Overblog
Editer l'article Suivre ce blog Administration + Créer mon blog
Agriculture, alimentation, santé publique... soyons rationnels

Glyphosate : l'Obs sombre à nouveau dans l'obscénité

11 Octobre 2017 , Rédigé par Seppi Publié dans #critique de l'information, #Glyphosate (Roundup), #Monsanto, #Activisme

Glyphosate : l'Obs sombre à nouveau dans l'obscénité

 

 

Le numéro du 5 octobre 2017 de l'Obs présente une couverture aussi scandaleuse que celle d'un certain 20 de septembre 2012. Et ridicule en plus, car si on met du glyphosate dans le pré... il n'y a plus de pré. Parce que le glyphosate est un herbicide...

 

À la page 32, une photo d'un garçonnet de maintenant 10 ans sur deux tiers de page et un gros titre sur le reste : « Les victimes du glyphosate ». L'enfant est né avec une atrésie (une malformation de l'œsophage) et les parents accusent le glyphosate... et Monsanto. L'incidence de l'atrésie, soit dit en passant, serait de 1,5 pour 100.000 naissances. À la page 41, une photo pleine page d'un bidon de Roundup Ultra. Peut-être pour illustrer « Le lobbying de la "World Company" ». Et il y a encore un troisième article sur une double page, « Hulot mange-t-il son chapeau ? ».

 

Articles entièrement à charge, avec des œillères pour occulter, par exemple, les côtés sombres de l'extraordinaire lobbying anti-glyphosate et anti-Monsanto – auquel l'Obs s'est associé sans vergogne. C'est tout juste si on a droit à deux petits pavés, « Cancérogène ou pas ? Le contre-pied de l'agence sanitaire française » – que le journaliste termine par une mise en doute des explications de l'ANSES – et « "On peut être écolo et utiliser le glyphosate" », le témoignage d'un agriculteur.

 

Selon une formule bien connue, l'équilibre journalistique, c'est donner la parole cinq minutes aux nazis et cinq minutes aux juifs. Ici, c'est en gros 12 pages – avec la couverture – pour le discours anti et moins d'une page pour des versions différentes.

 

 

Et vlan ! Encore des « révélations »...
 

Nous avons droit à des « révélations ». Du même tonneau frelaté qu'il y a cinq ans. Oh ! Il y a quand même quelques vraies informations dans le flot d'hystérie. Notamment (non, il ne s'agit pas ci-dessous des informations) :

 

Le Parlement Européen une nouvelle fois instrumentalisé... par...

 

  • Mme Marie-Monique Robin, dans un pavé :

     

    « Nous avons là un scandale sanitaire sans doute supérieur à celui de l'amiante. »

     

    Ça se passe de commentaires. Euh ! Peut-être que non :

     

    « En s'appuyant sur une abondante littérature scientifique, elle révèle – ah ! Ce besoin de toujours « révéler »... – que le glyphosate n'est pas seulement soupçonné d'être cancérogène, mais qu'il pourrait être à l'origne de malformations chez le nouveau-né, de graves maladies des reins et du foie, de dérèglements du système hormonal, peut-être aussi d'autisme et de maladies neurodégénératives comme Parkinson et Alzheimer. Ainsi que d'une destruction irréversible de nos sols et de notre environnement. »

     

    N'en jetez plus ! Et les cors aux pieds et ongles incarnés ?

     

    En lisant la suite on s'aperçoit que Mme Robin a puisé aux meilleurs sources : M. François Veillerette pour « je suis partout » – « je » désignant ici le glyphosate ; M. Anthony Samsel ; M. Thomas Bøhn ; M. Andrés Carrasco... que du beau monde de l'alterscience militante.

     

  • M. Ib Borup Pedersen, ce producteur de porcs danois qui incrimine le soja GM, a aussi droit à un pavé :

     

    Les porcelets d'Ib Borup Pedersen instrumentalisés ici aux USA.

  •  

  • « Certains de mes porcelets présentaient de graves malformations : pas de groin, une seule oreille ou un seul œil, pas de pattes arrière ou pas de pied ».

     

    C'est curieux : des millions de porcs reçoivent des rations avec du soja GM dans le monde, et il est le seul à sortir à l'occasion des porcelets affligés de malformations de son congélateur pour les besoins de documenteurs anti-OGM et anti-glyphosate. Ses allégations ont été soumises par le Ministère danois de l'Alimentation et de l'Agriculture à des chercheurs de l'Université d'Arrhus – pas vraiment neutres à notre sens et ravis de pouvoir quémander des financements. En février 2014, ils n'ont pas confirmé de lien entre les déboires de M. Pedersen et le glyphosate mais émis des hypothèses à creuser... envoyez les fonds...

     

    Le Ministère n'a manifestement pas donné suite. L'équipe de chercheurs vient de recevoir, en février 2017 – trois ans après –, un financement de 130.000 euros de la Velux Foundation pour étudier la question. Qu'écrit l'Université à ce sujet ?

     

    « La nécessité de refuser ou de confirmer l'effet potentiel du glyphosate sur l'état de santé des animaux d'élevage a été renforcée à la suite de rapports d'éleveurs qui faisaient un lien entre l'apparition d'une maladie diarrhéique chez les volailles ainsi que de la diarrhée chez les porcelets et l'utilisation de soja GM dans l'alimentation. Ces expériences de la pratique n'ont cependant pas été scientifiquement documentées.

     

    "Actuellement, il n'y a pas d'études scientifiques majeures sur les effets potentiels du glyphosate sur les micro-organismes intestinaux ou sur la disponibilité de micro-minéraux chez les animaux d'élevage. Il est donc logique de réaliser de telles études pour générer des données sur les animaux d'élevage exposés à des résidus de glyphosate via l'alimentation", explique Martin Tang Sørensen. »

     

    Ce n'est donc pas « scientifiquement documenté[...] » – et si c'est peut-être vrai s'agissant des micro-organismes intestinaux des animaux de ferme, il y a tout de même eu des dizaines et des dizaines d'essais sur des animaux de laboratoire (y compris l'infâme et fameuse étude sur les rats de l'équipe de M. Gilles-Éric Séralini). Il y a aussi eu un essai sur des porcs par Judy Carman et al., des militants anti-OGM notoires, qui n'a pas rapporté de diarrhées.

 

Cela classe le personnage...

 

  • M.Don Huber, cet éminent professeur de l'Université de Purdue aux Etats Unis qui fut un scientifique reconnu et respecté avant qu'il ne se discréditât comme prosélyte anti-OGM est aussi appelé à la barre du tribunal médiatique.

     

    Il est cité à propos du caractère antibiotique allégué du glyphosate, « désormais connu, [qui] se révèle une catastrophe » (serait-ce ça la source des allégations d'« antibiotique puissant » de M. Hulot?).

     

    M. Huber avait produit en janvier 2011 une lettre confidentielle (mais bien sûr divulguée au public, prosélytisme oblige) au Secrétaire d'État à l'Agriculture états-unien délirante, révélant notamment l'existence d'un super-pathogène (il a aussi écrit en mars 2011 à la Commission Européenne (ou ici). La communauté scientifique attend toujours les preuves de M. Huber... mais pour la mouvance anti-OGM et anti-glyphosate – et l'Obs – c'est toujours bon à prendre.

 

 

L'ad hominem contre les résistants à la désinformation

 

Il n'y a pas que l'hystérie, mais aussi la méchanceté imbécile, sinon plus :

 

« Pour gagner la bataille de l'opinion, Monsanto compte par ailleurs sur une cohorte de défenseurs sur les réseaux sociaux, aussi passionnés qu'officiellement désintéressés. Le plus connu s'appelle David Zaruk, alias "The Risk-Monger". »

 

« ...officiellement désintéressés »... donc en réalité stipendiés... donc en réalité menteurs... C'est de la diffamation.

 

Nous traduirons prochainement la réaction de David.

 

J'ai aussi l'honneur, si l'on peut dire, d'être traîné devant le tribunal de l'opinion médiatico-militante. L'auteure de l'article s'est même abaissée à citer mon nom – une atteinte à la vie privée – comme si cela renforçait son propos.

 

 

Non, je ne fait pas partie du même complot... je ne portais pas de cravate rouge mais des nœuds papillons. Pour l'explication... bientôt...

 

 

Un propos du reste inepte ! Après nous avoir abreuvés de théories du complot selon lesquelles Monsatan avait acheté et corrompu à peu près tout le monde – les formidables résistants alter et anti exclus – voici que « [p]our gagner la bataille de l'opinion, Monsanto compte par ailleurs sur une cohorte de défenseurs sur les réseaux sociaux »...

 

Donc :

 

« Comme David Zaruk, il appartient à un réseau quasi planétaire de défenseurs de l'agrochimie qui se connaissent et s'apprécient, mais nient vigoureusement tout lien avec Monsanto. »

 

La preuve ? Accrochez-vous !

 

« Ces vulgarisateurs peuvent trouver une information précieuse sur une plateforme connue des seuls initiés. Son nom est Bonus Eventus, et elle se présente comme "un réseau mondial d'experts cherchant à améliorer le dialogue autour des problèmes de l'alimentation et de l'agriculture". Ultra-sécurisé, l'accès est accessible uniquement par cooptation. Mais on peut lire sur la page d'accueil que Bonus Eventus a été créé par l'agence v-Fluence, dirigée par l'ancien directeur de la communication de... Monsanto. Un hasard sans doute. »

 

Mais Mme Caroline Michel n'a pas poursuivi son enquête – ou bien, « on » ne lui a pas donné la suite. Car voici, de Wikipedia, les exploits de M. Jay Birne :

 

« En tant qu'ancien agent de campagne politique, Byrne est crédité d'avoir exécuté toute une série de tactiques agressives de communication, y compris Chicken George, l'attaque de George H. W. Bush lors de la campagne présidentielle de 1992. Byrne a été Administrateur Assistant Adjoint pour les Affaires Législatives et Publiques à l'Agence Américaine pour le Développement International (USAID) au sein de l'administration Clinton de 1993 à 1997. Pendant cette période, il a également été porte-parole de la Maison Blanche pour de nombreuses initiatives de politique étrangère présidentielles et administratives, notamment le Sommet de l'Emploi du G7 de 1994 et l'Initiative sur la Famine dans la Grande Corne de l'Afrique. Avant de rejoindre l'USAID, Byrne a occupé des postes de communication pour la campagne présidentielle Clinton-Gore, pour le maire de Boston Raymond Flynn et pour le membre du Congrès Joseph Patrick Kennedy II (D-MA). Après avoir servi dans l'administration Clinton, Byrne a dirigé les communications d'entreprise pour la Monsanto Company de 1997 à 2001. Né à Boston, Massachusetts, Byrne a fréquenté l'école préparatoire de St. John's et a obtenu son diplôme de l'Université Tufts.

 

Monsanto un jour... Monsatan toujours...

 

Voilà, vous savez tout... Le complot s'étend au gouvernement américain et, si on cherche bien, à la planète Krypton.

 

 

Oh ! Et il y a un illustre inconnu harcelé, il y a M. Martin Pigeon, il y a Mme Michèle Rivasi !

 

Nous n'entrerons pas dans tout le reste. Mais, selon le chapô,

 

« Monsanto, le fabricant du Roundup, a tissé un puissant réseau d'influence à Bruxelles. Trop puissant ? Des députés et fonctionnaires européens dénoncent des pressions, voire des menaces. »

 

Pour les menaces, nous avons un certain Thierry (prénom d'emprunt), « assistant d'un député européen très impliqué dans le dossier du glyphosate », qui a reçu d'étranges coups de téléphone. Ça nous rappelle les grandes heures du harcèlement d'une célèbre journaliste d'investigation par un certain Todd Leventhal, d'une officine liée à la CIA.

 

Pour le bon gros mensonge éhonté, la palme revient sans doute à M. Martin Pigeon du Corporate Europe Observatory :

 

« Sous prétexte que les études coûtent très cher, les agences européennes reprennent les travaux des industriels pour fonder leur avis ».

 

Non, M. Pigeon ! C'est le règlement ! Étant entendu que mes agences s'appuient aussi sur la littérature disponible provenant d'autres sources.

 

Et pour le poids du réseau d'influence de Monsanto, Mme Michèle Rivasi :

 

« Le problème, c'est que le débat scientifique a été totalement confisqué par l'industrie »

 

Ah bon ?

 

Partager cet article
Repost0
Pour être informé des derniers articles, inscrivez vous :
Commenter cet article
D
Désolée de t'amener dans ma shill-room corrompue.<br /> J'étais la seule personne pro-glyphosate à accepter de rencontrer Mme Michel. C'est triste qu'elle ne puisse pas trouver un lobbyiste plus important à brûler.<br /> Elle ne m'a même pas remercié ... snake!
Répondre
S
Bonjour,<br /> <br /> Merci pour la compassion !<br /> <br /> J'ai déjà été « démasqué » par un petit... non, pas de gros mots, par le passé. Le CRIIGEN a trouvé conforme à sa mission de publier le torchon...<br /> <br /> Mais se faire tirer un portrait par l'Obs, même peu avantageux... la bonne cause progresse.
U
http://www.francetvinfo.fr/sante/soigner/vaccin-contre-la-grippe-les-idees-recues-font-des-ravages-chez-les-seniors_2412197.html<br /> Il faudra un jour que certains rendent des comptes
Répondre
S
Bonjour,<br /> <br /> Merci pour le lien. Quant à rendre des comptes...<br />