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Agriculture, alimentation, santé publique... soyons rationnels

Encore une histoire de glyphosate dans le pipi

28 Octobre 2017 , Rédigé par Seppi Publié dans #Glyphosate (Roundup), #Activisme, #critique de l'information, #Article scientifique

Encore une histoire de glyphosate dans le pipi

 

 

 

HRI ? La petite entreprise de deux auteurs de l'article scientifique commenté dans ce billet...

 

 

Voici un article – en principe scientifique – promis à un bel avenir dans les sphères de la contestation de la chimie agricole et (puisque glyphosate = Monsanto) du capitalisme : « Excretion of the Herbicide Glyphosate in Older Adults Between 1993 and 2016 » (excrétion de l'herbicide glyphosate chez des adultes âgés entre 1993 et 2016). C'est publié dans JAMA, The Journal of the American Medical Association, une revue de qualité qui revendique un facteur d'impact de 44,4.

 

Les auteurs en sont Paul J. Mills, Izabela Kania-Korwel, John Fagan, Linda K. McEvoy, Gail A. Laughlin, Elizabeth Barrett-Connor. Beaucoup d'auteurs – avec des affiliations improbables – pour une étude qui ne relève pas de la rocket science, de la haute voltige scientifique, et pour une research letter... La revue précise cependant que ces research letters sont, en bref, des articles courts, mais revus par un comité de relecture. Soit ! Mais, comme on le voit bien souvent, l'examen par les pairs n'est pas une garantie.

 

Parmi les auteurs, un nom doit nous inciter à la prudence : John Fagan, un activiste anti-OGM notoire et, accessoirement, lié au mouvement Maharishi et à la Méditation Transcendantale. Dans l'article commenté ici, il se prévaut des Health Research Institute Laboratories, Fairfield, Iowa, une entreprise (à la transparence parfaitement opaque comme en témoigne son site) qui vous propose notamment des tests urinaires pour la présence de... glyphosate.

 

Imaginez un scénario de nature similaire avec un auteur qui émarge chez Monsanto... Ici, rien. Des médias ont gobé et relayé un message conforme aux canons du marketing de l'« information ».

 

Le premier auteur de la liste, Paul J. Mills, de Family Medicine and Public Health, Université de Californie, San Diego, La Jolla, est aussi un personnage étrange ; exemples de publication : « The Role of Gratitude in Spiritual Well-being in Asymptomatic Heart Failure Patients » (le rôle de la gratitude dans le bien-être spirituel de patients atteints d'insuffisance cardiaque asymptomatique) ; « Design and rationale of a comparative effectiveness trial evaluating transcendental meditation against established therapies for PTSD » (conception et logique d'un essai comparatif d'efficacité évaluant la méditation transcendantale par rapport aux thérapies établies pour le syndrome de stress post-traumatique).

 

Les auteurs ont comparé les dosages de glyphosate dans des échantillons d'urine datant de 1993-1996, prélevés sur des personnes de plus de 50 ans en Californie, et les ont comparés à des échantillons plus récents, les derniers de 2014-2016. Ils ont évidemment trouvé une augmentation.

 

M. Paul Mills est cité dans la presse, par exemple dans « Californians Tainted by 'Roundup' Herbicide Chemical » (admirez le titre : les Californiens contaminés par la substance herbicide « Roundup ») :

 

« Dans les premiers échantillons, "il y avait des niveaux très bas – ils n'étaient détectables que chez 12 personnes sur 100", a déclaré Mills. "Ensuite, au cours des 22 années suivantes, nous avons constaté une augmentation de 1000 pour cent des niveaux trouvés dans les 100 personnes, en moyenne.»

 

Mille pour cent ? Mais c'est catastrophique, n'est-il pas ?

 

Mille pour cent... c'est le procédé anxiogène pour vous dire que le niveau a augmenté... d'un facteur 10...

 

Si la research letter est derrière un péage, on dispose du début et d'un tableau fort intéressant.

 


 

 

 

Résumons pour le glyphosate : pour 100 personnes, la moyenne passe de 0,024 µg/L en 1993-1996 à 0,314 µg/L en 2014-2016. C'est 13 fois plus. Pour l'AMPA, le produit de dégradation du glyphosate (et un constituant de certains détergents ménagers), le niveau passe de 0,008 µg/L à 0,285 µg/L, soit une augmentation d'un facteur 35,6.

 

Mais il y a un loup ! Beaucoup moins de gens étaient exposés au glyphosate dans les années 1990. Ils étaient 12 dans le premier échantillon, contre 70 dans le dernier. Si on rapporte les niveaux aux seules personnes ayant eu du glyphosate dans leur urine, le niveau passe de 0,203 µg/L à 0,449 µg/L. Soit une augmentation d'un facteur 2,2. Le paysage est bien différent ! Idem pour l'AMPA (de 0,168 à 0,401, soit une augmentation d'un facteur 2,4).

 

Le Natural Resources Defense Council – une entité militante – a produit, sous un titre lui aussi fort anxiogène, « Medical Journals: Monsanto Glyphosate in Pee, Bad for Health » (journaux médicaux : glyphosate de Monsanto dans le pipi, mauvais pour la santé) un graphique qui nous étonne, mais qui fera l'affaire pour l'illustration.

 

 

 

 

On peut le comparer avec le graphique suivant, sur l'utilisation du glyphosate (même source).

 

 

 

 

À l'évidence, la charge urinaire a augmenté beaucoup moins vite que le recours au glyphosate.

 

Mais on pourrait toujours trouver cela inquiétant. Pour y voir plus clair, il faut se tourner vers la dose journalière admissible (DJA). Elle est actuellement de 0,3 mg/kg de poids corporel (l'EFSA a proposé de l'augmenter à 0,5 mg/kg p.c.) en Europe (aux États-Unis, c'est 1,75 mg/kg p.c). Cela représente le centième de la dose qui précède celle qui a produit un effet sur l'animal de laboratoire le plus sensible. En d'autres termes, avec la marge de sécurité que nous nous sommes donnée, une personne de 60 kg peut absorber journellement 18 milligrammes de glyphosate sans que nos services de santé ne s'inquiètent (en principe).

 

On sait par ailleurs que le glyphosate qui a traversé la barrière intestinale (20 %) est excrété par l'urine. Pour une excrétion moyenne de 1,5 L/jour, on ne commencerait à s'inquiéter que si on trouvait 2,4 mg de glyphosate dans un litre d'urine. C'est... 5.350 fois plus que le niveau moyen constaté chez les personnes ayant eu du glyphosate dans leur urine en 2014-2016. On peut bien sûr affiner les chiffres, mais la conclusion reste la même : l'exposition au glyphosate est des milliers de fois inférieure à la DJA.

 

Cela n'a pas empêché certains médias français de faire dans le sensationnalisme sur la base d'une dépêche de l'AFP (ah... l'AFP qui racle les caniveaux de la science postmoderne et militante). Par exemple les Échos avec « En Californie, le taux de glyphosate dans l'organisme a doublé en vingt ans », ou le Figaro avec « Californie: hausse du taux de glyphosate dans l'organisme ».

 

Stephanie Seneff ? Une source inépuisable de science-poubelle...

 

Deux titres parfaitement... faux ! En effet, le glyphosate ne s'accumule pas dans l'organisme (quoi qu'en disent les militants, les chercheurs militants et les marchands de remèdes miracles détox). Si on le trouve dans l'urine, c'est précisément parce qu'on l'élimine.

 

Autre insanité :

 

« Cette hausse date de l'apparition des premières cultures génétiquement modifiées aux Etats-Unis, en 1994, sur lesquelles l'herbicide RoundUp pouvait être utilisé. »

 

C'est du cum hoc, propter hoc. Une concomitance n'implique pas un lien de cause à effet – particulièrement incongru ici dans la mesure où les premiers OGM Roundup Ready étaient du soja et du maïs, essentiellement destinés à l'alimentation animale. Outre que les premiers sojas RR ont été commercialisés en 1996 (du reste par Asgrow et Pioneer, pas le méchant Monsanto), l'étude dont il s'agit part de 1993-1996 ; on ne sait donc rien sur ce qui s'est passé avant.

 

Nous avons bien sûr droit à l'inévitable « herbicide controversé » et à :

 

« L'Organisation mondiale de la santé (OMS) considère cette molécule "comme cancérogène probable" depuis 2015. »

 

Non ! L'OMS considère qu'il est improbable (formule consacrée : on ne peut pas prouver une inexistence dans ce cas) que le glyphosate soit cancérogène via l'alimentation.

 

Les articles citent aussi M. Paul Mills en conclusion :

 

« Il existe peu d'études sur les effets du glyphosate sur les humains, mais celles réalisées sur des animaux montrent qu'une exposition chronique à cette substance peut avoir des effets néfastes, précise le Pr Mills. »

 

Ah, les pouvoirs magiques de « peut » !

 

 

 

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cdc 19/05/2019 18:42

"Tainted", c'est "contaminé", voire "empoisonné".

Seppi 23/05/2019 14:12

Bonjour,

Merci pour votre commentaire.

J'ai corrigé.