la pomme de terre ». Le roi a fait garder les champs de pommes de terre nouvellement créés par des soldats pour éviter que les paysans ne déterrent secrètement les tubercules. Il n'y a aucune étude à long terme à ce jour sur les conséquences sanitaires et environnementales de la culture de cette plante toxique, et notre revendication ne peut donc qu'être : arrêtez les pommes de terre ! Débarrassez-nous des pommes de terre immédiatement ! Cette saleté de pomme de terre, dehors !

 

L'histoire de la pomme de terre est un paradigme de la façon dont la politique s'est mise au-dessus des préoccupations des citoyens et des avertissements des scientifiques et des experts agricoles et a imposé la culture d'une nouvelle espèce de plante sans égard pour les conséquences à long terme.

 

 

Robert Müller (1859–1895), le roi Frédéric le Grand inspecte la culture de la pomme de terre

 

Le père de Frédéric, le Roi-Sergent [Frédéric-Guillaume Iᵉʳ de Prusse, 1688-1740], avait déjà voulu forcer les paysans à cultiver le tubercule exotique des Andes et menacé de leur « couper le nez et les oreilles » s'ils refusaient. Cela n'avait servi à rien. La majorité de la population était contre la culture et l'a boycottée. Son fils a pris le relai et les choses sont devenues sérieuses.

 

 

 

La tombe de Frédéric II le Grand au Palais de Sanssouci à Potzdam. Aujourd'hui encore, des Allemands lui rendent hommage en déposant des pommes de terre sur sa tombe le jour de son anniversaire.

 

 

 

Frédéric – en monarque absolu – s'est placé au-dessus de la majorité de la population, imposant la culture de la pomme de terre qu'il fit surveiller par ses soldats et ses fonctionnaires ; ceux-ci dénonçaient tous ceux qui sabotaient l'ordre.

 

Avec sa lubie des pommes de terre, il a bouleversé le paysage traditionnel de la Prusse. Comme ses conseillers du lobby de la pomme de terre, il croyait que cette plante, censée être peu exigeante et bien adaptée aux sols sablonneux et tourbeux, pourrait combattre la faim qui sévissait encore en Prusse et donner aux agriculteurs plus de prospérité et de santé. Les pommes de terre – comme le prétend encore aujourd'hui le lobby de la pomme de terre – contiennent beaucoup de vitamines A, C et B ainsi que des minéraux et des oligo-éléments. En outre, elles fournissent prétendument des rendements élevés, ne doivent pas être manipulées à grands frais après la récolte et peuvent être stockées facilement. Quel point de vue effrayant ! Aujourd'hui, nous savons grâce aux nombreuses années de travail pour apporter les soi-disant bienfaits du « Riz Doré » que la faim doit être combattue par la redistribution, et non par de nouvelles plantes ! Le progrès technique ne peut pas résoudre un problème objectivement social. L'argument des vitamines est également dénué de fondement : les pauvres de ce pays auraient aussi pu obtenir les vitamines si le vieux Fritz leur avait permis de consommer plus de poissons de mer et plus de fruits tropicaux ou les aurait incités à manger plus de baies.

 

Frédéric a systématiquement empoisonné son peuple ; il a annéanti l'alimentation saine qui consistait principalement en seigle et ergot, haricots, oignons, châtaignes et un peu d'avoine et d'épeautre, et exposé la population aux dangers, y compris aux conséquences catastrophiques à long terme que nous subissons encore aujourd'hui.

 

Complètement irresponsable, il a ignoré le risque incalculable d'allergie. Aucun Européen n'avait encore mangé une pomme de terre, et de nombreux composants de la plante sont connus pour être des allergènes potentiels.

 

Avec la pomme de terre, on a également introduit et propagé des gènes étrangers en Europe centrale. Il y avait un risque de contamination d'autres plantes de la famille des Solanacées telles que la mandragore, la jusquiame, le datura et la belladone – des plantes importantes pour la médecine traditionnelle. Le Vieux Fritz voulait-il préparer le terrain pour une nouvelle médecine et supplanter la médecine par les plantes éprouvée avec ses onguents de sorcières, ses aphrodisiaques et ses tisanes ? Une attaque du Patriarcat prussien sur les femmes détentrices d'un savoir ancestral et sur leurs connaissances médicales, alors que la persécution ouverte des sorcières avait été abolie !

 

Pire encore, la pomme de terre – comme le maïs génétiquement modifié de « Monsatan » aujourd'hui – produit des fongicides et des pesticides dans toutes les parties vertes de la plante ! Un poison neurotoxique qui cause déjà à faible dose des étourdissements, des nausées, des vomissements, des diarrhées, des crampes d'estomac, des arythmies cardiaques, des cauchemars et des maux de tête ! À des doses plus élevées, le poison conduit à des hallucinations, à la perte de certains sens, à la paralysie, à la fièvre, à la jaunisse, à l'hypothermie et à la mort. Ce sont surtout les enfants et les nourrissons qui sont menacés, et les quantités maximales sont régulièrement dépassées dans les feuilles et les tiges. Même aujourd'hui, selon les naturopathes, environ 250.000 personnes sont atteintes par une intoxication à la solanine chaque jour (!) aux États-Unis.

 

Au moment de la récolte, les feux de fanes de pommes de terre se répandent aussi dans les champs ; ils libèrent des poussières contaminées par des fongicides et des pesticides et produisent de grandes quantités de dioxine.

 

Malheureusement, il n'y avait pas d'écologistes organisés à l'époque, et les « libérateurs des champs » de la base démocratique n'avaient aucune perspective de réussite parce que le Vieux Fritz avait fait garder les champs d'essais par ses sbires qui n'avaient aucun problème à utiliser leurs armes.

 

C'est ainsi que la pomme de terre est arrivée en Allemagne, avec toutes ses conséquences désastreuses comme les frites, les fast-foods et les amidons industriels. Pourtant, elle n'a résolu aucun des problèmes : l'Irlande, qui a tout misé sur la pomme de terre, a rapidement été victime de famines. Il y eut des massacres de petits agriculteurs irlandais et – par le biais de l'émigration de masse – un génocide de la population indigène d'Amérique. La pomme de terre est un funeste présage de l'orgueil démesuré qui ose se révolter contre la création ainsi que de la mondialisation qui transporte les plantes d'un continent à l'autre et déclenche ainsi la migration de la pauvreté et la destruction de peuples entiers.

 

À ce jour, il n'y a pas d'étude fiable sur les effets à long terme de la pomme de terre ! Personne ne peut exclure que la pomme de terre soit responsable depuis le milieu du dix-huitième siècle d'une augmentation terrifiante de maladies telles que le diabète, le cancer, les accidents vasculaires cérébraux et les maladies coronariennes ou l'apparition de maladies complètement inconnues auparavant (autisme, TDAH, Parkinson, Alzheimer). Il y a des études épidémiologiques qui établissent un lien entre la consommation de pomme de terre et l'arthrite ; et de nombreuses études sur les rats montrent que l'alimentation avec des plantes de pomme de terre entraîne des dommages aux embryons, des mort-nés, etc. Le principe de précaution s'oppose à la culture des pommes de terre, mais les autorités européennes – toutes étroitement liées au lobby de la pomme de terre – ignorent les dangers réels.

 

Rudolf Steiner savait déjà que la pomme de terre agit très fortement sur le système nerveux et affaiblit ainsi la pensée méditative-intériorisante de par l'orientation de ses cotylédons vers le bas. La diffusion de la pomme de terre en tant que denrée alimentaire principale ne coïncide pas seulement avec l'apparition de maladies totalement nouvelles, mais aussi avec la diffusion d'une pensée matérialiste qui repose entièrement sur une perception sensorielle superficielle. La sagesse populaire a rapidement forgé une formule accrocheuse pour ce lien : les agriculteurs les plus stupides récoltent les pommes de terre les plus grosses.

 

De tout cela, il ressort une nécessité historique claire : la prise de conscience des liens entre le progrès technologique et la manipulation des gènes, d'une part, et la mondialisation, l'exploitation et l'oppression patriarcale, d'autre part, par une grande partie de la population doit être utilisée pour reprendre la lutte des opprimés qui a échoué au XVIIIe siècle et la mener à bien : exigez l'interdiction de la pomme de terre ! Boycottez-la ! Occupez les magasins qui en offrent ! Jamais plus de frites ! Ce n'est que lorsque la dernière patate aura été détruite que nous aurons enfin vaincu le Vieux Fritz et son idéologie.

 

En bref, la pomme de terre est un héritage de l'absolutisme, un symbole de la mondialisation, un instrument patriarcal de l'oppression des femmes ; elle est aussi liée au génocide, aux maladies dévastatrices et au matérialisme. La lutte contre la pomme de terre est donc une nécessité sociale et politique.

 

En langage simple : La pomme de terre, c'est poison. Il faut l'éliminer.

 

______________

 

* Ludger Weß (Wess) a étudié la biologie et la chimie et a travaillé en tant que biologiste moléculaire à l'Université de Brême avant d'entamer une activité de journaliste scientifique. Il écrit régulièrement depuis les années 1980 sur les aspects scientifiques, économiques, historiques, juridiques et éthiques des sciences et des technologies, principalement sur le génie génétique et les biotechnologies. Ses articles ont paru dans Stern, die Woche et le Financial Times Deutschland ainsi que dans des revues spécialisées internationales. Il a publié un ouvrage sur les débuts de la recherche génétique, die Träume der Genetik (les rêves de la génétique), avec une 2e édition en 1998.

 

En 2006, il a été un des co-fondateurs de akampion, qui conseille les entreprises innovantes dans leur communication. Ludger Weß a un doctorat en histoire des sciences et est membre de la National Association of Science Writers états-unienne ; il vit à Hambourg.

 

Vous pouvez le suivre sur https://twitter.com/ludgerwess

 

Source : http://ludgerwess.com/kartoffeldreck-weg-3/

 

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Nomymie 10/06/2018 15:46

> Frédéric a systématiquement empoisonné son peuple ; il a annéanti l'alimentation saine qui consistait principalement en seigle et ergot, haricots, oignons
https://fr.wikipedia.org/wiki/Ergot_du_seigle ... l'auteur a-t-il consommé trop de seigle avec ergots ?

Seppi 11/06/2018 11:14

Bonjour,


Merci pour votre commentaire.

Il vous a peut-être échappé qu'il s'agit d'un pastiche. C'est pourtant clair dès l'introduction : "Avec l'exemple de la pomme de terre, une initiative pourrait faire valoir ce qui suit…"

Jopari 08/10/2017 18:06

Bon pastiche de la façon dont ils argumentent leur cause.

Heureusement pour nous tous que Louis Pasteur, Antoine Parmentier, Marie Curie, Edward Jenner, Guglielmo Marconi, Alexander Graham Bell et surtout Norman Borlaug ne les aient pas eu en position d'autorité.

Seppi 17/10/2017 08:27

Bonjour,

Merci pour votre commentaire.

En fait, il faut remonter plus loin... Caïn le berger, Abel le cultivateur... voire ce singe de l'introduction de « 2001 ou l'Odyssée de l'Espace ».