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Agriculture, alimentation, santé publique... soyons rationnels

Glyphosate : le Monde, hélas... et la notion d'agronomie a-t-elle encore cours à l'INRA ?

26 Septembre 2017 , Rédigé par Seppi Publié dans #critique de l'information, #Glyphosate (Roundup)

Glyphosate : le Monde, hélas... et la notion d'agronomie a-t-elle encore cours à l'INRA ?

 

 

 

 

 

Patience pour les couacs gouvernementaux

 

Le glyphosate sera ces prochains temps un extraordinaire sujet de conversation, d'agitation et de manipulation. La prudence nous incite à attendre avant d'analyser les couacs gouvernementaux qui n'augurent rien de bon s'agissant de la cohésion de l'équipe macronienne, pas meilleure que celle de la précédente sur ce sujet (mais on peut s'en moquer) ; s'agissant aussi de l'action publique et de l'avenir de notre Nation (là, on peut sérieusement se préoccuper). Le point final n'est peut-être pas encore mis à une extraordinaire cacophonie.

 

 

Le Monde prétend faire de l'information

 

Le Monde a publié le 25 septembre 2017 un « Cinq questions sur la bataille autour du glyphosate » qui n'est pas outrageusement biaisé, avec en chapô :

 

« L’Europe doit décider si elle réautorise le pesticide le plus utilisé au monde, classé par l’OMS "cancérogène probable" pour l’homme. La position française est confuse. »

 

Décidément, le Monde – et les médias en général – ne nous épargneront plus la confusion entre le Centre International de Recherche sur le Cancer (CIRC) et l'Organisation Mondiale de la Santé (OMS) ; ni le « cancérogène probable » du premier, sans préciser dans la foulée que ce classement a été, en quelque sorte, invalidé par une flopée d'autorités du domaine de la sécurité sanitaire et environnementale et de la gestion des produits phytosanitaires : l'ANSES française, le BfR allemand, l'EFSA et l'EChA européen, l'EPA états-unien, l'ARLA canadienne, l'APVMA australienne, l'EPA néo-zélandaise, la Commission Japonaise de Sécurité Alimentaire, l'OFAG et l'OSAV suisses – et même la maison-mère du CIRC, l'OMS dans le cadre de la Réunion Conjointe FAO/OMS sur les Résidus de Pesticides (JMPR) et plus anciennement dans le cadre, par exemple, du Programme international sur la sécurité des substances chimiques.

 

Nous avons tout de même droit à une référence à l'EFSA et l'ECHA. Mais c'est selon le tryptique : « le CIRC a dit », suivi de « l'EFSA et l'EChA ont dit », suivi de...

 

« Plusieurs scientifiques indépendants ont cependant manifesté leur soutien à la position du CIRC – soutien renforcé par la découverte, à la mi-septembre, par un biochimiste autrichien associé à l’ONG Global 2000, de pages entières du rapport préliminaire de l’expertise de l’EFSA, copiées-collées de documents de l’industrie agrochimique. »

 

Décidément, on ne sort pas de la désinformation... en tout cas pas dans le journal qui fut de référence.

 

Évidemment, le Monde renvoie ses lecteurs à un article précédent, « Glyphosate : l’expertise européenne truffée de copiés-collés de documents de Monsanto » dans lequel les explications et démentis de l'EFSA avaient aussi été présentés dans un contexte défavorable.

 

 

Chez Système U, comme chez d'autres, un produit de synthèse est un "pesticide" (enfin, pas quand ils le vendent) et un produit étiqueté bio est un "produit de biocontrôle".

 

 

Parler de l'agriculture sans donner la parole aux agriculteurs

 

Mais notre ire du jour porte sur la question : « Existe-t-il des alternatives pour les agriculteurs ? »

 

Si vous pensez y trouver une citation provenant des premiers intéressés, vous devez être bien naïfs, voire franchement benêts.

 

Les journalistes ont-ils un préjugé anti-glyphosate et sont-ils roués ? Ils font parler l'industrie... vous savez, les méchants pollueurs prêts à tout pour se faire du blé. Sans oublier de citer Monsatan :

 

« "C’est un désherbant total pour lequel il n’existe pas de substitut aussi efficace. La seule alternative possible est mécanique : retourner la terre au tracteur pour arracher toutes les mauvaises herbes, avec des conséquences en termes d’utilisation de carburant, de gaz à effet de serre et d’érosion des sols", argue la Glyphosate Task Force, au sein de laquelle une quarantaine d’entreprises du secteur (dont Dow AgroSciences, Monsanto Europe, Syngenta) sont à la manœuvre pour prolonger l’homologation de la molécule. »

 

Notez aussi le choix des mots : « une quarantaine d’entreprises du secteur [...] sont à la manœuvre ». En termes neutres, c'est : « ...ont demandé le renouvellement de l'autorisation du glyphosate ».

 

Nous n'insisterons pas, mais il nous semble que Dow AgroSciences ne figure par parmi les pétitionnaires et membres de la GTF.

 

Et le Monde – et le reste du monde médiatique – ne citera jamais les entreprises qui ne sont pas vilipendées par principe du fait qu'elles sont (connues pour être) des multinationales ; par exemple, la Société Financière de Pontarlier dont la dénomination ne dit pas qu'elle est active dans la fabrication et le commerce de gros de produits chimiques (et qu'elle est basée à Aix-en-Provence).

 

 

Pour l'INRA, se simplifier la vie est un vilain péché pour les agriculteurs

 

Le Monde a aussi interrogé un éminent représentant de l'INRA :

 

« "Il existe bien un autre produit sur le marché, le glufosinate-ammonium, précise Christian Huyghe, directeur scientifique adjoint de l’Institut national de la recherche agronomique (INRA). Mais, si son efficacité est équivalente à celle du glyphosate, son impact sur l’environnement l’est aussi." Substituer l’un à l’autre ne réglerait en rien le problème de la contamination des sols et de l’eau par des pesticides.

 

"La nocivité du glyphosate vient surtout du fait que, depuis qu’il est apparu, les agriculteurs ont tendance, pour se simplifier la vie, à abandonner les labours et les rotations de cultures : il leur suffit de passer un coup de Roundup pour pouvoir semer à nouveau derrière", explique M. Huyghe. »

 

Le rationaliste ne peut qu'être choqué par la logique boiteuse de cette déclaration.

 

Le glyphosate est nocif, ou il ne l'est pas, en fonction de ses caractéristiques propres. En l'occurrence, il a un excellent profil toxicologique et écotoxicologique.

 

Il y a aussi un post hoc, propter hoc...

 

« ...se simplifier la vie », dans ce contexte, apparaît comme un reproche, tout comme « abandonner les labours », alors que c'est au contraire, dans le premier cas, un gage de compétitivité et d'économies et, dans le deuxième cas, un extraordinaire bénéfice environnemental.

 

Quant aux « rotations de cultures », on peine à voir le lien avec le glyphosate.

 

 

Disons le tout fort !

 

Dans « Une défense de l'agriculture », sur CulturAgriCulturE, notre ami Christophe Bouchet a fait un lien entre l'exception culturelle française et une exception que l'on pourrait qualifier d'« agriculturelle » :

 

« La France est depuis plusieurs années le creuset d'une curieuse évolution de la pensée vis à vis de l'alimentation. Ça ne veut pas dire que ce soit le seul pays où l'on observe ce phénomène, mais c'est probablement celui où il est le plus violent, le plus extrême et aussi, plus grave, le plus institutionnalisé. »

 

Et aussi :

 

« Il existe une véritable dépravation dans la relation de la société civile à son agriculture. »

 

Une de ces dépravations consiste à tenir les produits phytosanitaires pour des ennemis – de la santé, de l'environnement, de la société en général (le discours anticapitaliste déguisé en altermondialisme) – sans jamais considérer les bénéfices. C'est dans un pays parmi les plus hypocondriaques du monde, qui se rue sur les médicaments pour la santé humaine mais refuse la notion de médicament pour les plantes – et par extension son alimentation, son cadre de vie, etc.

 

Disons le tout fort : il n'y a pas d'opposition, d'incompatibilité, entre les produits phytosanitaires – correctement employés – et une agriculture respectueuse de la santé humaine et de l'environnement. Au contraire, la seconde dépend en partie des premiers (y compris en agriculture dite « biologique » qui utilise aussi des produits phytosanitaires).

 

Et, dans ce contexte, le glyphosate figure parmi les premiers au tableau d'honneur. Une explication ?

 

 
 
L'utilité du glyphosate : demandez à IPSOS, pas à l'INRA !

 

Voulez-vous des informations simples et digestes sur l'utilité du glyphosate ? L'institut IPSOS a procédé à une enquête auprès d'agriculteurs. Voici un large extrait de Terre-Net, « La France pourrait perdre plusieurs milliards d’euros en cas d’interdiction » :

 

« Ipsos constate d'abord une importance du glyphosate variable selon les systèmes de culture : en grandes cultures, les agriculteurs en labour (58 % des ha) sont des utilisateurs ponctuels alors que les agriculteurs qui pratiquent des systèmes de cultures dits "simplifiés" (40 % des ha) sont très dépendants du glyphosate. Quant aux agriculteurs qui pratiquent l’agriculture de conservation des sols (2 % des ha), ils ne pourraient pas s’en passer.

 

Un outil important à l’usage raisonné

 

Cette substance est principalement utilisée pour "nettoyer" le sol avant l’implantation d’une culture (80 % des utilisations). Il ne s’agit donc pas d’un usage récurrent mais bien saisonnier (1,2 traitement en moyenne par an) et le glyphosate n’est utilisé que sur 33 % de la surface agricole.

 

Sur les sites industriels, type raffineries ou centrales électriques, le glyphosate est très utilisé. Selon le représentant d’une association professionnelle, 90 % des industriels veulent des sites propres, surtout pour des raisons de sécurité : quand l’herbe est sèche, elle peut s’enflammer. Sur les voies ferrées, si la végétation est trop dense, la plate-forme se déforme, il y a un risque de mauvaise tenue de la voie. »

 

 

 

 

Simplifions et résumons : le glyphosate, c'est bon pour l'agriculture (et certaines activités industrielles) ; c'est bon pour l'« agro-écologie » ; c'est bon pour l'écologie.

 

N'en déplaise à tous les marchands de peur (et surtout aux marchands de bonheur bio).

 

Et s'il n'y a pas de substitut – ou de concurrent – du glyphosate, ce n'est pas faute d'avoir cherché.

 

On ajoutera aussi que les tergiversations européenne et française n'incitent pas les entreprises à investir dans les solutions de substitution – robots de désherbage exclus. Quant à l'INRA...

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Giry Laterriere 02/10/2017 09:01

Pour info, Dow Agro a vendu sa filière glyphosate à Albaugh. C'est pourquoi il ne font pas partie de la GTF.
Je partage aussi l'avis précédent de la détérioration de la relation à la science... Des années d'études pour tout oublier et devenir incompétent notoire sur des notions simples (acide/base / notion de génétique Mendelienne...)

Seppi 07/10/2017 13:27

Bonjour,

Merci pour votre commentaire.

Et surtout pour l'info.

Je vais abonder dans le déclinisme : quand on voit l'INRA mener des recherches en « amélioration des plantes » essentiellement fondées sur le darwinisme...

un physicien 27/09/2017 11:09

« Il existe une véritable dépravation dans la relation de la société civile à son agriculture. »

Je rajouterais qu'il existe une véritable dépravation dans la relation de la société civile à la science, soigneusement construite et entretenue par certaines mouvances politiques et la plus grande part de la sphère médiatique (cf les débats sur les vaccins)

Seppi 07/10/2017 13:22

Bonjour,

Merci pour votre commentaire.

Pour reprendre une phrase souvent utilisée par Kofi Annan du temps où il était au HCR, « I concur » (c'était devenu chez certains son surnom).

yann 26/09/2017 15:58

Huyghe confirme ce que l'on sait depuis quelque années maintenant: L'INRA n'est plus du tout un organisme de recherche agronomique pour le monde agricole, mais un organe politique idéologique de propagande qui travail CONTRE le monde agricole (confère entre autre le rapport des deux gugusses de l'inra qui n'engageait pas la parole de l'INRA( là aussi il faut osé ==> mais c'est a cause de cela que l'on peut les reconnaitre)!!)sur les coût caché des pesticides ou ils se sont royalement foutu du monde agricole en inventant des coût a la limite de la débilité (coût pourperte récréative des oiseaux; surcoût du bio.....)
Des politique démago anti sciences(ou simplement ignare en science); des organes de recherche scientifique noyauté par des idéologues manipulateur et menteur sans vergogne, des journalistes sans scrupules préférant le buzz médiatique a la vérité .........cela commence a faire beaucoup!

Seppi 07/10/2017 13:21

Bonjour,

Merci pour votre commentaire.

J'ose encore croire qu'il y a de vraies recherches à l'INRA.

En voici une, certes dans le cadre d'un consortium : « Décryptage du génome du Légionnaire d’automne, un papillon ravageur qui envahit l’Afrique »

http://presse.inra.fr/Communiques-de-presse/genome-du-Legionnaire-d-automne

Mais le service de presse fait service minimum... pas conforme à l'idéologie, cette recherche...