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Agriculture, alimentation, santé publique... soyons rationnels

Œufs et fipronil et M. Laurent Chevallier : le point sur l'indigence de la ligne éditoriale du Point

5 Septembre 2017 , Rédigé par Seppi Publié dans #critique de l'information, #Activisme, #Santé publique

Œufs et fipronil et M. Laurent Chevallier : le point sur l'indigence de la ligne éditoriale du Point

 

 

Des œufs sont détruits dans une ferme avicole à Onstwedde, Pays-Bas. Ne serait-ce pas ça, le scandale ? (Source)

 

 

Dans « Œufs et fipronil : mini-revue de presse », nous avions écrit à propos d'un article de Marianne :

 

« Difficile de faire plus démagogique et plus... soyons charitable... »

 

Et bien non... il y a pire : Le Point du 1er septembre 2017, et son « Fipronil : le chaos s'installe » du « docteur » (en toutes lettres) Laurent Chevallier – difficile de se dévêtir du titre, même quand on écrit des choses... soyons charitable.

 

 

Plantons le décor

 

  • la crise consécutive à la fraude n'a pas fait disjoncter les pouvoirs publics qui l'ont gérée de manière plutôt sobre et rationnelle ;

     

  • elle n'a pas remué les médias, sauf évidemment ceux qui ont cherché à se faire de l'audience, plutôt en vain ;

     

  • à part Foodwatch – la succursale d'une « ONG » fondée par Thilo Bode, un ancien de Greenpeace qui a souhaité fonder sa petite entreprise –, elle n'a fait se trémousser le monde des gentils défenseurs autoproclamés et aut-investis de la planète ; elle n'a même pas fait réagir Générations Futures – cette petite entreprise chasseuse de scandales pesticidaires et promotrice de l'agriculture biologique, et fondée par un ancien de... (bis) ;

 

 

Foodwatch, avec le concours complaisant de quelques médias...

 

 

 

 

Avec lui, le chaos...

 

Mais, pour M. Laurent Chevallier, « le chaos s'installe »...

 

Selon le chapô – qui n'est peut-être pas de lui :

 

« Minimisés par les pouvoirs publics, les dégâts du fipronil retrouvé dans des œufs deviennent un sujet de santé publique et inquiètent les industriels. »

 

Très franchement, nous n'avons pas vu les industriels s'inquiéter.

 

Pour M. Laurent Chevallier, le fipronil est un produit apocalyptique :

 

« Le fipronil est une substance extrêmement dangereuse puisque tous les animaux soumis à des doses supérieures à 0,02 mg/kg peuvent convulser. Il s'agit d'un neurotoxique puissant qui est suspecté en plus d'être un perturbateur endocrinien (effet sur les récepteurs hPXR), chez le rat, expérimentalement. C'est également un promoteur des cancers de la thyroïde selon les doses. On a appris hier que des œufs et divers produits dérivés (certaines gaufres, pâtes…) sont potentiellement contaminés depuis septembre 2016 par cette substance très problématique, car pouvant s'accumuler et s'éliminant difficilement chez l'homme en raison de sa diffusion dans les graisses et le foie.

 

Cette « substance extrêmement dangereuse » est considérée comme « modérément toxique » par l'Organisation Mondiale de la Santé. Cela a été dit et redit dans la presse, notamment sur la base des dépêches de l'AFP, dont nous saluerons ici, pour une fois, le professionnalisme. Même M. Stéphane Foucart et Mme Audrey Garric – aux écrits souvent « orientés » – l'ont mentionné dans « Scandale des œufs contaminés : les questions que vous vous posez ».

 

Ils ont certes ajouté de quoi baliser, comme la suspicion de perturbation endocrinienne, mais en omettant de préciser des choses élémentaires comme la dose.

 

Rappelons donc que nous pouvons mettre tous les mois 400 mg de fipronil sur un chien de 40 kg (moins ce qui reste sur les doigts ou y revient parce qu'on aura caressé Médor trop tôt), soit 10 mg/kg. Selon une étude pour l'autorisation d'une deuxième marque d'antipuces, republiée par l'ANSES, administrer cinq fois cette dose n'induit pas d'effet néfaste significatif sur le chien. Et chez nos animaux domestiques traités, le fipronil passe dans le sang, alors que dans le cas d'une ingestion il doit s'extraire du système digestif.

 

On vient donc nous faire peur avec 0,02 mg/kg... 500 fois moins que la dose administrée au chien (et 2.500 fois moins que dans le cas de l'essai mentionné sur le site de l'ANSES) ?

 

Cette substance peut « s'accumuler et s'élimin[er] difficilement chez l'homme » ? Selon l'EFSA,

 

« Rapidement et abondamment absorbé et distribué, le fipronil peut se bioaccumuler, mais il est facilement métabolisé et excrété lentement dans les fèces. »

 

Autrement dit, il y a dans le Point une demi-vérité qui occulte le « mais... » ; et une demi-vérité est un vrai mensonge.

 

 

 

 

La dose aiguë de référence a été fixée à 0,009 mg/kg de poids corporel avec un facteur de sécurité de 100. Cela signifie que, dans les essais sur animaux, les premiers effets nocifs – bénins – étaient apparus au-delà de 0,9 mg/kg p.c., soit 45 fois plus que le chiffre évoqué dans le Point. Selon l'EFSA, la DL50 (la dose létale qui tue 50 % des animaux de l'essai) est de 97 mg/kg p. c. Soyons cyniques : pour se suicider au fipronil, avec (seulement) une chance sur deux de réussir, un homme de 60 kg doit absorber 15 pipettes de Frontline pour grands chiens.

 

Exprimé plus diplomatiquement par l'AFSSA et l'AFSSE en 2005 :

 

« De l’ensemble des données examinées par le groupe de travail, il ressort que seules les ingestions volontaires massives de fipronil ont été responsables d’événements graves. »

 

 

L'amitraze invité dans la sarabande

 

 

Une image explicite...

 

 

L'amitraze ne pouvait qu'être convié à la sarabande apocalyptique. Dans le Point :

 

« Là-dessus, un autre pesticide, l'amitraze, pourrait également être présent dans certains cas. Le ministère de l'Agriculture a bien martelé à longueur de communiqués qu'"il n'y a pas de risque pour la santé publique", rappelons-le, sans réelle preuve ou avec des interprétations discutables sur les effets à long terme. Va-t-il maintenir sa position ? »

 

Quand on n'a pas d'argument anxiogène, on met en doute la parole du Ministère de l'Agriculture !

 

Le Ministère avait indiqué le 25 août 2017 que certains élevages français de poules pondeuses avaient utilisé de l'amitraze, et il a annoncé rechercher dans les œufs des résidus de cet insecticide. Il était précisé ceci dans son communiqué de presse :

 

« Contrairement au fipronil, dont l’usage est interdit dans les productions animales, l’amitraze est autorisée comme médicament vétérinaire pour le traitement antiparasitaire des ruminants, porcs et abeilles. Il n’a pas d’autorisation de mise sur le marché pour la filière volailles, que ce soit en traitement sur les animaux ou pour la désinfection des bâtiments d’élevage vides, car aucun dossier de demande n’a été déposé auprès de la Commission européenne. »

 

Il n'y a pas (encore) eu de suite à cette annonce – ce qui laisse entendre qu'il n'y a pas de problèmes de résidus dans les produits avicoles. En outre, selon l'ANSES :

 

« Les données de toxicologie fournies à l’appui des dossiers d’autorisation de mise sur le marché montrent une toxicité faible de la substance sur les animaux de laboratoire. »

 

On peut aborder le problème autrement : les autorités sanitaires et de régulation – pas que françaises – auraient-elles autorisé l'amitraze en tant que biocide vétérinaire pour des animaux de rente, destinés à notre alimentation, s'il y avait un risque pour la santé humaine ?

 

Ah oui... nous avons oublié ! Les autorités sont forcément incompétentes, irresponsables et vendues... C'est dans la suite de l'article du Point.

 

 

« Exigeons le retrait des produits pouvant contenir du fipronil »

 

C'est l'intertitre de l'article sur le Point. Et c'est une sorte de ligne de démarcation entre les deux volets du prétendu « chaos » : au-dessus, les propos du grand-distributeur Michel-Édouard Leclerc et, en-dessous, la réponse de M. Richard Girardot, PDG de Nestlé France (nous les avons examinés ici). Une tempête dans un verre d'eau transformée en chaos...

 

Mais cela est bon pour interpeller « les autorités en charge de la protection des consommateurs » :

 

« Sont dévoilées au grand jour les pratiques acceptées ou tolérées par les pouvoirs publics. Qui vous protège ? Le chaos est là, et il risque de s'amplifier. Exigeons que l'ensemble des produits pouvant contenir du fipronil et d'autres substances indésirables soit retiré du marché, et ce, quelle que soit leur concentration dans les aliments. »

 

Lisez bien la dernière phrase citée pour en mesurer la portée : comme n'importe quel produit alimentaire est susceptible de contenir un résidu de « substance indésirable » – voire une substance naturelle qui a le malheur d'être vraiment « indésirable » –, ce qui est exigé, c'est tout simplement que nous mourrions tous de faim !

 

Il y a deux autres revendications que l'on trouvera dans le texte original. Mais à quoi bon les examiner, puisque les problèmes allégués seront réglés par la famine...

 

 

Merci le Point

 

Contient de la solanine, de la chaconine...

 

On peut s'interroger sur la ligne éditoriale du Point dans cette affaire. Remercions-le en tout cas pour le caractère bénéfique de son indigence : elle nous permet d'en apprendre sur le fonctionnement intellectuel d'un gourou de la nutrition.

 

Du reste, le Point avait déjà fait sonner le tocsin le 14 août 2017 avec « Laurent Chevallier - Fipronil : on vous ment ! » et, en chapô :

 

...et de l'acrylamide...

 

« Face à la crise des œufs contaminés, les autorités estiment que le risque sanitaire est "très faible". Il n'en est rien, tonne le Dr Chevallier. »

 

Bien évidemment, l'auteur n'a pas été en mesure d'apporter autre chose que des supputations, entremêlées d'insinuations diverses et variées comme un « mensonge d'État », à l'appui du risque sanitaire allégué.

 

Mais le titre est plutôt pertinent : il suffit de bien identifier le « on ».

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