Glyphosate, les pressions médiatiques et M. Christian Vélot (et al.) : gesticuler avec quinze fois la dose d'emploi
Ajout du 17 octobre 2017 : je me suis trompé dans les unités... et ça change beaucoup !
L'autorisation du glyphosate sera-t-elle renouvelée ? Les États membres de l'Union européenne auraient dû voter le 4 ou le 5 octobre 2017. On apprend que le vote a été reporté au 23 octobre et il se dit que la Commission pourrait proposer une durée de 7 ans au lieu des 10 présentement sur la table. En attendant, les manœuvres vont bon train.
Les lobbies de l'industrie seraient à l'œuvre à Bruxelles. C'est le discours convenu du monde alter et anti qui, lui, ne fait pas de lobbying – tout juste du « plaidoyer »... Ha ! Ha ! Ha !
C'est par un hasard tout à fait inopiné que le Monde Planète publie un « "Monsanto papers", désinformation organisée autour du glyphosate " » des deux Stéphanes, Foucart et Horel, dont l'objectif unique – oyez ! Oyez ! – est d'informer le lectorat du journal dont même la date est fausse. Ils ont dû se démultiplier ces jours... Voici qu'aujourd'hui, 5 octobre 2017, ils nous gratifient d'un « Soupçons sur les substances ajoutées au glyphosate dans les "produits formulés" ». Et aussi d'un « "Monsanto papers", les agences sous l’influence de la firme ». Mais toujours rien sur les malversations au CIRC, pourtant documentées.
C'est par un hasard tout à fait intempestif que les médias bruissent sur une plainte – déposée selon les uns, qui sera déposée selon les autres – contre Monsanto par les parents d'un garçon, de 10 ans maintenant, né avec une atrésie, une grave malformation de l'œsophage. Il y a bien sûr eu une dépêche de l'AFP, une agence qui se dépêche toujours pour diffuser ce genre d'information. On apprend donc que la famille est conseillée par Me William Bourdon, cet avocat qui a « plaidé » en robe à la mascarade du « Tribunal International Monsanto ».
L'Obs – cet hebdomadaire qui eu la primeur de l'infâme étude sur les rats de M. Gilles-Éric Séralini et al. – a aussi eu la primeur de cette information et a produit un article à faire pleurer même des yeux de verre, « "Notre fils a été empoisonné" : une famille attaque Monsanto en justice ». C'est de la plume – enfin maintenant des doigts – de M. Arnaud Gonzague, un autre journaliste qui choisit ses sujets avec le plus grand soin.
Les publications scientifiques sont-elles aussi programmées par rapport aux dates prévues des décisions politiques ? C'est difficile de le déterminer pour le glyphosate : il en sort quasiment une, deux ou trois tous les jours. Mais nous avons quand même une suspicion pour le groupe Springer.
Celui-ci a mis en ligne le 23 septembre 2017 « Proteomic analysis of the soil filamentous fungus Aspergillus nidulans exposed to a Roundup formulation at a dose causing no macroscopic effect: a functional study » (analyse protéomique du champignon filamenteux du sol Aspergillus nidulans exposé à une formulation de Roundup à une dose ne produisant pas d'effet macroscopique : une étude fonctionnelle) de Florence Poirier, Céline Boursier, Robin Mesnage, Nathalie Oestreicher, Valérie Nicolas et Christian Vélot.
Christian Vélot ? Va falloir être prudent ! L'honorabilité scientifique se traite au prétoire... au moins quand les Faucheurs Volontaires mettent la main au porte-monnaie.
Mais on peut sans nul doute relever que ses affiliations sont, dans l'ordre : le CRIIGEN, maintenant domicilié à Paris à en croire l'article ; le Laboratoire VEAC, Université Paris-Sud, Faculté des Sciences d'Orsay ; le Pôle Risques MRSH-CNRS, Université de Caen.
Selon Générations Futures – la petite entreprise incorporée sous forme d'association qui vilipende les pesticides et exalte le bio, qui le lui rend bien – et le CRIIGEN c'est publié dans une « revue internationale » – Environmental Science and Pollution Research – et c'est le fruit d'un « projet de recherche participative (http://www.picri-ogm.fr/) en partenariat entre l’Université Paris-Sud, et les associations Générations Futures et le Criigen ». Pour ce PICRI, voir notamment ici.
Cette précision est donnée en petits caractères par GF – comme sur les contrats d'assurance (on se demande pourquoi...) – dans « Etude scientifique: Le Roundup® peut perturber les cellules sans effets visibles sur l’organisme entier », apparemment du 27 septembre 2017.
Notez bien que ce titre, avec la précaution oratoire de l'auxiliaire pouvoir, ne fait pas référence au fait que l'« organisme entier » est un champignon... on ne se refuse rien pour faire peur.
Nous ne pourrons pas dire grand chose de cette étude, verrouillée derrière un péage et accessible pour la modeste somme de 41,94 euros. Mais en bref, on a fait faire trempette à des filaments de champignons dans une solution témoin et une solution contenant du Roundup et on a analysé les protéines pour aller à la chasse aux différences. Surprise ! On a trouvé 82 protéines exprimées de manière différente. Les auteurs concluent dans le résumé :
« Ces résultats apportent de nouveaux éléments pour la compréhension de la toxicité induite par des doses élevées de cet herbicide dans l'organisme modèle du sol A. nidulans. À notre connaissance, cette étude représente la première preuve de la modulation de l'expression des protéines et, par conséquent, une perturbation métabolique possible, en réponse à un traitement herbicide à une dose qui ne cause aucun effet visible. »
Voilà une conclusion bien prudente : la « perturbation métabolique » n'est que « possible ».
Oups ! Ne pas oublier la conclusion de la conclusion... le militantisme :
« Ces données sont susceptibles de contester [are likely to challenge] le concept d'"équivalence en substance" lorsqu'il est appliqué à des plantes tolérantes aux herbicides. »
Comme nous n'avons pas accès au texte complet nous resterons dans le noir s'agissant du passage d'A. nidulans aux plantes cultivées, et de la mise en cause du principe d'équivalence.
Mais ce n'est pas grave. Intéressons-nous à la dose utilisée : « la dose sans effet toxique observable (NOAEL) pour les paramètres macroscopiques (31,5 mg/L de glyphosate, parmi les adjuvants).
Voici un produit commercial dosé à 360 g/L qui est encore vendu aux particuliers et dont les préconisations d'emploi disent qu'il faut 15 à 30 mL pour 5 L d'eau à épandre sur 50 m² en cas de flore facile. Prenons la dose élevée, qui est aussi proche de celle préconisée pour les flores difficiles : cela représente2,16 mg/L de bouillie.
En d'autres termes, les auteurs nous tarabustent avec une dose quelque 15 (quinze) fois supérieure à la dose d'emploi.
C'est beaucoup plus que la dose utilisée dans les essais. Pourtant, la littérature technique et scientifique – l'honorable – ne fait pas état d'hécatombes dans la réalité de terrain. C'est qu'un monde sépare l'in vitro, dans lequel les sujets d'expérience baignent dans la solution testée, de l'in vivo, dans lequel la bouillie est pulvérisée sur les plantes à détruire, une partie se retrouvant à la surface du sol.
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