Overblog
Editer l'article Suivre ce blog Administration + Créer mon blog
Agriculture, alimentation, santé publique... soyons rationnels

Assemblée Nationale, le Monde, « Du courage ! » de Mme Isabelle Saporta : la post-vérité sur un article scientifique sur les abeilles et les néonicotinoïdes

12 Juin 2017 , Rédigé par Seppi Publié dans #Recension, #Abeilles, #Néonicotinoïdes, #Activisme, #critique de l'information

Assemblée Nationale, le Monde, « Du courage ! » de Mme Isabelle Saporta : la post-vérité sur un article scientifique sur les abeilles et les néonicotinoïdes
 

 

Résultat de recherche d'images pour "abeilles néonicotinoïdes inra" La lecture de « Du courage » de Mme Isabelle Saporta – propre à nous filer des boutons – nous a incité à creuser davantage la question des abeilles et des néonicotinoïdes.

 

Nous avons trouvé que le Monde a publié un article le 27 juin 2016 – devinez de qui... – propre à influencer les travaux de l'Assemblée Nationale sur ce qui allait devenir la loi n° 2016-1087 du 8 août 2016 pour la reconquête de la biodiversité, de la nature et des paysages. Il a qualifié – à tort, et sans nul doute le sachant – le communiqué de presse de plusieurs institutions de recherche de « trucage en bonne et due forme ». Motif : l'étude scientifique – dont nous pensons par ailleurs, comme d'autres, qu'elle présente d'importants défauts – n'« allait pas dans le bon sens ».

 

Mais, du côté de l'INRA, on a aussi admis que le communiqué avait eu un objectif politique : « L’objectif premier de ce communiqué était de rappeler les effets de cette substance sur les abeilles ».

 

Un co-auteur de l'étude a été auditionné par une commission parlementaire. Et là...

 

 

Notre analyse du chapitre 11 de l'ouvrage de Mme Isabelle Saporta, « Du courage ! – En finir avec ces trahisons qui nous tuent » nous a mis sur la piste d'une manipulation politique et médiatique d'une belle ampleur.

 

Ce chapitre, « Le communiqué tueur d'abeilles »est une merveille de post-vérité, en quelque sorte écrite à plusieurs mains. Pour bien l'expliquer, nous prendrons ci-dessous quelques chemins de traverse et nous produirons de larges citations, allant bien au-delà de ce qui est strictement nécessaire, pour refléter les contextes (et minimiser les soupçons de citation sélective).

 

 

Peser sur les derniers débats parlementaires

 

Dans « Du courage ! »,M. Stéphane Foucart, maître ès « Fabrique du mensonge », est brièvement convoqué pour dire à propos d'un communiqué de presse qu'il s'agit d'un « trucage en bonne et due forme », selon un article dans le Monde du 27 juin 2016.

 

Posons le contexte de cet article : les débats parlementaires sur ce qui allait devenir la loi n° 2016-1087 du 8 août 2016 pour la reconquête de la biodiversité, de la nature et des paysages arrivaient à leur terme et l'interdiction des néonicotinoïdes n'était pas pleinement assurée. Il y avait un document gênant, qui laissait entendre que, en bref, les abeilles ne souffrait pas des néonicotinoïdes dans les conditions réelles de terrain... Il fallait le discréditer...

 

Le communiqué n'est pas référencé par Mme Saporta... le lecteur soucieux de vérifier ses dires et thèses doit chercher par lui-même. C'est « Néonicotinoïdes et abeilles : la désorientation des individus confirmée en plein champ, la colonie adapte sa stratégie », du CNRS et de l'INRA, ainsi que de l'ACTA et de l'ITSAP.

 

Et c'est à propos de « Reconciling laboratory and field assessments of neonicotinoid toxicity to honeybees » de Mickaël Henry et al.

 

Résultat de recherche d'images pour "abeille puce rfid"

 

(Source) Une abeille munie d'une puce RFID. Le fipronil a été interdit... la situation ne s'est pas modifiée... et on a accusé les néonics.

 

Comme c'était plutôt une bonne nouvelle, le Monde ne s'était pas intéressé à cet article à l'époque de sa publication (18 novembre 2015), contrairement à la Croix. Mais, selon M. Foucart, « ces travaux ont [...] été mis en avant par des parlementaires pour relativiser l’impact de ces molécules sur les abeilles ». C'est exact. Il reprocha donc au communiqué de presse d'avoir, notamment, rapporté que « les quantités de miel produites n’ont pas été impactées » ; Terres Inovia (ex-Cetiom, l'institut technique de la filière des huiles et protéines végétales et de la filière chanvre), un des partenaires de l'étude, aurait fait pression sur l'INRA pour que cette référence soit incluse. Le paragraphe en cause du communiqué a la teneur suivante :

 

« Cependant, les chercheurs n’ont pas observé d’altération des performances des ruches exposées. Les quantités de miel produites n’ont pas été impactées par le gradient d’exposition aux cultures issues des semences traitées à l’insecticide. Les hypothèses avancées portent sur la mise en place au sein de la ruche de mécanismes de régulation démographique des colonies permettant de compenser la surmortalité des individus. Les colonies étudiées ont conservé des effectifs d’ouvrières et de butineuses suffisants pour maintenir la dynamique de production du miel. Ainsi, un rééquilibrage entre la taille du couvain mâle et celui des ouvrières apparaitrait pendant la floraison et dans les semaines qui suivent. »

 

Insistons lourdement : ce serait un trucage.

 

 

Très excellent choix de l'illustration: une abeille avec un Varroa sur le dos...

 

La communication à visées politiques de l'INRA
 

M. Foucart a aussi écrit :

 

« A l’INRA, l’affaire suscite un grand embarras. "L’objectif premier de ce communiqué était de rappeler les effets de cette substance sur les abeilles, et c’est ce qui a été fait, dit-on à l’INRA. Pour la référence à la production de miel, il y a eu litige avec notre partenaire Terres Inovia, et nous demeurons en désaccord avec lui sur ce point." Selon nos informations, la rédaction du communiqué a fait l’objet de tensions intenses entre les deux partenaires. Du côté de l’institut technique des protéo-oléagineux, on reconnaît que les considérations sur la production de miel sont "statistiquement fragiles", mais on maintient que le communiqué était licite, puisque "les chercheurs n’ont pas détecté d’effets sur la production de miel". »

 

Cela vaut la peine d'être cité, et on peut remercier ici M. Foucart : on admet à l'INRA que la communication avait un objectif... politique et non scientifique !

 

Pour rappel, le communiqué est daté du 20 novembre 2015.

 

 

Un co-auteur d'une étude scientifique auditionné par une commission parlementaire

 

Résultat de recherche d'images pour "vincent bretagnolle abeilles" Revenons à ce chapitre 11 de « Du courage ! ». Il fait la part belle aux « explications » de l'un des auteurs de l'étude, M. Vincent Bretagnolle, lequel revient aussi sur son audition par la Commission du développement durable et de l’aménagement du territoire de l'Assemblée nationale le 12 janvier 2016.

 

Mme Saporta a même produit une citation, avec une note en bas de page. M. Bretagnolle aurait déclaré à l'Assemblée :

 

« Je voudrais lever un doute qui s'est instauré : l'étude de l'INRA à laquelle un certain nombre d'entre vous ont fait référence, l'étude publiée en novembre, c'est la même étude [que celle que je viens de vous exposer]. »

 

Citation, comment dire, fictive, fruit d'une formidable imagination... et témoin d'un non moins formidable dilettantisme et mépris pour les faits et les lecteurs.

 

Le « certain nombre... » étaient « [m]anifestement bien briefés »... les lobbies avaient encore frappé !

 

Cela fait suite à un propos de M. Bretagnolle :

 

« Quand j'ai entendu certains députés brandir cette recherche, j'étais complètement scié, je me suis même demandé un moment s'il n'y avait pas une étude qui m'avait échappé et que j'aurais omis de lire... »

 

La réalité est cependant celle-ci : dans son exposé liminaire, M. Bretagnolle a produit une description plutôt brève de la première moitié de l'étude, les comptages de non-retours de butineuses et les extrapolations sur les taux de pertes. Et la description était noyée dans un flot d'autres considérations, le tout plaidant subtilement pour l'interdiction des néonicotinoïdes. Par exemple :

 

« Du fait de l’omniprésence spatiale des néonicotinoïdes dans le paysage – ce qui nous oblige à travailler sans pouvoir disposer d’une situation témoin, c’est-à-dire vierge de toute présence de néonicotinoïdes – , de leur rémanence temporelle sur plusieurs années et de leurs effets délayés dans le temps sur les organismes, on peut considérer, à mon sens, que l’effet des néonicotinoïdes sur les colonies d’abeilles est aujourd’hui clairement établi. De très nombreuses études sont d’ailleurs venues renforcer le consensus qui existait déjà lors d’une revue de la littérature réalisée par le professeur Godfray en 2014, démontrant qu’en conditions naturelles, il existe des néonicotinoïdes dans les nectars et dans les pollens, que l’on retrouve également sur les abeilles et dans les ruches, ce qui impacte à des degrés divers la dynamique des colonies. »

 

Ah bon ? « ... l’effet des néonicotinoïdes sur les colonies d’abeilles est aujourd’hui clairement établi » ? Voici le début du résumé de l'étude scientifique :

 

« Les gouvernements européens ont interdit l'utilisation de trois pesticides néonicotinoïdes communs en raison des risques insuffisamment identifiés pour les abeilles. Cette décision politique est controversée compte tenu de l'absence de cohérence claire entre les évaluations de la toxicité de ces substances au laboratoire et sur le terrain. Bien que les essais de laboratoire rapportent des effets délétères chez les abeilles à des niveaux de traces, les enquêtes de terrain ne révèlent aucune diminution de la performance des colonies d'abeilles dans le voisinage des champs traités. Ici, nous produisons le chaînon manquant... »

 

Le discours devant la Commission parlementaire est donc à l'opposé de celui de l'étude scientifique...

 

On l'aura compris : M. Bretagnolle n'a pas abordé la deuxième partie de leur article scientifique – l'absence d'impact sur les ruches grâce à une série de réponses des colonies. Et certains parlementaires se sont empressés de la lui rappeler.

 

 

Une étude « irréprochable » ?

 

Peut-être a-t-il effectivement omis de lire l'article qui comporte sa signature et qui fait l'objet dans « Du courage ! », avec son concours, d'une analyse critique qui ne déplairait pas à M. Philippe Stoop, auteur d'une véritable mise en charpie, « Les nuisances virtuelles des néonicotinoïdes, épisode 2 : Le retour des abeilles à puce ! » sur Forumphyto (on peut aussi lire avec intérêt « Néonicotinoïdes : aucun effet mesurable sur les ruches, selon l’Inra » sur Agriculture et Environnement).

 

En revanche, pour Mme Saporta – parole de journaliste et de documentariste... donc parole d'expert – la recherche est... « irréprochable », même si elle a été menée « avec le soutien de la profession ». C'est que, telle que commentée et interprétée avec le concours de M. Bretagnolle, elle va dans le sens de son propos.

 

Mais est-ce bien le cas ?

 

 

Quand les faits dérangent la thèse...

 

L'objet principal de l'étude était bien de vérifier si les butineuses étaient désorientées par les néonicotinoïdes. Mme Saporta résume ensuite, sur la base des dires de M. Bretagnolle ( à notre sens devant la Commission parlementaire) :

 

« …et au passage ils ont aussi regardé les quantités de miel produites sur 18 ruches. Un échantillon insuffisant d'un point de vue statistique pour en tirer des extrapolations, mais un échantillon qui montrait effectivement une adaptation des abeilles. »

 

C'est le début d'une admission. On n'est pas loin du « C'est scientifiquement prouvé mais pas encore sensible statistiquement» de (ou prêté à) M. Marc Dufumier... Voici, du reste, ce qui a été déclaré à l'Assemblée Nationale :

 

« [M. Vincent Bretagnolle.] L’un des points importants de notre étude est qu’il n’a pas été observé d’effet statistique sur la production de miel. Il importe de souligner qu’en matière scientifique, ne pas détecter d’effet statistique ne signifie pas qu’il n’existe aucun effet : quand on procède à des analyses statistiques, on est dans un paradigme mathématique consistant à tester des hypothèses, que l’on rejette avec une certaine probabilité. Dans le cas de notre étude, ne pas avoir observé d’effet statistique sur la production de miel ne signifie pas qu’il n’y en a pas.

 

Résultat de recherche d'images pour "facts don't matter" M. Jean-Marie Sermier. Vous ne pouvez pas dire non plus qu’il y a un ! (Murmures divers)

 

M. Vincent Bretagnolle. Effectivement. Ce que j’essaie de vous faire comprendre, c’est que l’on n’a pas du tout la même puissance statistique avec 6 000 abeilles taguées qu’avec dix-huit ruches. La production de miel ne constituait pas l’objet principal de notre étude – ce que l’ANSES nous avait demandé, c’était d’étudier le taux de survie des abeilles –, c’est pourquoi nous n’étions pas dotés du matériel statistique suffisant pour tirer des conclusions probantes sur ce point : nous n’avons fait que noter des observations au passage. Pour obtenir des résultats plus significatifs sur la production de miel, nous devrons procéder à une nouvelle étude portant sur un nombre de ruches beaucoup plus important.

 

Et pourtant ! Voici, in full, la conclusion des auteurs de l'étude (traduit par nos soins, en collant au texte) :

 

« Au final, nos résultats aboutissent à deux conclusions principales. Tout d'abord, nous avons constaté que l'exposition sur le terrain au thiaméthoxame combinée à une contamination concomitante par l'imidaclopride est associée à un excès de mortalité significatif chez les abeilles sortant de la ruche [free-ranging bees]. Cela fournit un lien fort et sans précédent entre les prédictions tirées des expériences d'exposition artificielle [9-11,40] et des preuves provenant d'études sur le terrain réel. Deuxièmement, les colonies semblaient pouvoir compenser l'excès de mortalité afin de préserver des performances inchangées en termes de taille de la population et de production de miel. Au lieu de cela, les colonies les plus exposées ont modifié le moment de leur investissement en matière de reproduction, retardant la production de couvain de faux-bourdons en faveur d'une augmentation de la production de couvain d'ouvrières. Nous avons maintenant réconcilié les évaluations contradictoires des laboratoires et de terrain de la toxicité des néonicotinoïdes. Il est donc urgent que les évaluateurs de risques tiennent compte de la preuve scientifique des troubles des désordres comportementaux déclenchés par les traces de néonicotinoïdes. »

 

Voilà une science qui, dans l'article publié dans les Proceedings of the Royal Society B, déborde bien sur la politique... Et une science qui a été présentée à des parlementaires d'une manière qui prête à discussion.

 

 

Alors, trucage dans le communiqué ?

 

 

Résultat de recherche d'images pour "sans trucage" Mais revenons à « Du courage ! » (et le Monde). Le communiqué de presse... un « trucage en bonne et due forme » ?

 

Manifestement, « les quantités de miel produites n’ont pas été impactées » reflète fidèlement les conclusions des auteurs. Des auteurs qui se sont longuement épanchés sur les explications possibles. L'aurait-ils fait s'ils n'avaient pas été convaincus d'avoir trouvé quelque chose d'important ?

 

Citons encore, du texte de l'article scientifique :

 

« En dépit de l'excès de mortalité mesurée à l'échelle individuelle, les colonies hautement exposées n'ont pas montré de performance altérée per se en termes de croissance démographique et de production de miel et de couvain. »

 

Ce chapitre, en résumé, est un bel exemple de post-vérité. Pas seulement dans « Du courage ! ». Hélas ! Un sujet à creuser pour les rationnalistes et les fans de vérité.

 

Tenez, la poire pour la soif : Mme Saporta écrit :

 

« "Mais il ne fait aucun doute que ces pesticides sont des perturbateurs. Est-ce que les mécanismes d'adaptation des abeilles aux pesticides sont suffisants ? Il semble bien que non", clôt le chercheur. »

 

C'est l'exact contraire de ce que dit la publi !

 

 

Mais trucages pour l'imidaclopride

 

Remarquons pour commencer que Mme Saporta a mis un lien vers l'audition de M. Bretagnolle à l'Assemblée nationale. C'est dans le chapitre 10, subtilement intitulé « Et bzzz merde ! ». Mais c'est un lien vers une vidéo. Cela aurait obligé les St Thomas à la visionner dans son intégralité pour vérifier ses différentes assertions... mais elle n'est plus disponible ! Alors qu'il y a le compte rendu...

 

Repartons du grand œuvre de Mme Saporta. Elle rapporte que M. Bretagnolle a déclaré devant la Commission Parlementaire :

 

« On a fait doser nos échantillons par l'Anses, qui, heureusement, a eu la bonne idée de tester les cinq néonicotinoïdes, et l'agence a découvert des taux très élevés d'imidaclopride sur plus de 60 % des colzas. »

 

Résultat de recherche d'images pour "une citation doit être exacte" Encore une fois, la citation n'est pas exacte... dilettantisme et mépris pour les faits et les lecteurs, comme nous l'avons écrit plus haut. Voici l'extrait pertinent du compte rendu :

 

« Enfin, l’étude a mis en évidence, alors que ce n’était absolument pas prévu, une contamination chronique par l’imidaclopride. Le laboratoire de l’ANSES de Sophia-Antipolis, à qui nous avions confié nos échantillons afin de quantifier la présence de thiaméthoxam, a eu la bonne idée de tester la présence de cinq néonicotinoïdes, ce qui a permis de découvrir des taux très élevés d’imidaclopride. Plus de 60 % des colzas contenaient de l’imidaclopride dans leur nectar, provenant d’un antécédent cultural datant parfois de plusieurs années. Les teneurs relevés sont bien plus que des traces : il a été relevé jusqu’à 1,6 ppb – alors que les teneurs en thiaméthoxam étaient de l’ordre de 1 ppb. »

 

D'aucuns trouveront que la citation ne s'écarte pas trop du compte rendu officiel. Nous trouvons qu'une citation se doit de respecter l'original... ainsi que l'auteur et le lecteur.

 

Mais arrêtons -nous un instant sur cette dernière déclaration. Il y a la surprise et la dose alléguées. Que dit la publication scientifique ?

 

« Pour étudier la source de la contamination de l'imidaclopride dans l'environnement, nous avons également effectué des dosages multi-résiduels de néonicotinoïdes sur le nectar de colza traité avec des microcapillaires directement à partir de fleurs dans un sous-ensemble de neuf champs expérimentaux de thiaméthoxame. Des résidus d'imidaclopride ont été détectés à des concentrations et à une fréquence similaires dans les échantillons de nectar de fleurs (0,1-0,9 ppb dans six échantillons sur neuf) et le nectar alimentaire de l'abeille (0,1-1,0 ppb dans 13 colonies sur 17). »

 

Surprise ? Nous sommes surpris par ce qu'il faut bien appeler des incohérences : pour la surprise alléguée ; pour la dose alléguée (pour laquelle, conformément à une tactique en vogue dans le militantisme, il n'a été indiqué à l'Assemblée Nationale que le maximum relevé, de surcroît imaginaire à en croire la publication) ; pour une allégation de similarité pour des doses allant de un à neuf ou dix ; et pour une extrapolation implicite, à l'Assemblée Nationale, des données limitées à neuf échantillons de nectar (nullement représentatifs de l'ensemble des champs) et 13 colonies sur 17.

 

Surprise ? Nous sommes surpris par la suite des « explications » dans « Du courage ! ».

 

Canal A :

 

« "Le mécanisme, on ne le comprend pas, souffle le chercheur. Il défie toutes les connaissances, ça ne devrait pas se produire. C'est forcément via les sols et l'eau, mais on ne peut pas exclure l'air non plus.»

 

Canal B, immédiatement à la suite :

 

« "L'insecticide reste dans le sol et est sans doute remobilisé par la plante de colza [...]" […] Dix ans déjà que l'on savait [...] »

 

C'est en gros ce que M. Bretagnolle déclarait aussi devant la Commission Parlementaire :

 

« Pour ce qui est des relations entre les abeilles et les pesticides, un certain nombre d’échantillons ont été collectés depuis 2008 sur les abeilles, le pollen et le miel, afin de constituer une base de données dans le temps et l’espace, qui représentait fin 2015 près de 2 000 mesures. Cette étude met en évidence une contamination généralisée des matrices apicoles – recouvrant notamment les abeilles entières, le nectar, le miel, le pollen – en résidus de pesticides, à des teneurs variables. Les résidus d’imidaclopride – autrement dit, le blé Gaucho – relevés dans le nectar de colza atteignent des teneurs assez élevées, puisqu’on en trouve jusqu’à 2 ppb – part per billion, c’est-à-dire "partie par milliard". Ces teneurs sont d’autant plus élevés que le précédent cultural est un blé, et que ce blé a été cultivé récemment. La contamination a été constatée sur l’ensemble du site, parfois à des teneurs extrêmement élevées, surtout en thiaclopride. »

 

 

Épilogue

 

Mme Saporta embraye à la suite de cette description :

 

« Devant ces révélations fracassantes, qu'ont fait certains députés ? Se sont-ils rangés à l'avis du scientifique sur la dangerosité de ces produits ? Que nenni ! Manifestement très bien briefés, certains d'entre eux sont montés au créneau pour mettre en avant la fameuse étude de l'INRA (celle-là donc qu'avait aussi menée Vincent Bretagnolle et qu'il venait de présenter), mais dont ils n'avaient lu, eux, que le communiqué biaisé, faisant état des quantités de miel inchangées. »

 

C'est à l'évidence très condescendant, sinon insultant, pour ceux des députés qui ont résisté aux sirènes de la démagogie par des questions fort pertinentes. Voici, de l'échange final :

 

« M. le président Jean-Paul Chanteguet. Que pensez-vous de la carte dont a parlé tout à l’heure Jean-Marie Sermier, faisant apparaître des taux de mortalité importants dans des zones de culture utilisant peu de pesticides ?

 

M. Vincent Bretagnolle. Pour ma part, je n’ai étudié les abeilles que dans les zones de grandes cultures, mais il est exact que l’on constate un déclin des colonies d’abeilles dans des paysages de montagne, sur des prairies non cultivées : les taux de mortalité hivernale observés dans ces zones sont proches de ceux des zones de grandes cultures. Ces phénomènes sont connus mais encore mal expliqués : sans doute faut-il y voir la confirmation du fait que le déclin des abeilles n’est pas dû à une seule cause, mais à un ensemble de causes – c’est là un point qui fait consensus au sein de la communauté scientifique. »

 

Résumons, peut-être en forçant un peu le trait : après avoir longuement mis en cause les néonicotinoïdes, M. Bretagnolle admet le caractère multifactoriel du déclin des abeilles.

 

Mais, cela, Mme Saporta n'a pas estimé bon de le rapporter... pas conforme à ses thèses.

 

Et l'Assemblée Nationale a persisté.

 

 

Partager cet article
Repost0
Pour être informé des derniers articles, inscrivez vous :
Commenter cet article