La plupart des articles anti-OGM présentent de graves défauts
Fallacy Man*
Où sont les photos pour les témoins ? Il n'y en a pas !
Malheureusement, de mauvais articles sont parfois publiés, et leurs résultats défectueux sont souvent salués par les membres de la communauté anti-science comme preuves à l'appui de leurs positions. En conséquence, il est extrêmement important de regarder l'ensemble de la littérature sur un sujet particulier et d'examiner de manière critique les articles eux-mêmes. Le plus souvent, lorsque vous regardez la littérature sur un sujet scientifique, vous constaterez que la plupart des études ont convergé sur une conclusion cohérente, et que quelques articles ayant valeur d'exception sont parvenus à la conclusion inverse ; mais ces exceptions sont généralement truffées de problèmes et publiées dans des revues mineures. Ainsi, il est imprudent de s'accrocher à la poignée d'articles qui vont dans votre sens et de négliger la grande majorité des articles qui vont en sens contraire.
La médiatisation à grande échelle... un autre signal d'alerte !
Il s'agit d'un problème répandu, sur lequel j'écris fréquemment (par exemple, j'ai déjà écrit sur la façon d'évaluer les articles scientifiques, la « bibliothèque des vaccins » issue d'un tri sélectif (cherry picking) de Tenpenny, les listes présumées d'articles montrant que les vaccins causent l'autisme, etc.). Dans ce billet, cependant, je me concentrerai sur les OGM. J'en ai déjà parlé et j'ai expliqué que la posture anti-OGM est, en fait, une forme de refus de la science fondé sur l'idéologie et non sur la preuve. Comme pour les vaccins, les changements climatiques et des sujets similaires, la preuve que les OGM sont sûrs tant pour les humains que pour l'environnement est écrasante, mais les militants s'accrochent au petit sous-ensemble d'articles qui vont dans leur sens. Mais examinez de manière critique ces articles, et il devient rapidement évident qu'il s'agit de science-poubelle. Telle est en effet la conclusion d'un nouvel examen fascinant qui a été publié dans Plant Biotechnology Journal, et je souhaite prendre quelques minutes pour en parler.
Note : Cet article porte spécifiquement sur les implications pour la santé humaine, et non pour l'environnement, mais on aboutit à la même conclusion lorsqu'on regarde les articles environnementaux.
L'article en question est intitulé « Characterization of scientific studies usually cited as evidence of adverse effects of GM food/feed » (caractérisation d'études scientifiques habituellement citées comme preuves d'effets indésirables des aliments génétiquement modifiés) ; je vous encourage à lire tout cela. C'est un article très accessible, facile à suivre. Néanmoins, j'évoquerai quelques points saillants. En un mot, cette étude a examiné la littérature, a identifié 35 études qui ont signalé des effets néfastes sur la santé associés aux OGM, puis a évalué la qualité de ces études et les a placées dans le contexte plus large de la littérature. Sans surprise, il a constaté que la qualité de la plupart de ces 35 études était assez faible, et qu'elles présentaient souvent des défauts flagrants.
Faible proportion d'études
Premièrement, il est important de noter que ces 35 études représentent une petite fraction de la littérature (environ 5% seulement des articles sur les OGM que les auteurs ont pu identifier). D'entrée de jeu, c'est un immense pavillon rouge. Si les résultats de ces études étaient corrects, ils devraient correspondre à ce que la majorité des études trouvent, et non pas ce que trouvent une petite minorité d'auteurs. En effet, en raison de la façon dont les statistiques fonctionnent, on peut s'attendre à ce qu'environ 5% des expériences produisent des faux positifs, dus au hasard (détails ici). Donc, même si ces études étaient impeccables, elles seraient toujours indiscernables du bruit de fond statistique lorsque vous regardez l'ensemble de la littérature.
Peu de laboratoires et d'auteurs
La chose suivante à noter est que ces 35 articles ont été produits par une poignée de chercheurs. En effet, un chercheur était un des auteurs d'onze de ces articles. Donc, ce que vous avez, c'est quelques laboratoires qui publient à répétition des articles qui corroborent les résultats antérieurs de ces mêmes laboratoires. C'est un autre problème. Si leurs résultats correspondaient à une réalité, d'autres scientifiques indépendants du monde entier auraient trouvé des résultats allant dans le même sens, mais ce n'est pas le cas. Cela suggère fortement que quelque chose d'anormal se produit dans ces quelques laboratoires et, en fait, dans certains cas, il y a des preuves évidentes de fraude (plus d'informations dans une minute).
Revues de bas étage
Les photos chocs, artistiquement montées...
Lors de l'évaluation des affirmations figurant dans un article, il est toujours judicieux de considérer la qualité et la renommée de la revue qui l'a publié (ce qui est souvent mesuré par un « facteur d'impact » qui repose sur le nombre de citations dont les publications de la revue font l'objet). Lorsque vous avez un résultat vraiment important, vous essayez de le publier dans une revue à impact élevé. En revanche, si vous avez un résultat assez inintéressant auquel tout le monde s'attend déjà ou un résultat très spécifique à un sujet étroit, vous le publiez généralement dans une revue de seconde zone. Ainsi, si la science est solide pour des allégations telles que : « Les OGM causent le cancer », vous vous attendez à ce que ces articles paraissent dans des revues à très fort impact, et vous devriez vraiment vous méfier lorsqu'ils paraissent dans de minuscules revues dont personne n'a jamais entendu parler. Demandez-vous : « Pourquoi un résultat qui est si important et intéressant n'a-t-il pas été publié dans un journal de haut niveau ? La réponse est habituellement qu'il n'a pas pu satisfaire leurs normes plus rigoureuses.
Donc, revenons à cette liste de 35 articles : qu'ont trouvé les auteurs ? Peut-être, sans surprise, que presque tous ces articles étaient publiés dans des revues mineures. En effet, huit de ces articles ont été publiés dans des revues qui sont si mineures qu'elles n'ont même pas de facteur d'impact (c'est là un autre énorme pavillon rouge), et six autres ont un facteur d'impact inférieur à 1 (ce qui est très bas). En fait, un seul de ces 35 articles (Ewen et Pusztai, 1999) a été publié dans un journal de haut rang. Il a cependant été la source d'une grande controverse. L'un des réviseurs a constaté qu'il était biaisé et ne devait pas être publié, et un autre a exprimé des doutes sérieux sur l'article, mais a pensé que, dans un souci de transparence, il serait préférable de le publier et de permettre à la communauté scientifique dans son ensemble de l'évaluer, plutôt que de risquer l'apparence d'un complot ou d'une mise sous éteignoir (voir l'article pour plus de détails). Personnellement, je suis en désaccord avec cette décision, mais c'est néanmoins une preuve que les folles théories de la conspiration concernant les scientifiques qui suppriment les preuves ne semblent pas seulement insensées, mais le sont réellement. En outre, The Lancet (le journal qui l'a publié) a également publié un éditorial indiquant que certains des réviseurs ont été en désaccord avec l'article.
Note : Il convient de mentionner que l'analyse des 35 articles a été publiée dans un journal très respecté qui a un facteur d'impact de 7,443.
Les conflits d'intérêts
Des résultats de recherche versés dans l'activisme...
Personnellement, je ne suis pas très préoccupé par les conflits d'intérêts (par exemple, les sources de financement et l'emploi par des entreprises ou des groupes d'activistes), mais il convient néanmoins de les mentionner. Les auteurs ont constaté que 21 des articles (60 %) présentaient des conflits d'intérêts, ce qui est légèrement supérieur aux 41,7 % des articles qui présentent des conflits d'intérêt dans le corpus de la littérature sur les OGM. Le seul point que je veux vraiment relever ici est que ce n'est pas une situation où les 35 articles sont tous exempts de conflits d'intérêts et où tous les articles concluant que les OGM sont sûrs sont affligés de conflits d'intérêts. En réalité, vous en avez, avec ou sans, dans chaque catégorie ; cela laisse 14 articles anti-OGM et 406 articles pro-OGM qui n'ont aucun conflit d'intérêts (voir l'article original pour plus de détails).
Note : Les auteurs de l'article d'analyse ont reconnu qu'ils avaient eux-mêmes des conflits d'intérêts, mais cela n'invalide pas leurs résultats et ne vous donne pas carte blanche pour ignorer leurs résultats. Comme toujours, lorsqu'il y a un conflit d'intérêts, vous devez procéder à un examen plus approfondi, mais vous ne devez pas ignorer aveuglément l'étude.
Problèmes avec les articles eux-mêmes
Enfin, et surtout, les auteurs ont constaté que les problèmes abondaient dans les études elles-mêmes. Ils ont très bien résumé cela dans le tableau 1 (tout en fournissant plus de détails dans le texte) ; les problèmes comprenaient des choses comme « statistiques erronées (pêche à la signification) » (de Vendomois et al., 2009), « non-utilisation de soja non GM comme témoin » (El-Kholy et al., 2014), « aucune information sur l'origine de la culture ; taille insuffisante de l'échantillon » (Yum et al., 2005), « pas de pertinence biologique » (Tudisco et al., 2007).
En outre, l'analyse parle de certains des exemples les plus connus de recherches biaisées sur les OGM. Par exemple, il y a l'infâme étude sur les rats de Séralini qui était si mauvaise qu'elle a été rétractée (Seralini l'a ensuite soumise à un journal prédateur où elle est actuellement publiée). De même, il y a plusieurs articles de Federico Infascelli. Si vous suivez les informations scientifiques, son nom pourra vous sembler familier, car, l'année dernière, on a découvert qu'il avait manipulé les données dans au moins deux de ses articles, ce qui a entraîné le retrait des deux. Tout son travail fait maintenant l'objet d'un examen minutieux et sa réputation a été ternie pour toujours (plus de détails sur Retraction Watch et Science-Based Medicine [et, sur ce site, ici, ici, ici et ici]).
Enfin, il convient de mentionner que ce n'est pas le premier article à se pencher sur ce problème. Une étude antérieure (Panchin et Tuzhikov, 2016) a également trouvé que les articles anti-OGM étaient affligés de nombreux problèmes (à savoir, des problèmes de statistiques) et que, lorsqu'on utilisait les bons tests statistiques, les effets négatifs signalés des OGM disparaissaient.
Conclusion
Alors, où cela nous laisse-t-il ? La réponse semble assez claire : les études anti-OGM représentent une petite partie de la littérature ; elles sont généralement publiées dans des revues de mauvaise qualité ; elles sont bourrées de problèmes statistiques et méthodologiques ; plusieurs d'entre elles ont été rétractées (parfois en raison de fraude scientifique) ; et ils sont réfutés par un vaste corpus de littérature. De plus, avant de suggérer sans raison que les auteurs des articles pro-OGM ont été achetés par de grandes entreprises, veuillez noter que moins de la moitié du corpus de la littérature sur les OGM présente des conflits d'intérêts, alors que 60 % des articles anti-OGM en présentent. En bref, les articles anti-OGM sont, au mieux, un bruit statistique, et ils ne constituent, en aucune façon, une preuve convaincante que les OGM sont dangereux. La plupart d'entre eux relèvent de la science-poubelle et devraient être rejetés en tant que tels.
Note : Une analyse similaire des articles sur les changements climatiques est parvenue à la même conclusion. À savoir, la poignée d'articles contestant le changement climatique anthropique est affligée de problèmes. (Benestad et al., 2016 ; les informations supplémentaires sont particulièrement utiles).
Littérature
Benestad et al. 2016. Learning from mistakes in climate research. Theoretical and Applied Climatology 126:699–703.
de Vendomois et al. 2009. A comparison of the effects of three GM corn varieties on mammalian health. International Journal of Biological Sciences 5:706–726.
El-Kholy, et al. 2014. The effect of extra virgin olive oil and soybean on DNA, cytogenicity and some antioxidant enzymes in rats. Nutrients 6:2376–2386.
Editors of the Lancet. 1999. Health risks of genetically modified foods. The Lancet 353:1811.
Ewen and Pusztai. 1999. Effects of diets containing genetically modified potatoes expressing Galanthus nivalis lectin on rat small intestine. Lancet. 354:1353–1354.
Panchin and Tuzhikov 2017. Published GMO studies find no evidence of harm when corrected for multiple comparisons. Critical Reviews in Biotechnology 37:213–217.
Sanchez and Parrott 2017. Characterization of scientific studies usually cited as evidence of adverse effects of GM food/feed. Plant Biotechnology Journal.
Tudisco et al. 2007. Investigation on genetically modified soybean (Roundup Ready) in goat nutrition: DNA detection in suckling kids. Italian Journal of Animal Science 6:380–382.
Yum et al. 2005. Genetically modified and wild soybeans: and immunological comparison. Allergy and Asthma Proceedings 26:210–216.
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* Le blog d'origine s'est donné pour mission :
d'enseigner la pensée critique ;
d'expliquer comment la science fonctionne et pourquoi elle est fiable ;
d'utiliser la pensée critique pour défendre la science contre les nombreuses attaques à la logique défectueuse dont elle fait l'objet.
L'auteur a souhaité rester anonyme. Le nom de plume est tiré des BD Existential Comics.
Source : https://thelogicofscience.com/2017/07/30/most-anti-gmo-papers-contain-serious-flaws/
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