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Agriculture, alimentation, santé publique... soyons rationnels

Se parler sans se comprendre...

2 Septembre 2017 , Rédigé par Seppi Publié dans #Willi l'Agriculteur

Se parler sans se comprendre...

 

Willi l'Agriculteur*

 

 

 

 

C'est souvent le cas quand on discute de protection de la nature et de biodiversité. Cela se manifeste clairement dans les commentaires sur les articles de la semaine dernière. Nous lisons tous les jours que le nombre d'insectes, d'oiseaux, d'amphibiens, de plantes et d'autres espèces diminue. Il y a depuis des années des listes rouges qui le prouvent. Nous trouvons tous que c'est un problème ; le concept même de « disparition des espèces » est alarmant. Et il est parfaitement clair que le responsable des disparitions, c'est l'agriculture industrielle. En tout cas, c'est ce que nous lisons tous les jours dans la presse. D'autres causes possibles peuvent être évoquées, si tant est qu'elles le soient, mais « plus bas ».

 

 

Conversations difficiles

 

Pour moi en tant qu'agriculteur, les discussions sur la biodiversité sont de plus en plus difficiles à gérer car la conversation se passe habituellement à deux niveaux. Il y a la protectrice de la nature engagée, qui a étudié la biologie et la protection de la nature, qui a travaillé sur des programmes de biodiversité, qui accompagne les dialogues et possède une connaissance approfondie de la nature et de la biodiversité. Et qui m'explique sans relâche que les grandes structures agricoles, l'utilisation d'engrais et de produits phytopharmaceutiques et bien d'autres choses que nous faisons tous les jours, nous les agriculteurs, ont un impact négatif. Ce que j'évoque ici, ce ne sont pas les déclarations constamment répétées (je devrais et je pourrais dire : « slogans ») des ONG sur le glyphosate et les néonicotinoïdes. Non, les arguments de la protectrice de la nature me semblent sensés, les chiffres sont fondés, et je prends ses efforts au sérieux.

 

 

Sur le banc des accusés

 

Je me sens traîné au banc des accusés, à tort ou à raison. Et me voilà maintenant assis sans savoir quoi faire. Dois-je me défendre ? On ne peut certes pas nier que tout ce que je fais ne restaure certainement pas la biodiversité perdue. Ce serait plutôt le contraire. Je pourrais cependant raconter les pâturages pour abeilles que je sème et les hôtels pour insectes que j'accroche. Mais cela ne convaincra pas une véritable protectrice de la nature. Elle s'intéresse aux trames vertes, aux mesures à plus grande échelle, et non à une bande fleurie annuelle de 6 mètres de large. Et elle me dit avec enthousiasme ce qu'on devrait faire (en fait, elle me désigne) pour que le paon du jour ou le crapaud calamite, la musaraigne pygmée ou le verdier d'Europe, le buplèvre à feuilles rondes ou le saule fausse myrtille ne disparaisse pas.

 

J'aime leur enthousiasme et leur engagement. Car qui serait pour que ces espèces de la liste rouge n'existent plus ?

 

 

Le conflit d'objectifs

 

C'est ici que commence le conflit d'objectifs : mon job, c'est agri-culteur. Jusqu'à présent, j'ai compris que ma tâche dans la société était de travailler mes terres et produire de la nourriture. Devoir produire. Dans ma perception – très personnelle –, cette tâche semble changer. Il semble que l'on n'attende plus de moi que je produise de la nourriture, mais que par, mon travail, je « produise » de la protection de la nature et de la biodiversité – c'est en tout cas comme cela que je comprends mes concitoyens. Oui, je pourrais faire ça, mais, tout d'abord, ce n'est pas ce que j'ai appris et, deuxièmement, vous l'avez deviné, je dois gagner de l'argent avec ma profession. C'est précisément à ce point que les agriculteurs et les protecteurs de la nature parlent à des niveaux différents. Les protecteurs de la nature plaideront avec véhémence que les agriculteurs doivent être rémunérés pour leur travail (de l'argent public consacré à des services publics), mais en réalité, on s'attend plutôt à ce que les services fournis le soient gratuitement (la propriété n'implique-t-elle pas des obligations ?).

 

Et maintenant, les agriculteurs, les citoyens et les protecteurs de la nature sont invités à trouver les solutions, le consensus. Pour ne pas continuer à discuter sur deux niveaux, sans se comprendre.

 

Vôtre,

 

Willi l'Agriculteur

 

_______________

 

* Willi l'Agriculteur (Bauer Willi) exploite 40 hectares en grandes cultures (betterave sucrière, colza, céréales) en coopération opérationnelle. Il a été double-actif jusqu'à l'automne 2014. Son deuxième métier a été le suivi et le conseil aux agriculteurs pour une entreprise familiale (sucrerie). Depuis lors, il continue d'exploiter son domaine en tant que pré-retraité et a du temps pour écrire et partager son expérience.

 

Il contribue aussi bénévolement à l'association (fondation) des habitants de sa commune et à une coopérative agricole.

 

Source : http://www.bauerwilli.com/auf-zwei-unterschiedlichen-ebenen/

 

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