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Agriculture, alimentation, santé publique... soyons rationnels

Une proposition pour la transparence scientifique – mais faut-il légiférer ?

28 Juin 2017 , Rédigé par Seppi Publié dans #critique de l'information, #Activisme

Une proposition pour la transparence scientifique – mais faut-il légiférer ?

 

Glané sur la toile 150

 

 

 

 

 

En marche pour...

 

« Mesdames et Messieurs les députés, En Marche pour la transparence scientifique ! » de M. Serge Michels, directeur de l’Agence Protéines, et auteur de Le marketing de la peur, est court et percutant.

 

Mais Mesdames et Messieurs les députés vont-ils « percuter » ? C'est pourtant simple :

 

« Pour un encadrement de la communication d’études scientifiques relatives à la santé du citoyen

 

Comment ? Il suffirait d’imposer 3 règles simples à tout acteur économique, média ou organisation qui communique au public une donnée scientifique touchant la santé. La première règle est de préciser la façon dont la donnée a été obtenue : une étude sur 10 souris n’a pas la même valeur scientifique qu’une étude qui a suivi 100 000 personnes pendant 30 ans.

 

La seconde règle est d’indiquer les quantités retrouvées ou testées dans l’étude. Dans la quasi-totalité des études médiatisées, les quantités retrouvées ne sont jamais communiquées. […]

 

Et enfin la troisième règle est de mettre ces quantités au regard d’un effet potentiel sur la santé en les comparant avec les normes réglementaires si elles existent, et en indiquant la quantité nécessaire pour obtenir un effet, favorable ou délétère, sur la santé. Si une étude montre des effets protecteurs contre le cancer d’une épice, le citoyen a le droit de savoir que l’effet a été obtenu avec des doses équivalentes à plus de 100 cuillères à café par jour de l’épice en question. […] »

 

Faut-il légiférer ? Peut-être...

 

 

 

 

Imposer une déontologie scientifique

 

Mais la toute première priorité serait d'alerter la communauté scientifique pour qu'elle mette de l'ordre dans les articles scientifiques, produise des résumés détaillés et – même – des explications résumées pour le grand public.

 

Il est en effet grand temps de réaliser que ces articles ne sont plus réservés à une communauté scientifique dans une tour d'ivoire, mais que leur utilisation explose dans les médias et sur les réseaux sociaux.

 

Prenons par exemple : « Urinary Biomarkers of Prenatal Atrazine Exposure and Adverse Birth Outcomes in the PELAGIE Birth Cohort » (biomarqueurs urinaires de l'exposition prénatale à l'atrazine et effets indésirables à la naissance dans la cohorte de naissances PÉLAGIE), de Cécile Chevrier et al. Extrait du résumé (notre traduction) :

 

« Résultats : Nous avons trouvé des niveaux quantifiables d'atrazine ou d'atrazine mercapturate dans des échantillons d'urine provenant de 5,5 % des 579 femmes enceintes, et des métabolites de triazine désalkylés et hydroxylés identifiés dans 20 % et 40 % des échantillons, respectivement. La présence par rapport à l'absence de niveaux quantifiables d'atrazine ou d'un métabolite spécifique de l'atrazine était associée à une restriction de croissance du fœtus [odds ratio (OR) = 1,5 ; intervalle de confiance à 95% (IC), 1,0-2,2] et à un petit périmètre cranien pour le sexe et l'âge gestationnel (OR = 1,7 ; IC 95%, 1,0-2,7). Les associations avec des anomalies congénitales majeures n'étaient pas évidentes avec l'atrazine ou ses métabolites spécifiques. Le périmètre cranien était inversement associé à la présence de métolachlore urinaire quantifiable.

 

Conclusions : Cette étude est la première à évaluer les associations de résultats de naissance avec des biomarqueurs urinaires multiples d'exposition aux herbicides triazines et chloroacétanilide. Les preuves d'associations avec des effets indésirables à la naissance soulèvent des préoccupations particulières pour les pays où l'atrazine est toujours utilisée. »

 

« Nous avons trouvé des niveaux quantifiables... » ? Combien ?

 

« ... échantillons d'urine provenant de 5,5 % des 579 femmes enceintes... » ? Le lecteur moyen – le journaliste – comprend-il qu'il y a des résultats annoncés qui portent sur 32 femmes ?

 

« La présence par rapport à l'absence de niveaux quantifiables d'atrazine ou d'un métabolite spécifique de l'atrazine était associée à une restriction de croissance du fœtus [odds ratio (OR) = 1,5 ; intervalle de confiance à 95% (IC), 1,0-2,2]... » ? De quoi parle-t-on ? Que cela représente-t-il en pratique ? Le lecteur sans connaissances particulières n'est pas averti que ces résultats ne sont statistiquement significatifs que parce que la limite inférieure de l'intervalle de confiance est légèrement supérieure à 1,0 – par exemple 1,01.

 

« Conclusions : […] Les preuves d'associations avec des effets indésirables à la naissance soulèvent des préoccupations particulières pour les pays où l'atrazine est toujours utilisée. » C'est de la gesticulation, voire du militantisme.

 

Il se trouve que les auteurs principaux de cette étude sont de l'INSERM. Il ne doit pas être trop compliqué pour son principal pourvoyeur de fonds, l'État, d'imposer des changements de comportement au niveau des articles scientifiques ainsi que de la communication institutionnelle.

 

Cette communication, quelle était-elle ? « Herbicides : des effets néfastes chez les femmes enceintes » ! Le titre à lui seul démontre la manipulation à but médiatique : attirer le chaland ! Entretenir la phobie des pesticides ! Gonfler un ballon pour enfant jusqu'à la taille d'une montgolfière.

 

On peut aussi plonger dans le texte. Par exemple :

 

« L’étude montre que les femmes ayant des traces d’atrazine ou d’une de ses formes dégradées dans les urines avaient 50% de risque supplémentaire d’avoir un enfant de petit poids à la naissance et 70% de risque supplémentaire d’avoir un enfant avec un petit périmètre crânien à la naissance. »

 

Mais l'intervalle de confiance à 95 % a pour limite basse un chiffre tout juste supérieur à 1,0. Autrement dit, ce n'est pas faux, mais ce n'est pas très honnête.

 

On peut dire la même chose de la description de la cohorte PÉLAGIE. Le lecteur est incité à croire que l'étude a porté sur 3.500 femmes enceintes, alors qu'elle en a inclus 579 pour cette étude.

 

 

 

 

Peser sur les médias

 

Les médias peuvent s'imposer des codes de conduite. Mais ne rêvons pas...

 

Dans le cas de l'audiovisuel, il y a le Conseil Supérieur de l'Audiovisuel (CSA). Cela pourrait être une piste intéressante.

 

Le CSA peut sanctionner C8 pour des comportements inacceptables dans « Touche pas à mon poste », par exemple pour avoir placé un chroniqueur dans « une situation de détresse et de vulnérabilité manifeste pendant toute la durée de l’émission ». Il n'a dès lors aucune raison de ne pas en faire de même quand, par exemple, un Cash Investigation diffuse des informations manifestement fausses et place tout ce que la France comporte d'hypocondriaques dans une situation d'angoisse. Il ne suffit pas de demander « aux responsables de France Télévisions de veiller à respecter, à l’avenir, leurs obligations en matière de rigueur dans la présentation et le traitement de l’information, telles que prévues à l’article 35 du cahier des charges » (voir aussi ici).

 

Mais la dernière insanité de M. Cyril Hanouna sur C8 a aussi montré qu'il y a d'autres moyens : les saisines massives du CSA, qui obligent celui-ci à sortir de sa torpeur, ou encore le retrait des annonceurs.

 

Prenons un autre exemple, en nous écartant de la question des données scientifiques : le journal de 13 heures de France 2 du dimanche 25 juin 2017 comportait une séquence sur les laiteries et ses activités dans le bio et les dérivés du soja appelés communément lait, ou encore yaourt. Comme vient de le rappeler la Cour de Justice de l'Union Européenne, les désignations « lait », « crème », « beurre », « fromage », « yoghourt », etc. sont réservées, en bref, au lait de vache et d'autres mammifères et aux produits qui en sont issus, avec quelques exceptions nommément désignées (voir ici). Et si quelques milliers de producteurs laitiers déposaient plainte au CSA ?

 

Nous avons aussi relevé ceci dans nos pérégrinations sur la toile, à propos de l'arrêt de la CJUE :

 

« Interrogée par BFMTV, Céline Clerc, directrice juridique du Centre National Interprofessionnel de l’Économie Laitière, précise : "On ne peut pas ignorer le fait qu'en utilisant une dénomination laitière, on surfe sur une image. Il faut éviter la confusion dans l'esprit du consommateur . Nous comptons sur les pouvoirs publics pour veiller à l'application de la réglementation et évaluer les éventuels risques de confusion." »

 

Et si, au lieu de compter sur les pouvoirs publics, le CNIEL s'engageait dans une politique proactive de défense des intérêts de son secteur économique ?

 

Et si – pour en revenir à la désinformation scientifique, grossière ou insidieuse – il se constituait une association ou un mouvement pour la combattre par les moyens les plus opportuns ?

 

 

Pas d'obligation sans sanction, et autres petits détails

 

C'est un principe juridique élémentaire ! Comment sanctionner les manquements pour qu'il y ait un effet dissuasif et une moralisation du marché de l'information ?

 

Il faudra sans nul doute aussi des autorités spécialisées à l'instar du CSA. Les chercheurs, si fiers de leur système de publication avec revue par les pairs, accepteront-ils un conseil supérieur de la publication scientifique ? Comment gérer l'information diffusée par les médias du consumérisme ? Celle des entités incorporées sous forme d'associations ?

 

La proposition de M. Michels est séduisante, mais la tâche n'est pas facile.

 

 

 

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