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Agriculture, alimentation, santé publique... soyons rationnels

« Monsanto Papers » : les scandaleux bidouillages de dernière minute du CIRC pour condamner le glyphosate

15 Septembre 2017 , Rédigé par Seppi Publié dans #Glyphosate (Roundup), #CIRC, #Activisme

« Monsanto Papers » : les scandaleux bidouillages de dernière minute du CIRC pour condamner le glyphosate

 

 

 

Vraiment ! ?

 

Vendredi 20 mars 2015 : coup de tonnerre médiatique, vite devenu politique : le Centre International de Recherche sur le Cancer (CIRC) a classé le glyphosate en « cancérogène probable ». Un classement qu'il a été impossible à relativiser depuis lors : sont également « cancérogènes probables », par exemple, la viande rouge (la charcuterie étant « cancérogène certain »), les rayonnements UV, la combustion domestique de bois, le métier de coiffeur, et le travail posté.

 

 

US Right to Know, l'arroseur arrosé

 

Sitôt la décision publiée, des avocats états-uniens se sont mis à recruter des agriculteurs victimes d'un lymphome non hodgkinien, ou leurs ayants droit, susceptibles de mettre en cause leur exposition au glyphosate. Une action de groupe implique US Right to Know, une entité à but non lucratif qui fait du lobbying pour l'industrie du bio. Elle a publié des documents non classifiés relatifs à la procédure devant un tribunal de Californie, dans le but de vilipender le glyphosate.

 

Mais elle a été prise à son propre piège. Les avocats des plaignants ont cherché à prouver des irrégularités dans les procédures états-unienne d'autorisation du glyphosate... ceux de Monsanto, des irrégularités dans la décision du CIRC. Et il lui a fallu publier également des documents qui ne sont pas à son avantage.

 

Nous avons vu dans « Glyphosate : le complot du CIRC en partie dévoilé par Reuters – faisons le reste ! » que l'audition de M. Aaron Blair, qui fut le président du groupe de travail du CIRC, a montré sans ambiguïté qu'il connaissait les derniers résultats de l'Agricultural Health Study – l'équivalent d'AGRICAN – qui, s'ils avaient été pris en compte, auraient changé la décision.

 

Pour résumer, les chercheurs responsables de l'AHS se sont livrés à des manœuvres dilatoires pour retarder la publication des résultats ne montrant pas de lien entre glyphosate et cancers – voir aussi « Glyphosate: supprimé, faute de place » de notre amie Schillipaeppa ; et le CIRC s'est précipité pour produire une monographie du glyphosate et de quatre autres pesticides (dont certains ne sont quasiment plus en usage – le diazinon, le malathion, le parathion et le tétrachlorvinphos). La précipitation du CIRC a du reste fait passer le glyphosate devant d'autres substances jugées plus prioritaires.

 

Mais ce n'est pas tout. L'audition d'un autre membre du groupe de travail, M. Matthew K. Ross, de l'Université d'État du Mississippi, a aussi révélé que la veille de la clôture des travaux, les éléments ne suffisaient pas pour un « cancérogène probable » et qu'on s'est livré à des arrangements de dernière minute pour y parvenir.

 

 

Rappel : un curieux communiqué de presse, reflet d'une curieuse monographie

 

Pour bien comprendre cette lamentable histoire, voici un extrait du communiqué de presse du CIRC du 20 mars 2017. Nous livrons le paragraphe pertinent en intégralité, traduit par nos soins, en découpant en alinéas ; c'est nous qui soulignons :

 

« Pour l'herbicide glyphosate, il y avait des preuves de cancérogénicité limitées chez l'homme pour le lymphome non hodgkinien. Les preuves chez les humains proviennent d'études sur les expositions, principalement agricoles, aux États-Unis, au Canada et en Suède, publiées depuis 2001.

 

De plus, il y avait des preuves convaincantes que le glyphosate peut également causer un cancer chez les animaux de laboratoire. Sur la base de tumeurs chez la souris, l'Agence de Protection de l'Environnement des États-Unis (US EPA) [lien non fonctionnel] avait initialement classé le glyphosate comme pouvant être cancérigène pour les humains (Groupe C) en 1985. Après une réévaluation de cette étude sur la souris, l'EPA a modifié sa classification en preuves de non-cancérogénicité chez l'homme (Groupe E) en 1991. Le Comité Consultatif Scientifique de l'EPA des États-Unis a noté que les résultats du glyphosate réévalués étaient encore significatifs en utilisant deux tests statistiques recommandés dans le Préambule du CIRC. Le Groupe de travail du CIRC qui a mené l'évaluation a examiné les conclusions significatives du rapport de l'EPA des États-Unis et plusieurs résultats positifs récents pour conclure qu'il existe des preuves suffisantes de cancérogénicité chez les animaux de laboratoire.

 

Le glyphosate a également causé des dommages à l'ADN et aux chromosomes dans les cellules humaines, bien qu'il ait donné des résultats négatifs dans les tests utilisant des bactéries. Une étude menée auprès de résidents d'une collectivité a révélé une augmentation des marqueurs sanguins de dommages chromosomiques (micronoyaux) après la pulvérisation de formulations de glyphosate à proximité. »

 

Cette histoire fumeuse d'EPA ne figure pas dans l'article publié par la suite dans The Lancet, « Carcinogenicity of tetrachlorvinphos, parathion, malathion, diazinon, and glyphosate ». Ni, sauf erreur, dans la monographie (voir à partir de la page 30)...

 

Et pour l'un des auteurs de l'étude mentionnée dans la dernière phrase, le CIRC « s'est totalement fourvoyé ».

 

Pour le dire tout net, cela fait désordre.

 

Il y a aussi eu des rectifications de tir a posteriori. Que penser d'une monographie censée avoir été élaborée et adoptée en mars 2015 qui cite quatre publications avec avril 2015 comme date à laquelle on y a accédé ?

 

 

Sombres perspectives à mi-parcours

 

Le groupe de travail du CIRC s'est réuni du 3 au 10 mars 2015. Une grande partie des travaux s'est faite en sous-groupes chargés d'examiner les données pour (1) les cancers chez les humains, (2) les cancers chez les animaux de laboratoire, (3) l'exposition aux agents étudiés et (4) les mécanismes d'action.

 

Dans le cadre de l'audition de M. Aaron Blair, les avocats de Monsanto ont versé au dossier une note manuscrite de M. Matthew Ross datée du 6 mars 2015 et présentant un état des lieux à mi-session.

 

 

 

 

 

 

 

M. Blair a été longuement interrogé sur ce point par l'avocat de Monsanto (à partir de la page 120 de la transcription).

 

Voici une extrait de l'interrogatoire s'agissant du groupe 2, chargé de l'épidémiologie humaine :

 

« Question : Donc, en ce qui concerne le glyphosate tel que reflété dans ces notes, il y a une présentation par – il y a des présentations par le groupe chargé de l'exposition, par le groupe d'épidémiologie, par le groupe des animaux de laboratoire et le groupe mécaniste, les groupes 1 à 4, est-ce exact ?

 

Réponse : Oui.

 

Q : Et le groupe 2 est votre groupe, le groupe d'épidémiologie, est-ce exact ?

 

R : Oui.

 

Q : Et les notes indiquent ici : "Glyphosate, lymphome non hodgkin négatif. Glyphosate [études] cas-témoins, flèche, lymphome non hodgkinien. AHS, données négatives."

 

Est-ce compatible avec votre souvenir de la présentation, par le groupe de travail sur l'épidémiologie des données sur le glyphosate et le lymphome non hodgkinien ?

 

R : Ouais, à peu près. Le cas – il y avait des études cas-témoins qui étaient positives et l'AHS était négative, oui. »

 

Curieusement, l'avocat n'insiste pas sur la contradiction entre les deux premières lignes de la note. Car on se retrouve tout de même à « preuves […] limitées » en fin d'exercice.

 

S'agissant de la cancérogénicité chez les animaux de laboratoire, les preuves étaient à mi-parcours « limited to inadequate » pour le groupe 2.

 

Dans un premier temps M. Blair avait dit ne pas se souvenir. Il a donc été confronté à la note de M. Ross, dont il avait reçu copie antérieurement (c'est par lui qu'elle est parvenue dans le dossier), et poussé dans ses retranchements :

 

« Q : Vous rappelez-vous ce qui est arrivé à partir du moment de cette séance plénière initiale en mars – le 6 mars – jusqu'à la fin du groupe de travail, ce qui a conduit à une modification de l'évaluation des données animales de « limitées ou insuffisantes » à « fortes » ?

 

M. MILLER [avocat des plaignants] : Objection quant à la forme de la question.

 

R : Eh bien, seulement en ce sens que d'une sorte de discussion préliminaire sur où en sont les choses, les sous-groupes retournent à leur travail et – et regardent, évaluent et discutent, et c'est ce qui s'est passé. Je n'étais pas dans le sous-groupe, donc je n'ai aucune idée de la discussion.

 

DE M. LASKER [avocat de Monsanto] :

 

Q : Quelque temps après cette – cette séance plénière initiale le 6 mars 2015, quelque chose s'est produit au cours des jours suivants qui a conduit le sous-groupe à modifier son évaluation des données animales par rapport au glyphosate. Peut-on dire cela ?

 

A : Vous savez, je ne suis même pas sûr de pouvoir dire cela, car ce que cela dit est "limité à inadéquat". Donc, si la prise de notes est désordonnée, cela pourrait être "limité ou inadéquat" [c'est nous qui graissons]. Maintenant, c'est un choix. Ils n'ont donc pas choisi. Je n'ai aucune idée. Je ne me souviens vraiment pas de ce qui s'est passé à ce moment-là, sauf que cela dit qu'ils ne savaient pas exactement où le mettre. Et je n'ai pas participé aux discussions de ce groupe à ce moment-là. Donc...

 

Q : Vous savez que la détermination finale qui apparaît dans la monographie finale est que les données sur les animaux étaient fortes, n'est-ce pas ?

 

R :Ouais.

 

Q : Et en fait, si l'animal – si la détermination ultime que les données sur les animaux avait été "limité ou insuffisant", le groupe de travail complet n'aurait pas atteint la détermination que le glyphosate était un cancérogène probable, n'est-ce pas ?

 

M. MILLER : Objection quant à la forme de la question.

 

LE TÉMOIN : Probablement pas.

 

DE M. LASKER :

 

Q : En fait, avec cette analyse et cette évaluation des données sur les animaux et la conclusion de votre sous-groupe selon laquelle les données sur l'épidémiologie étaient limitées, la classification la plus élevée que le groupe de travail du CIRC pouvait obtenir est que le glyphosate est possiblement –

 

R : C'est exact.

 

Q : – cancérogène, n'est-ce pas ?

 

Et en fait, avec des données animales inadéquates, le groupe de travail du CIRC aurait peut-être conclu que la taille de l'ensemble était insuffisante pour atteindre la détermination, et ce serait une substance du groupe 3 [inclassable quant à sa cancérogénicité pour l'homme], n'est-ce pas ?

 

R : Ils auraient pu conclure cela, oui.

 

 

Forcing d'avant-dernier jour

 

M. Ross a été cuisiné sur un courriel du 9 mars 2015 – la veille de la clôture des travaux du groupe de travail – qu'il avait reçu de M. Ivan I. Rusyn, président du sous-groupe sur les mécanismes, dont M. Ross était membre (à partir de la page 132 de la trancription). Le texte :

 

« Je voudrais réunir le groupe 4 en bas durant la première pause-café pour discuter de l'information ci-dessous. »

 

Et voici ce que donne l'interrogatoire, expurgé des divagations sans importance :

 

« Q : Et vous êtes-vous en fait réunis en bas pendant la première pause-café pour discuter de l'information ?

 

R : Nous l'avons fait pour discuter d'un surclassement ["upgrade"].

 

Q : D'accord. Et que voulez-vous dire par surclassement ?

 

R : Le surclassement mécaniste. Si les données sur les animaux étaient considérées comme limitées et que les données de l'épidémiologie humaine étaient considérées comme limitées selon la rubrique du CIRC dans le préambule, si l'on avait une information mécaniste considérée comme forte par le sous-groupe, nous pouvions envisager un surclassement. »

 

Arrêtons-nous un instant sur cette déclaration dont le sens sera confirmé par la suite : on cherchait à bidouiller les évaluations pour obtenir un « meilleur » classement que celui qui s'annonçait à ce stade !

 

Q : Donc, vous vouliez vous assurer que nous étions tous sur la même page, "nous" étant le groupe 4, n'est-ce pas?

 

R : Oui.

 

[...]

 

Q : Je lis du courriel. "Juste pour nous assurer que nous sommes sur la même page, voici les évaluations des groupes 2 et 3 et la matrice du CIRC".

 

R : Oh, d'accord.

 

Q : Et il y a une image qui avait été jointe mais qui n'est pas ressortie dans ce que vous nous avez fourni, probablement la matrice.

 

"Pour nous permettre de comprendre où se situent nos conclusions". C'est ce qu'il [M. Rusyn] a écrit, n'est-ce pas ?

 

R : Oui.

 

Q : En ce qui concerne le glyphosate, il a dit : "humain limité". C'est du groupe 2, trouvant "limité". Groupe 3, trouvant "limité".

 

Exact ?

 

R : À ce sujet – eh bien, à – je ne sais pas ce qui se passait dans le groupe 2. Je ne suis pas au courant de leurs conversations, mais c'est – il y dit "animaux, limité" là-bas. Alors, il a convoqué une réunion […]

 

[...] »

 

Résumons : les preuves de cancérogénicité sont à ce stade limitées tant pour l'homme que pour l'animal, le glyphosate sera vraisemblablement classé en 3 – inclassable quant à sa cancérogénicité pour l'homme – et le sous-groupe mécanismes est réuni pour voir si on peut doper son évaluation.

 

La suite de l'audition et des événements va montrer que, au moins, le sous-groupe chargé de la cancérogénicité chez les animaux de laboratoire a procédé à la même manœuvre de réévaluation.

 

L'avocat de Monsanto se fait préciser les évaluations après une digression sur l'heure de la réunion.

 

« Q : Très bien. Quoi qu'il en soit, il était – il a dit, "Voici les évaluations des groupes 2 et 3." Et l'évaluation qu'il a rapportée du groupe 2 était humain glyphosate – humain, limité. Et l'évaluation qu'il a rapportée du groupe 3 pour le glyphosate était animaux, limité. Est-ce exact ?

 

R : C'est ce qui est écrit ici.

 

[…]

 

Q : Savez-vous où Dr Rusyn a eu l'impulsion de demander un surclassement ?

 

R : Une partie de la rubrique ou du préambule donne au groupe mécaniste la capacité – bien, de proposer un surclassement si les preuves le justifient. »

 

L'avocat de Monsanto veut en savoir plus sur l'évaluation de la cancérogénicité chez les animaux. Et pour cause ! On est passé de preuves « limitées à inadequates » le 6 mars 2015 à « fortes », « convaincantes » et « suffisantes » dans la conclusion des travaux le 10 mars. M. Ross, visiblement, résiste, en particulier sur l'identité des protagonistes.

 

« Q : [...] Avez-vous une idée de la base de l'évaluation du groupe des animaux, en date du 9 mars, comme étant limitée ?

 

Mme WAGSTAFF [avocate des plaignants] : Objection. Question déjà posée et répondu.

 

R : Je ne sais pas. Je ne connais pas la base de ce qui était – de ce qu'ils ont considéré comme limité.

 

M. GRIFFIS [avocat de Monsanto] :

 

Q : Plus tôt, vous avez dit – vous avez témoigné que, selon vous, la question la plus controversée concernant le glyphosate était la classification du groupe 3 entre limité et suffisant en ce qui concerne les données sur des tumeurs animales particulières ; est-ce exact ?

 

R : C'était le problème principal. C'était une question importante. Il y a eu beaucoup de débat à ce sujet.

 

Q : Et quand avez-vous été témoin de ce débat ou avez-vous entendu parler de ce débat ?

 

R : En séance plénière.

 

Q : Il y a eu un débat à la session plénière entre limité et suffisant dans le groupe d'étude sur les animaux, est-ce exact ?

 

R : Il y a eu – dans la séance plénière tôt dans la session [early], il y a eu – il y a eu un débat. Il y a eu des analyses plus approfondies en cours, mais je n'étais pas au courant de toute cette analyse de données parce que je ne suis pas un biologiste du cancer. Donc, c'était hors de mon expertise.

 

Q : Qu'on dit les défenseurs de la vision "limité" dans ces sessions auxquelles vous avez assisté à l'appui d'une conclusion "limité" ?

 

R : Qu'est-ce qui a été dit ?

 

Q : Oui, Monsieur.

 

R : Je ne me souviens pas.

 

Q : Qui faisait – qui faisait les points en faveur d'un accord "limité" ?

 

Mme WAGSTAFF : Objection. Question déjà posée et répondu. Il a dit qu'il ne le savait pas.

 

R : Je ne me souviens vraiment pas de qui discutait. À ce stade, j'étais occupé à produire mes projets de texte, à effectuer quelques vérifications. Je sais qu'il y a eu beaucoup de débat. Ce n'était pas dans mon domaine d'expertise, donc le – dans les conversations qui ont eu lieu dans le groupe 3 dans lequel je n'étais pas présent pour cela.

 

Q : Et en l'évaluant comme la question la plus litigieuse en ce qui concerne le glyphosate dans le groupe de travail 112, sur quoi vous basiez-vous ? Entendre les gens de discuter et ne pas comprendre les rapports, ou quoi ?

 

R : Non. Il y avait un –

 

Mme WAGSTAFF : Objection. Argumentatif.

 

R : Ouais. Il y a eu beaucoup de débat. Il y a eu beaucoup de débats scientifiques sur les preuves – et comment cela correspond au préambule.

 

M. GRIFFIS :

 

Q : Et maintenant que vous êtes assis ici, vous ne vous souvenez plus de rien sur ce débat ou sur qui préconisait quoi de quel côté ?

 

Mme WAGSTAFF : Objection. Question déjà posée et répondu.

 

R : Je – je ne me souviens pas. Je – je ne me souviens pas du "limité" – qui plaidait pour "limité". Je ne me souviens pas de qui – de qui préconisait une position "limité". »

 

Cela n'a après tout guère d'importance. Le fait est que le sous-groupe sur la cancérogénicité chez les animaux, partant d'une hésitation entre « preuves inadéquates » et « preuves limitées » jusqu'au 6 mars, en était arrivé à « preuves limitées » le 9 mars ; et que le groupe de travail complet a fini par un verdict de « preuves suffisantes ».

 

M. Ross lâchera tout de même quelques informations sur le rôle joué par M. Rusyn, un avocat du classement en 2A, cancérogène probable.

 

Mais qu'est-il arrivé dans cette réunion lors de la pause-café et après ?

 

« Q : [...] Au cours de cette réunion que le Dr Rusyn a convoquée le dernier jour – la veille du dernier jour du groupe de travail 112, en ce qui concerne les trois substances qu'il a mentionnées dans son courriel, vous étiez déjà à 2A ou il suggérait d'examiner un surclassement vers 2A ; est-ce exact ?

 

R : Pour le malathion, nous étions à 2A.

 

Q : Et pour les deux autres [le diazinon et le glyphosate], il a suggéré de considérer un surclassement à 2A, n'est-ce pas ?

 

R : Il a – oui. Il a demandé si nous devrions considérer un surclassement à 2A.

 

Q : Et le groupe a décidé de passer à 2A pour ces deux, n'est-ce pas ?

 

R : Pour le glyphosate, nous n'avons pas procédé à un surclassement. Eh bien. Nous avons fait – n'avons pas fait – il n'y a pas eu de surclassement parce qu'avec la conclusion finale pour les données humaines avec des preuves limitées – et pour les données sur les animaux, cela a été jugé suffisant sur la base de la rubrique du CIRC qui constitue la classification 2A. Nous n'avions donc pas besoin de proposer un surclassement.

 

Lisez bien cette dernière phrase. Ce n'est certes qu'une déclaration d'un participant, soumis à un feu roulant de questions et pas forcément conscient de la portée de ses dires et de l'interprétation qui en sera faite. Mais elle est symptomatique d'un état d'esprit : la démarche a consisté à contraindre les faits à sous-tendre une classification – et non à déduire une classification de l'évaluation objective et impartiale des faits. Cette inversion du processus décisionnel est du reste patente quand on lit l'ensemble de la déposition, et particulèrement la suite :

 

Q : Eh bien, lorsque vous êtes sorti de cette réunion, qu'aviez-vous décidé de proposer à propos d'un surclassement ?

 

R : C'était pendant que la réunion se déroulait. Nous avons donc – il [M. Rusyn] a procédé à un vote informel, et nous avons appuyé la proposition de surclassement si nécessaire. Cela n'a toutefois jamais eu lieu. Cela ne s'est jamais produit parce que c'était 2A sur la base des données animales et des données humaines.

 

Q : Donc, le résultat de cette réunion de pause-café, le 9 mars, a été que le groupe des mécanismes avait accepté d'appuyer un surclassement pour le diazinon et le glyphosate, mais qu'il n'est jamais devenu nécessaire que le groupe des mécanisme mette cela en vigueur en séance plénière parce que le groupe des animaux avait modifié sa position ; est-ce exact ?

 

R : Pour le glyphosate. »

 

 

Épilogue

 

Il y en aurait plusieurs, d'épilogues. Contentons nous de noter que l'on comprend mieux à la lecture de cette description des travaux du CIRC pourquoi celui-ci s'est tellement investi dans ses tentatives – décrites précédemment sur ce site – de placer les documents de travail, etc. sous le sceau de la confidentialité.

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