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Agriculture, alimentation, santé publique... soyons rationnels

Le groupe Nature publie deux études sur les bourdons et un néonicotinoïde

29 Septembre 2017 , Rédigé par Seppi Publié dans #Article scientifique, #Abeilles, #Néonicotinoïdes

Le groupe Nature publie deux études sur les bourdons et un néonicotinoïde
 

 

 

 

Le groupe Nature a publié le même jour (le 14 août 2017) deux études sur les bourdons ayant un co-auteur commun... et des résultats très différents.

 

 

Effet du thiaméthoxame sur les fondatrices
 

Dans Nature Ecology & Evolution, c'est « Pesticide reduces bumblebee colony initiation and increases probability of population extinction » (un pesticide réduit l'initiation de colonies de bourdons et augmente la probabilité de l'extinction des populations) de Gemma L. Baron, Vincent A. A. Jansen, Mark J. F. Brown et Nigel E. Raine.

 

Résumé (comme d'habitude, nous découpons en paragraphes) :

 

« Les pollinisateurs sont en déclin mondial et les pesticides agricoles en sont un facteur potentiel. Des études récentes ont suggéré que les pesticides peuvent avoir une incidence importante sur les colonies de bourdons – un groupe important et en déclin de pollinisateurs.

 

Ici, nous montrons que les reines fondatrices de colonies, un stade critique et vulnérable du cycle de vie des bourdons, sont moins susceptibles d'initier une colonie après exposition au thiaméthoxame, un insecticide neonicotinoïde. Des reines de Bombus terrestris ont été exposées au thiaméthoxame à des doses correspondant à celles rencontrées sur le terrain [ma note : c'est faux ! C'est une dose] et à deux facteurs de stress naturels: le parasite Crithidia bombi et différentes [ma note : deux] durées d'hibernation.

 

L'exposition au thiaméthoxame a provoqué une réduction de 26% de la proportion de reines qui ont pondu des œufs et a avancé le moment de l'initiation des colonies, bien que nous n'ayons pas détecté d'impact des traitements expérimentaux sur la capacité des reines à produire des descendants adultes pendant les 14 semaines de l'expérimentation. Comme prévu à partir des études antérieures, la durée de l'hibernation a également eu un impact sur la ponte, mais il n'y a pas eu d'interaction significative avec le traitement insecticide.

 

La modélisation des impacts d'une réduction de 26% de la fondation des colonies sur la dynamique des populations a considérablement augmenté la probabilité d'extinction de la population. Cela montre que les néonicotinoïdes peuvent affecter cette étape critique dans le cycle de vie des bourdons et peuvent avoir des impacts significatifs sur la dynamique des populations. »

 

Il est difficile de commenter cet article qui reste flou sur certains points – surtout quand on ne connaît pas les mœurs des bourdons. Mais...

 

Les résultats sur le parasite Crithidia bombi ne sont guère commentés dans l'article. Si l'on comprend bien, il n'a pas eu d'effet.

 

Les auteurs ont trouvé – sans l'expliquer – que les reines exposées au thiaméthoxame fondaient leur colonie plus tôt que les reines témoins.

 

 

 

 

Ce graphique combine les résultats des reines ayant eu une hibernation courte (6 semaines) ou longue (12 semaines). Curieux... Ça l'est d'autant plus que l'hibernation dite « longue » est elle-même courte par rapport aux conditions « réalistes » de terrain.

 

Notez aussi qu'il y a un plateau pour les reines du traitement entre le 50e et quelques jours et le 70e jour, suivi d'un saut qu'on trouve également chez les témoins. Si l'essai avait été terminé à 50 jours, on aurait dû conclure, grosso modo, à une absence d'effet du thiaméthoxame (sauf pour l'avancement de la ponte). Et si on avait poursuivi l'expérience ? Mystère...

 

Les auteurs notent que « sans surprise » une plus grande proportion de reines du traitement qui avaient pondu avaient une descendance adulte à la fin de l'expérimentation. Ils ne semblent pas avoir inclus ce facteur dans leur modélisation de la dynamique des populations.

 

Ils notent également que les reines qui ont hiberné 12 semaines avaient eu une consommation de sirop supérieure à celle des reines ayant hiberné 6 semaines (0,805 ± 0,031 ml contre 0,527 ± 0,036), ce qui donnait des consommations de thiaméthoxame de 1,977 ng/jour contre 1,405 ng/jour. Pourtant, les reines qui ont hiberné 12 semaines ont pondu davantage que celles qui ont hiberné 6 semaines. Le ratio de pondeuses par rapport au nombre total témoins est assez similaire entre traitements et témoins (71 % contre 75 %).

 

 

 

Effet du thiaméthoxame sur le développement des colonies

 

C'est Scientific Reports qui a accueilli « Bumblebee colony development following chronic exposure to field-realistic levels of the neonicotinoid pesticide thiamethoxam under laboratory conditions » (développement des colonies de bourdons suite à une exposition chronique à des niveaux réalistes sur le terrain du pesticide néonicotinoïde thiaméthoxame dans des conditions de laboratoire) de Dara A. Stanley et Nigel E. Raine.

 

Le résumé, découpé en paragraphes par nos soins :

 

« Les pesticides néonicotinoïdes sont utilisés dans l'agriculture pour réduire les dommages causés par les ravageurs des cultures. Cependant, les insectes bénéfiques tels que les abeilles peuvent entrer en contact avec ces pesticides en butinant dans les zones traitées, avec des conséquences potentielles pour le déclin des abeilles et la fourniture des services de pollinisation. Les abeilles domestiques sont généralement utilisées comme organismes modèles pour étudier les impacts des insecticides sur les abeilles, mais on connaît relativement peu l'impact sur d'autres taxons tels que les bourdons.

 

Dans cette expérience, nous avons exposé de manière chronique des colonies matures de bourdons (Bombus terrestris) à des niveaux réalistes sur le terrain du néonicotinoïde thiaméthoxame (2,4 ppb et 10 ppb) sur quatre semaines, et avons comparé la croissance des colonies dans des conditions de laboratoire.

 

Nous n'avons trouvé aucun impact de l'exposition à l'insecticide sur le gain de poids de la colonie ou le nombre et la masse des individus sexués, bien que les colonies exposées à 2,4 ppb aient produit des mâles plus gros.

 

Comme des études antérieures ont signalé des effets des pesticides sur la croissance des colonies de bourdons, cela peut suggérer que les impacts sur les colonies de bourdons sont plus prononcés pour les colonies à un stade antérieur du cycle reproducteur. Alternativement, cela peut également indiquer que le thiaméthoxame diffère du point de vue de la toxicité par rapport aux néonicotinoïdes précédemment testés en termes d'effets sur la reproduction. Dans les deux cas, l'évaluation du développement des colonies de bourdons dans des conditions de terrain est probablement plus instructive pour les scénarios du monde réel que les essais effectués en conditions de laboratoire.

 

 

 

 

Là encore, difficile de commenter sans mettre de gros caveat.

 

Néanmoins, il nous semble que 2,4 ppb est représentatif d'une situation qui relève du « pire cas » s'agissant du nectar et que 10 ppb est irréaliste et, au mieux, très exceptionnel.

 

Mais l'essentiel est que les chercheurs n'ont pas trouvé d'effet, malgré ces niveaux élevés.

 

Ils nous proposent par ailleurs des conjectures pour leurs résultats qui ne s'inscrivent pas dans la ligne des résultats antérieurs. En fait, ils font de gros efforts dans leur partie « discussion » pour faire entrer les résultats de leur travaux dans cette ligne de travaux antérieurs ou, plutôt, les schémas de pensée devenus dominants. Mais ils oublient une hypothèse : que ce sont leurs travaux qui sont les plus fidèles à la réalité...

 

Dans un billet prochain, nous traduirons l'analyse de M. Jon Entine, du Genetic Literacy Project.

 

 

 

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BenoitHB 06/10/2017 13:03

Bonjour, je viens de Suisse, connaissez-vous l'UNINE, cette université qui est toujours mis, unilatéralement, à l'honneur sur le journal télévisé principal national, quand il s'agit de pesticide, comme aujourd'hui, où la journaliste et son invité arrivent avec leur gros sabots : 70% du miel des abeilles contient des pesticides = déclin des abeilles. J'ai l'impression que cette UNINE connait un biais idéologique d'une nature totalement sans pesticide. Et de surcroit, le journalisme de masse, tant a prendre pour argent content souvent "une seule" étude, je ne crois pas qu'ils ne soient pas au courant dans leur application déontologique au système des méta-analyses et des peer review ainsi que des protocoles avec voile d'ignorance.

Seppi 07/10/2017 13:31

Bonjour,

Merci pour votre commentaire.

J'ai vu (et vu à la TSR). Je vais probablement produire un billet.

C'est subjectif, mais je ne partage pas votre avis sur l'UNINE et la TSR. Lausanne et Genève sont à mon sens plus présents... avec des sujets intéressants, pas le genre de m... qu'on trouve sur les chaînes françaises.

huemaurice 29/09/2017 16:35

Il serait bon de dire la vérité. Y a t-il eut la présence d'un médecin-légiste pour déterminer la cause de la mort de l'insecte ou ne sont-ce que des suppositions comme de grippe, cancer ou sida ?
Il serait bon de prendre en compte les milliers (centaines de milliers ?) d'éoliennes qui tuent chaque jour des millions d'abeilles et d'oiseaux.
D'où la diminution du nombre compté.

Seppi 07/10/2017 13:25

Bonjour,

Merci pour votre commentaire.

Tiens, je n'ai pas encore vu (en fait pas cherché non plus) d'études sur des comptages d'oiseaux morts au pied des éoliennes.