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Agriculture, alimentation, santé publique... soyons rationnels

Carrefour : son marketing fait l'apologie de la délinquance !

4 Octobre 2017 , Rédigé par Seppi Publié dans #Semences, #Activisme

Carrefour : son marketing fait l'apologie de la délinquance !

 

 

 

Interdit de rire ! (Source)

 

Les médias ont médiatisé, les réseaux sociaux ont réseauté... Les uns ont médiatisé avec délice et flagornerie, les autres aussi avec délice et flagornerie, mais en y ajoutant la précision apportée par le Groupement National Interprofessionnel des Semences et Plants (GNIS). Car la dernière opération de marketing de Carrefour est, selon un titre de Forumphyto, hypocrite, démagogique et mensongère. Chez les gens doués de raison, elle aura fait pschitt.

 

 

 

 

Mais peu ont relevé qu'il s'agissait d'une (nouvelle) esbroufe ; et encore moins qu'un pas a été franchi dans l'incivisme, voire plus.

 

Ce n'est pas la première fois que Carrefour se paye une publicité à très bon compte dans une sorte de commensalisme avec les médias : le géant de la distribution – maintenant sixième mondial – fournit la matière à buzz aux médias qui l'exploitent pour certains sans recul ni critique. Ce fut le cas l'année dernière avec les fraises : officiellement « sans pesticides de synthèse de la fleur à l'assiette » et médiatiquement « sans pesticides », tout simplement. Ce fut une opération tonitruante en paroles et quasi confidentielle en actions puisqu'il s'était agi de quelques tonnes de fraises de 8 producteurs vendues dans la région parisienne et le Sud-Ouest. Notre décryptage, avec une référence à des opérations antérieures, se trouve ici. Agriculture et Environnement écrivait : « La bonne blague des fraises sans pesticides de Carrefour » et l'évoque dans sa Baliverne # 14.

 


 

 

 

Forumphyto avait titré « Carrefour et ses fraises " sans pesticides" : Mensonge par omission et faute morale ». Aujourd'hui, nous pouvons supprimer « par omission » ainsi que « morale », à remplacer par... par quoi donc ?

 

 

La précision « de la fleur à l'assiette » a disparu...

 

 

Carrefour a créé un « marché interdit » en suggérant, dans les faits, une transgression de la loi – autrement dit, le passage dans l'illégalité et, partant, la délinquance. C'est certes fait avec les garde-fous nécessaires pour assurer la tranquillité juridique de l'entreprise, mais le consommateur de fruits et légumes, et encore plus le dévoreur de nouvelles sensationnelles, aura-t-il compris qu'il y a une astuce ? En termes crus, une arnaque ?

 

 

 

 

Ce qui est interdit, ce n'est pas la vente des légumes qui sont proposés à des consommateurs, en l'occurrence naïfs et pris pour des bourriques, mais des semences et des plants à partir desquels ils ont été produits. C'est ce qu'a rétorqué le GNIS.

 

Notre législation sur les semences et plants – française et européenne – prévoit un catalogue des espèces et variétés cultivées (le catalogue européen est la compilation des catalogues nationaux). Ne peuvent être commercialisés, selon des modalités qui peuvent varier selon la catégorie d'inscription, que les semences et plants des variétés inscrites au catalogue (et répondant par ailleurs à d'autres exigences). Selon une page du GNIS, cela représente 7.000 variétés d'espèces agricoles inscrites en France, 23.000 en Europe ; 21.000 variétés d’espèces potagères et 9.600 variétés d’espèces fruitières dans le Catalogue Européen.

 

Cet élément de la législation sur les variétés, les semences et les plants a une longue histoire qui a débuté avant la deuxième guerre mondiale. Il répond à un besoin et une exigence des agriculteurs – et ce, même si le discours des opposants et des critiques est propagé au mégaphone et bénéficie d'une amplification par l'altermonde et leurs médias amis – et maintenant Carrefour : l'agriculteur – comme du reste le jardinier amateur compétent – veut être assuré de l'identité et de la qualité de la semence qu'il va acheter, mettre en terre et soumettre à un itinéraire technique adapté.

 

Ami jardinier amateur, imaginez qu'on vous vende des semences de radis d'hiver pour les radis de printemps que vous espérez... des haricots nains et non à rames...

 

 

Depuis le 20 septembre, l'entreprise propose donc dans une petite quarantaine de points de vente essentiellement bretons et franciliens une huitaine de légumes issus de « semences paysannes » et produits par deux collectifs de producteurs – artichaut Glas Ruz, artichaut Camus du Léon, courge Butternut Kouign Amann, échalote demi-longue de Cléder, haricot Coco du Trégor, oignon rose d'Armorique, potimarron Angélique, rhubarbe acidulée de Bretagne.

 

À quoi correspondent ces dénominations ? Mystère ! Ce ne sont pas, semble-t-il, des variétés anciennes (aucune ne figure dans Les Plantes Potagères de Vilmorin-Andrieux de 1904). Si ce sont des « créations » ou des « sélections » récentes, quel a été le processus et l'historique du travail ?

 

Il n'est pas impossible que le client soit trompé et se voit offrir un produit identique à un produit existant et commercialisé par ailleurs. Le GNIS – très actif et efficace sur ce dossier (comme quoi on peut agir contre la désinformation quand on veut dans les milieux officiels) – l'a du reste bien fait savoir : « ...Carrefour doit aussi être attentif à respecter ses consommateurs et à ne pas les tromper sur ce qu’il leur vend. »

 

Nous attendons le contrôle de la répression des fraudes...

 

Connaissez-vous l'histoire de ce haricot jaune, Enola, pour lequel Larry Proctor avait obtenu un brevet aux États-Unis d'Amérique (ultérieurement annulé, après une longue lutte – il a longtemps fait les choux gras de l'altermonde) ? Une « sélection » dans un sac de haricots secs importés du Mexique sur trois années de culture et d'observations... Autant dire que les gens ayant des connaissances minimales en amélioration des plantes ont dû se bidonner. Mais ne serait-on pas confronté à des phénomènes similaires avec les produits du « marché interdit » de Carrefour ? Osons – sans mettre en cause l'honnêteté des producteurs – le mot tellement tendance dans l'altermonde avec lequel Carrefour fait maintenant équipe dans une association bizarre de la carpe et du lapin : il n'est pas exclu qu'il y ait biopiraterie.

 

Il n'y a pas que le volet génétique : certes les produits sont de production bretonne, mais les dénominations qu'ils ont reçues s'approchent de très près de dénominations officielles. Haricot Coco du Trégor, oignon rose d'Armorique ? Coco de Paimpol et Oignon de Roscoff sont des AOP. Il n'y a a priori rien d'illégal – quoique... le démarquage et la concurrence parasitaire, ça se plaide dans ces cas.

 

 

Connaissez-vous l'histoire du riz texmati de RiceTec, encore une histoire de brevet états-unien délirant ? Il a notamment contribué à faire la fortune de Mme Vandana Shiva qui a bien surfé sur un prétendu accaparement de savoirs traditionnels indiens liés au Basmati. Ces nouvelles dénominations représentent de la même façon une exploitation du patrimoine et de la culture bretons que l'on peut considérer comme abusive, une autre forme de biopiraterie selon les définitions en usage chez les militants.

 

Répétons-le, la dénomination « marché interdit » laisse entendre que Carrefour a transgressé la loi. Nous tenons cela pour de l'apologie de la délinquance.

 

Ce « marché interdit » offre à ses clients la possibilité d'en faire de même : si la vente est (prétendument) interdite, l'achat l'est aussi. Nous tenons cela pour une incitation à la délinquance.

 

 

C'est certes factice. Il n'empêche. C'est à notre connaissance la première fois qu'un acteur économique d'importance – nous ne parlerons pas de Kokopelli ici – se place sur le registre de l'insoumission aux normes qui régissent le bon fonctionnement de notre société.

 

Et c'est une évolution inquiétante qui mérite plus que la mise au point, certes percutante, du GNIS.

 

 

Une réponse du GNIS

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