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Agriculture, alimentation, santé publique... soyons rationnels

Alerte aux vendus à Monsanto : les recherches financées par l'industrie produisent-elles des résultats biaisés ?

1 Octobre 2017 , Rédigé par Seppi Publié dans #Jon Entine, #Andrew Porterfield

Alerte aux vendus à Monsanto : les recherches financées par l'industrie produisent-elles des résultats biaisés ?

 

Jon Entine & Andrew Porterfield*

 

 

Faire peur aux gens et contester le consensus scientifique est un excellent fond de commerce pour la mouvance des sceptiques des OGM. Des entités marginales comme le site éponyme de Joseph Mercola – « le site Web de la santé naturelle N° 1 du monde » – et Natural News de Mike Adams sont convaincues qu'elles peuvent orienter le trafic vers leurs sites de médecine alternative et de conspirations pour susciter les achats de remèdes « naturels » et de produits « alternatifs » bidons. Rien ne les met plus en transe que lorsqu'une organisation scientifique ou médicale très respectée semble se ranger du côté de Big Ag.

 

 

 

C'est un thème favori chez les activistes anti-OGM : une recherche qui soutient le consensus sur la sécurité des OGM (ou des articles sur cette recherche publiés sur des sites se réclamant de la science) est rejetée comme étant corrompue et peu digne de confiance si l'un des financements a été apporté par des entreprises agroalimentaires ou si les auteurs ont (ou ont eu) des relations avec une entreprise. Des phrases comme « shill for Monsanto » (vendu à Monsanto – au sens premier : porte-parole) ou « vous avez été acheté et êtes payé par Big Ag » sont monnaie courante sur les réseaux sociaux, en particulier sur les sites anti-OGM et conspirationnistes, et ce genre de commentaires apparaît aussi sur les blogs anti-entreprises gauchistes.

 

Ils ont fait leur chemin dans les médias traditionnels. Un exemple flagrant, mais familier, de média censé « exposer » l'influence grossière de l'industrie agroalimentaire sur la recherche est constitué par un article du Daily Mail du Royaume-Uni de 2014 intitulé : « Scientists’ hidden links to the GM food giants: Disturbing truth behind official report that said UK should forge on with Frankenfoods » (les liens cachés des scientifiques avec les géants de l'agroalimentaires GM : la vérité perturbante derrière le rapport officiel qui dit que le Royaume-Uni devrait aller de l'avant avec les Frankenfoods. »

 

L'article à la limite de l'hystérie – accompagné d'une image fabriquée par Greenpeace d'acteurs en tenues de protection s'occupant d'une culture – se rapporte à un rapport présenté par un conseil consultatif scientifique indépendant au Premier Ministre britannique et préconisant au gouvernement d'accélérer le recours aux produits alimentaires génétiquement modifiés. Il s'avéra que l'un des auteurs du rapport avait travaillé pendant un certain temps pour le très respecté laboratoire Sainsbury, qui soutient la recherche en biotechnologie. Un autre avait aidé à fonder une organisation qui promeut activement la recherche sur les OGM. Un troisième était consultant chez Syngenta. Tous des vendus !

 

Ironiquement, le Daily Mail a construit son histoire autour des sentences de condamnation de Claire Robinson, l'un des moteurs de la mouvance anti-biotechnologie, et co-directrice de la rédaction de GM Watch – un site abondamment financé par l'industrie du bio [pour le profil GLP de GM Watch, voir ici].

 

« On ne peut en aucun cas s'imaginer que ces personnes puissent être qualifiées de scientifiques indépendants. Leurs points de vue devraient être traités avec le même scepticisme que celui que nous appliquons à tout argumentaire de vente », a déclaré Robinson. Elle gère également le site web qui promeut les recherches de Gilles-Éric Séralini, dont le travail est censé documenter les dangers des OGM et qui a été largement financé par une société australienne d'homéopathie, Greenpeace, la Soil Association britannique anti-OGM et le Rodale Institute basé aux États-Unis [pour le profil GLP du Rodale Institue, voir ici]. Un certain nombre d'organisations militantes acheminent des fonds à Robinson, Séralini et d'autres chercheurs et sites web, via une obscure ONG américaine connue sous le nom de Sustainable Food Alliance (SFA).

 

 

Pendant ce temps, en Amérique du Nord, le chercheur Kevin Folta de l'Université de Floride lutte toujours contre des accusations de conflits d'intérêts vicieuses et souvent diffamatoires parce que son université a accepté une subvention sans condition restrictive d'utilisation de 25.000 $ qui n'a jamais été utilisée mais a été transmise à une banque alimentaire du campus.

 

Alors que Folta était laminé par des militants sur les réseaux sociaux, le porte-parole principal de l'industrie du bio et auteur de nombreux articles fortement critiques de la biotechnologie végétale – Charles Benbrook – a vu ses conclusions anti-OGM largement promues aux États-Unis et dans les médias mondiaux. Genetic Literacy Project et d'autres organisations ont par la suite découvert l'histoire des financements de Benbrook. Pendant des années, son travail au Center for Sustaining Agriculture and Natural Resources (CSANR – Centre pour le Maintien de l'Agriculture et des Ressources Naturelles) à l'Université de l'État de Washington a été entièrement financé par des contributions de l'industrie du bio, notamment de Stonyfield Organic, United Natural Foods, Whole Foods et la Clif Bar Family Foundation ; c'est ce qu'ont révélé les courriels obtenus à la suite d'une demande d'accès aux documents dans le cadre du Freedom of Information Act faite par le New York Times. Cette affiliation s'est terminée au printemps 2015, lorsque son contrat n'a pas été prolongé.

 

Nous vivons à une époque où les gouvernements et les entreprises ne sont pas tenus en grande estime.

 

 

 

 

Il est devenu acceptable pour les journalistes de rejeter la crédibilité d'une recherche dont le financement a été fourni par une entreprise – à moins que l'industrie ait une aura providentielle comme les secteurs du naturel ou du bio. Le débat sur les OGM est imprégné de ces préoccupations. Il est donc juste de demander :

 

  • Le financement de la recherche sur les biotechnologies végétales par l'industrie entraîne-t-il des résultats moins crédibles que lorsque le gouvernement ou les organismes sans but lucratif fournissent des fonds pour la recherche ?

     

  • L'un des piliers déterminant la crédibilité des résultats de la recherche est de savoir si les résultats peuvent être reproduits. Quelle est l'expérience jusqu'ici ?

     

  • Que se passe-t-il lorsque des chercheurs « indépendants » et des scientifiques de l'industrie explorent les mêmes questions ou des questions très similaires ?

 

 

Bailleurs de fonds

 

Le débat sur les conflits d'intérêts dans la recherche scientifique est en cours depuis des décennies. En fait, comme le montre le tableau ci-dessous, le rôle du financement par l'industrie de la recherche et du développement liés à la science a augmenté de façon constante depuis 1950.

 

 

 

 

En raison de l'augmentation des coûts et du temps nécessaires à la commercialisation d'un nouveau produit génétiquement modifié – environ 13 ans et 135 millions de dollars pour chaque trait – la plupart des produits transgéniques de la prochaine génération ne parviendront probablement au stade de la commercialisation que s'ils sont développés par des sociétés aux poches profondes qui ont les moyens de financer la recherche. (Les universités et les gouvernements pourraient émerger comme des bailleurs de fonds plus viables si les contrôles réglementaires étaient simplifiés ou si l'édition de gènes de plantes et d'animaux, qui n'implique pas de transfert de gènes étrangers, finissait par être réglementée de manière plus légère).

 

Les scientifiques sont divisés sur la question de savoir si le financement par l'industrie compromet nécessairement la recherche biotechnologique. Selon la recherche, cependant, il existe peu d'indications de biais systémique. Les chercheurs agricoles qui interagissent avec le public font l'objet d'une importante surveillance, au sein de l'université et par le public, ce qui rend les indélicatesses moins probables. Et les conflits sont susceptibles de « corrompre » les chercheurs dits indépendants aussi souvent que ceux qui sont financées par des entreprises. Toutes les sources de financement et les identifications idéologiques – parmi les ONG, les organisations à but non lucratif, les autres organisations civiles et gouvernementales – peuvent engendrer des conflits d'intérêts et des biais qui influent sur la recherche publiée. Des biais puissants peuvent également surgir pour de nombreuses raisons non monétaires, y compris le désir de notoriété d'un chercheur ou une forte croyance idéologique : les recherches de Séralini et Benbrook viennent à l'esprit.

 

Nous n'avons pu trouver qu'une seule étude évaluée par les pairs sur la controverse sur le financement des recherches sur les OGM dont les auteurs n'ont trouvé aucune preuve de biais en raison de conflits d'intérêts financiers. Ils ont en revanche trouvé un biais associé à des conflits d'intérêts professionnels – au moins un des auteurs était affilié à une entreprise qui aurait pu bénéficier du résultat d'une étude. Une analyse indépendante distincte suggère également que le financement par l'industrie n'a pas biaisé les études sur des plantes génétiquement modifiées.

 

 

Débat britannique

 

Dans le débat publié sur le financement par l'industrie agroalimentaire de la recherche en santé publique axée sur les aliments riches en sucres, le British Medical Journal a publié en avril 2016 des réponses apportées lors d'un débat par le professeur de médecine comportementale de l'Université d'Oxford Paul Aveyard et le leader de l'Institut Vitality Derek Yach, ainsi que par Anna Gilmore, professeur de santé publique de l'Université de Bath, et Simon Capewell, professeur de santé et de politique publiques de l'Université de Liverpool. Aveyard et Yach ont soutenu que, dans de nombreux domaines scientifiques, les chercheurs de l'industrie sont les seuls à faire de la recherche appliquée qui propose des produits susceptibles d'être commercialisés.

 

En soutenant un rôle pour le financement par l'industrie, Aveyard et Yach ont déclaré :

 

« Il serait absurde pour les chercheurs en politiques de santé d'éviter de collaborer avec l'industrie agroalimentaire. Mais travailler avec l'industrie agroalimentaire implique inévitablement d'accepter son financement, en nature au moins. Dans de nombreux cas, les intérêts de l'industrie agroalimentaire et les objectifs de santé vont clairement dans le même sens et un cofinancement en nature ou par des paiements directs de l'industrie est approprié. »

 

Ils ont également plaidé pour la transparence et une muraille de Chine entre les entreprises bailleurs de fonds et les scientifiques :

 

« Les chercheurs indépendants devraient être responsables de la conception, de la conduite et de l'analyse de la recherche, et non l'entreprise. [...] Les paiements directs de l'industrie agroalimentaire [...] nécessitent des garanties solides pour éviter les biais et l'apparence de biais : les chercheurs ne devraient avoir aucun intérêt commercial dans le produit, les paiements devraient être effectués à l'organisation et non aux chercheurs et devraient refléter le coût de la recherche. »

 

Arguant contre le financement par l'industrie, Gilmore et Capewell pensaient que le conflit d'intérêts inhérent était souvent trop élevé pour qu'il puisse être surmonté :

 

« Les sociétés sont légalement tenues de maximiser les bénéfices des actionnaires et doivent donc s'opposer aux politiques de santé publique qui pourraient menacer les bénéfices. [...] diverses industries ayant des produits qui peuvent nuire à la santé ont travaillé systématiquement pour subvertir le processus scientifique. La recherche qu'elles financent ne produit que des résultats favorables. »

 

En accord avec Aveyard et Yach, ils voient un rôle potentiel pour les entreprises à l'avenir.

 

« Nous avons besoin de modèles de financement plus radicaux qui permettent aux entreprises de financer la recherche tout en protégeant cette recherche de leur influence. Des taxes sur les fabricants dédiées, des droits de licence ou des contributions légalement obligatoires sont les plus susceptibles de maximiser la transparence et de minimiser les conflits d'intérêts. »

 

 

Pressions sur les chercheurs

 

Des problèmes autres que la source de financement peuvent également biaiser la recherche scientifique, parmi lesquels :

 

  • Les résultats des essais cliniques ne sont pas toujours publiés, surtout lorsqu'ils sont négatifs. Ce type de biais de publication a affecté la science bien avant le débat sur les sources de financement, et certaines revues commencent à explorer des voies pour publier davantage d'études négatives ou allant à contre-courant.

 

  • La recherche qui ne montre « aucun dommage » est moins susceptible d'être publiée. Les revues, comme les journaux, prospèrent sur les conclusions de recherches controversées. Lorsque les chercheurs qui croient qu'une substance peut poser une question de sécurité écologique ou humaine trouvent que ce n'est pas le cas, ils ont souvent moins d'intérêt à publier, et suscitent souvent moins d'intérêt auprès des journaux.

 

  • Le financement gouvernemental pour les sciences est concurrentiel et se dirige souvent vers des chercheurs universitaires sous la pression du « publier ou périr ». La pression pour « trouver quelque chose » est intense. Le statut contractuel, les promotions et les possibilités de financement peuvent dépendre du nombre d'articles publiés, du statut de la revue qui publie et de l'accueil reçu par l'article. Cela peut entraîner la publication de résultats marginalement négatifs, qui peuvent être mal interprétés comme étant révolutionnaires.

 

  • L'article de 2005 de l'épidémiologiste de l'Université de Stanford John Ioannidis « Why Most Research Findings are False » (pourquoi la plupart des résultats de recherche sont faux), qui avait reçu un large écho, avait examiné un grand nombre de facteurs derrière la raison pour laquelle tant d'articles se sont révélés, après publication, inexacts, y compris : les failles méthodologiques de la recherche ; le désir du chercheur de produire des résultats significatifs (c'est-à-dire, positifs et donc bien médiatisés) ; le désir d'avancement professionnel qui conduit certains à interpréter sélectivement les données ; et bien sûr les conflits d'intérêts financiers.

 

La recherche sur les OGM de Séralini illustre clairement tous les facteurs évoqués par Ioannidis.

 

Bien que le financement par l'industrie agroalimentaire puisse accroître les préoccupations à propos des biais et fournir de la matière pour le débat en cours sur les produits alimentaires et la technologie, rien ne prouve que le financement par les entreprises a contribué à des fausses déclarations systémiques, des erreurs, des résultats frauduleux ou des biais. Comme pour tout effort scientifique, ce sont les données qui importent le plus.

 

Il n'est pas non plus évident que la plupart des recherches menées à ce jour sur les plantes génétiquement modifiées ont été financées par l'industrie, comme l'affirment les militants. Une base de données publique sur les recherches raconte une histoire différente. La ressource est Genera, GENetic Engineering Risk Atlas (Atlas des Risques du Génie Génétique). Les résultats, représentés dans le graphique ci-dessous, ont été développés conjointement par Biology Fortified, Inc. (BFI –une entité indépendante à but non lucratif) et Genetic Literacy Project ; ils montrent que la recherche indépendante sur les OGM, revue par les pairs, est commune et menée dans le monde entier – sur la base d'un échantillonnage aléatoire des études disponibles (plus de 2500), plus de la moitié de la recherche sur les OGM a été financée par les gouvernements ou l'Université :

 

 

 

 

Sur les 400 premières études sélectionnées au hasard parmi celles disponibles dans le test bêta de GENERA, la moitié ont été entièrement financées par des organismes gouvernementaux et des organisations indépendantes à but non lucratif. Et la recherche financée par les gouvernements a une extension mondiale – mais elle est concentrée en Europe et en Asie, suivies par l'Amérique du Nord et l'Australie. Ces résultats devraient faire réfléchir ceux qui pensent de manière pavlovienne que la recherche en biotechnologie est dominée par les laboratoires d'entreprises américaines basés aux États-Unis.

 

 

 

______________

 

Jon Entine est le directeur exécutif de Genetic Literacy Project. Suivez-le @jonentine sur Twitter.

 

Andrew Porterfield est un auteur, éditeur et consultant en communication pour des institutions universitaires, des entreprises et des organismes sans but lucratif du domaine des sciences de la vie. Il est basé à Camarillo, Californie. Suivez-le @AMPorterfield sur Twitter.

 

Source : https://geneticliteracyproject.org/2017/09/01/monsanto-shill-alert-industry-funded-gmo-research-bias-findings/

 

 

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un physicien 01/10/2017 16:22

L'argument des écolos selon lequel les industriels biaiseraient leurs résultats me parait assez douteux.En effet il parait assez évident 1) que cela serait révélé tôt ou tard, 2) que cela coûterait une fortune.Il y a certes quelques fous mais en général dans de plus petites structures.(prothèses pip)

Seppi 07/10/2017 13:28

Bonjour,

Je ne me prononcerai pas sur l'amiante, dont la dangerosité est connue depuis fort longtemps et dont les risques ont été – sciemment dans certains cas – acceptés par les décideurs politiques et économiques. Tout comme on avait accepté les risques de l'exploitation minière.

Pour le tabac... hélas...

Seppi 07/10/2017 13:25

Bonjour,

Merci pour votre commentaire.

Tout est possible en ce bas monde. Même les diesélistes...

Mais les arguments 1 et 2 sont suffisamment puissants pour donner à penser que la triche reste l'exception.

Je n'en dirai pas tant des « recherches » des chercheurs-militants. Les résultats ne sont probablement pas biaisés, mais la conception des essais... l'interprétation des résultats... la surinterprétation médiatique...

un mathématicien 05/10/2017 16:51

C'est pourtant exactement ce qu'on fait l'industrie du tabac et celle de l'amiante. Ils ont corrompu délibérément des scientifiques pour mettre en doute les travaux qui établissaient la dangerosité de leurs produits. C'est parfaitement avéré. Oui, ca a fini par être révélé. Oui, ça a coûté cher. Mais bien moins cher que tous les profits qu'ils ont fait en vendant sciemment des saloperies qui tuent des gens pendant des décennies. Donc votre doute me semble difficilement compréhensible.