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Agriculture, alimentation, santé publique... soyons rationnels

Néonicotinoïdes et couacs gouvernementaux : où sont les agriculteurs ?

27 Juin 2017 , Rédigé par Seppi Publié dans #Néonicotinoïdes, #Politique, #critique de l'information, #Activisme

Néonicotinoïdes et couacs gouvernementaux : où sont les agriculteurs ? (avec mise à jour du 28 juin 2017)

 

 

Ce lundi 26 juin 2017, le gouvernement Philippe II a connu son premier couac, ou plutôt sa série de couacs : un différend, dont la réalité initiale est incertaine, jeté en pâture à l'opinion dite publique – en fait aux manipulateurs d'opinions – sur le sujet des pesticides et de l'environnement ; plus précisément des néonicotinoïdes, invariablement et massivement qualifiés de « tueurs d'abeilles ».

 

Il est difficile de savoir ce qui s'est passé précisément. Mais l'histoire pourrait être la suivante.


 

 

 

Le 21 juin 2017, une réunion interministérielle planche sur une « trame du projet de loi relatif à la transformation des relations entre l'administration et le public ». Son objectif : simplifier les réglementations nationales, notamment en permettant au président de la République d'abroger, par ordonnance, toute disposition excédant les normes européennes. Chaque ministère a donné sa liste des mesures qu'il souhaite voir abrogées. Pour l'agriculture, c'est notamment l'interdiction des néonicotinoides (allant au-delà des règles européennes, actuellement en discussion), et les épandages aériens de pesticides.

 

Le document a fuité. La bénéficiaire en est Mme Marie Dupin, journaliste de RMC.

 

 

Notez que BFMTV s'est bien gardé de montrer le paragraphe sur les néonicotinoïdes.

 

 

C'est le premier couac. À notre sens le plus préoccupant : les anciennes méthodes ont toujours cours.

 

 

Cette fuite tombait à pic... sans nul doute une coïncidence (ironie). M. Stéphane Travert, Ministre de l'Agriculture et de l'Alimentation est en effet l'invité de RMC, dans l'émission Bourdin Direct. Il y est malmené... comme par hasard... sur les questions qui fâchent... dont les néonicotinoïdes « tueurs d'abeilles ». Sous la pression, il finit par concéder qu'il veut revenir en arrière sur l'interdiction des néonicotinoïdes.

 

 

 

 

 

 

 

« Le gouvernement revient-il en arrière par rapport à ce qui a été voté ? » Ce n'est pas la question qui a été posée !

 

 

Ce que M. Travert a dit exactement n'a plus guère d'intérêt : la rumeur s'est répandue que le gouvernement serait prêt à revenir sur l'interdiction des néonicotinoïdes « tueurs d'abeilles ».

 

C'est le deuxième couac. Il est temps que les ministres comprennent qu'on ne commente pas les travaux en cours, et encore moins sous la pression.

 

La machine à protestation est dès lors lancée.

 

De l'art de l'homme de paille !

 

 

Les néonicotinoïdes sont déjà largement interdits... mais ils sont toujours coupables !

 

 

M. Nicolas Hulot, Ministre de la Transition Écologique et Solidaire, intervient aussi, et ce, sur la place publique quelques heures plus tard :

 

« Pour tout ce qui concerne la santé, ma ligne, elle est très simple : il ne faut faire aucune concession. On ne reviendra pas sur des acquis. Je veux déjà être le garant de ce que mes prédécesseurs ont acté. »

 

 

C'est le troisième couac. Outre que M. Hulot s'exprime en public sur un chantier en cours, il fait le matamore, prend l'opinion publique à témoin, et fait comme si c'était lui le patron.

 

Et ça marche !

 

Dans le feu de la polémique, le Premier Ministre Édouard Philippe tranche. En faveur de M. Hulot.

 

C'est le quatrième couac. M. Philippe, non seulement tranche sous la pression d'une opinion « publique », mais aussi en faveur de celui qui, en s'exprimant de manière péremptoire, a fait fi de son autorité.

 

Selon son communiqué de presse,

 

« Dans le cadre des discussions sur le projet de loi "Droit à l’erreur", le Gouvernement a décidé de ne pas revenir sur les dispositions de la loi de 2016. Cet arbitrage a été pris à l’occasion d’une réunion tenue à Matignon le 21 juin dernier. »

 

Quel lien entre ce projet de loi et les néonicotinoïdes ? Voilà une explication qui paraît peu crédible.

 

 

 

C'est le cinquième couac.

 

Le Ministre de l'Agriculture et de l'Alimentation aurait ainsi « zappé » un arbitrage ? Il passe pour un benêt. Le Ministre de la Transition Écologique et Solidaire impose-t-il sa position personnelle ? Il démontre qu'il est, comme nombre de ses prédécesseurs, réfractaire à la solidarité gouvernementale et qu'il méprise la nécessité d'une approche globale de la gestion de la France. Et le Premier Ministre se met en position de faiblesse en proposant une explication aussi peu crédible, et s'il est exact que les arbitrages n'avaient pas été rendus, en cédant à une véritable manœuvre.

 

 

 

 

Cela fait beaucoup pour une journée !

 

De plus, l'interdiction des néonicotinoïdes – dont nous avons longuement relaté la saga sur ce site – a été obtenue avec le concours d'un lobbying intense de la Fondation Nicolas Hulot pour la Nature et l'Homme, laquelle avait aussi été à l'initiative d'une pétition.

 

 

 

 

 

Cela fait un gros conflit d'intérêts. Et ce gouvernement veut moraliser la politique ?

 

Le Président de la République et le Premier Ministre auront-ils le courage de confier les dossiers sur lesquels M. Hulot a un conflit d'intérêt à l'un au l'autre de ses secrétaires d'État ?

 

C'est le sixième couac.

 

Mais, dans toute cette affaire, il y a deux points qui nous paraissent importants.

 

  • D'une part, toute cette affaire a été soigneusement orchestrée. La fuite, la fuite vers le bon média, l'interview insistante, les réactions rapides, tout cela suggère une planification. Cela augure mal pour un gouvernement qui risque de tomber dans les travers qui ont émaillé et terni le quinquennat Hollande.

 

 

 

  • Dans cette affaire, les agriculteurs et leurs représentants ont été largement absents.

 

Le dossier des néonicotinoïdes est certes délicat et complexe. Mais il y a une réalité incontournable : il n'aura guère de chances d'avancer – à Paris et aussi à Bruxelles – si les agriculteurs ne contribuent pas au débat par des explications rationnelles et – osons-le – des revendications clairement formulées.

 

 

Ajouts du 28 juin 2017

 

1. BFMTV a montré un extrait du document de travail.

 

 

Capturer couac 19

 

 

2. M. Hulot déclarait la veille que les arbitrages n'avaient pas été rendus.

 

 

 

 

3. Les arbitrages auraient été rendus le 21 juin 2017 ? Le gouvernement Philippe II a été constitué le 21 juin 2017... Il y a certes eu une réunion interministérielle ce jour-là. Et déjà un arbitrage ?

 


4. BFMTV invite, avant M. Stéphane Travert, M. François Veillerette, Générations Futures. Comment ne pas croire à une manœuvre parfaitement orchestrée ? M. Bourdin pose des questions soigneusement calibrées pour susciter les bonnes réponses. M. Veillerette commente avec éloquence une « information RMC, je vous le rappelle, de Marie Dupin. »

 

 

La position de tous les Etats qui autorisent des néonicotinoïdes est donc absurde et anti-scientifique ? Quelle suffisante arrogance !

 


5. Il invite aussi Mme Delphine Batho. 

 

 

 


6. À sur Alerte Environnement, « Au secours ! les lobbys ont investi le bureau d’Hulot ! »

 

 

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Vigneron 29/06/2017 10:27

Excellent décryptage de la construction d'une campagne médiatique express.
Félicitations.

Seppi 29/06/2017 13:49

Bonjour,

Merci pour votre commentaire.

Mais je n'ai guère de mérite autre que d'avoir formulé une analyse : les faits sont tellement évidents !