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Agriculture, alimentation, santé publique... soyons rationnels

Actions pour une meilleure gestion de la ressource en eau en période de sécheresse : pissons dans un violon !

25 Septembre 2017 , Rédigé par Seppi Publié dans #Politique, #Agronomie

Actions pour une meilleure gestion de la ressource en eau en période de sécheresse : pissons dans un violon !

 

 

 

 

Bien des gens qui se déplacent dans les campagnes françaises ou en ville n'ont pas conscience des formidables travaux qui ont été entrepris par nos ancêtres pour maîtriser l'eau, que ce soit pour l'utiliser eux-mêmes ou dans l'agriculture, pour l'utiliser pour le transport et l'énergie, ou pour s'en protéger.

 

Qui sait que la fameuse Fontaine de Trevi, à Rome, est encore alimentée en eau par l'Aqua Virgo, construit il y a plus de 2.000 ans ? Les Parisiens sont-ils conscients qu'ils sont (plutôt mal) protégés des crues de la Seine par d'importants bassins de rétention en amont ? Quel vacancier qui fait trempette dans une des « nouvelles » stations balnéaires du Languedoc réalise qu'elle est l'œuvre, directe ou indirecte, de la Compagnie Nationale d'Aménagement de la Région du Bas-Rhône et du Languedoc qui a apporté l'eau – et aussi développé l'irrigation dans la région.

 

Le canal Philippe Lamour à l'Est de Baillargues, du côté de Saint-Brès

 

L'irrigation ? C'est devenu un objet de controverses, en tant que telle et de symbole d'une agriculture taxée de productiviste (elle-même symbolisée par le maïs vilipendé). Il faut pourtant répondre aux besoins d'aujourd'hui et à ceux de demain – à moins de décider de sacrifier notre agriculture et notre capacité à assurer notre souveraineté alimentaire sur l'autel de l'immobilisme et de la muséification des paysages.

 

 

Des « axes d’actions sur la gestion quantitative de l’eau »

 

Le 9 août 2017, les ministres Nicolas Hulot et Stéphane Travert ont présenté en Conseil des Ministres leurs « axes d’actions sur la gestion quantitative de l’eau ».

 

Le communiqué de presse note :

 

« Alors qu’un important épisode de sécheresse touche de nombreux départements, le Gouvernement veut apporter des solutions pour résorber durablement les situations de tension hydrique et associer pleinement les territoires à la politique de gestion de l’eau. »

 

Voilà qui sonne bien. Mais les actions ?

 

« Les actions pour "encourager la sobriété des usages et l’innovation" :

 

  • engager les citoyens, les entreprises ainsi que les administrations et les services publics dans des démarches d’économies d’eau, grâce notamment à des campagnes de proximité de sensibilisation et de communication, tout au long de l’année ;

  • poursuivre les investissements avec les collectivités pour accentuer la maintenance des réseaux afin de réduire au maximum les fuites dans les canalisations et favoriser la réutilisation des eaux usées traitées, quand cela est pertinent ;

  • développer une agriculture plus économe en eau et multi-performante, notamment grâce au choix des assolements ; progresser encore, via l’innovation, dans l’efficience de l’irrigation (réduction des pertes dans les réseaux, pilotage, sélection génétique et stratégies des cycles culturaux) ;

  • réaliser, là où c’est utile et durable, des projets de stockage hivernal de l’eau afin d’éviter les prélèvements en période sèche, lorsque l'eau est rare ;

  • soutenir et valoriser la recherche et le développement de nouvelles solutions dans nos différents organismes scientifiques ainsi que dans les pôles de compétitivité hydrique (DREAM en Centre Val-de-Loire, Pôle EAU en Occitanie et Provence-Alpes-Côte d'Azur et HYDREOS dans le Grand est).

     

Les actions pour "faire émerger des solutions locales adaptées dans l’ensemble des territoires" :

 

  • après celui de 2011/2016, élaborer un deuxième Plan national d’adaptation au changement climatique d’ici fin 2017 pour mieux adapter les actions aux conséquences locales du changement climatique ;

  • soutenir le déploiement du plan d’actions "eau et assainissement" en outre-mer ;

  • accompagner les collectivités locales compétentes dans le domaine de la préservation de l’eau et des milieux aquatiques, notamment via les Agences de l’eau ;

  • mobiliser les préfets coordonnateurs de bassin pour dynamiser les projets de territoires, qui permettent une concertation, avec l’ensemble des partenaires, sur les besoins locaux en eau.

  • mettre en place une cellule d’expertise afin de dénouer les éventuelles difficultés rencontrées dans la gestion de la ressource en eau en agriculture. Cette cellule sera placée sous l’autorité conjointe des ministres de la Transition écologique et solidaire et de l’Agriculture et de l’Alimentation. D’ici le 31 octobre, la cellule d’expertise examinera les cas de tous les projets de territoires en cours pour voir s’il est possible d’accélérer leur réalisation, et rendra compte aux ministres des conséquences à tirer de cet exercice.

 

 

De la bonne bouillie technocatique...

 

On peut trouver ce catalogue étonnant : un mélange de bonnes intentions – qui tente certes de couvrir l'ensemble de la problématique – de bonnes paroles, d'incantations, de microgestion (« ...mobiliser les préfets coordonnateurs... »).

 

Le tout dans les strictes limites de la bien-pensance, des dogmes que l'on ne saurait remettre en question. Suggérons aux deux ministères d'investir la modique somme de 20 euros pour un ouvrage que les technocrates pourront se passer de l'un à l'autre après lecture : « Pour en finir avec les histoires d'eau – L'imposture hydrologique » de Jean de Kervasdoué et Henri Voron (Plon).

 

Par exemple :

 

« L'imposture, c'est de culpabiliser les "consommateurs" pour "économiser" quelques litres d'eau, alors que coulent sous leurs yeux, chaque seconde, des milliers de mètres cubes qui vont se perdre en mer. »

 

 

Mais prenons date : au 31 octobre 2017, une « cellule d'expertise » aura dû rendre sa copie sur des projets en partie agricole.

 

 

Quelle retenue sur les retenues !

 

Le volet agricole témoigne à notre sens d'une retenue toute politicienne – lire : d'un manque de courage politique et de vision – vis-à-vis des... retenues d'eau.

 

Pourquoi « ...là où c’est utile et durable » ? Caresser les opposants dans le sens du poil ? C'est précisément leur donner des bâtons à mettre dans les roues des projets qui, dans leur conception, ne seront à leurs yeux jamais utiles, ni durables (comme on le verra ci-dessous). Notons aussi que si on stocke l'eau en hiver, ce n'est pas pour « éviter les prélèvements en période sèche », mais pour les permettre dans de meilleurs conditions pour l'agriculture, l'environnement et la société ! Oui, oui, y compris l'environnement ! Ce point illustre bien l'optique aberrante qui a présidé à l'élaboration des actions : priorité à une gestion qui permet à l'eau de s'écouler vers la mer en minimisant – les optimistes diront : en optimisant – les usages.

 

 

Ushuaia, c'est fini...

 

Les déclarations des deux ministres pour la presse sont éloquentes :

 

« Pour Nicolas Hulot : "L’eau fait partie de notre patrimoine commun. Son usage appartient à tous et chacun a le droit d’accéder à l’eau potable dans des conditions économiquement acceptables. L’eau est également indispensable à l’ensemble du monde vivant : notre responsabilité est aussi de préserver sur le long terme les milieux et les écosystèmes, porteurs de solutions face aux dérèglements du climat".

 

Stéphane Travert a déclaré : "J’ai la volonté d’aider l’agriculture à anticiper et à atténuer les effets du changement climatique. Cela passe par une approche globale : une agriculture moins gourmande en eau et une optimisation de la ressource via l’utilisation des pluies hivernales pour protéger les ressources en été". »

 

Propos creux et lénifiants pour M. Hulot – style conclusion d'un épisode de la série Ushuaia – contre tentative, certes un peu bridée, de volontarisme, de la part de M. Travert... Et c'est la vacuité qui l'emporte.

 

 

Les réactions des milieux agricoles et environnementalistes

 

Dans son numéro du 25 août 2017, la France Agricole produit une analyse prudente sous un titre qui se veut mobilisateur : « Place aux actes ». En chapô :

 

« Plein de bonnes intentions, le nouveau plan gouvernemental sur la gestion quantitative de l’eau propose plusieurs pistes, dont le stockage hivernal. Reste à savoir ce qui en découlera cette fois-ci sur le terrain. »

 

L'annonce la plus forte serait celle qui concerne le stockage de l'eau. Mais le doute suit au galop :

 

« Le gouvernement aurait-il vraiment pris conscience qu’avec le changement climatique, il est urgent de stocker l’eau pour préserver les ressources en été et continuer à produire ? »

 

Nous pensons que s'il avait vraiment pris conscience des enjeux, le gouvernement se serait fait plus volontariste. Les enjeux, du reste, ne sont pas qu'agricoles (et alimentaires) :

 

« Selon Irrigants de France, les projets de réserves agricoles bloqués (à des stades plus ou moins avancés) représenteraient sur l’ensemble du territoire près de 200 millions de m3 (Mm3). À cela s’ajoutent 70 Mm3 de réserves multi-usages et près de 150 Mm3 correspondant à des infrastructures de transfert d’eau. Des chiffres qui restent à consolider dans le cadre de la cellule d’expertise mise en place par le gouvernement [...] »

 

Ce ne sont là que les projets dans le pipeline, pas ceux qui n'ont jamais vu le jour, morts-nés du fait du découragement devant les obstacles politiques et administratifs mis à leur éventuelle réalisation. Mais :

 

« Le gouvernement promet des solutions pour simplifier les démarches administratives. Comme mentionné par ChristopheCastaner, porte-parole du gouvernement, lors de son compte rendu du Conseil des ministres du 9 août, "certains dossiers de réserves collinaires mettent cinq ans pour être instruits, alors même que c’est le meilleur mode de stockage de l’eau". [...] »

 

C'est bien beau, mais ces « solutions » ne sont tout simplement pas évoquées dans les « axes d'action » de MM. Hulot et Travert...

 

Le syndicalisme majoritaire (APCA, FNSEA, Irrigants de France, Jeunes agriculteurs) s'est efforcé de positiver et de faire preuve de compréhension.

 

En face – car oui, il faut se demander si la Conf' est encore un syndicat défendant les intérêts des agriculteurs... – de l'article de la FA :

 

« Mais selon la Confédération paysanne, "abreuver, à coup de subventions publiques, des systèmes agricoles intensifs déjà à forts impacts négatifs sur les ressources naturelles, c’est adopter une posture de fuite en avant irresponsable face aux enjeux graves du dérèglement climatique en cours". […] »

 

Quant à la mouvance environnementaliste, c'est niet :

 

« Même son de cloche chez France Nature Environnement, pour qui la construction de retenues d’eau est "inacceptable", car ce n’est pas une "solution durable". […] »

 

La Coordination Rurale se montre plus combative – et inutilement vindicative :

 

« … "développer une agriculture plus économe en eau signifierait: plus de blé que nous ne savons pas où vendre, moins de culture de maïs et donc plus d’importations de maïs OGM au sein de l’Union européenne. De plus, si nous voulons améliorer notre approvisionnement en protéines végétales pour ne plus dépendre des importations de soja OGM, nous aurons besoin de développer le soja qui est une culture irrigable." Le syndicat appelle à augmenter la ressource en eau afin d’assurer la régularité de la production agricole. Mais pas question pour lui de "réserver les augmentations de ressource prévues aux loisirs ou aux besoins domestiques". »

 

 

La politique autrement ?

 

Nous avons voté – majoritairement quoi qu'en disent les grincheux qui veulent comptabiliser les abstentions comme des oppositions, et certains par adhésion, d'autres par élimination – pour un président (et un gouvernement) et une majorité à l'Assemblée Nationale qui nous ont annoncé qu'ils allaient faire de la politique autrement et engager des réformes. Cette annonce de MM. Hulot et Travert nous semble bien être de la politique faite autrement... autrement que ce qui nous avait été annoncé et promis...

 

Le gouvernement avait le choix entre flatter (et se gargariser) avec des propos souvent rabâchés et innover avec un discours stimulateur. Mauvaise pioche !

 

Mais il n'est pas trop tard pour redresser la barre.

 

« ...au-delà des mesures de restriction en périodes de crise, la politique de gestion de l’eau doit prendre en compte les changements de long terme pour préserver durablement les ressources naturelles notamment pendant la saison des basses eaux. »

 

Non, l'objectif n'est pas (que) « préserver durablement les ressources naturelles », mais préserver – et améliorer – le fonctionnement global de notre société, ce qui inclut évidemment les questions d'environnement.

 

Et non, colmater les fuites dans les canalisations – à grands frais – ne fait pas (nécessairement) partie « des solutions pour résorber durablement les situations de tension hydrique », notamment quand l'eau ainsi « économisée » serait retournée dans la nappe phréatique de laquelle elle a été pompée. Ce n'est là qu'un exemple de démission devant des lieux communs et des légendes urbaines.

 

 

Encore un petit mot ou deux pour la route

 

Que c'est beau, « développer une agriculture plus économe en eau et multi-performante » ! On croirait du Stéphane Le Foll, avec son agro-écologie (définition?).

 

On nous précise cependant : « notamment grâce au choix des assolements [...] et stratégies des cycles culturaux  ». Les assolements bien conçus dans une optique que nous appellerons agronomique (nul besoin d'« agro-écologie » ici) incluent des cultures dites « de printemps » en France (« d'été » en allemand et en anglais). Elles ont besoin d'eau, et en auront encore besoin quand on aura mis en œuvre les « axes d'action ». Problème similaire pour les éleveurs qui voient régulièrement leurs prairies transformées en tapis-brosse à un moment ou un autre de l'année (avec parfois l'obligation de ressemer).

 

Ajoutons aussi que – contrairement à une opinion opiniâtrement entretenue – le maïs est un utilisateur très efficace de l'eau, à la fois dans l'absolu et dans la pratique. Dans les zones souffrant de sécheresse estivale, il est souvent plus productif qu'un blé d'hiver.

 

Il y a aussi, dans le laïus ministériel, « sélection génétique ». Comme l'écrit M. Gérard Kafadaroff dans le Figaro, le 24 août 2017, « En France, le politiquement correct et la bien-pensance ont rejeté les OGM sans débat ». « ...sélection génétique », à l'évidence, exclut le génie génétique dans l'optique gouvernementale actuelle. Mais, dans les « OGM », il y a des plantes – déjà créées et utilisées ou en cours de construction – qui ont été modifiées pour mieux utiliser l'eau ou pour résister à la sécheresse. Un gouvernement qui a à cœur de faire de la politique autrement et de remettre la France sur les rails de son avenir se devrait d'ouvrir le chantier de l'explication des enjeux en matière d'espèces, de variétés et de semences ; le chantier de la lutte contre la désinformation et de la déconstruction de la psychose ambiante (soigneusement entretenue par les marchands de peur).

 

Enfin, les expériences récentes – et notamment l'année météorologique et agricole catastrophique 2016 – devrait montrer aux décideurs politiques qu'il y a aussi les excès de pluies et les inondations... totalement occultées dans les « axes d'action ».

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Manu 21/06/2020 19:39

Bonjour merci de cet article très complet. Savez-vous si la réglementation est susceptible d'évoluer dans le cadre des discussions actuelles engagées en France pour inciter davantage de foyers à économiser l'eau.

huemaurice 26/09/2017 08:48

Depuis des millions d'années ce sont des milliards de km3 d'eaux (venues des pluies, des fleuves & des rivières) qui se sont déversés dans les océans... sans qu'ils ne montent !! Çà alors !
L'eau sale des océans s'infiltre continuellement dans les planchers océanique vers le magma où elle est chauffée/bouillie pour ressortir (comme aux cafetières électrique) toute propre (et gratuite !) aux nappes phréatique, sources terrestres et sous-marines.
Il n'y a pas une goutte d'eau en plus ou en moins depuis des milliards d'années. L'eau est éternelle et gratuite.
Pourquoi depuis plus de 40 ans les fleuves & rivières ne sont plus dragués ? Pour tuer, inonder des millions d'hectares et maisons volontairement !

Seppi 07/10/2017 13:21

Bonjour,

Merci pour votre commentaire. On pourrait peut-être demander... à qui donc ? Hulot ?

Seppi 07/10/2017 13:19

Bonjour,

Merci pour votre commentaire.

Oui, il y a un cycle de l'eau. Mais le « nettoyage » se fait surtout par l'évaporation.

Quant au dragage, les choses sont plus compliquées. Voici quelques raisons : le manque de finances (y compris la fixation des priorités : mettre des fleurs rapporte plus électoralement que curer un fossé en temps utile) ; les complications administratives ; l'idéologie.

un physicien 27/09/2017 10:58

Et les éponges, à quoi servent-elles (Fernand Reynaud)