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Agriculture, alimentation, santé publique... soyons rationnels

Avons-nous besoin d'OGM ? N'avons-nous pas assez de nourriture pour nourrir le monde ?

26 Août 2017 , Rédigé par Seppi Publié dans #OGM, #Alimentation

Avons-nous besoin d'OGM ? N'avons-nous pas assez de nourriture pour nourrir le monde ?

 

Stephan Neidenbach*

 

 

Si tu donnes un poisson à un homme, il mangera un jour. Si tu lui apprends à pêcher, il mangera toujours.

 

Le monde produit actuellement suffisamment de nourriture pour nourrir tous les hommes, toutes les femmes et tous les enfants. Pour la première fois dans l'histoire de l'humanité, la seule cause de la famine est politique. L'aide alimentaire est facilement accessible à tout moment dans tous les coins de la Terre. Mais voulons-nous vraiment que les pays en développement comptent sur les États-Unis et l'Europe ? Parmi ceux qui affirment que les entreprises semencières ne devraient pas avoir autant de contrôle sur le système alimentaire, beaucoup ne semblent pas s'émouvoir de cette dépendance à l'égard de l'aide alimentaire et du contrôle qu'elle enlève aux pays en développement.

 

 

Les OGM ne profitent-ils qu'aux entreprises ?

 

Les OGM peuvent être utilisés pour réduire la pauvreté dans le monde en développement. Une méta-analyse indépendante allemande (d'un pays où règne une crainte culturelle de la biotechnologie) montre comment l'adoption des OGM a augmenté les rendements des cultures de 14% de plus dans les pays en développement que dans les pays développés, « en particulier [chez] les petits exploitants dans les régions tropicales et subtropicales [qui] souffrent des dommages considérables causés par les organismes nuisibles, dommages qui peuvent être réduits grâce à l'adoption des cultures GM ».

 

Le rapport montre également que les bénéfices tirés de ces cultures se traduisent par une augmentation des gains de 60 % supérieure à celle des pays développés en raison de cette augmentation des rendements, de la baisse de l'utilisation des pesticides, et parce que beaucoup de ces pays n'ont pas de brevets sur les semences, ce qui réduit le prix des semences.

 

Les agriculteurs choisissent d'utiliser des semences parce qu'ils en tirent un bénéfice. La Cornell Alliance for Science a documenté le fait que le brinjal (aubergine) Bt a libéré du temps pour les agriculteurs au Bangladesh, et entraîné une réduction spectaculaire des traitements insecticides.

 

Les OGM ont même fait du tort aux entreprises de pesticides. En Thaïlande, un gestionnaire du département des cultures de Syngenta s'est joint aux manifestations contre les OGM. Alors que dans d'autres régions du monde, Syngenta vend des OGM, dans les régions dans lesquelles l'entreprise n'en vend pas, les employés locaux peuvent subir des pertes de profits par suite de l'adoption de la biotechnologie.

 

Une des raisons pour lesquelles Bayer achète Monsanto pourrait très bien être que « le succès des produits GM de style Monsanto réduit les ventes de ses pesticides ». Ce qui est logique si l'on considère que DuPont a vu ses ventes d'insecticides baisser avec l'introduction de nouveaux soja de Monsanto.

 

 

Qu'en est-il de tout notre gaspillage alimentaire ?

 

Les pays développés produisent et consomment beaucoup de nourriture. À tel point que beaucoup de nourriture est gaspillée. C'est un problème. Les changements climatiques pourraient être atténués par une réduction du gaspillage alimentaire, mais probablement pas la malnutrition et la famine. La vraie famine ne se produit que dans les pays où l'aide alimentaire est empêchée de parvenir dans les zones où elle est nécessaire, comme la Corée du Nord, où l'aide alimentaire des États-Unis est refusée. Le Système d'Alerte Précoce de Famine est maintenant en place et sauve des vies dans le monde entier.

 

Un meilleur accès à la technologie agricole pourrait effectivement contribuer à réduire le gaspillage alimentaire, plutôt que de l'augmenter. Une meilleure infrastructure dans les pays en développement permettrait à la nourriture de parvenir plus rapidement aux consommateurs et d'augmenter la durée de conservation grâce à la réfrigération. Les campagnes contre le gaspillage alimentaire ont souvent peu d'impact dans le monde en développement parce qu'elles sont basées sur le gaspillage alimentaire dans les pays riches. Un rapport récent du Centre de Consensus de Copenhague estime que chaque dollar investi dans l'agriculture du monde en développement afin de réduire les pertes après récolte, produit en retour 13 dollars.

 

La pomme Arctic est un exemple de la façon dont les OGM peuvent contribuer directement à réduire le gaspillage alimentaire.

 

 

Pourquoi ne pouvons-nous pas simplement réduire la consommation de viande ?

 

Cet argument suppose qu'il serait facile de simplement envoyer nos produits excédentaires à d'autres pays. L'industrie du transport maritime a travaillé avec l'industrie agricole aux États-Unis pour faire pression sur le Congrès pour que l'on continue à livrer des denrées alimentaires produites aux États-Unis dans le cadre de l'aide alimentaire. On estime que 140 millions de dollars sont consacrés chaque année à transporter cette aide alimentaire des États-Unis vers les pays dans le besoin. La plupart des pays ont commencé à utiliser des bons alimentaires ou même des transferts en espèces qui permettraient aux pays en développement d'acheter de la nourriture à l'échelle locale. C'est un coût élevé pour donner un poisson aux pays qui pourraient apprendre à pêcher.

 

Cela repose aussi sur l'hypothèse que, sans la demande en aliments du bétail, les agriculteurs des pays développés auraient une raison de ne produire que des grains. Mais quelle incitation auraient-ils à le faire ? Qui les paierait ?

 

Le politologue Pr Robert Paarlberg écrit dans son livre Starved for Science: How Biotechnology Is Being Kept Out of Africa :

 

« Si les pays riches cessaient de manger de la viande, les terres dont ils n'auraient plus besoin pour produire des céréales pour le bétail ne seraient pas utilisées pour nourrir les Africains pauvres. Personne ne se précipiterait pour payer les agriculteurs pour qu'ils cultivent dans ce nouveau but ,ou pour payer des entreprises céréalières pour qu'elles exportent à cette fin.

 

Les grains ne sont pas une ressource naturelle ; si la demande commerciale disparaît, l'offre disparaît. En outre, tout type de végétarisme généralisé dans l'Afrique elle-même serait un cauchemar alimentaire. En Afrique, les animaux à viande ne sont pas un fardeau pour le système alimentaire humain, mais souvent la seule façon de procurer à l'Homme des aliments adéquats provenant de pâturages secs qui sont inutilisables pour les cultures. »

 

La politique alimentaire est beaucoup plus compliquée que ne le pensent la plupart des gens. Nous avons effectivement la nourriture et la technologie pour nourrir la planète sans même augmenter les terres nécessaires à l'agriculture. Des organisations comme Greenpeace et les Amis de la Terre ne luttent pas seulement contre les OGM. Elles s'opposent à toutes les formes d'agriculture moderne nécessaires aux pays en développement. Ils luttent contre l'irrigation, les pesticides, les engrais chimiques, et même les hybrides conventionnels.

 

Des organisations comme la Fondation Bill et Melinda Gates tentent d'apporter aux pays en développement les méthodes que les pays développés utilisent pour accroître les rendements et contribuer à réduire la pauvreté. Norman Borlaug, l'homme qui a sauvé plus d'un milliard de vies, l'a dit le mieux :

 

Je dis maintenant que le monde a la technologie – soit sous la main, soit à un stade bien avancé dans le pipeline de la recherche – pour nourrir durablement une population de 10 milliards de personnes. Aujourd'hui, la question la plus pertinente est de savoir si les agriculteurs et les éleveurs seront autorisés à utiliser cette nouvelle technologie. Alors que les pays riches peuvent certainement se permettre d'adopter des positions à risques ultra-faibles et de payer plus pour des aliments produits par les méthodes dites "biologiques", le milliard de personnes souffrant de malnutrition chronique des pays à faibles revenus et et en situation de déficit alimentaire ne le peuvent pas.

 

_______________

 

* Stephan Neidenbach est un professeur de collège d'Annapolis, Maryland. Gère le groupe Facebook We Love GMOs and Vaccines. Suivez-le sur twitter @welovegv.

 

Source : https://geneticliteracyproject.org/2017/08/16/need-gmos-dont-enough-food-feed-world/

 

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