Le Monde avec AFP : l'hystérie anti-pesticides a encore frappé
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C'est dans le Monde Planète évidemment : « Aux Etats-Unis, un insecticide anti-Zika a tué des millions d’abeilles ».
Et la comptabilité en abeilles permet de dramatiser l'information qu'il était absolument indispensable de porter à l'attention du monde. Pensez donc... 2,5 millions d'abeilles sont mortes !
En fait, ça ne fait que 46 ruches...
« Apicultrice à Summerville, Juanita Stanley a trouvé des centaines de milliers d’abeilles mortes près de ses ruches de la Flowertown Bee Farm and Supplies, dont elle est copropriétaire.
"Notre petite entreprise familiale a été détruite par la pulvérisation aérienne", a-t-elle dénoncé dans un texte posté sur Facebook. Selon la chaîne locale WCSC, le groupe apicole a perdu 46 ruches et 2,5 millions d’abeilles depuis lundi 29 août. Une collecte de dons a ainsi été lancée sur Internet. »
Facebook est ainsi une source d'informations suffisamment crédible pour une AFP qui se précipite pour en faire une dépêche et pour des journaux pour en faire... leur miel.
Une entreprise familiale serait détruite par la perte de 46 ruches ? Faut-il être journaliste pour croire – et surtout faire croire – qu'un tel nombre de ruches peut constituer le cheptel d'une entreprise (en France, on acquiert le statut de professionnel à partir de 400 ruches) ? D'une entreprise de surcroît en copropriété ? D'une entreprise dont la raison sociale inclut les fournitures pour l'apiculture ?
En fait, cette information qui aurait dû faire la une du Monde n'étaient le G20, la ratification de l'Accord de Paris sur le climat par la Chine et les États-Unis d'Amérique, la primaire de la droite... est un regrettable fait divers sur fond de contestation clochemerlesque des épandages aériens. On en a un rapport circonstancié, par exemple, par The Summerville Journal Scene du 29 août 2016. Avec deux ou trois mots clés, nos « journalistes » de l'AFP et du Monde auraient pu aller un peu plus loin que les déclarations hystériques sur Facebook et, soit passer à autre chose, soit fournir l'information complète.
Le Comté de Dorchester en Caroline du Sud a décidé de recourir à des épandages aériens d'insecticide et a oublié de prévenir les (des?) apiculteurs comme c'est l'usage ; ou peut-être seulement la Flowertown Bee Farm and Supplies. Il y a cependant eu des avertissements par la presse et les réseaux sociaux. L'épandage a aussi été réalisé au petit matin alors qu'il se fait normalement la nuit quand les abeilles sont dans la ruche.
L'AFP et le Monde nous « servent » l'hystérie de Mme Stanley. Le SJS livre aussi le point de vue bien plus mesuré de M. Mitch Yawn, l'autre copropriétaire de la Flowertown Bee Farm and Supplies. Il estime, de manière conservative, la perte à 10.000 dollars. Et surtout, il analyse l'événement avec sérénité. En résumé : un malencontreux concours de circonstances.
Mais l'AFP et le Monde n'oublient pas d'entonner le couplet anti-pesticides :
« L’Union européenne en a interdit l’utilisation [du Naled] en 2012 en raison des dangers qu’il présente pour la santé et l’environnement. Il peut ainsi se révéler également toxique pour les papillons, les poissons et autres organismes aquatiques. »
S'agissant du Naled produit phytopharmaceutique, l'acte réglementaire pertinent est la décision de la Commission 2005/788/CE du 11 novembre 2005 qui dit sobrement :
« Le naled n'est pas inscrit, en tant que substance active, à l'annexe I de la directive 91/414/CEE. »
Les considérants nous apprennent que c'est à la suite de la décision du notifiant de ne pas demander le renouvellement de l'inscription.
S'agissant du Naled produit biocide, la décision de la Commission 2012/257/UE du 11 mai 2012 est tout aussi laconique. Selon les considérants, toutefois :
« Les scénarios examinés lors de l’évaluation des risques pour la santé humaine et pour l’environnement ont mis en évidence un risque potentiel et inacceptable. En outre, l’évaluation n’a pas démontré une efficacité suffisante. En conséquence, il ne convient pas d’inclure le naled à l’annexe I, I A ou I B de la directive 98/8/CE en vue d’utiliser cette substance dans des produits de type 18. »
Risque potentiel (mais une efficacité insuffisante...)... l'Europe se recroqueville. Et les États-Unis ont une approche plus pragmatique et informative.
Mais là-bas aussi, la rationalité se heurte à l'émotion. L'AFP et le Monde se sont empressés de signaler le cas de Porto Rico :
« Le territoire américain de Porto Rico, fortement touché par le virus Zika avec 14 000 cas d’infections locales a d’ailleurs refusé les campagnes de pulvérisation de cet insecticide depuis juillet. »
Il suffit de lire les comptes rendus, par exemple du Caribbean Business : décision politique, populiste – ou plutôt « boboliste » car ne cédant pas au peuple, mais à la classe bourgeoise – et irresponsable. C'est le gouverneur qui a décidé et qui ose :
« J'espère qu'il ne naîtra aucun bébé avec des anomalies congénitales parce que j'ai fait le mauvais choix. »
Quant à l'AFP et au Monde, le bon choix, c'est d'entretenir l'hystérie anti-pesticides.

Le gosse d'une autre handicapé par Zika... ça leur est égal...
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