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Agriculture, alimentation, santé publique... soyons rationnels

Talibanisme animaliste : quelle réponse ?

9 Mai 2017 , Rédigé par Seppi Publié dans #critique de l'information, #Activisme

Talibanisme animaliste : quelle réponse ?

 

 

 

Résultat de recherche d'images pour "269Life"

À en croire la source, il s'agit d'un visuel, destiné à être imprimé sur des T-shirts, diffusé sur la page Facebook de 269 Life.

 

 

Selon la France Agricole, il appartient aux « organisations agricoles [...] d’inventer une communication intelligente et efficace sur la réalité de ce qui se pratique sur les exploitations ». Est-ce suffisant ? Nous pensons que non.

 

Pour cela nous faisons un « tour de plaine » du Monde et de son militantisme, et aussi, à l'occasion, de ses articles récents sur la question du traitement des animaux qui répondent aux standards du bon journalisme.

 

En post scriptum, notre stupéfaction devant la ligne politique du Monde Planète qui, en pleine campagne pour le deuxième tour, écrit en quelque sorte « bonnet blanc, blanc bonnet », en contradiction avec un éditorial fort remarqué du directeur du journal.

 

 

Résultat de recherche d'images pour "269Life"

 

 

La France Agricole : un éditorial lucide

 

Dans son éditorial du numéro du 2 décembre 2016 de la France Agricole, M. Yvon Herry nous a proposé un grand moment de lucidité avec « Ne soyons pas trop bêtes » :

 

« Ces défenseurs [de la cause animale] s’organisent pour gagner en influence vis-à-vis des décideurs politiques. Et ce d’autant plus qu’ils bénéficient de relais médiatiques et people qu’il ne faut pas sous-estimer. […] Une réelle vigilance s’impose donc. […] Aux organisations agricoles donc d’inventer une communication intelligente et efficace sur la réalité de ce qui se pratique sur les exploitations. […]

 

 

La prosélytisme animaliste du Monde

 

Le Monde, surtout la rubrique Planète, est sans nul doute un des ces relais assidus. Nous avons déjà évoqué cette ligne éditoriale ici et ici. Mais voici un autre flashback.

 

Nous en étions restés au « L214, les croisés de la cause animale », du 6 janvier 2017, dans notre précédent billet. Un panégyrique de l'association.

 

 

Le Monde part en campagne animaliste

 

Il fallait partir tôt. Ce fut fait le 26 janvier 2017 avec « Présidentielle : les animalistes font campagne ».

 

L'occasion d'annoncer que M. Nicolas Dupont-Aignan voulait être « le candidat des animaux » et faire de la cause animale l’un des axes forts de son projet présidentiel ; d'informer sur la création d'un « collectif » de 26 associations auteures du manifeste AnimalPolitique, qui « interroge les candidats à la présidentielle et aux législatives sur une charte de 30 propositions autour de la défense des animaux » ; et d'annoncer la création, en novembre 2016, du Parti animaliste.

 

 

Un point d'interrogation pour titiller

 

Comment faire avancer la cause animale ? En demandant si la cause animale va avancer... C'est ce que fait Mme Audrey Garric le 13 février 2017 avec « La cause animale au menu de la présidentielle ? »

 

Elle remarque à juste titre en introduction :

 

« Jamais les animaux n’ont été si présents dans l’arène politique. Depuis quelques mois, les propositions de loi sur le bien-être des bêtes se succèdent, un parti animaliste a vu le jour et un collectif de 26 ONG interpelle les candidats aux prochaines élections présidentielle et législatives sur l’élevage, la chasse ou encore la corrida. Jadis marginalisée ou moquée, la cause animale s’est clairement transformée en un sujet légitime pour les responsables politiques français. »

 

Et un commentateur observe aussi à juste titre :

 

« Le Monde poursuit dans sa complaisance envers les lobbies végétariens et végans... »

 

C'est toutefois un article qui mérite d'être lu et médité. Il est ainsi rappelé que 36 propositions de loi « favorables à la cause animale » ont été déposées à l’Assemblée et au Sénat au cours de la législature actuelle, contre 24 lors de la précédente (2007-2012) et seulement 10 pour celle d’avant (2002-2007).

 

On peut contester l'analyse selon laquelle les députés (et sénateurs) répondent à une attente forte de leurs électeurs :

 

« La succession de scandales de maltraitance dans des abattoirs ou le foisonnement de livres d’intellectuels et de colloques, fortement relayés par les médias et sur les réseaux sociaux, ont accéléré la prise de conscience de l’opinion publique et la demande d’une société plus respectueuse des droits des animaux, reconnus comme des êtres sensibles par la science comme par le code civil. »

 

« ...fortement relayés par les médias... » ? Par le Monde en tout cas, ce qui donne à l'argument une tournure de cercle vicieux.

 

L'analyse se poursuit par une complainte sur la puissance des « lobbies », « celui de l’industrie agroalimentaire – dont la production de viande est le premier ingrédient –, des agriculteurs de la FNSEA et des chasseurs ».

 

Les biais cognitifs ne sont pas étranges, mais consubstantiels à l'idéologie et à l'activisme qui prennent le dessus sur le journalisme. Le poids des « lobbies » ? Si tant est que le qualificatif dénigrant dans la mentalité française soit pertinent, ils se sont fait ratatiner sur bien des sujets.

 

Et à quoi répondent les parlementaires ? À notre sens à une combinaison d'agitation médiatique et d'activisme (particulièrement en réponse à des « scandales ») ; de besoin personnel pour bon nombre d'entre eux d'être et surtout de paraître (voyez le nombrilisme zeppelinesque de Mme Ségolène Royal...) ; et aussi d'incapacité à s'atteler aux problèmes prioritaires. Et Mme Garric de noter :

 

« Reste que dans le débat présidentiel, le sujet est éclipsé et ne parvient pas à rivaliser avec le chômage, la sécurité ou les déficits publics, comme si ces thématiques ne pouvaient coexister. La cause animale, tout aussi légitime qu’elle soit devenue, reste ainsi totalement secondaire, si ce n’est accessoire. »

 

« ...ne parvient pas à rivaliser... » ? Encore heureux !

 

Pour ceux qui n'ont pas encore compris, voici l'idéologie de Mme Garric :

 

« Mais c’est finalement la société dans son ensemble qui est fondée sur l’utilisation perpétuelle et généralisée des animaux. Le personnel politique, comme une majorité de Français, ferme les yeux sur les 30 millions de bêtes tuées chaque année par la chasse, de même que sur le milliard de celles que l’on abat pour se nourrir. Pour les consommateurs comme pour les élus, le paradoxe de la viande commence dans l’assiette. »

 

 

Une recension élogieuse d'ouvrages animalistes

 

Résultat de recherche d'images pour "terreur carnivore" Le 1er mars 2017 paraît une critique de « L’Humanité carnivore » de Mme Florence Burgat et de quelques autres ouvrages sous le titre « Végan ou végétarien : penser la "terreur" carnivore ». Nous avons évoqué Mme Burgat dans « La philosophie de pacotille anti-viande sur Marianne ». Sur le Monde, M. Nicolas Weill estime :

 

« Grâce à ce caractère encyclopédique, où sciences des religions, folklore, anthropologie, diététique se mêlent, naît, sinon toujours la conviction, un très réel plaisir de lecture que ne parviennent à gâcher ni les répétitions ni l’usage excessif des parenthèses. »

 

Plaisir de lire ? S'agissant du Monde on peut être terrorisé devant le fait que manger de la viande soit associé au mot « terreur ».

 

 

La cause animaliste s'invite-t-elle dans la campagne présidentielle ?

 

17 avril 2017 (date sur la toile) : Mme Audrey Garric nous propose « La condition animale s’invite dans la présidentielle. C'est curieusement dans la rubrique Biodiversité. Ce qui était une interrogation le 13 février 2017 est maintenant une certitude. En résumé :

 

« Sept candidats sur onze se sont prononcés sur l’interdiction des cages, de la corrida, du gavage ou encore de l’expérimentation animale. Le sujet reste toutefois marginal dans les discours et les meetings. »

 

Et en introduction :

 

« Pour la première fois, la condition animale s’invite dans une élection présidentielle. Jadis marginalisée ou moquée, elle s’est aujourd’hui imposée comme un sujet légitime pour les candidats à la fonction suprême. Les prétendants l’ont bien senti : l’attente des électeurs est forte, alors que se succèdent les scandales de maltraitance dans des abattoirs et que foisonnent les livres d’intellectuels en faveur d’une société plus respectueuse des droits des animaux. »

 

Vraiment ? La mise au point vient plus loin :

 

« "C’est aussi une manière pour les candidats de récupérer facilement des voix. Pour beaucoup d’entre eux, cela ne coûte rien de rajouter quelques phrases dans leurs programmes à ce sujet. Mais dans les discours, lorsqu’il faut faire des choix, les animaux passent à la trappe", analyse Daniel Boy, chercheur au Centre de recherches politiques de Sciences Po (Cevipof). »

 

Ces attrape-votes, c'est aussi un moyen de décrédibiliser la sphère politique, notamment celle qui exerce ou a exercé le pouvoir. Et on ne peut pas dire que les candidats – tous – n'ont pas été avares en promesses futiles ou, pire, irréalisables.

 

Le candidat le plus en pointe dans le guili-guili à la « coalition » de vingt-six « ONG » auteures du manifeste AnimalPolitique fut M. Benoît Hamon, qui a validé 29 des 30 mesures demandées par le collectif, bottant en touche sur l’interdiction de la corrida et des combats de coqs. Score ? Et la campagne pour le deuxième tour ayant décanté les thèmes, on ne peut que constater que Mme Garric vit dans une bulle... mais distille sa Lebensanschauung dans le Monde.

 

 

Un long compte rendu du procès des maltraitances à l'abattoir du Vigan
 

Résultat de recherche d'images pour "cause animale" C'est de Mme Audrey Garric, du 28 avril 2017 : « La justice sanctionne pour la première fois un ouvrier d’abattoir pour des actes de cruauté ». C'est long et circonstancié (voir à titre de comparaison, par exemple, « Abattoir du Vigan : prison avec sursis pour un ancien employé » sur Libération, ainsi que la différence dans le nombre de commentaires – 22 contre 1). Et c'est toutefois équilibré. Du bon journalisme à notre sens.

 

Mais c'est accompagné de la vidéo clandestine de L214 et d'une autre vidéo réalisée par des journalistes du Monde (y compris Mme Garric) constituant un réquisitoire contre le (mal-)fonctionnement des abattoirs. Fallait-il vraiment ? Des dysfonctionnements relevés dans certains abattoirs justifient-ils que l'on jette l'opprobre sur l'ensemble de la filière ?

 

 

 

En sous-titre d'un article du 2 mai 2017 dans la rubrique « le magazine du Monde » :

 

Taureaux, moutons, vaches, homards, chats… Certaines performances artistiques, cruelles envers les animaux, choquent les ligues de protection. Qui n’hésitent pas à montrer les dents. »

 

Oui, c'est plein d'images choquantes. Mais la première question à se poser est de savoir s'il s'agit d'artistes. Et la deuxième est : quel intérêt, cet article ?

 

 

« ...les enragés de la protection animale »...

 

Résultat de recherche d'images pour "269Life" Nous avons dérogé à notre ordre chronologique. « 269Life, les enragés de la protection animale », de Mme Audrey Garric, est du 27 avril 2017. Le titre est particulièrement pertinent, et l'article est une très saine lecture en ce qu'il décrit une dérive délinquante – à quand criminelle ? – de la mouvance antispéciste et végane.

 

« L’association, en revendiquant la "confrontation ouverte et violente" avec l’industrie de la viande, et en critiquant les autres ONG qu’elle trouve trop "molles", bouscule le petit monde de la protection animale. Et recrute à tour de bras de nouveaux militants. »

 

En fait, il y a en France deux « associations » concurrentes se réclamant de 269Life, un mouvement né en Israël : 269 Life France et 269Life Libération Animale. De la première :

 

« Ce mouvement de libération animale a pour objectif de faire cesser la domestication, l'élevage et la marchandisation des animaux non-humains, considérés comme des objets, des outils, torturés dans des laboratoires d'expérimentation animale, suppliciés lâchement dans des arènes, pêchés, traqués, vendus, séquestrés, envoyés à l'abattoir... »

 

C'est suivi en intertitre par : « Une philosophie et un mode de vie : le véganisme !​ »

 

 

L'article de Mme Garric a dû être du goût de l'association...

 

 

...et une curieuse réponse

 

Mme Garric était-elle consciente du fait qu'elle allait heurter avec son article – son compte rendu de l'opération de blocage de l’abattoir Corico de Monsols par 269Life Libération animale et sa description des outrances des membres de cette organisation ?

 

Le 4 mai 2017 paraissait « Environnement et cause animale: "Les extrêmes finissent toujours par se rejoindre"… », un texte sur mediateur.blog.lemonde (un site fort mal nommé qui donne la parole à des lecteurs). Que de contorsions ! Mais voici le début :

 

« Ayant lu dans Le Monde du 29 avril 2017 un reportage "269Life, les enragés de la protection animale" sur les méthodes musclées de certains animalistes contre les abattoirs et les élevages, j’y vois la confirmation du fait que les tristes extrêmes finissent toujours par se rejoindre.

 

On ne voit guère la différence, en effet, avec les violences corporatistes de certains éleveurs ou de certains chasseurs, à ceci près que ces dernières sont souvent beaucoup plus graves, tout en étant paradoxalement beaucoup plus susceptibles de bénéficier de l’indulgence des autorités et de la complaisance des médias, notamment en province, et du monde politique toutes tendances confondues. »

 

Cela se termine par :

 

« La nature et la démocratie sont toutes les deux victimes de ces extrémismes. »

 

Le rationaliste ne peut qu'être stupéfait devant l'amoncellement de sophismes, à commencer par la mise à parité des extrémistes de l'antispécisme et du véganisme, et des éleveurs et chasseurs.

 

Mais ce qui importe, ici, c'est le fait que des gens au Monde estiment que ce genre de propos mérite publication.

 

 

Résultat de recherche d'images pour "269Life"

 

Il faudra plus que de la communication intelligente
 

Revenons à l'éditorial de la France Agricole cité en début d'article :

 

« ...Aux organisations agricoles donc d’inventer une communication intelligente et efficace sur la réalité de ce qui se pratique sur les exploitations. […] »

 

Cette réflexion mérite d'être soulignée et surtout complétée. L'opposition – en attendant de parler de guerre si personne n'y met bon ordre – de l'idéologie et de l'activisme radicaux aux fondements de notre société et, pour ce qui nous intéresse ici plus particulièrement, à l'activité économique du secteur agroalimentaire, est de nature asymétrique. Les organisations liées à l'agriculture, systématiquement dénigrées par l'appellation « lobby », cèdent du terrain dans les médias et les milieux politiques. La communication, même intelligente, ne suffira pas comme réponse.

 

 

Post scriptum : À quoi joue le Monde Planète ?
 

Le 4 mai 2017 (date sur la toile), M. Jérôme Fenoglio, Directeur du Monde, a fait paraître un éditorial, « Marine Le Pen, le visage de l’extrême droite ». Il a été salué par la très grande majorité du lectorat commentant, notamment de ceux, nombreux, qui regrettaient et critiquaient la ligne éditoriale louvoyante du journal – voire indigne quand il a quasiment relayé des fausses informations comme la prétendue existence d'un compte offshore. Il y eut peu de protestations, mais on peut penser que les partisans du Mme Le Pen étaient encore groggy après la sinistre prestation de leur favorite. La conclusion de l'éditorial :

 

« Face à cette imposture, le premier des risques serait l’indifférence. Et la nécessité la plus urgente est d’écarter fermement Marine Le Pen de ce pouvoir qu’elle convoite et qu’elle dévoierait aussi sûrement qu’elle a fait dérailler le débat de mercredi soir. Pour préserver les conditions de ce débat républicain, il importe plus que jamais que tous les démocrates se mobilisent afin que la candidature FN ne soit pas crédibilisée par un bon score au second tour. Et pour cela, il n’existe qu’un moyen : voter ce dimanche en faveur d’Emmanuel Macron. »

 

Et, le 5 mai 2017, patatras ! M. Pierre Le Hir et Mme Martine Valo pondent un « L’écologie, grande absente de la campagne d’entre-deux-tours ».

 

Cela commence très mal :

 

« Rien. Mercredi 3 mai, en deux heures et demie de débat télévisé, pas un seul mot n’a été échangé sur l’écologie, la dégradation des ressources – l’eau, l’air, l’état des sols –, ses conséquences sur la santé humaine et la biodiversité. »

 

Nos deux journalistes ne se sont visiblement pas aperçus que les modérateurs du débat, M. Christophe Jakubyszyn et Mme Nathalie Saint-Cricq, n'ont posé aucune question liée à l'écologie. « ...on a trappé l’écologie, la Syrie ou le mariage pour tous » a ainsi dit Mme Saint-Cricq, selon le Parisien. Et oui, il y a des thèmes bien plus importants pour l'avenir de la France que les lubies de bobos (ce qui ne signifie pas que l'écologie – la vraie, pas les trucs à la mode – ne soit pas importante, au contraire).

 

Cet article est une véritable mise en accusation de M. Emmanuel Macron. Ce n'est pas en gras sur la toile, mais cela doit être un intertitre : « Le candidat d’En marche ! ne s’est pas converti ».

 

Certes, il y en a aussi pour Mme Marine Le Pen, mais elle est juste coupable selon l'intertitre d'avoir dit : « le changement climatique n’est pas une religion » (ce qui est en fait, au premier degré, un truisme).

 

Au total, un exercice de « bonnet blanc, blanc bonnet » qui revient implicitement à un appel à l'abstention ou au vote blanc, c'est-à-dire, compte tenu des réalités de la situation électorale, à un coup de pouce en faveur de Mme Le Pen.

 

 

 

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