Nouveau hoax : la microcéphalie serait due à un pesticide, pas au Zika
Le précédent de la même équipe : les tampons hygiéniques au glyphosate
Rien n'arrête la mouvance anti-pesticides (et anti-OGM) !
C'est leur droit. Ce qui est en revanche regrettable, c'est que des médias se précipitent sur le premier hoax venu pour remplir leurs pages et se faire de l'audience.
Dans un billet précédent, « Toujours plus fort : du "glysophate" dans les tampons hygiéniques ! », nous avions dénoncé l'imbécillité médiatique qui a suivi la publication d'une « information » selon laquelle des chercheurs argentins avaient trouvé des traces de glyphosate dans 85% des tampons et serviettes. La source, par Russia Today interposé : une « communication » dans le cadre du 3° Congreso Nacional de Pueblos Fumigados. Congrès organisé par une association qui milite, côté vitrine, pour une meilleure réglementation des épandages de pesticides, des zones (aux dimensions argentines) sans épandages, et, dès la porte franchie, faire interdire l'usage des pesticides (à commencer par celui, honni car associé à des OGM, de l'infâme compagnie qu'on aime tant haïr).
Paris Match vient de découvrir une nouvelle bouse médiatique : les microcéphalies dues – selon de fortes présomptions – au virus Zika auraient en fait pour origine un insecticide, le pyriproxifène qui aurait été ajouté dans les citernes par les autorités brésiliennes pour lutter contre la dengue. Et de titrer : « Atrophies crâniennes et virus zika – Des médecins suspectent plutôt un produit chimique ».
Qui sont ces médecins ? Ceux de la Red Universitaria de Ambiente y Salud – Medicos de pueblos fumigados (réseau universitaire de l'environnement et de la santé – Médecins des agglomérations aspergés de pesticides), ceux dont Russia Today, l'organe de presse chargé d'alimenter la nouvelle guerre froide, avait diffusé le hoax précédent.
L'article fait état d'un « rapport coordonné par le Dr Avila Vazquez, pédiatre spécialisé en néonatalogie ». « Rapport » dont l'original médiatique est une page de la REDUAS (en castillan ici, en anglais ici). Mais, manifestement, la journaliste n'a pas lu le « rapport ».
Dans un « rapport » censé traiter des microcéphalies au Brésil, il est utile de présenter deux cartes – portant sur des années différentes – sur la mortalité infantile et les cas de dengue dans la Municipalité de Cordoba, en Argentine...
L'argument massue des médecins, selon Paris Match :
« La détection de milliers de cas de malformations congénitales chez des enfants dont les mères, enceintes, habitent dans des zones où le gouvernement brésilien a ajouté du pyriproxifène à l'eau potable, ne relève pas d'une coïncidence, bien que le ministère de la Santé mette en cause le virus Zika dans ces dommages. »
Sans oublier la réductio ad Monsantum :
« Le pyriproxifène, insecticide fabriqué par un "partenaire stratégique" de Monsanto (Sumitomo Chemical), et utilisé depuis dix-huit mois au Brésil, est donc mis en cause par le groupe de chercheurs... »
Ces médecins et leurs collègues en activisme de l'ABRASCO brésilienne ont évidemment raison contre le reste du monde. Du « rapport » :
« De nombreux responsables politiques, même de l'OPS [Organisation panaméricaine de la santé] et de l'OMS, épidémiologistes, experts en santé publique, chimistes et politiciens en général oublient facilement que les êtres humains, chacun d'entre nous, ont déployé des processus de développement embryonnaire dans lesquels nous traversons des stades très différents. L'évolution du zygote à l'embryon, de l'embryon au fœtus et du fœtus au nouveau-né, n'est pas très éloignée du processus de développement du moustique touché par le pyriproxyfène. Ils essaient aussi très facilement d'ignorer que chez l'homme, 60% de nos gènes actifs sont identiques à ceux des insectes tels que le moustique Aedes. Et c'est encore plus confus quand ils sont "conseillés" par des experts des fondations et des entreprises chimiques productrices d'insecticides (par exemple, Fundación Mundo Sano et Chemotecnica), ou quand les décideurs du ministère de la santé sont d'anciens employés de sociétés mondiales de production et de vente de poisons pour "usage domestique". »
/image%2F1635744%2F20160215%2Fob_c662c6_pourris-1.jpg)
Nous, nous sommes confus devant tant de science et de sagacité... Nous ferons tout de même observer – avec l'humilité qui sied au béotien face à la sommité – que le « moustique touché par le pyriproxyfène »... ne se développe pas !
Quant aux « journalistes » qui ont raclé les caniveaux du Net, et à ceux qui vont reprendre l'« information » (même avec un point d'interrogation), on peut se demander quelle est la cause profonde de leur aveuglement et de leur manque de discernement.
Comment peut-on, par exemple, qualifier de « rapport » un tract de propagande qui dit :
« Une importante masse de données scientifiques indépendantes montre que cette stratégie [l'emploi d'insecticides] est déficiente et qu'elle ne sert qu'à prendre des photos des décideurs dans leurs bureaux » ?
Nous ne saurions résister à reproduire cette autre perle des « docteurs » ; c'est sur les moustiques d'Oxitec, évidemment aussi voués aux gémonies :
« En outre, il faut tenir compte du fait que la biologie de la maladie montre que les moustiques femelles ne "piquent" que quand elles sont portantes et produisent des œufs après avoir été fécondées par un mâle ; elles le font dans, et seulement dans, cet état parce qu'elles ont besoin d'éléments du sang pour le développement des œufs. Donc, si des millions de moustiques mâles sont lâchés, il y aura beaucoup de femelles fécondées cherchant à sucer le sang des mammifères, augmentant ainsi la propagation de la maladie à partir de personnes infectées à des personnes en bonne santé ! »
Nous avons eu la fable de Terminator qui risquait de se propager à d'autres cultures, provoquant une catastrophe alimentaire mondiale, toujours propagée par l'écodéesse Vandana Shiva ; une fable qui exige, par analogie que quelqu'un puisse dire qu'il a hérité sa stérilité de son père... Il y a maintenant la fable des moustiques mâles qui multiplient les moustiques femelles... Certes, il s'agit de moustiques femelles fécondés, mais c'est supposer que les mâles autochtones sont de gros fainéants !
Il y a un double drame dans cette affaire. D'une part, comme on est en plein brouillard (en fait même sur la réalité d'une épidémie de microcéphalie), toutes les pistes doivent être examinées et l'hypothèse pyriproxyfène ne saurait être écartée d'un revers de main, et ce, même si l'évaluation de la substance et son évaluation dans l'eau de boisson ne plaident pas en sa faveur. Mais les délires antisystème du REDUAS et de l'ABRASCO ne sont pas propices à un examen serein de l'hypothèse. D'autre part, la médiatisation de ces délires en France n'est pas de nature à promouvoir la rationalité et, en dernière analyse, une attitude citoyenne.
Si on veut en savoir plus sur la situation, on peut lire, en anglais, un article de CBCNews. Il s'agit d'un média canadien. Mais il y a d'autres sources, anglophones. Le mot « information » n'a pas le même sens en anglais...
Le rapport de Sandra da Silva Mattos et al. – là on est dans la science, pas la pseudoscience – évoqué dans l'article est ici, sur le site de l'OMS.
Notons incidemment que le pyriproxifène est autorisé en France, essentiellement dans la lutte contre les aleurodes et les cochenilles sur arbres, vigne, rosier et quelques légumes. Ohé, du radeau de « Cash Investigation »... FranceTVInfo est déjà sur le coup (avec le point d'interrogation magique). Et pour Metronews, l'insecticide est de... qui déjà ?
Affligeant !
Ajout du 16 février 2016 : Bon article, "Virus Zika : le temps des rumeurs au Brésil" dans le Monde (Paul Benkimoun et Claire Gatinois).