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Agriculture, alimentation, santé publique... soyons rationnels

Le bio  : une élégante fanfiction*

2 Octobre 2017 , Rédigé par Seppi Publié dans #Agriculture biologique

Le bio  : une élégante fanfiction*

 

Tim Durham**

 

 

 

 

« Êtes-vous en bio ? » est une question récurrente au stand de la ferme. C'est aussi un moment d'apprentissage pour ceux d'entre nous qui sont derrière le stand.

 

La sagesse conventionnelle ressemble à ceci : bio = naturel = bon ; conventionnel = synthétique = mauvais. Les égalités sont simplistes, mais faciles à digérer.

 

En formulant les termes du débat « bio c. conventionnel », je me souviens toujours de la guerre des consoles de 16 bits. Vous vous souvenez de la Super Nintendo et de la Sega Genesis ? Dopé par sa mascotte hipster Sonic, Sega avait pris l'offensive en raillant Nintendo. Son modèle commercial reflétait le hérisson emblématique et suintait la suffisance. Nintendo avait pour sa part Mario (bâillant). Sega avait également mis en avant une caractéristique exclusive appelée « blast processing ». Mais problème : c'était un gadget de marketing inventé pour vendre des consoles. Malgré cela, la campagne a été en grande partie une réussite.

 

De manière similaire, l'industrie du bio a fait un travail magistral pour se positionner comme la plus belle du quartier, avec des exclusivités à forte valeur ajoutée qui profitent autant à l'environnement qu'aux consommateurs. Et cette fiction est légitimée par le National Organic Program (NOP) de l'USDA. C'est un trait de génie : la filière surfe sur des avantages implicites. Les consommateurs font confiance à cette étiquette, en supposant qu'il y a quelque chose derrière elle. En réalité, elle est légère sur l'éthique et lourde d'opportunisme.

 

Déloyal, dites-vous  ! Écoutez-moi.

 

Alors, qu'est-ce qui la rend si attrayante ? Quelles sont ces exclusivités bancables que les petits vieux grincheux ne comprennent pas ? Pourquoi les gens sont-ils disposés à sortir de gros billets sous la forme d'une « taxe Gwyneth Paltrow » (cela se dit pour une poudre de perlimpinpin à la mode munie de lettres de créance douteuses) pour leur morceau du gâteau bio ?

 

Exclusivité N° 1 : sans pesticides. Celle-ci circule beaucoup. Mais c'est faux. Le sulfate de cuivre, qui s'accumule dans l'environnement, n'est qu'une des nombreuses libéralités embarrassantes accordées par le National Organic Program. D'accord, mais qu'en est-il de « moins de pesticides » ? Moins de résidus de pesticides conventionnels pour sûrs, car ils sont interdits (voir la liste des Douze Salopards de l'Environmental Working Group), mais l'EWG ne teste pas les résidus de produits bio. Comme c'est pratique !

 

Exclusivité N° 2 : plus nutritif et plus sain. Il y a cette caricature de l'agriculteur conventionnel qui ricane quand il vend ses produits chargés de pesticides – et sort ensuite ses couverts en argent gravés pour manger des produits bio pour gourmets. En réalité, nous avons une grande confiance dans les techniques de production, la qualité et la sécurité de nos produits – nous mangeons fièrement ce que nous produisons. Dommage que les mamans soient culpabilisées pour qu'elles achètent bio et préfèrent éviter l'allée des fruits et légumes si elles ne peuvent pas se permettre ce qui est perçu comme la crème de la crème. C'est une tragédie.

 

Exclusivité N° 3 : plus respectueux de l'environnement. Les agriculteurs conventionnels pratiquent la rotation des cultures et les cultures de couverture. Nous épandons aussi du fumier pour enrichir notre sol avec de la matière organique (vous pouvez apprécier l'ironie). Les producteurs bio ont un sacré problème de gestion des mauvaises herbes sans labour, lequel provoque une érosion. Les agriculteurs conventionnels peuvent traiter et mettre en place un système sans labour – en utilisant des matériels plus doux et en laissant moins de matières actives dans l'environnement.

 

Exclusivité N° 4 : focus sur la justice sociale. L'industrie du bio a réussi à faire pression en faveur d'exemptions des lois limitant le désherbage manuel qui casse les reins – parce qu'elle n'a pas beaucoup d'autres options. Indéniablement, le célèbre défenseur des droits civiques César Chavez doit se retourner dans sa tombe.

 

Exclusivité N° 5 : l'antidote au corporatisme rampant. Pas de fermes-usines. Le Sauveur de la ferme familiale locale. Qu'est-ce qui fait une ferme-usine ? Il n'y a pas de réelles prescriptions dans le National Organic Program. La superficie n'est pas importante, ni les recettes brutes. Beaucoup d'entreprises ont leurs propres marques bio pour dissimuler les liens d'entreprise. L'Organic Center a été financé par les dollars de l'industrie pour générer des recherches favorables. Pas de porte-parole d'entreprises ici (ironie).

 

Exclusivité N° 6 : tout naturel. Pas de produits de synthèse ou d'OGM ! Il existe quelques éléments non naturels sur la liste du National Organic Program. Ils prennent des libertés lors de l'octroi d'exemptions. N'oubliez pas les variétés végétales créées par mutation, dont les graines sont bombardées par des rayonnements nucléaires – l'orge 'Golden Promise' me vient à l'esprit. Et les OGM qui produisent des protéines pesticides biodégradables, qui visent uniquement les organismes piqueurs et suceurs nuisibles, sont verboten. C'est tout à fait logique (sarcasme).

 

Exclusivité N° 7 : donne des leçons sur le bien-être des animaux. « Free-range » – en plein air – est encore un peu nébuleux, mais un animal ne préfère-t-il pas un environnement intérieur climatisé ? Si un animal est malade, ne devrait-il pas être traité avec des antibiotiques ?

 

Les fanboys et les fangirls fétichisent littéralement l'industrie du bio. Pourtant, l'ancien Secrétaire à l'Agriculture Dan Glickman l'a exprimé le mieux lorsqu'il a souligné avec ironie que le bio est une norme de production, pas une norme de santé ou de sécurité. Les consommateurs paient donc essentiellement une philosophie floue qui est plus que disposée à détourner le regard quand cela est opportun [bruit de caisse enregistreuse]. Que paient les consommateurs ? Où sont ces exclusivités si souvent vantées ?

 

Certains disent que nous devrions tous chanter kumbaya et coexister. Nous sommes « tous logés à la même enseigne » après tout. Le problème est que l'existence même du bio calomnie implicitement ma ferme, ma sueur et mon héritage. Je serais ravi de vendre des produits avec une marge plus élevée, mais je ne vais pas vous inviter à le faire. Malgré sa commercialisation en tant qu'expérience quasiment existentielle, le bio est guidé par de faux prophètes. Il est temps d'arrêter de tondre la laine sur le dos des consommateurs pour ce qui équivaut à une restriction alimentaire fondée sur la foi – il semble que les télévangélistes du bio inventent les règles au fur et à mesure.

 

____________

 

* Une fanfiction, ou fanfic (parfois écrit fan-fiction), est un récit que certains fans écrivent pour prolonger, amender ou même totalement transformer un produit médiatique qu'ils affectionnent, qu'il s'agisse d'un roman, d'un manga, d'une série télévisée, d'un film, d'un jeu vidéo ou encore d'une célébrité (Wikipedia).

 

** La famille de Tim Durham exploite Deer Run Farm et produit des légumes à Long Island, New York. En tant qu'agvocat, il réfute les discours enflammés avec des faits. Tim a obtenu un diplôme en médecine végétale et est professeur adjoint au Ferrum College en Virginie.

 

Source : https://www.agdaily.com/insights/durham-organic-elegant-fanfiction/

 

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