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Agriculture, alimentation, santé publique... soyons rationnels

États Généraux de l'Alimentation : Mme Christiane Lambert (FNSEA) répond à M. Michel-Édouard Leclerc

14 Août 2017 , Rédigé par Seppi Publié dans #États Généraux de l'Alimentation

États Généraux de l'Alimentation : Mme Christiane Lambert (FNSEA) répond à M. Michel-Édouard Leclerc
 

 

 

Le Monde avait publié une tribune de M. Michel-Édouard Leclerc le  21 juillet 2017 (date sur la toile), « Michel-Edouard Leclerc : "Le monde agricole a intérêt à quitter un modèle trop productiviste" ». Nous nous en étions offusqués dans « États Généraux de l'Alimentation : les recettes de Michel-Édouard Leclerc – Au fond, pour lui, c'est : "Pas question de toucher à mon blé !" »

 

La réponse a été bien mûrie. Elle est venue le 8 août 2017, de Mme Christiane Lambert, Présidente de la Fédération Nationale des Syndicats d'Exploitants Agricole (FNSEA), sous un titre engageant :

 

« Distributeurs et agriculteurs, passer d’adversaires à partenaires »

 

Curieusement – enfin peut-être pas – la tribune de Mme Lambert, réservée aux abonnés sur la toile comme la précédente, n'a pas été reproduite dans la version papier du journal. Deux poids, deux mesures...

 

Peut-on suggérer que le Monde cultive aussi cette animosité envers le syndicat majoritaire de l'agriculture française qui est de si bon aloi dans de nombreux milieux ? Où est la déontologie ?

 

Selon le chapô,

 

« Présidente du plus grand syndicat d’agriculteurs, Christiane Lambert estime, dans une tribune au "Monde", que la grande distribution ne doit plus pouvoir leur imposer des prix sans cesse plus bas. »

 

Cette tribune a été reprise avec quelques modifications mineures, notamment pour l'introduction, par Agri71 sous le titre : « Il existe d'autres modèles que celui consistant au "destructionnisme" proné par Michel-Edouard Leclerc ». En chapô :

 

« Il y a des terrains sur lesquels il ne faut pas aller… Mal en a pris à Michel-Edouard Leclerc de s’aventurer sur le terrain glissant des donneurs de leçons. C’est un habitué de la chose, mais il y a des bornes à ne pas franchir. Christiane Lambert, présidente de la FNSEA, lui apporte réponse… et lui tend la main. »

 

En voici le texte :

 

« D’aucuns diront que c’est la réponse de la bergère au berger… C’est exact ! Lire Michel-Edouard Leclerc arguant que "le monde agricole a intérêt à quitter un modèle trop productiviste" est vécu comme une provocation… Une de plus !

 

Depuis plus de trente ans le leitmotiv de Leclerc est la recherche du prix toujours plus bas, pour être leader de la grande distribution en France. Et force est de constater qu’il a réussi… mais à quel prix !

 

En imposant des négociations commerciales tyranniques à ses fournisseurs, il a mis à genoux des centaines d’entreprises. Et nous agriculteurs, nous avons subi le contrecoup direct avec l’effondrement des prix de nos produits.

 

Depuis les années 1960 et l’avènement de la grande distribution, le pouvoir d’achat des consommateurs a été érigé en priorité absolue, avec l’assentiment des pouvoirs publics. Concentrant jusqu’à 83 % de la distribution alimentaire dans les années 2000, les grands distributeurs ont conquis un pouvoir sans partage.

 

 

"Destructionnisme" et dogme du prix bas

 

L’Etat a certes tenté de réguler par des lois successives depuis 1986 (six au total) mais l’ingéniosité des juristes a permis d’asseoir une domination absolue. Deux dates ont marqué : 2008 et la LME qui a donné "les clés du camion" à la grande distribution dans les relations commerciales ; 2014 et les "mariages de raison des enseignes pour optimiser l’approvisionnement". Passant de huit à quatre, les centrales d’achat des GMS pèsent 92 % des achats en 2016 et se livrent une guerre fratricide. Le dogme du bas prix imposé à tous est tueur de fournisseurs, tueur de paysans !

 

Et la surenchère est sans limite, puisque Leclerc a installé une centrale européenne à Bruxelles, pour négocier, commander et facturer à partir de la Belgique des produits français, à des entreprises françaises !, livrés dans des magasins Leclerc en France pour des consommateurs français. Serait-ce là une nouvelle forme de productivité fiscale, M. Leclerc ?

 

Cette destruction de valeur poussée à l’extrême, détruire pour détruire, est du pur "destructionnisme" !

 

Pour "tenir" face à des prix en baisse, nous avons fait des efforts de productivité énormes dans nos fermes. Nous avons investi dans des équipements et des bâtiments capables de garantir les obligations réglementaires et de surcroit de répondre aux attentes de tous ordres : sanitaire, environnement, traçabilité, bien-être animal, signe de qualité, cahier des charges…

 

 

Oui, mais…

 

Lors du lancement des Etats généraux de l’Alimentation, les progrès des agriculteurs et des industriels agroalimentaires ont été unanimement soulignés, plaçant la France dans l’excellence pour le niveau sanitaire, la diversité des produits, la montée en gamme, les réponses aux attentes des clients. Ce n’est pas le moment de nous enfermer dans des choix binaires trop réducteurs : au pays des mille fromages et vins, il y a mille modèles, qui peuvent et doivent coexister.

 

Sortir du "destructionnisme" tel qu’il est imposé par les tenants du "quiestlemoinscher.com" et des comparateurs de prix publiés à coup de pleines pages dans la presse, c’est admettre que ce modèle va dans le mur, qu’il est destructeur d’emplois, d’entreprises, d’avenir !

 

Aller plus loin, diversifier plus, monter en gamme, les agriculteurs y sont prêts, à condition que les prix imposés par les distributeurs ne soient plus tirés vers le bas et les efforts en permanence bafoués.

 

Alors, osons le sursaut en cherchant des solutions ensemble et non des boucs émissaires désignés de façon péremptoire ! Et ce, d’autant que 53 % des consommateurs affirment être prêts à payer plus cher pour des produis de qualité (Kantar 2016) et que les agriculteurs sont ceux qui ont le meilleur capital confiance auprès des consommateurs (67 %), loin devant les distributeurs (40 %) (Link’up 2015).

 

 

Osons le gagnant-gagnant !

 

Il est clair que la digitalisation de l’économie et les comportements des clients, bouleversent le "modèle de distribution" et inquiètent les distributeurs. Mais la revitalisation de l’offre alimentaire voulue par M. Leclerc pour résister à ces bouleversements induits par l’essor d’Amazon, d’Alibaba, de Costco, le e-commerce, la vente directe, et toutes les nouvelles formes de distributions, dont les consommateurs sont friands, ne peut se faire en stigmatisant le "modèle agricole" et les agriculteurs. D’autant que M. Leclerc sait très bien utiliser notre image dans la publicité pour les "Alliances locales", lesquelles sont ultra-minoritaires quant aux volumes commercialisés. Pourquoi dès lors ne pas les faire grandir ensemble au travers de contrats gagnant-gagnant ?

 

Alors oui, les Etats généraux de l’Alimentation seront utiles si l’esprit constructif qui a prévalu lors du lancement anime réellement tous les acteurs, sans exception. Car c’est bien en filière qu’il faut raisonner, en reconnectant les attentes des clients et la nécessaire valorisation des produits aux acteurs économiques. C’est le premier atelier du premier chantier, ce qui rassurera M. Leclerc.

 

Pour construire les filières de production, transformation, distribution de demain, il faut retrouver le chemin du dialogue pour partager des orientations d’avenir. Un sursaut urgent s’impose, la FNSEA a tendu la main à tous les acteurs économiques et associatifs. Certains ont dit banco ! Nous vous espérons à nos côtés, M. Leclerc. »

 

 

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