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Agriculture, alimentation, santé publique... soyons rationnels

Bien que la nature soit en « sérieux déclin » en Europe, la nouvelle politique agricole n'apporte pas de solutions

21 Novembre 2020 , Rédigé par Seppi Publié dans #Union européenne, #Politique

Bien que la nature soit en « sérieux déclin » en Europe, la nouvelle politique agricole n'apporte pas de solutions

 

Justin Cremer*

 

 

Ma note : Quel festival de bêtises, d'obscurantisme, de postures et de gesticulations !

 

 

Une exploitation agricole aux Pays-Bas. Gigra/Shutterstock

 

 

Un nouveau rapport alarmant sur l'état de la nature en Europe a souligné la nécessité d'une nouvelle approche de l'agriculture, quelques jours à peine avant que les responsables politiques du continent n'approuvent une stratégie agricole qui, selon les critiques, ne fera qu'aggraver la situation.

 

L'Agence Européenne pour l'Environnement (AEE) a publié la semaine dernière son rapport « State of Nature in the EU » (état de la nature dans l'UE), révélant que les espèces sauvages et les habitats naturels de tout le continent sont en difficulté malgré les engagements pris par les États membres de l'UE pour les protéger. Le rapport de l'AEE, qui conclut que « les pratiques agricoles actuelles sont de loin le principal facteur affectant les habitats et les espèces », a été publié la même semaine que l'approbation par le Parlement Européen de sa position de négociation sur une nouvelle politique agricole commune (PAC) qui est considérée par beaucoup comme donnant la priorité à l'agriculture intensive sur l'environnement.

 

Les conséquences des politiques agricoles de l'UE ont été mises en évidence par le rapport « State of Nature », qui a révélé que 81 % des habitats naturels protégés ont un état de conservation médiocre ou mauvais et que seul un quart des espèces identifiées par les directives européennes sur la nature reçoivent la protection dont elles ont besoin.

 

Moins de la moitié des espèces d'oiseaux européennes ont un « bon » état de conservation, tandis que près de 40 % sont classées en « mauvais » ou « médiocre ». Malgré ces faibles évaluations, les oiseaux se portent mieux que les espèces terrestres et marines. Bien plus de la moitié des reptiles et des mammifères d'Europe ont un état de conservation mauvais ou médiocre, tandis que l'état de la grande majorité des espèces de poissons est classé comme mauvais ou médiocre, et parmi celles-ci, environ la moitié ont des perspectives défavorables.

 

Les pratiques agricoles et forestières non durables, ainsi que l'étalement urbain et la pollution sont responsables du « grave déclin continu » de la biodiversité en Europe, selon le rapport.

 

 

Des « changements fondamentaux » dans l'agriculture

 

« Notre évaluation montre que la sauvegarde de la santé et de la résilience de la nature européenne, ainsi que du bien-être des populations, nécessite des changements fondamentaux dans la manière dont nous produisons et consommons les aliments, gérons et utilisons les forêts, et construisons les villes », a déclaré le directeur exécutif de l'AEE, Hans Bruyninckx.

 

Il est peu probable que cet appel à des « changements fondamentaux » comprenne un assouplissement des réglementations actuelles de l'UE limitant les innovations en matière de sélection végétale qui pourraient minimiser l'empreinte environnementale de l'agriculture. D'éminents scientifiques et chercheurs ont déclaré que les politiques actuelles de l'UE privent les agriculteurs européens « de variétés de plantes plus résistantes au climat et plus nutritives dont ils ont un besoin urgent pour répondre aux défis écologiques et sociétaux actuels » et que les réglementations actuelles « ne peuvent pas être justifiées scientifiquement ».

 

Le Conseil Consultatif Scientifique des Académies Européennes (European Academies Science Advisory Council – EASAC), qui a appelé à des changements radicaux de la législation européenne, figure parmi les critiques de la position de l'UE sur l'utilisation de la biotechnologie.

 

L'EASAC continue à s'intéresser de près à la nécessité de « changements fondamentaux dans la façon dont nous produisons et consommons les aliments », a déclaré le Dr Robin Fears, directeur du programme de biosciences de l'EASAC, à l'Alliance pour la Science. « Dans le cadre de ces changements, l'EASAC a continué à souligner que les nouvelles techniques d'amélioration des plantes fondées sur les progrès de la recherche génomique représentent un outil important pour le développement de cultures améliorées et que la réglementation européenne actuelle sur les OGM doit être révisée ».

 

La position sur la réforme de la PAC adoptée par le Parlement donnera à chaque État membre plus de flexibilité sur la manière d'atteindre les objectifs de conservation et d'environnement et comprendra également des « éco-régimes » volontaires qui donneront aux agriculteurs des fonds supplémentaires pour mettre en œuvre des protections environnementales supplémentaires. Mais les députés ont rejeté les réformes de la PAC défendues par les écologistes, notamment la réduction des subventions à l'agriculture industrielle, un objectif de réduction des émissions de 30 % et la protection des prairies et des tourbières.

 

Karen Melchior, députée européenne danoise et membre de Renew Europe, a déclaré qu'elle avait voté contre la position du Parlement parce qu'elle ne permettait pas à l'Europe d'évoluer vers un avenir agricole plus vert.

 

« Il y avait trop d'échappatoires qui faisaient paraître l'Europe verte sans l'être réellement. En termes de soutien au Green Deal européen et d'amélioration de la biodiversité, il y a des objectifs que nous avons fixés qui ne sont pas soutenus par la réforme de la PAC. Nous devons joindre l'acte à la parole », a-t-elle déclaré à l'Alliance pour la Science.

 

La PAC, qui représente plus d'un tiers du budget total de l'UE, subventionne fortement l'agriculture intensive, les subventions augmentant avec le nombre d'hectares en production. La PAC détermine la politique agricole pour sept ans à la fois. La version actuelle devait expirer à la fin de cette année, mais elle a été prolongée de deux ans, ce qui signifie que les prochaines réformes de la PAC prendront effet en 2023. Maintenant que le Parlement a approuvé sa position de négociation, il y aura des négociations en trilogue entre le Parlement, le Conseil Européen et la Commission Européenne. Mme Melchior a déclaré qu'elle espère que la version finale améliorera la position du Parlement.

 

« Que la version du Conseil soit pire que la nôtre ne signifie pas que la nôtre soit bonne. Mais la position de la Commission est plus verte que la nôtre. Nous espérons donc pouvoir examiner attentivement les faits sur le terrain et, avec le soutien et la pression de la société civile, faire évoluer la version finale dans une meilleure direction », a-t-elle déclaré.

 

 

Parier sur le bio ?

 

L'AEE a identifié l'agriculture intensive comme la pression la plus fréquemment signalée pour les habitats et les espèces, et sur les huit pressions agricoles qu'elle a identifiées, « l'utilisation de produits chimiques phytosanitaires » est la deuxième plus importante. La stratégie de l'UE en faveur de la biodiversité pour 2030, établie par la Commission européenne, appelle à réduire de 50 % l'utilisation globale des pesticides et les risques qu'ils présentent d'ici à 2030.

 

Bien que des études aient montré que la culture de plantes génétiquement modifiées dotées de caractéristiques de résistance à des insectes et de tolérance à des herbicides peut réduire de manière significative l'utilisation de produits chimiques nocifs, un porte-parole de la Commission n'a pas été en mesure d'approuver pleinement l'adoption de ces cultures génétiquement modifiées en Europe.

 

« Comme l'exprime la stratégie "de la ferme à la table", la Commission considère que les biotechnologies, ainsi que d'autres technologies innovantes, peuvent jouer un rôle dans l'accroissement de la durabilité et apporter des avantages à la société dans son ensemble, à condition qu'elles soient sans danger pour les consommateurs et l'environnement », a déclaré le porte-parole dans une déclaration écrite remise à l'Alliance pour la Science.

 

Mme Melchior s'est montrée plus positive, mais a également posé des conditions à son soutien à la révision par l'UE de sa position sur les cultures génétiquement modifiées et l'édition génétique.

 

« [L'adoption de cultures génétiquement modifiées] n'est pas un problème pour moi », a-t-elle déclaré. « Je veux juste m'assurer que nous ne votons pas pour approuver des cultures génétiquement modifiées qui ont été créées juste pour vendre plus de pesticides. Je dois être sûre qu'elles ont été créées pour être plus résistantes au climat et plus respectueuses de l'environnement. Si c'est le cas, je suis tout à fait favorable à l'utilisation de la technologie que nous avons à disposition. »

 

La stratégie sur la biodiversité appelle également à augmenter l'agriculture biologique à plus de 25 % de la surface agricole utile, mais des études ont montré que l'agriculture biologique nécessite une plus grande utilisation des terres et donc plus de déforestation que l'agriculture traditionnelle. Le porte-parole de la Commission n'a pas abordé directement la question de la déforestation en Europe, dont l'ampleur est soulignée dans le rapport de l'AEE, mais a déclaré qu'« il n'y a pas de preuve qui lie l'agriculture biologique en Europe à la déforestation dans les pays tiers ».

 

« Il existe en effet, pour l'instant, un écart de rendement entre l'agriculture biologique et l'agriculture conventionnelle qui varie énormément d'une culture à l'autre et d'un modèle d'exploitation à l'autre. Pourtant, cet écart de rendement ne mettra en aucun cas en péril la sécurité alimentaire et n'entraînera pas d'augmentation des importations », a ajouté le porte-parole.

 

 

Une condamnation à mort pour la nature

 

Alors que la position réglementaire de l'Europe en matière de biotechnologie semble peu susceptible de changer dans un avenir proche, les écologistes demandent maintenant à la Commission Européenne d'abandonner complètement la PAC. Les jeunes militants pour le climat, menés par Greta Thunberg, ont reproché aux députés européens d'avoir voté pour « un accord qui a été conclu par le biais d'un compromis en coulisses, un accord pour lequel vous avez apparemment fait tout votre possible pour lui donner l'apparence du vert », et ont demandé à la Commission Européenne « de retirer entièrement cette proposition ».

 

Dans un message vidéo avant le vote de vendredi [23 octobre 2020] sur les réformes de la PAC, les militants ont accusé la politique agricole de l'Europe de « faire une fois de plus passer le profit avant l'homme et la nature ».

 

« Les sols et les plantes sont malades. Les agriculteurs s'empoisonnent avec leurs propres pesticides. Les gens qui nous nourrissent sont pris au piège d'une course aux prix », ont déclaré les militants.

 

Les jeunes militants du climat sont loin d'être les seuls à condamner les résultats du vote sur la réforme de la PAC, que le directeur de la politique agricole de Greenpeace, Marco Contiero, a qualifié de « condamnation à mort pour la nature, le climat et les petites exploitations ».

 

« Depuis plus de 60 ans, la politique agricole européenne a ignoré l'impact de l'agriculture sur la nature, récompensant les agriculteurs qui produisent davantage ou qui agrandissent leurs exploitations. Le Parlement Européen poursuit délibérément cette destruction alors que les scientifiques avertissent que l'agriculture doit changer pour faire face à la crise climatique et protéger la nature », a déclaré Marco Contiero.

 

________________

 

* Source : https://allianceforscience.cornell.edu/blog/2020/10/europe-nature-decline-cap-reform/

 

 

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Il est là, fils spirituel de Seppi 21/11/2020 16:24

C'est pas un peu paradoxale pour l'Alliance pour la Science de terminer un texte qui fait ode à l'agriculture scientifique par une déclaration de Greenpeace qui est une des plus grandes sectes biotausaurus du monde ?
De même, je ne sais pas quelle est la position de Greta Thunberg sur l'agriculture, mais des amis à moi qui ont débattu avec les militants de Jeunes pour le Climat m'ont confirmé que la plupart d'entre eux sont contre les pesticides de synthèse et les OGM. Du coup je trouve paradoxal de reprocher à la CE de refuser les biotechnologies et de trop promouvoir le bio tout en laissant le mot de la fin à des mouvements qui prônent la même chose...