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Agriculture, alimentation, santé publique... soyons rationnels

Du côté de nos amis suisses

10 Octobre 2017 , Rédigé par Seppi Publié dans #Divers

Du côté de nos amis suisses

 

 

 

 

 

 

Votations : le Peuple approuve un amendement de la Constitution sur la sécurité/souveraineté alimentaire

 

Le 24 septembre 2017, le Peuple a adopté par 78,7 % de oui un nouvel article de la Constitution dont le libellé est comme suit :

 

« Art. 104a [numéro provisoire] Sécurité alimentaire

 

En vue d’assurer l’approvisionnement de la population en denrées alimentaires, la Confédération crée des conditions pour:

 

a. la préservation des bases de la production agricole, notamment des terres agricoles;

 

b. une production de denrées alimentaires adaptée aux conditions locales et utilisant les ressources de manière efficiente;

 

c. une agriculture et un secteur agroalimentaire répondant aux exigences du marché;

 

d. des relations commerciales transfrontalières qui contribuent au développement durable de l’agriculture et du secteur agroalimentaire;

 

e. une utilisation des denrées alimentaires qui préserve les ressources. »

 

Ce texte a une genèse un peu compliquée. Il est le fruit d'une initiative de l'Union Suisse des Paysans retirée au profit du texte ci-dessus.

 

C'est une belle déclaration d'intentions, sans incidences pratiques immédiates. Mais nul doute que bien des lobbies sauront s'en prévaloir pour faire avancer leurs objectifs. Ce texte porte aussi la vision d'un avenir avec une population mondiale de quelques 10 milliards d'humains à l'horizon 2050, dont une dizaine de millions de Suisses (on approche actuellement des 8,5 millions) qui devront bien se nourrir.

 

 

 

 

Terre&Nature (anciennement Le Sillon Romand... les termps changent, comme le regard que nous portons sur l'agriculture...) a proposé un décryptage dans son numéro du 5 octobre 2017. En résumé : les interprétations font le grand écart et chacun voit midi à sa porte. Grandeur et misère – misères sans nul doute à venir – de l'art de la fabrication du consensus.

 

Cette situation est la mieux décrite, à notre sens, par Mme Christine Hürlimann, de l'Alliance pour la Souveraineté Alimentaire. Son propos se rapporte à la question du libre-échange mais il a une portée générale :

 

« Entre ce que les Suisses croient avoir voté par sympathie envers la paysannerie et les réalités économiques, il y a très probablement un gouffre. »

 

 

Conseil National : l'initiative Fair Food pour des Aliments Équitables balayée

 

Pour sa rentrée d'automne, le Conseil National (l'équivalent de notre Assemblée Nationale) avait à examiner une initiative populaire des Verts qui avait recueilli 105'631 signature valables et demande qu'un nouvel article 104a soit introduit dans la Constitution fédérale pour assurer « des denrées alimentaires saines et produites dans des conditions équitables et écologiques ».

 

En voici le texte, qui présente un intérêt certain dans le cadre de nos États Généraux de l'Alimentation :

 

« Art. 104a Denrées alimentaires

 

1 La Confédération renforce l’offre de denrées alimentaires sûres, de bonne qualité et produites dans le respect de l’environnement, des ressources et des animaux, ainsi que dans des conditions de travail équitables. Elle fixe les exigences applicables à la production et à la transformation.

 

2 Elle fait en sorte que les produits agricoles importés utilisés comme denrées alimentaires répondent en règle générale au moins aux exigences de l’al. 1 ; elle vise à atteindre cet objectif pour les denrées alimentaires ayant un degré de transformation plus élevé, les denrées alimentaires composées et les aliments pour animaux. Elle privilégie les produits importés issus du commerce équitable et d’exploitations paysannes cultivant le sol.

 

3 Elle veille à la réduction des incidences négatives du transport et de l’entreposage des denrées alimentaires et des aliments pour animaux sur l’environnement et le climat.

 

4 Ses compétences et ses tâches sont notamment les suivantes :

 

a. elle légifère sur la mise sur le marché des denrées alimentaires et des aliments pour animaux ainsi que sur la déclaration de leurs modes de production et de transformation ;

 

b. elle peut réglementer l’attribution de contingents tarifaires et moduler les droits à l’importation ;

 

c. elle peut conclure des conventions d’objectifs contraignantes avec le secteur des denrées alimentaires, notamment avec les importateurs et le commerce de détail ;

 

d. elle encourage la transformation et la commercialisation de denrées alimentaires issues de la production régionale et saisonnière ;

 

e. elle prend des mesures pour endiguer le gaspillage des denrées alimentaires.

 

5 Le Conseil fédéral fixe des objectifs à moyen et à long termes et rend compte régulièrement de l’état de leur réalisation. Si ces objectifs ne sont pas atteints, il prend des mesures supplémentaires ou renforce celles qui ont été prises.

 

 

12. Disposition transitoire ad art. 104a (Denrées alimentaires)

 

Si aucune loi d’application n’entre en vigueur dans les trois ans après l’acceptation de l’art. 104a par le peuple et les cantons, le Conseil fédéral édicte les dispositions d’exécution par voie d’ordonnance. »

 

L'initiative a été balayée par 125 voix contre 37 le jeudi 28 septembre 2017 comme « superflue et difficilement applicable ».

 

Pour des explications de texte par les Verts, voir ici et ici.

 

 

Condition animale : un dérapage verbal ignoble !

 

Voici ce qu'a déclaré dans le cadre du débat sur l'initiative précitée le Vert argovien Jonas Fricker (il l'a dit dans cet allemand standard qui permet à la Suisse alémanique de se comprendre plus facilement) :

 

« Vous connaissez les images et les documentaires qui montrent les choquantes conditions dans lesquelles les animaux sont transportés en masse vers la mort. Ces images de porcs m'ont rappelé celles des déportations en masse vers Auschwitz dans le film La Liste de Schindler. Je n'y peux rien, cela s'est simplement passé. Les gens qui étaient déportés là-bas avaient au moins une chance de survivre. Les cochons, eux, sont conduits irrémédiablement à la mort. »

 

Et, comme le montre la vidéo, c'était un texte préparé qu'il a lu.


 

Le personnage est connu pour ses gaffes, mais là, un palier a été franchi en Suisse. Ailleurs, hélas, cela fait longtemps que les bornes ont été franchies. M. Fricker n'a fait qu'exprimer un courant de pensée qui a trouvé une expression particulièrement abominable dans la campagne lancée par PeTA sur « l'holocauste dans votre assiette ».

 

M. Fricker s'est excusé au cours de la même séance. Il a démissionné de l'Assemblée Fédérale le samedi 30 septembre 2015.

 

 

Temps Présent : « Obsession alimentaire: la peur au ventre »

 

Sur les chaînes françaises, les Cash Investigation et Cie nous font peur – et accessoirement promeuvent implicitement, voire explicitement, les affaires des profiteurs qui surfent sur les peurs ainsi créées et entretenues.

 

En Suisse, la RTS a proposé le 31 août 2017 un Temps Présent consacré aux obsessions alimentaires. C'est à voir ici (53 minutes).

 

Pour vous mettre en appétit, rien de mieux que de reproduire leur annonce :

 

« Faut- il avoir peur de ce que l’on mange? Les messages de santé publique nous le rabâchent, pour être en forme il faut manger sain. Sauf qu’aujourd’hui manger sain c’est manger sans: sans graisse, sans sucre, sans sel, sans viande, sans gluten, sans manger même parfois. Des modes alimentaires souvent inutiles, coûteuses, parfois dangereuses. Au mieux on s’en sort avec quelques carences, au pire les plus fragiles peuvent en mourir. Faut-il se méfier des modes d’avantages que des produits?

 

Nous sommes de plus en plus obsédés par ce que l’on mange. Les scandales alimentaires sont passés par là, vache folle, grippe aviaire, lasagne de cheval, pesticides, alors nous nous méfions de plus en plus de ce que l'on nous vend. Le consommateur veut prendre le pouvoir sur son corps: pour être en bonne santé, aujourd’hui il faut manger sans. Sans graisse, sans sucre, sans sel, sans viande, sans pesticides; l’industrie agro-alimentaire l’a bien compris et surfe sur la vague, et nous propose toute une gamme de produits: karma, délicorn, quinoa et graine de chia qui nous donnent bonne conscience.

 

Illusion du manger sain ou véritable bien être pour la santé? Temps Présent casse les idées reçues: des sans gluten aux vegan, en passant par le bio et le non bio, en quoi les produits utilisés sont-ils bons pour notre santé? Sont-ils dangereux? Se laisser aller au manger sain, trop sain, peut aller loin. Internet regorge de publicités mensongères et de charlatan, en France, des "dérapeuthes" sont dans le collimateur de la mission inter-ministérielle de lutte contre les dérives sectaires, les personnes les plus fragiles peuvent partir à la dérive, jusqu’à frôler la mort. »

 

 

Temps Présent : « Ma vie de côtelette »

 

Temps Présent sur la RTS est d'une autre tenue que certaines séries diffusées sur des chaînes françaises dont le but est de faire de l'audience, du buzz et de l'autosatisfaction vaniteuse des producteurs et présentateurs-trices, ce avec des procédés racoleurs et putassiers.

 

Oui, nous radotons... avec un plaisir non dissimulé.

 

L'émission du 28 septembre a été consacrée à l'élevage de porcs, pour lequel la Suisse connaît – aussi – quelques problèmes de déontologie zootechnique. « Ma vie de côtelette», un bon 55 minutes.

 

 

Les abeilles en ville ?

 

 

« Lausanne cherche l’équilibre entre abeilles sauvages et domestiques » est en accès libre. Et c'est vraiment à lire. De l'écologie pragmatique, pas idéologique et militante (anti-quelque chose, cela va de soi).

 

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